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 concours n°23 - les votes

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Quel texte vous inspire le plus la peur
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Niko
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MessageSujet: concours n°23 - les votes   Mer 4 Mai 2011 - 23:49

Et voici les textes pour le concours. Bravo aux participants!
Les textes sont longs, donc prenez votre temps pour les lire.
Les votes seront clôturés le dimanche 29 mai à 12h00.


texte 1


Brûlé vif



La maison est en flamme, j’entends les hurlements des innocents immolés, alors que je tente tant bien que mal de trouver un lieu à l’abri de la fournaise. La fumée me pique les yeux, je tousse et cela me brûle la gorge. Des larmes coulent de mes yeux. J’ai mal. Je suis perdu. Le feu est partout et plus personne ne crie, il ne lui reste que moi à dévorer.

— Réveillez-moi ! Hurlé-je avec l’espoir d’être entendue.

Je veux qu’on me sorte de ce cauchemar. Il fait trop chaud et chaque respiration est une torture. Je pleurs sans pouvoir m’en empêcher. J’ai peur et je ne veux pas mourir. Je vous en prie mon dieu, réveillez-moi …

— Mademoiselle Laude, revenez, c’est terminé.

J’ouvre les yeux, lentement, guidée par la voix rassurante du docteur Valence. Je laisse vagabonder mon regard sur le décor de son bureau, où rien ne brûle, sa table de travail en bois polie est toujours ornée par la photo de son ex-femme, et son pendule ancien accompagne mon retour avec son éternel tic-tac. Je bouge mes mains et je reconnais à tâtons le divan sur lequel j’ai été installée avant cette horrible expérience. Je cligne des yeux, gênée dans ma vision par des larmes. Des larmes… j’essuie mes yeux avec empressement, mais comment ai-je pu pleurer ici ?

— Vous vous sentez bien mademoiselle, c’est une expérience plutôt éprouvante.
— Je ne me souviens pas de tout, suis-je obligé d’avouer.
— Vous êtes venue me voir pour combattre vos peurs qui commençaient à développer une forme de paranoïa. Nous ne trouvions pas de solution, alors j’ai utilisé une technique peu conventionnelle, mais efficace.
— Une technique peu conventionnelle ?
— Une forme d’hypnose non reconnu.
— Quoi ! Une sorte de magie c’est ça ?
— Je vous en prie, calmez-vous, je n’ai …
— Je ne sais pas ce que vous m’avez fait prendre pour me faire croire à vos idioties, puis pour provoquer cette espèce d’horrible rêve ! Mais si vous pensez que vous allez être payer pour m’avoir droguer, vous vous fichez le doigt dans l’œil !
— Attendez ! Vous …

Je lui claque la porte de son cabinet au nez avant qu’il ne puisse ajouter le moindre mot. Je ne veux pas rester une minute de plus dans les alentours de cet endroit de malheur, ce rêve m’a trop secoué pour que je puisse supporter d’être à moins d’un kilomètre de ce charlatan. Je retrouve ma voiture et avant que je puisse passer la première, ce faux psychiatre déboule dans la rue en me faisant des signes, l’enfoiré. Je lui laisse un souvenir de moi et de mon majeur, avant de prendre la route. Comment est-ce que j’ai pu me laisser embarquer dans une affaire aussi insensée ? Il a du me faire prendre deux ou trois pilules pour me faire gober n’importe quoi, j’ai de la chance de n’être tomber que sur un escroc.
Feux rouges ! Bon sang ! Je pile, pour ne pas me retrouver broyer au milieu du carrefour. Qu’est ce qui m’est arrivé ? J’étais à peine sortie de la rue du médecin et me voilà à un pâté de maison, de mon appartement. Je dois être plus atteinte que je ne le croyais.

Je monte les marches quatre à quatre, j’ai besoin de dormir, éliminer les toxines qu’il m’a fait prendre avec un bon sommeil réparateur. Juste avant un petit détour par… ha !

— Allez Tifou ! C’est pas chez toi ici ! Ouste, j’ai besoin de dormir, et toi tu dois encore avoir faim !

Ce chat me tuera un jour à entrer chez moi sans y être invité, il faudrait que je pense à fermer ma fenêtre quand je sors aussi, mais à part les félins en manque d’affection, je ne vois pas quel malade se faufilerait par là, surtout au quatrième étage.

— Vous avez, un, nouveau message. Message reçu le samedi seize juin à dix-huit heures trente-deux : « Coucou Cécilia ! C’est Camille. Tu as disparu depuis une semaine ma grande ! J’espère que c’est pas ton article, tu sais que cette histoire d’occultisme me fout les jetons. J’espère au moins que tu auras quelque chose avec ton psychiatre-sorcier, le rédacteur chef ne t’attend pas avec des roses, si tu vois ce que je veux dire. Rappelles moi dès que tu peux, je me fais du soucis. » Pour réécouter le message, faites le …

Voilà qui explique pourquoi je suis allée tester les méthodes de ce dingue. Je vais devoir y retourner avec des excuses pour faire mon article, sinon je peux dire adieu à mon travail. Déjà que les pages sur les faits divers à tendances fantastiques ne sont pas vraiment ce qui fait le succès du magazine. J’appellerais Camille demain, et j’enchaînerai avec un nouveau rendez-vous chez ce psy, en évitant de perdre la boule en chemin cette fois.

L’appartement est en flamme. Un mégot de cigarette disparaît dans le brasier à quelques mètres de moi, origine du sinistre. Il fait une chaleur suffocante et je ne la supporterai plus très longtemps. Je cours vers la porte, aussi vite que possible, poursuivit par le brasier qui s’est étendu dans la salle à vivre. Je pose ma main sur le dispositif de sécurité, mais il est brûlant, impossible de le déverrouiller sans me brûler les mains, je ne pourrais jamais ouvrir, surtout si la poigné est aussi horrible à magner. Je frappe sur la porte, de dépit, paralyser devant ce qui devait être ma sauvegarde, mais c’est inutile. Le craquement du feu me ramène à la réalité, ce bruit m’horripile, je ne peux pas supporter ça ! En cas d’incendie, il faut se cacher dans une baignoire retourner ou dans un frigos ! J’ai encore une chance de m’en tirer. Les larmes me montent aux yeux ! La cuisine est bloquée par le brasier, il ne me reste que la salle de bain. Je traverse l’appartement en psalmodiant des paroles que je ne comprends pas moi même. Je ne veux pas mourir, mon dieu.
Non ! La porte est en flamme. J’ai les jambes qui flageolent, me jetant au sol. Je me bouche les oreilles pour ne pas avoir à supporter tout ces craquements. Je tremble. Je vais mourir. Immolée, défigurée, je vais disparaître dans d’atroce souffrance. Je ne veux pas.

J’entends le bruit d’une sirène. Les pompiers ! L’extérieur, il me reste la fenêtre. Tout sauf les flammes ! Je fonce vers cette ouverture et brise le verre sans chercher à perdre la moindre seconde. J’ai tellement de difficultés à respirer, et la chaleur est si horrible, elle me fait mal. Ils sont là, dans la rue, quatre étage plus bas. Je fais signe, et il me voit. Il s’agite. c’est la panique. Pourquoi ? Pourquoi est-ce qu’ils se déplacent comme ça ? Ils ne peuvent pas ! Je suis sûre qu’ils ne peuvent pas venir me chercher. Je vais mourir ! Mon dieu je vais mourir ! Non, je peux sauter. Je dois sauter. Tout sauf les flammes, ces craquements horribles, je ne veux pas partir comme ma mère, en hurlant et en me tortillant de douleur. Tous sauf ça. Je dois sauter. Ils pourront peut être me rattraper. Je saute. Je chute …

Je me réveille en sursaut, mon réveil imitant la sirène des pompiers de mon cauchemar. C’était aussi dur que le rêve chez le psychologue, et je crois qu’il me doit une explication. Je déambule dans l’appartement, pas encore tout à fait réveillée, poursuivie par l’odeur de brûlé, réminiscence de mon songe. Je me prépare une infusion, une boisson qui me permet de retrouver mon calme contrairement au café. Il me faut prêt d’une heure pour prendre un petit déjeuner et une douche, encore une preuve de ma mollesse matinale. J’enfile des vêtements avant de retourner dans la chambre pour récupérer mon carnet d’adresse et de numéros, mais une douce odeur flotte derrière la porte.
Des bougies. Quatre bâtons de cires trônent sur mon meuble, des petites flammes dansant sur leurs pointes. Qu’est ce qu’elles font ici ? Je n’en ai jamais eu chez moi, et je ne veux pas en avoir. Je dois encore rêver, il est impossible qu’elles soient apparues. Je suis toujours endormie ou quelqu’un est à l’intérieur, mais cette perspective n’est pas plus rassurante. Je préfère vérifier en faisant le tour de l’appartement mais rien, je suis seule avec ces quatre petites sources de lumières dont la présence m’angoisse. Elle ne devrait pas être là, cette certitude m’obsède et me terrifie, je ne peux pas m’en détacher, je ne peux pas penser à autre chose, leur présence est un calvaire, je ne veux plus les voir. Je veux qu’elles disparaissent.
Je cède à mes sentiments contre ces bougies, les balayant de la main dans un geste de rage. Mes doigts heurtent les chandelles, me confirmant leur réalité dans la douleur. Je ne rêve donc pas. Elles atteignent le sol et enflamme aussitôt la moquette, avant de s’attaquer au papier peint. En quelques secondes à peine je me retrouve face à un mur de flammes me retirant tout espoir de m’échapper par la porte. Un regard vers la fenêtre me confirme qu’elle aussi m’est désormais inaccessible. Une langue de feu vient me caresser la main et attaquer mes nerfs. Sous le choc et la stupeur, j’hurle avant de courir me réfugier dans le coin le plus éloignés de la chambre. Je serre ma main encore en proie à des picotements, avant de m’asseoir sur le sol et de fermer les yeux. J’entends encore les craquements de la moquette et le papier peint qui se tord, le souffle chaud qui s’approche de moi petit à petit. Les larmes se mettent à couler. J’ai la tête qui tourne, je ne peux plus en supporter d’avantage, je vais sûrement mourir asphyxier. Je m’écroule.

Je sens qu’on me relève avec douceur et précaution. Quelqu’un tente de parler mais ses paroles sont comme un sifflement inaudible. J’ouvre les yeux difficilement, reprenant lentement le contact avec la réalité. François, mon voisin de palier, se tient devant moi avec un air inquiet sur le visage. Je lui fait signe que tout va bien, et il recommence à parler, rassuré.

— Je vous ai entendu crier alors je me suis débrouillé pour entrer et venir voir si vous n’aviez pas un problème. Je vous ai trouvé évanoui sur le sol alors que votre moquette commençait à brûler.

Il continue d’exposer ses agissements pendant encore quelques minutes, mais je ne l’écoute plus. Je regarde le sol, et je me souviens des derniers évènements, la bougie, puis les flammes. Mais il n’y a aucune trace d’un brasier, pourtant, les quatre cierges sont toujours présents, le dernier renversé et ayant laissé une trace de calcination. Je ne peux plus distinguer rêve et réalité.
Je renvoie François chez lui après l’avoir remercier, un peu sèchement, mais la situation est trop folle pour que je puisse me permettre de perdre du temps. Camille attendra, je dois comprendre ce qui m’arrive. Je compose le numéro de la clinique du docteur Valence, bien décidée à savoir ce qu’il m’a fait.

— Le numéro que vous demandez n’est pas attribué, veuillez…

C’est impossible ! Je prends la route aussitôt, repensant à mes dernières journées, mais c’est peine perdu dans mon état d’excitation. Les seules images qui me parviennent sont celles des flammes. J’arrive finalement devant le bâtiment où à eu lieu mon premier cauchemar, les souvenirs de cet événement refaisant douloureusement surface. Je descends de la voiture sans chercher à la placer autre part que sur le trottoir et je me précipite vers la porte. Tout est clos et aucun prospectus sur la vitre ne semble indiquer ce qu’il est advenu de la clinique.
Je retourne à la voiture pour y prendre de quoi briser une vitre, bien décidée à entrer dans le bâtiment, quand, en ouvrant la boite à gant, j’aperçois sur la banquette arrière les trois bougies restantes.

Je pénètre dans le bâtiment, pleine d’appréhension et de détermination. L’aspect est maintenant très différent de ce que j’ai pu apercevoir à travers la fenêtre. Les murs et le sol sont noircis, alors que l’odeur acre de la calcination est encore présente dans l’air. Des bougies sont allumés, dans l’embrasure de chaque porte et dans le croisement de chaque couloir, me donnant la terrible sensation d’être suivie à la trace. Quand le grondement d’une flamme naissante se fait entendre loin derrière moi. Je sens la température qui augmente graduellement, alors que je presse le pas, jetant des regards à droite et à gauche, tentant de trouver un lieu qui pourrait me mettre à l’abri. Des gouttes de transpirations se mettent à couler le long de mon cou. Le souffle de l’oxygène engloutie me parvient, de plus en plus puissant. Le craquement des objets déchiquetés par le brasier me torture, alors que les premières lueurs des flammes remplacent peu à peu la lumière du jour.
La fumée s’élève au dessus de ma tête, alors que les premières langues de feu tentent de m’atteindre. Je cours, désespérément, l’espoir de passer par une fenêtre s’est envolé, je serais morte avant de m’être hisser. Il évolue de plus en plus rapidement. Moi, je m’épuise, et il ne me reste qu’une ultime porte. Je me jette dessus sans penser au choc. Je frappe de toute mes forces et de tout mon poids, mais elle reste close. Je baisse les yeux, en m’abandonnant aux larmes, et j’aperçois au sol, une bougie dont la mèche est éteinte.

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Killing folks is easy, being politically correct is a pain in the ass... Achmed, The Dead Terrorist

I will draw you, Saruman,  as poison is drawn from a wound.
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-Je... Je n'arrive pas à y croire ! -C'est pour ça que tu échoues...
Star Wars, Episode V, L'Empire Contre-Attaque

Vous avez un nom qui commence comme une caresse et fini comme un coup de cravache. Cocteau à Marlène Dietrich


Dernière édition par Niko le Mer 4 Mai 2011 - 23:53, édité 1 fois
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Niko
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MessageSujet: Re: concours n°23 - les votes   Mer 4 Mai 2011 - 23:50

texte 2


Mes parents ne sont plus mes parents.


Ils ont été remplacés par des doubles au regard vide, qui leurs ressemblent presque parfaitement. Ils ont la même voix, le même visage. Ils portent les mêmes vêtements. Le matin ils se lèvent pour aller au travail, ils nous font à manger, viennent nous chercher à l’école le soir… Je suis le seul à m’apercevoir de tout les détails qui clochent.
Ce matin j’ai surpris la chose censée être mon père dans la salle de bain. La porte était entrouverte. Il tenait son rasoir dans une main, et le contemplait d’un air étonné comme s’il ne se souvenait pas à quoi il pouvait bien servir. Après l’avoir fait tourner longtemps dans sa main, sans même mettre de mousse, Il a posé la lame contre sa joue, et a appuyé. Trois gouttes écarlates se sont écrasées sur la porcelaine blanche du lavabo. Un sang poisseux, trop foncé, presque violet.
J’ai dû me couvrir la bouche des deux mains pour ne pas hurler.
Mon « père » a enfoncé la lame encore un peu plus. Sa joue s’est presque ouverte en deux. Le sang coulait à flot.
Je me suis enfui vers la cuisine. S’il avait su que je l’avais vu, je ne sais pas ce qu’il m’aurait fait.
Il est arrivé au petit-déjeuner avec un gros pansement et s’est assis comme si de rien n’était. Moi j’avais le nez dans mon bol, trop terrifié pour oser le regarder.
De l’autre côté de la table, ma petite sœur souriait, coiffant inlassablement les cheveux de son horrible poupée grimaçante. Comme toujours elle chantonnait :
- « La reine des poupée a beaucoup d’amis. Ils viendront te manger quand tu seras endormi… »

Je savais bien que ce déménagement était une mauvaise idée.

***

Mon père avait enfin réussi à trouver un appartement assez grand pour toute la famille à un prix que nous pouvions payer.
Il nous avait expliqué avec fierté qu’il avait été le seul à oser le visiter. L’immeuble était resté à l’abandon depuis presque dix ans, à cause d’une terrible invasion d’araignées. Il y en avait des milliers : des grosses, des petites, des poilues, des à longues pattes ; dans toutes les pièces, dans les murs… Rien que pour entrer dans l’immeuble, raconta mon père, il avait dû dégager plusieurs mètres de toiles.
L’ancien propriétaire était un vieux monsieur un peu fou qui élevait des insectes ; à sa mort ses pensionnaires s’étaient échappés, obligeant les autres locataires à partir.
Papa n’était pas du genre à se laisser impressionner par si peu. L’immeuble était vieux, l’appartement un peu défraichi, mais grand et bien éclairé. Il avait négocié le prix au plus bas, et signé. La meilleure des compagnies d’exterminateurs était venue. Ils avaient installés partout de gros diffuseurs de poison. Après un mois de nettoyage intensif, nous avons pu emménager.

J’aurais dû être content de partir. Notre appartement d’avant était grand comme une demie cage à lapin. J’allais avoir ma propre chambre et ne plus être obligé de tout partager avec ma sœur. J’allais avoir un garage à vélo, un bout de jardin et pouvoir aller à l’école à pied... Malgré tout, j’étais un peu triste, à cause des araignées. Elles étaient chez elles. Elles ne nous avaient rien fait, et je trouvais un peu injuste de devoir les tuer juste pour que nous puissions nous installer à leur place.
Je n’ai jamais compris pourquoi les gens ont peur des araignées. Elles font de si jolies toiles et chassent avec tellement de patience et d’application… Moi, je les admire. Quand je serai grand je rêve de pouvoir devenir arachnologiste – un mot que j’aime énormément – pour pouvoir les étudier et les protéger.

Je n’aurais pas su dire exactement pourquoi, mais le nouvel appartement me mettait mal à l’aise. J’avais l’impression étrange en arrivant d’être observé, même… attendu. Nous étions les seuls habitants Les couloirs de l’immeubles étaient silencieux et vides. Tout avait été parfaitement nettoyé à l’intérieur, mais les murs avaient conservé un discret parfum de poison à araignée qui ajoutait encore à mon malaise.
J’avais la certitude que je ne me sentirais jamais chez moi ici.

Ma mère en portant les cartons m’avait demandé pourquoi je faisais la tête. Je lui avais expliqué. Elle avait soupiré que de toute façon, je n’étais jamais content et que je ferais mieux d’aller porter mes affaires dans ma chambre plutôt que de raconter des bêtises pareilles. Ma fayotte de petite sœur était arrivée à ce moment là en sautillant. Elle, précisa-t-elle avec un grand sourire hypocrite, elle était très heureuse d’être ici.

Je lui tirai la langue et partis me réfugier dans ma chambre, le cœur lourd.

Heureusement, alors que je rangeais mes vêtements, je fis une découverte qui me remonta le moral. Le placard était creusé dans le béton du mur. En me penchant à l’intérieur, j’aperçus un petit compartiment, dissimulé par un panneau coulissant. Je l’ouvris avec curiosité et souris jusqu’aux oreilles. Cinq araignées se tenaient cachées là, timidement réfugiées autour d’une toile maladroite. Elles se figèrent quand la lumière inonda le compartiment. Elles étaient grosses comme des bébés souris, couvertes d’une fourrure noire qui avait l’air toute douce, d’où sortaient huit petits yeux brillants tous fixés sur moi. Sans doute les dernières survivantes du terrible massacre qui avait décimé leur peuple.
Elles semblaient si mignonnes et fragiles. J’avais l’impression qu’elles se demandaient en tremblant si j’étais venu finir le travail. Jamais !
Je refermai prudemment le panneau, un grand sourire aux lèvres. Mes parents avaient toujours refusés que j’aie un animal de compagnie. Je venais d’en adopter cinq, et ils ne le sauraient jamais.
Je passais l’après midi dans le jardin à chasser des insectes pour nourrir mes nouveaux amis.

Notre vie reprit son cours habituel. Je me fis de nouveaux amis à l’école du quartier. Je me disputais avec ma sœur de temps en temps. Le week-end nous allions à la piscine, voir de la famille, à la campagne, faire du vélo… Plusieurs semaines passèrent ainsi.
Mes araignées se portaient très bien. Je leur avais fait un terrarium, avec un vieil aquarium trouvé dans une poubelle, un peu de terre et des plantes du jardin. Je leur portais à manger une ou deux fois par jour, et les regardait construire des toiles de plus en plus complexes, de plus en plus jolies.
Je finis par m’habituer à ma nouvelle maison et oublier mon mauvais préssentiment.

Et puis ma sœur rapporta un soir sa nouvelle poupée à la maison.

Elle arriva au diner en la tenant serrée dans ses bras. Le jouet avait un visage de bébé un peu inquiétant, figé dans un sourire trop large pour être rassurant, des yeux bleus très brillants et une vieille robe blanc-sale élimée.
Maman demanda évidemment où ma sœur avait trouvé son nouveau jouet. Elle répondit avec un grand sourire que sa meilleure amie lui avait offert.
Elle mentait. Je le sus immédiatement à sa façon de cligner des yeux.
Ma petite sœur était une sacrée petite peste et nous étions alors ennemis en tout. Je ne supportais pas ses manières hypocrites et son caractère de gamine gâtée. Elle était toujours à jouer les gentilles filles sages devant les adultes, mais devenait une vraie terreur autoritaire dés qu’ils avaient tourné le dos. Elle n’avait pas d’amies, seulement des servantes qui devaient payer d’une soumission absolue l’honneur de passer du temps en sa présence.
Elle me détestait parce j’échappais complètement à son autorité et surtout parce que j’avais toujours été capable de deviner quand elle mentait. Elle pouvait faire croire ce qu’elle voulait aux parents, mais pas à moi.
Depuis tout petits, nous nous menions une guerre sans merci.
- Tu mens, dis-je tranquillement.
Ma sœur tapa sur la table et me jeta un regard venimeux.
- Espèce de sale petite araignée ! explosa-t-elle.
Je me figeai, est ce qu’elle savait pour mes amis dans le placard ?
- Les enfants, intervint Papa, on ne se dispute pas à table !
- On ne se dispute pas tout court ! corrigea maman.
Le reste du diner se passa en silence. Ma sœur garda sa poupée serrée contre elle d’un bout à l’autre, lui glissant des petites phrases à l’accent haineux, trop bas pour que je puisse comprendre.
Au moment de se lever de table, je passais à côté d’elle et j’entendis qu’elle chantonnait une petite ritournelle enfantine :
- « La reine des poupée veut être mon amie. Elle m’a tricoté un nouvel habit… »
Ah les filles…

Ce soir là, après avoir vérifié que mes araignées se portaient bien dans leur placard, j’eus beaucoup de mal à m’endormir. À chaque fois que je fermais les yeux, un discret grattement me réveillait. Comme les pas d’une petite chose qui se serait déplacé dans les murs, doucement, tout doucement…

Papa arriva au déjeuner le lendemain les mains noires de terre.
- Je crois que nous avons des rats, annonça-t-il, et des gros. Ils ont creusé un sacré trou à la cave.
Ma sœur, qui gardait son horrible poupée serrée contre elle, se tendit un peu. Aucun doute, elle cachait quelque chose. En la titillant un peu, j‘aurais sans doute pu lui arracher la vérité, mais j’avais plus important à faire :
- J’ai entendu des bruits dans les murs hier soir, rappelai-je.
Papa hocha gravement la tête.
- J’achèterai des pièges. Tu viendras m’aider tout à l’heure à réparer les dégâts.
J’étais tellement fier d’être autorisé à accompagner mon père, j’en oubliais ma sœur et ses cachotteries.

Les rats devaient effectivement être très gros. Ils avaient brisés plusieurs dalles, et laissé dans le sol un trou large comme deux fois ma main. Papa me chargea de ramasser et balayer les débris pendant qu’il préparait le ciment.
Il y avait du travail, certains des morceaux avaient été projetés très loin du trou. L’un d’entre eux avait même de très profondes empreintes de dents sur le rebord. J’osais à peine imaginer la taille des « rats » capable de faire ça.

À partir de ce jour-là, ma sœur ne se rendit plus nulle part sans sa poupée. Ma mère devait lui crier dessus pour qu’elle la lâche le temps de prendre son bain. Elle était toujours en train de chantonner aussi, mais se taisait dés qu’elle me voyait. Un matin en m’habillant je réussis à surprendre quelques mots :
« La reine des poupées avait beaucoup d’amis. Ils seront bientôt de retour aussi... »

Malgré tous les pièges que mon père installa, les grattements dans les murs ne cessèrent pas. Tout les soirs, les bruits revenaient, un peu plus forts, un peu plus insistants. Allongé dans mon lit, j’imaginais une petite chose griffue rampant autour de ma chambre, et se creusant de nouveaux tunnels…

Ma sœur se mit à se plaindre souvent de s’être fait mordre par des araignées. Mon père installa de petits diffuseurs d’insecticide dans sa chambre mais, comme pour les rats, rien n’y fit. Tout les matins, elle arrivait à la table du petit déjeuner en tapant des pieds et en montrant ses bras soit disant marqués.
- Papa, j’ai encore vu une araignée ! Si tu m’aimais vraiment tu trouverais un moyen de t’en débarrasser.
- Princesse, soupirait papa, arrête de hurler s’il te plait, je fais de mon mieux.
Ma sœur se renfrognait en serrant sa poupée contre elle,
- Je vous déteste tous ! répliquait-elle en piétinant.
J’étais à la fois content de voir mes parents enfin réaliser quelle sale peste était vraiment ma sœur, mais aussi un peu inquiet pour elle. Il y avait vraiment quelque chose qui n’allait pas, nous le sentions tous.

Quelques semaines passèrent encore. Je m’amusais de plus en plus avec mes araignées. L’une d’elle avait eu des petits, qui restaient bien sagement perchés sur son dos. Quand je passais les voir, elles sortaient de leurs cachettes pour me dire bonjour. J’avais presque l’impression qu’elles m’étaient reconnaissantes de m’occuper si bien d’elles.

Un soir les grattements se firent plus forts que jamais. J’avais l’impression qu’une armée de « rats » se couraient après dans les murs et dans le plafond. Même en me couvrant la tête de mon oreiller je n’arrivais pas à les ignorer.
Je me relevai, pour aller boire un verre d’eau. Sur le chemin, je passai devant la chambre de ma sœur. À travers le panneau de bois, je l’entendis chanter :
- « La reine des poupées a déjà bien grandi, encore quelques bouchées, et de bon appêtit. »
Elle ne se lassait donc jamais !
J’allais partir, mais une seconde voix répondit en chantant elle aussi.
- « Ma petite poupée est vraiment bien jolie. Je te promets que je serai toujours ton amie… »
La voix ressemblait tellement à celle de ma sœur, que j’aurais pu m’y laisser prendre, mais les mots avaient un accent un peu étrange. Comme s’ils sortaient d’une bouche qui n’avait pas tout à fait la bonne forme pour prononcer des paroles humaines.
Je collai mon oreille à la porte, le cœur battant.
- Demain ma poupée chérie, susurra la même voix, demain nous serons libres. Les vilains seront tous punis.
La chanson reprit, mais il n’y avait plus que la voix jubilante de ma sœur.
« La reine des poupées a beaucoup d’amis. Ils sont venus manger tout ceux qui ne sont pas gentils… »
Je tendis la main vers la poignée de la porte, mais j’étais trop terrifié pour l’ouvrir. Je m’enfuis en courant.

Le lendemain matin, mes parents n’étaient plus mes parents.

J’arrivai dans la cuisine et remarquai immédiatement que quelque chose n’allait pas. Ma sœur était assise à table et souriait sincèrement pour la première fois depuis plusieurs semaines. Son horrible poupée grimaçante trônait à côté d’elle sur une vieille chaise haute de bébé.
Une femme faisait cuire des crêpes dans la cuisine. Une femme qui avait le visage de ma mère, sa taille, ses vêtements, sa voix… mais ce n’était pas elle. Je le devinai immédiatement au regard vide et sans émotion qu’elle porta sur moi.
Un homme entra. Il avait le visage de mon père, mais il marchait d’un pas lent et maladroit, alors que mon papa lui sait toujours où il va. Il commença à asperger les recoins de la cuisine avec deux bombes d’insecticides.
- Qui.. Qui êtes vous ? bredouillai-je en tremblant.
Les deux adultes se figèrent dans leur tâche. Ils se retournèrent très lentement vers moi. Leurs mouvements manquaient de naturel, comme s’ils étaient tirés par des fils invisibles de marionnettes. Deux paires d’yeux morts et vides se fixèrent sur moi.
- Je suis ta maman, dit la chose avec le visage de ma mère.
- Je suis ton papa, dit la chose avec le visage de mon père.
Ils firent tout les deux en même temps un pas vers moi. La menace était très claire. Je reculai.
- Oh… bégayai-je en me forçant à sourire. Bien sûr. Je suis bête….
Les deux « choses » oublièrent ma présence immédiatement, et se remirent à leurs travaux.
Ma « mère » apporta à table une grosse platée de crêpes. Je n’avais pas faim. Ma sœur ricana cruellement en se servant deux fois.
- « La reine des poupée a un grand appêtit. » chantonna-t-elle. « Toi qui l’a ennuyée, elle te mangera aussi… »
Les deux adultes fredonnaient pour l’accompagner.
Le repas à peine fini, j’attrapai mon sac à dos, et déguerpis à l’école.

Mes nouveaux « parents » faisaient à peine attention à moi, trop occupés à obéir aux quatre volontés de ma sœur. De jour comme de nuit, mon « père » pourchassait les araignées jusque dans les moindres recoins du jardin. Heureusement il ne s’approcha pas de ma chambre. Ma « mère » passait ses journées à cuisiner et à coudre de nouveaux vêtements pour ma sœur et sa saleté de poupée, dont le sourire semblait un peu plus large à chaque fois que je la croisais.
Je restais reclus dans ma chambre autant que je pouvais. Les grattements dans les murs s’étaient fait de plus en plus forts, de plus en plus proches. Je voyais parfois le platre tomber, quand un « rat » particulièrement gros se frayait un passage. Le bruit de l’horrible chanson de ma sœur résonnait à travers les couloirs dés que la nuit tombait.

Une seule idée tournait encore dans ma tête : Je devais retrouver mes parents ! J’ignore combien de temps s’était passé. Je sais juste qu’un jour, tremblant de peur, je partis affronter ma sœur.
J’ouvris d’un coup sa porte, sans frapper, avec pour seule arme ma raquette de tennis.

La chambre était remplie de poupées, sales et vieilles. Toutes me tournaient le dos. Elles étaient installées en cercle autour d’une chaise haute de bébé sur laquelle trônait la poupée originelle. Ma sœur était allongée par terre sur le ventre, le visage pâle, comme endormie.
J’approchai doucement, osant à peine respirer. La poupée me suivit du regard.
- Petit garçon… chuchota une voix qui semblait venir de partout à la fois.
Je me figeai.
- Qui… Qui êtes vous ? articulai-je.
Le sourire de la poupée s’élargit lentement.
- Je suis la reine de poupées.
Le chuchotement avait des accents étranges, inhumains, impossibles.
- J’ai été si longtemps prisonnière des toiles. Tellement de temps dans le noir et dans le froid. Personne pour me regarder. Personne pour m’admirer. Personne pour jouer avec moi… Mais les gardiens sont partis ! Mainteant je suis revenue, et j’ai faim, faim, faim !
Je levai devant moi ma raquette, le cœur battant à tout rompre.
- Je veux que vous me rendiez mes parents ! hurlai-je.
- Tes parents ?
La poupée ouvrit lentement la bouche, révélant une centaines de dents noires, fines, et longue.
- Je les ai mangés ! hurla-t-elle en sautant vers moi.
Sa mâchoire se referma sur ma raquette, en arrachant près de la moitié. Elle recracha les copeaux au sol avec dégout.
Toutes les peluches de la pièce se mirent à ramper vers moi, gémissant en coeur.
« La reine des poupées… »
Je m’élançai !
Dans le couloir, mes deux « parents » bloquaient la sortie. Je sautai sur le côté et me réfugiai dans ma chambre, claquant la porte derrière moi et tirant le loquet.
La fenêtre ! Nous étions au deuxième étage, mais je pouvais peut être réussir à…
Mon regard tomba sur le placard. Je ne pouvais pas abandonner mes araignées. J’eus à peine le temps d’ouvrir le panneau secret, que la porte derrière moi explosa. La reine des poupée traversa les débris, rampant lentement comme un bébé mal formé.
- Tu ne peux pas fuir petite bouchée ! chuchota-t-elle. Je vais te manger !
Elle approchait toujours plus près, cliquetant des dents. Derrière elle la foule de jouets suivait.
Sans réfléchir, je tirai devant moi le terrarium. Le verre sous mes doigts se mit à vibrer et explosa soudain. Une nuée d’araignée jaillit et envahit la pièce.
Le reine des poupées voulut s’enfuir, hurlant de terreur.
- Les gardiens !
Elle disparut, sous la masse grouillante d’araignée. Je sentis une petite piqure à la base de mon cou, et je perdis conscience.

Je me réveillai quelques heures plus tard allongé dans le jardin. Le soleil se couchait. Mon corps m’obéissait à peine. L’immeuble entier était recouvert d’une épaisse couche de toiles d’araignées.
À coté de moi, ma sœur était encore endormie, pale, tremblante, chantonnant doucement :
« La reine des poupées est à nouveau endormie, les araignées sont là, et elles te remercient… »

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Niko
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MessageSujet: Re: concours n°23 - les votes   Mer 4 Mai 2011 - 23:50

texte 3


Ombre et lumière

Un reflet dans la nuit. Thomas s’arrêta net scrutant l’obscurité. Il était trois heures quarante du matin, et il se rendait à son travail à pied. Cherchant quel était le reflet qu’il venait de voir, il vit une ombre se déplacer en direction du passage à niveau qui marquait le début de la zone industrielle. Il sursauta, son cœur s’emballait. Le sang battait si fort à ses tempes que Thomas pouvait l’entendre résonner dans sa tête. Tout était très sombre autour de lui. Il distinguait des formes au sol et dans les arbres. Son imagination fonctionnait à plein régime et Thomas se mit à discerner des visages dans les ombres. Le silence de la nuit devenait le principal ennemi de Thomas. Le danger pouvait venir de partout à la fois. Soudain, un bruit dans un buisson sur sa droite attira son attention. Il plissa les yeux et parvint à distinguer un petit lapin qui fuyait.
— Hé bien mon gars, ce lapin t'a fichu une belle frousse ! pensa-t-il.
Thomas, vingt-sept ans, habitait depuis toujours dans la petite ville de Bourogne dans le Territoire-de-Belfort et avait trouvé un poste dans une petite entreprise de visserie locale. Amateur de surnaturel, il dévore depuis l’adolescence les romans d’épouvante et ne rate aucun film qui parle d’esprit, de monstre et autres créatures peu recommandables. Il paie aujourd’hui cette vénération du fantastique par une méfiance exacerbée de l’obscurité. Plusieurs jours durant, lorsqu’il franchissait le passage à niveau l’impression d’une présence dans l’obscurité s’intensifiait peu à peu dans son esprit.
— Thomas, hé !
Tiré de ses pensées, Thomas sursauta. Son collègue et ami Danny -son prénom était Daniel, mais les surnoms ont tendance à prendre le dessus — venait d'arriver. Après avoir rangé son vélo dans l'enclos juxtaposant le parking, il était venu saluer Thomas. Danny, qui avait pris pour habitude de taquiner Thomas sur ses convictions du surnaturel, lui raconta une nouvelle anecdote.
Il expliqua à Thomas que sur son trajet le long de la route il avait été attiré par une silhouette dans les bois. Thomas connaissait le caractère moqueur de son collègue, une fois encore, il resta indifférent et préféra continuer sa journée normalement. Mais son instinct criait depuis les profondeurs de ses entrailles : Danny avait peut-être vraiment remarqué quelque chose. Après tout, avec la fréquentation de cette route tout au long de la journée et de la nuit, si une chose était dans l’ombre une personne l’aurait vue et signalée. Il se trompait.
Afin de ne pas sombrer dans la folie et être pris pour un aliéné, il décida de ranger cette histoire dans un coin de sa tête. Lorsqu’il sorti du travail épuisé, il était déjà tard et la nuit était tombée. Les bruits les plus anodins lui semblaient annonciateurs d’un terrible évènement. Il savait qu’il allait devoir passer par les ténèbres du passage à niveau et son cœur battait à tout rompre à cette idée. Il croisait les doigts pour que rien d’anormal ne se passe, mais il remarqua une silhouette affalée à une barrière longeant la voie ferrée.
— Qu’est-ce que… ?
Les mots s’étouffèrent dans sa gorge lorsqu’il distingua le corps d’une femme, les deux bras agrippés à la barrière — comme si elle était tombée en courant, pensa-t-il. Danny avait vraiment vu quelque chose. S’approchant, poussé par une curiosité morbide, il découvrit que les jambes de la femme avaient été arrachées. L’os le plus solide du corps humain — le fémur — était pulvérisé et une marre de sang s’étendait au pied de la barrière. Des morceaux de chair, d’os et de muscle jonchaient le sol. Un quartier de ce qui devait sûrement être un quadriceps tressauta mollement une fois avant de rester immobile. Devant un spectacle aussi répugnant, Thomas vomit. Il étala ses entrailles sur le sol. Terrorisé, Thomas décida d’appeler anonymement les autorités pour ne pas avoir à répondre à leurs questions.
Le lendemain, la presse locale titrait : « Ville tranquille et mort violente ». L’article ne lui apprenait rien de plus que ce qu’il avait vu et il décida de profiter de son weekend pour aller voir sur les lieux s’il remarquait quelque chose d’inhabituel. La zone n’était pas surveillée et il put enjamber le bandeau « gendarmerie nationale – ne pas franchir » sans difficulté. Il débuta ses recherches sans perdre de temps et s’aperçut rapidement que les seules traces présentes menaient directement à la victime qui étaient encore là, le corps refroidissant peu à peu, il y à quelques heures. La sensation d’une présence se faisait toujours ressentir, comme si quelqu’un l’épiait tapi dans les buissons ou derrière un arbre. Le soleil commençait à baisser sur l’horizon et ses rayons orangés étiraient les ombres. L’une d’elles plus que les autres. Mais Thomas ne remarqua rien.
Un bruissement. Des petits pas rapides. L’oreille de Thomas perçut ces bruits et tressauta ce qui tira Thomas de ses réflexions sur cette mort. Il fit volte-face et vit une bête d’environ un mètre de haut au poil très noir foncer sur lui. Sans réfléchir, il se mit à courir. Longeant la voie de chemin de fer, il jeta un regard derrière lui et put apercevoir quelques voitures sur la route, mais personne ne le remarqua. L’air commençait à lui manquer, ses poumons et ses jambes, peu habituées à un effort aussi violent, envoyaient une douleur vive dans tout son corps. Thomas mit ses ultimes forces dans un sprint infernal et trébucha sur quelques morceaux de bois. Ses membres complètement endoloris, il eut beaucoup de mal à se remettre debout. Son cerveau émergea peu à peu de la brume, conséquence de son effort, et attendit l’assaut de la bête. Après quelques secondes, Thomas ouvrit finalement les yeux et balaya les environs du regard.
Il était maintenant dans le champ après la petite forêt qui longeait la zone industrielle. Seule preuve visible de la présence humaine, la voie ferrée traversait le champ et disparaissait plus loin dans une pente douce. Thomas savait aussi que la route nationale se trouvait au Nord, derrière la petite colline qu’il voyait de sa position. Content d’être sain et sauf et simplement fatigué, il était désormais certain que tout ceci n’était en aucune façon le fruit de son imagination fertile. Encore sous le choc de sa course poursuite, il décida de rentrer chez lui afin de soigner les écorchures qu’il avait au coude et à la jambe. La plaie saignante sur son avant-bras méritait elle aussi quelques soins. Des petits graviers s’étaient logés dans la plaie, Thomas essayait de les retirer le long du chemin du retour. Lorsqu’il tirait pour dégager les graviers, de petits lambeaux de peau se détachaient, une douleur explosait dans son crâne calmant son envie de les extirper tout de suite. Il rentra, se soigna et parti se coucher, les nuits qui suivirent son agression furent agitées.
— Non ! Nooooon !
Un bruit déchirant d’os qui se craquelle. Thomas se réveilla en sursaut. Le même cauchemar pour la troisième fois. Toujours poursuivi par cette bête sans nom — il avait fait de nombreuses recherches sur internet et dans diverses encyclopédies sans rien trouver — il se faisait rattraper et arracher les jambes. Il commença sa journée comme toutes les autres, petit déjeuner avec son jus d’orange et sa brioche, puis se lava et se rasa. Il eut soudain une intuition, attendre que l’animal se montre en restant caché. Ses horaires du matin lui permettant de finir à treize heures, il avala rapidement un sandwich après le travail et se mit en quête d’une cachette pour son plan. Après une bonne demi-heure à observer les alentours du passage à niveau, il remarqua une ombre qui ne se déplaçait pas en fonction de la course du soleil, mais qui suivait les déplacements des personnes passant à proximité. Intrigué il s’approcha doucement. Arrivé de l’autre côté de la route, il remarqua un homme qui fixait la même direction que lui. Thomas décida de rester à couvert le temps que l’homme s’en aille.
De là où il était placé, Thomas pouvait voir tous les gestes de l’homme ainsi que l’ombre tendue vers lui. L’étranger prenait des notes, faisant les cent pas, inspectant les arbres, la route, la voie ferrée et la barrière. Thomas savait qu’il y avait encore des éclaboussures de sang dessus, mais ne pouvait que les deviner à cette distance. Comme l’homme s’éloignait derrière quelques arbres, Thomas porta son regard sur l’ombre qui bougeait anormalement plus tôt. Celle-ci avait repris sa position naturelle dans l’axe des autres. Thomas constata quand même qu’il s’agissait d’une ombre sortie de nulle part. Aucun obstacle ne créait cette ombre, les deux à côté étaient créées respectivement par un arbre et par la cheminée de l‘usine d’incinération du département. Soudain, Thomas sentit son bras droit tiré violemment en arrière. Son corps entier partit en avant et il perdit l’équilibre. Il s’étala par terre et put empêcher sa tête de heurter le sol grâce à son autre main.
— Qui es-tu ? Pourquoi m’espionnes-tu ? demanda une voix rauque
Thomas comprit qu’il s’agissait de l’homme qui étudiait l’ombre.
— Mais lâchez-moi ! Vous êtes taré !
— Réponds !
L’homme, qui avait surgi derrière et Thomas et le tenais maintenant à terre avec une solide clé de bras, serra encore plus sont étreinte. D’une voix gémissante Thomas répondit :
— Thomas ! Je m’appelle Thomas.
— Tu suis aussi l’adspectus umbra ?
— Le quoi ?
— L’ombre qui fait des trucs bizarres.
— Oui, elle a essayé de m’attaquer et je me suis échappé par les champs en traversant le bois, répondit Thomas heureux de pouvoir en parler à quelqu’un.
L’étranger était plus grand que Thomas — qui mesurait déjà un mètre soixante-dix-huit. Il était vêtu simplement d’un jean délavé — par le temps et non par la mode — et une veste en cuir de motard. Il décida finalement de lâcher Thomas qui se releva et entreprit de masser son épaule endolorie. En regardant, cet homme Thomas eut des frissons le long de l’échine, une impression de force terrifiante se dégageait de l’homme.
— Je ne connais toujours pas votre nom ? interrogea Thomas ragaillardi par le fait d’être enfin libre.
— Appelle-moi simplement Michel. Tu dis que tu as échappé à l’umbra ?
Thomas hocha la tête en signe d’assentiment.
— Bien, si tu es là c’est que tu veux comprendre toute cette histoire, tu vas donc m’aider à tuer ce démon.
Avec ce que Thomas avait vu ces derniers jours, cette nouvelle ne l’étonna guère.
— Démon ? Expliquez-moi et arrêtez de jouer au mystérieux ! s’irrita Thomas.
Surpris par cet emportement soudain, Michel expliqua à Thomas ce qu’il voulait savoir. Pendant quelques minutes, cet homme étrange révéla à Thomas que l’ombre était en fait un démon se cachant et déplaçant dans l’obscurité. Depuis le début de l’ère de la vie, des formes de vie malveillante se nourrissent des populations plus faibles. Certaines ont évolué et ont peu à peu perdu leurs capacités. Les Hommes les ont acceptés, ils sont devenus les animaux. Mais les démons qui ont du continué à chasser des gibiers coriaces — comme l’être humain — on gardés leurs aptitudes. Invisibilité, prédiction, vitesse et force ne sont que quelques exemples. Malgré les questions incessantes de Thomas, Michel ne dévoila aucune information à propos de lui.
Le plan de Michel était fort simple : utiliser Thomas comme appât. En effet, il expliqua à Thomas que l’adspectus umbra choisissait ces victimes — pour des raisons qu’il ignorait, ce qui rendait la traque plus ardue — et qu’elle apparaissait sous sa forme corporelle que pour attaquer. Thomas, peu emballer par ce plan, tenta de trouver d’autres méthodes plus sures. Mais en s’appuyant sur les explications détaillées que lui avait fournies Michel, il n’en trouva pas d’autres qui purent s’avérer efficaces. Ils décidèrent de mettre à exécution leur stratégie le lendemain.
Thomas était terrorisé, son expérience avec l’umbra l’avait marquée. Sur les conseils de Michel, il longea la voie ferrée. Aux aguets, son cœur s’emballait à chaque craquement d’une brindille ou lors d’une bourrasque qui faisait trembler les feuilles des arbres à sa droite. L’impression d’une présence cachée hantait de nouveau son esprit. Les images du corps de la femme apparurent dans sa tête. Son être entier s’était paralysé par la peur. Il savait au plus profond de lui qu’il ne s’en sortirait pas, il douta soudain de tout ce qu’il avait pris pour sur. Comment savoir si les explications de Michel étaient vraies ? Peut-être était-il de mèche avec cette chose qui voulait le tuer ? Ses sens captèrent subitement une odeur de mort, qui fît renaître avec encore plus de force les images du cadavre contre la barrière. Chaque détail lui apparut décuplé. Son intellect explosait dans son crâne, cherchant à le tiré de sa torpeur et le pousser à bouger de là. Thomas était complètement à découvert à cinquante centimètres de la voie, heureusement peu empruntée en ce moment.
De son poste d’observation, Michel avait une vue globale de la voie ferrée. Il voyait nettement Thomas qui restait planté comme un piquet. Michel hésita à agir, le démon devait se trouver à proximité et ses attaques pouvaient être fulgurantes. Rester en mouvement pouvait s’avérer vital.
Thomas entendit un feulement enroué qui le ramena violemment à la réalité. Sa vie était en jeu, et s’il ne se décidait pas à agir rapidement elle serait plus courte qu’il ne l’espérait. Il chercha une ombre suspecte, un mouvement quelque part, derrière lui les premières ombres étaient à une vingtaine de mettre, trop loin pour représenter un danger immédiat. Reculant par petit pas, il perçut une silhouette à quatre pattes derrière les arbres et poussa un petit cri effrayé. Thomas se hâta, ses pieds manquèrent de peu de s’emmêler. Ses yeux grands ouverts examinaient toujours son environnement, dans un bref instant de lucidité il remarqua qu’il se dirigeait dans la mauvaise direction. Selon le plan de Michel, il devait revenir vers le passage à niveau, près de la cachette de son acolyte, mais par instinct il prenait le même chemin qui l’avait sauvé la première fois : vers les champs.
Toujours éloigné, Michel comprit que Thomas était bien trop effrayé pour mener correctement sa mission.
— Les humains sont si faibles parfois, pensa-t-il.
Comme la situation n’évoluait pas du tout à son avantage, il décida de changer de technique d’attaque. Thomas, qui maintenant avançait d’un bon pas en direction des champs, se retourna et vit Michel partir derrière les arbres. Se sentant soudain seul, ses yeux s’embuèrent il sombra de nouveau dans les méandres de son esprit. Il allait mourir seul, sans descendance. Il se sentait happer par la tristesse, comme un dépressif sa mort lui semblait brusquement la meilleure solution. Il eut l’impression de tomber dans un puits sans fond, lorsqu’il entendit Michel crier :
— Mais dégages de là idiot !
La bête était sortie de son ombre et se trouvait à quelques mètres de Thomas qui comprit instantanément que sa seule chance était d’attendre Michel. Il franchit d’un bon la voie ferrée et se retourna face à l’umbra. Il perçut les froissements de la veste en cuir de Michel qui, selon les estimations de Thomas, devait se trouver encore à une trentaine de mètres.
Il entreprit de faire une course de quelques pas vers la droite pour se rapprocher de Michel et qu’ils soient côte à côte pour affronter cette abomination. Mais dès qu’il s’élança, une douleur foudroyante le fit chuter, même Michel n’avait pas prévu que les pouvoirs de cette créature fonctionnaient déjà à deux ou trois mètres. Thomas se releva, les dents serrées, un craquement effroyable parcourut son corps. Il sentait sa hanche se craqueler lentement et la tête de son fémur gauche était certainement en miettes. Par la douleur, il eut l’impression — il espérait que ce ne soit qu’une impression — que tout son corps se disloquait, pas seulement la partie physique, mais aussi son âme. Il voulut fuir, mais ne put et vit la bête monter sur jambe, que son cerveau avait déconnectée de ses réceptions sensorielles pour ne pas exploser, et approcher sa gueule de son visage. Il pouvait sentir le souffle chaud et répugnant, et percevoir l’effluve des chairs en décomposition qui avaient transité dans cette carcasse. Il perdit connaissance, abandonnant son corps au démon.
Michel avait vu Thomas s’évanouir, il arrivait à hauteur de la bête lorsque celle-ci perfora la peau de la cuisse gauche de sa victime. Le sentiment de culpabilité le plus fort de sa vie envahit Michel. Il avait envoyé cet homme à une mort presque certaine, simplement pour chasser ce démon. Il tendit la main en haut et une lame de lumière apparut dans sa main, et transperça de part en part la cage thoracique de cet immonde monstre assoiffé de sang. La bête rugit, puis tomba dans un bruit étouffé au pied du ballast de la voie ferrée.
Thomas se réveilla cinq heures plus tard à l’hôpital de Montbéliard. Il put constater avec soulagement la présence de ses deux jambes et celle de Michel.
— Merci de m’avoir sauvé la vie Michel, dit Thomas d’une voix faible.
— C’est normal, tu étais là-bas par ma faute. Tout est réglé, l’adpectus umbra est mort, je l’ai brulé pour qu’il n’en reste rien, grâce à toi les habitants de Bourogne son tranquille. Je dois partir maintenant.
— Non attends, qui es-tu vraiment ? Comment as-tu tué cette bestiole ?
— J’ai certaines compétences en combat, j’ai de l’entrainement dans ce domaine. Là d’où je viens, je suis suis le chef d’une vraie armée. Si tu veux en savoir plus, lis la bible.
Et il disparut aussi brusquement qu’il était arrivé dans la vie de Thomas qui restait dans son lit, fixant maintenant, incrédule, la fenêtre devant laquelle se tenait Michel quelques secondes plus tôt.

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MessageSujet: Re: concours n°23 - les votes   Mer 4 Mai 2011 - 23:51

texte 4


Terreur Nocturne

Je suis l’ombre glacée à la limite de ton regard.
Je suis le tentacule de ténèbres qui te caresse dans le noir.
Je suis l’obscurité sans forme qui hante tes cauchemars.
Je suis…

***

Thomas se redresse brusquement dans son lit. Il tremble, baigné de sueur, la bouche sèche. Encore ce maudit cauchemar ! Au moins, cette fois, il n’a pas crié – et sa mère ne viendra pas, pas comme la dernière fois, où il avait hurlé et pleuré. Thomas s’en veut encore : à onze ans, on n’est plus un petit garçon et les mamans ne viennent pas la nuit pour consoler leurs fils.
Ce souvenir le fait rougir de honte. En plus, c’est idiot, il ne sait même pas vraiment de quoi il rêve ! Ca n’est pas comme s’il y avait d’horribles monstres couverts de sangs, ou d’affreux loups garous ricanants. Pas du tout, mais alors pas du tout.

Le garçon attrape la petite lampe de poche qu’il cache sous son oreiller et vérifie bravement le dessous de son lit. Il ne voit rien et soupire de soulagement. Quand même, on ne sait jamais, n’est-ce pas ?
Se mordillant la lèvre inférieure, Thomas réfléchit et commence à écrire dans son carnet. Il doit faire ça quand il sort d’un cauchemar, c’est sa maman qui le lui a dit : ça aide à faire sortir les mauvais rêves, lui a-t-elle expliqué un jour, en lui offrant ce petit calepin relié de cuir vert foncé – sa couleur préférée. Voilà ce qu’il écrit :

« Mardi 13 novembre, 23h17.
Encore un de ces affreux cauchemars ! Mais il est différent, un peu, c’est trop bizarre. J’étais encore dans cet endroit noir, qui n’est pas vraiment un endroit : il n’y personne, pas de maisons, rien. C’est noir et gris, avec très peu de lumière. Je marche sans m’arrêter. A un moment, j’ai peur : j’entends la voix (celle de d’habitude), mais elle ne me murmure pas la même chose qu’avant : elle ne me dit pas de venir avec elle.
Elle dit qu’elle est un tas de trucs qui vont m’attraper, et me faire mal. Ca file la frousse. Même si maman dit qu’un rêve, même un cauchemar, n’est qu’un rêve, j’ai quand même peur. Et alors, je me mets à courir, très vite !
Et comme toujours, je sens quelque chose de très froid me frôler le dos, et je me réveille ! Ce soir, je n’ai pas crié, j’ai été fort. Je ne suis plus un bébé !

Ps : rien sous mon lit. »

***

Je suis l’âme noire au fond de ta terreur.
Je suis la griffe d’ébène qui te déchire de l’intérieur.
Je suis la nuit sombre qui t’enveloppe de sa peur.
Je suis…

***


Les jours passent et Thomas refait le même cauchemar. Toutes les nuits, il se réveille, frissonnant de froid malgré la sueur qui coule dans son dos, tous les poils de son corps dressés par la terreur. Et il griffonne, il noircit son carnet de ses cauchemars. Il les couche sur le papier, il veut les sortir de lui. Un rêve, même un cauchemar, n’est qu’un rêve. Il se souvient des paroles de sa maman, il s’en souvient toutes les nuits, pour se rassurer.
Une semaine, exactement, après le mauvais rêve un peu différent des autres, voilà ce que note le garçon :

« Mardi 20 novembre, 22h57.
Encore ! Toutes les nuits, toutes. La voix me dit à nouveau qu’elle va me faire du mal, qu’elle sait que j’ai peur. Les jours d’avant, elle voulait que je vienne. Là, elle est beaucoup plus méchante ! Elle ne cherche plus à faire semblant d’être gentille, je crois.
Je ne comprends pas pourquoi je fais ces cauchemars. Je devrais peut-être le dire à quelqu’un ? Non, je suis un grand maintenant. Je dois combattre ma peur. »

Thomas s’interrompt : il a oublié de regarder sous le lit ! Aussitôt qu’il y pense, il se penche et braque sa petite lampe dessous.
Brusquement, il se pétrifie : deux yeux rouges brillent dans la lumière et le fixent d’un regard mauvais. Thomas hurle et bondit en arrière. Il les sent qui le transpercent, qui cherchent à atteindre son âme ! Fou de terreur, il recule encore. Le carnet vert est tombé au sol, ouvert. Les mots soudain se détachent du papier et se mettent à tourbillonner, de plus en plus vite – comme une tornade. Il ne s’aperçoit de rien, tout fasciné qu’il est par ce qu’il ne voit pas derrière les yeux rouges : un corps qui pourtant devrait être là. Thomas ne supporte plus ces pupilles rouges, qui le fixent alors qu’il a fermé les yeux. Il tombe dans une bienheureuse inconscience. La tornade de mots le prend en son sein et le fait disparaitre.
***

« Thomas… Thomaaas…»

Une voix douce et caressante le tire de sa torpeur. Thomas émerge du sommeil et regarde autour de lui, tout est plus ou moins gris, il n’y a rien. Il sursaute : c’est le monde de son cauchemar !

« Thoooomaaaas… Petit Thomaaas… »

La voix ! Elle vient de derrière lui. Elle est douce, caressante, mais Thomas sait qu’elle est mauvaise. Il s’asseoit et se bouche les oreilles avec les mains. S’il ferme les yeux très fort et les rouvre, il sera à la maison dans son lit. Un rêve, même un cauchemar, n’est qu’un rêve.
Il se raccroche à cette pensée. Le garçon ouvre les yeux, il s’attend à retrouver la douceur de sa couette. Non ! Le monde est gris et noir, désert. Il y fait froid, Thomas tremble. Il ne comprend pas, refuse d’y croire. Et pourtant.

« Thomas ! »

La voix s’est faite impérieuse, elle ne cajole plus, elle ordonne. Thomas l’entend, malgré ses poings sur les oreilles. Il essaie de réfléchir mais il a trop peur. Il se souvient des yeux – rouges, effrayants ! Sans pouvoir rien y faire, Thomas se met à courir. Peu importe vers où – il n’y a rien ici, de toute façon – il court.
Il est de retour dans son cauchemar ! Il sent la chose glacée le frôler et redouble de vitesse. Peine perdue. Le froid l’envahit de plus en plus, l’obligeant à ralentir. Un tentacule d’obscurité s’enroule autour de sa gorge et l’empêche d’avancer. Un murmure triomphant à son oreille le fait frissonner de terreur :

« Je te tiens, enfin ! Je veux juste te remercier, petit Thomas ! Merci, oh oui merci ! Tu griffonnes, tu noircis, tu écris, dans ton carnet vert ! Sais-tu que tu m’as ouvert grand la porte ? »

Thomas ne comprend pas, il perd le fil tandis que la bête le maintient immobile. Il s’en moque : il veut rentrer chez lui !
Eclatant en sanglots, Thomas se débat. Il essaie de s’enfuir, il veut retrouver sa vie et sa maman. La chose resserre son étreinte, lui coupant presque la respiration. Le garçon panique, cherche son air. Il s’évanouit, encore.
***


Thomas reprend ses esprits et se lève d’un bond, les yeux fous : la maison ! Il en rirait de soulagement, il est de retour dans sa chambre. Ça n’était qu’un cauchemar pire que les autres, voilà tout !
Il ne peut cependant se départir d’un certain malaise. Il cherche du regard son petit carnet, se souvenant des paroles du monstre sans forme. Le calepin n’est plus à sa place ! Paniqué, Thomas le cherche dans toute sa chambre. Rien, il n’est nulle part. Pas non plus sous le lit.
Thomas se rallonge et essaie de réfléchir. Il ne comprend pas où est passé le carnet. Le sommeil a finalement raison de lui, et il s’endort – mais sans plus rêver, cette fois.

Le lendemain matin, Thomas ouvre des yeux tout ensommeillés et en regardant le réveil, aperçoit son calepin vert juste à côté. Surpris, il l’attrape et s’apprête à consigner son rêve, sans plus s’interroger sur sa réapparition – sans doute ne l’a-t-il pas vu, dans l’obscurité de la nuit. L’envie d’écrire se fait urgente.
Malheureusement, sa mère ouvre à ce moment-là la porte de sa chambre, et s’exclame :

« Thomas ! Ah, encore avec ton carnet ! Tu as fait un nouveau cauchemar ?
- Non, t’inquiète pas, m’man. J’avais juste envie de regarder un peu ce que j’avais écrit, la première fois, quand tu me l’as donné.
- Bien, bien. Dépêche-toi de venir, tu vas être en retard à l’école !

Elle ferme la porte et s’en va. Thomas ne sait pas pourquoi il a menti. Sans doute ne veut-il pas que sa maman sache qu’il fait encore des mauvais rêves. Il soupire, range son carnet et se lève.
***


Le soir venu, Thomas est pris d’angoisse à l’idée de s’endormir. Il a peur de la voix – et n’a vraiment pas envie qu’elle lui parle encore ! Il lutte, tout seul dans le noir, avec pour seul réconfort sa petite lampe de poche. Au bout d’un moment, cette dernière faiblit, puis s’éteint. Thomas la secoue, sort les piles, les remet, sans succès.
Il finit par s’endormir, vaincu. Immédiatement, il est de retour dans le cauchemar. Il avance, cherche une sortie. La voix est dans sa tête, il doit fuir !

« Mon Thomaaas…. ! Oh que je suis contente de te revoir ! Tu verras comme on est bien, ici ! Je vais te garder pour l’éternité en moi ! »

La voix est douce comme une caresse. Elle murmure, elle cajole. Elle est tout sucre, tout miel, dans l’esprit du garçon.
Thomas s’arrête, si brusquement qu’il manque de s’étaler par terre : les yeux rouges, là, devant lui ! La voix continue de lui susurrer des choses qui n’ont pour lui aucun sens. Il est hypnotisé par le regard qui le fixe. Il lui semble enfin voir une silhouette : la chose à qui appartiennent les yeux ! Il ne voit qu’une ombre, de forme vaguement humaine.
Il s’approche, essaie de saisir ce que c’est. Il voudrait fuir, car une part de lui sait qu’il ne doit pas rester. Impossible. Il entrevoit quelques détails maintenant : des cheveux qui ondulent, un bras qui se dessine, un sourire bizarrement familier.
Brusquement, la voix enfle dans sa tête, chantant son triomphe avec des mots qu’il a déjà entendus, dans ses rêves :
« Je suis l’ombre glacée à la limite de ton regard,
Je suis le tentacule de ténèbres qui te caresse dans le noir,
Je suis l’obscurité sans forme qui hante tes cauchemars.

Je suis l’âme noire au fond de ta terreur,
Je suis la griffe d’ébène qui te déchire de l’intérieur,
Je suis la nuit sombre qui t’enveloppe de sa peur.
Je suis… »


Thomas sursaute : il reconnait maintenant la forme noire ! C’est sa…
Trop tard ! L’ombre se précipite sur lui, glaciale et s’enroule autour de son corps. Thomas se débat, il ne comprend pas, pourquoi lui veut-elle du mal ? Elle ne devrait pas !
Il essaie de crier mais quelque chose s’introduit dans la bouche et l’étouffe. Il a des hauts-le-cœur, essaie de cracher cette chose au goût affreux. Il faiblit, puis cesse de bouger. La bête ricane, tandis que ses tentacules se resserrent en une étreinte mortelle.
Des os se brisent, du sang coule à terre. La créature semble absorber le garçon et il ne reste plus rien de lui. Thomas n’est plus, moins encore qu’un rêve.
***


La mère de Thomas ouvre grand les yeux, brusquement réveillée. Elle se lève sans bruit et entre de la chambre de son fils : il n’est pas là. Le lit est proprement fait et un petit carnet vert foncé trône en son milieu. Pas un jouet, pas un vêtement, nulle part dans la chambre. C’est comme si le garçon n’avait jamais existé.
Satisfaite, la femme sourit, une main protectrice posée sur son ventre : enfin, sa vie de succès et de fortune allait pouvoir commencer. Avec sa nouvelle famille, évidemment.
« Un rêve, même un cauchemar, n’est qu’un rêve… Pas toujours, en vérité ! »


Sur cette pensée ironique, elle ramasse le calepin vert, le jette négligemment à la poubelle et s’en retourne dans son lit douillet.

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MessageSujet: Re: concours n°23 - les votes   Mer 4 Mai 2011 - 23:51

texte 5


Toc, toc, toc…
Ces trois coups, ces trois petits coups à ma porte. Anodins, communs, insignifiants. Ca aurait pu être n’importe qui. Le facteur, un copain d’école de Billy, une voisine ou même un vendeur d‘aspirateur… ça aurait pu être… si seulement ça l’avait été. Ces trois petits coup, rapides, réguliers, j’ai été ouvrir, et puis tout à commencé.

C’était par une belle après-midi d’été. Un mercredi, je crois. Le soleil brillait fort, j’entendais les enfants du quartier jouer au dehors, le chien aboyer dans le jardin, les voitures passer. Des bruits banals, les bruits de la vie, de ce monde qui m’apparaissait encore comme une réalité concrète.
Tout allait bien à cette époque. Mon mari, mon fils et moi venions d’emménager dans un petit pavillon sur les hauteurs de Neufchef. Le lotissement était calme, les voisins aimables, il y avait un parc non loin où des biches venaient se promener. Le village était charmant, proche des grands centres commerciaux, tout en étant assez éloigné pour pouvoir apprécier notre tranquillité. Forêts, champs, jolie petite église, nous avions tout pour être heureux. Jusqu’à ce jour de juillet où tout a basculé.

Toc, toc, toc…
J’étais en train de descendre les escaliers menant à l’étage, les bras emplis de linge à laver, quand, pour la première fois, ces trois coups ont résonné. Ils se sont répéter plusieurs fois. Une fois, deux fois, avant que je me décide à aller voir. Je me souviens ne m’être pas posé la question pourquoi le visiteur n’avait pas utilisé la sonnette, j’ai simplement posé mon fourbis sur le canapé et en trébuchant sur une figurine de Sangoku ou Naruto qui trainait par terre, ait été ouvrir.
C’était la toute première fois, et c’est ainsi que mon cauchemar débuta.

Ce n’était pas méchant au début. Une farce d’enfant peut être, un cadeau de bienvenue simplement de mauvais goût ou encore un trophée rapporté par un chien errant, ou un très gros chat. Quoi qu’il en soit, ça commençait doucement, et pourtant, en apercevant la chose, je ne pus retenir un léger cri. Un corbeau mort, les deux yeux crevés et la tête à la limite de se détacher trônait fièrement sur le paillasson. Son corps paraissait avoir été rué de coups, ses intestins sortaient par son ventre béant et de ses yeux morts, il paraissait me regarder.
J’ai reculé. Le tapis de bienvenue était recouvert de sang, défigurant le sourire du petit chat amical qui y était représenté en une grimace morbide. Personne à droite, ni à gauche, il n’y avait que les enfants qui jouaient un peu plus bas dans la rue. La vie continuait, un vent glacé passa et me fit frissonner.

Je pris mon courage à deux mains, le plus grand balai que je pus trouver et tant bien que mal, en restant le plus éloigné possible de cette chose et sans la toucher, je réussis à l’enfermer dans un sac poubelle et à la jeter aux ordures.
J’oubliai rapidement toute l’affaire et quand mon mari revint du travail, je ne lui parlais même pas de ma petite mésaventure.

Le soir arriva, Billy rentra de ses jeux de l’après-midi et on dina tout ensemble. Chacun raconta sa journée, les problèmes au bureau d’André, la perte d’un client important, les bourdes d’un stagiaire, la nouvelle console de poche d’un copain, le but marqué contre les enfants de Saint-Nicolas-en-Forêt, le rat écrasé au bout de la rue…
- Ne parle pas de ça à table, fiston. Oui, les bois ne sont pas loin, il y a toutes sortes d’animaux qui s’aventurent jusqu’ici. Nous ne sommes plus en ville, il faudra que tu t’y habitues.
Le souvenir du cadavre du corbeau se rappela à ma mémoire et je laissai tomber mes couverts. La vue du poulet dans mon assiette me rendait malade.
- Ca va, chérie ? Tu es toute pâle.
- Pardon, c’est toute l’agitation du déménagement. Je ne me sens pas bien, excusez-moi, je vais aller m’allonger un peu.
Je tirai mon siège, et je montai dans ma chambre, couvert par les exclamations de mes deux hommes qui commentaient le dernier match de leur équipe de football préférée.

Toc, toc, toc…
La nuit était calme. Mon mari ronflait à mes côtés, et le silence n’était perturbé que par le bruit de sa profonde respiration. La pleine lune brillait à ma fenêtre. Elle était grosse, si grosse qu’elle emplissait le ciel. Je n’arrivais pas à dormir. Il faisait chaud, et quand je fermais les yeux, je ne voyais qu’une pluie de plumes ensanglantées. J’avais l’impression d’entendre un croassement au loin, trois cris qui se répétaient à intervalle régulier.

Je me levai. La chambre baignait dans une étrange lumière blanche qui donnait au décor un aspect spectral et éthéré. J’avais l’impression de marcher dans un songe. Ca aurait dû me prévenir. Un sentiment bizarre me tiraillait le cœur. J’ouvris lentement la porte, qui grinça, brisant le voile du silence et faisant se retourner André. Pour une quelconque raison, son agitation me rassura. Je descendis les escaliers, marche après marche. L’éclat de la lune continuait à envahir l’intérieur de la maison, amenant à la vie de multiples ombres qui dansaient sur les murs. Elles jouaient à se poursuivre, s’enlaçant, se séparant, se confondant avec les objets avant de réapparaitre en sursaut pour continuer leur course folle un peu plus loin. J’y apercevais des visages, des sourires, et des sons qui ressemblaient à de petits rires étouffés montaient à mes oreilles. Ce n’était que mon imagination. Bien sûr que ça l’était, n’est-ce pas ?
J’arrivai à la cuisine. Je n’avais pas spécialement faim, ni soif mais mes pas s’y étaient dirigés sans mon consentement. C’était comme si je rêvais, et peut être que c’était le cas. Tout est flou, lointain, le morceau de brownie que je mangeai n’avait pas de goût, je ne sentis pas la fraicheur de l’eau qui coula dans ma gorge. C’était comme si mon esprit s’était détaché de mon corps. Je n’étais plus là, j’étais déjà autre part. Sans le savoir, une partie de moi était passée de l’autre côté.

Peut-on être vivant tout en marchant dans le royaume des ombres ? A mi-chemin entre deux mondes, ni morte, ni vivante. Perdue, errante, âme vagabonde sans attaches et sans avenir. Je l’ai vu, et je laissai tomber mon verre qui se brisa sur le carrelage dans un bruit sourd et lointain.
Toc, toc, toc…
Elle toqua à la porte-fenêtre. La lune brillait à travers la baie vitrée et je ne voyais qu’une ombre se détachant dans la pâleur de la nuit. Une ombre qui paraissait flotter dans une robe de ténèbres. Et ces yeux qui étincelaient. Ce regard qui me transperçait jusqu’à la moelle. La forme releva sa tête, et je vis son sourire.
Je ne pus crier. J’étais tétanisé, mon corps ne bougeait plus. La chaleur m‘avait complètement quitté. J’avais froid, si froid. Mon cœur charriait des torrents de glace. Mais battait-il au moins ? Je tremblai, j’avais l’impression qu’un poignard fouillait dans mes entrailles. Je connaissais cette sensation, je savais ce qu’était cette chose. Je me souvenais. La Mort. C’était la mort, le néant, le froid. La Terreur la plus primale, le cauchemar que nous nous efforçons d’oublier tout au long de notre existence, mais qui reste là, nous hantant, prêt à se rappeler à nous à chaque moment de doute ou de faiblesse. La Mort. La Mort venait de frapper à ma porte.

Toc, toc, toc…
Et cette fois-ci, je hurlai. Je ne savais pas quoi faire. En un éclair, je pensai à David, à André, à ma vie, à la lumière du soleil. Au bon soleil, à cette douce chaleur, à… mais pourquoi fait-il si froid… ? J’ai peur, cette sensation ne m’a pas quitté. Toutes les nuits… ce cognement, je sais qu’elle me guette, qu’elle m’attend. Je ne suis pas folle… !
Je courrai, je remontai les escaliers et comme un enfant apeuré, je m’enfermai dans ma chambre. André dormait encore, pourquoi ne se réveillait-il pas ? Je criai, je le poussai, le retournai, je l’entendais ronfler mais il ne bougeait pas. Et la chose arrivait. Les escaliers grinçaient, elle avançait lentement. Toc, toc, toc… son bâton de bois, sa Faux marquait ses pas. J’espérai au fond de moi qu’elle allait se diriger vers la chambre de David, je suis une mauvaise mère, j’espérai tant… et pourquoi le chien n’aboyait-il pas ?
Je revins vers mon mari, son visage était livide, blanc, pâle, ses joues étaient creusées, maigres et décharnées. Ce n’était plus André, je regardai un squelette. Et il ouvrit les yeux.
Toc, toc, toc… trois petits coups à ma porte. Je tombai à genoux, et sentis mes larmes couler.

J’attendis. Je tremblai, je pleurai, je vis des ombres tourner autour de moi. Elles hurlaient, elles tourbillonnaient, leur visage grimaçant s’approchant toujours plus proches. La créature qui était autrefois mon mari se redressa en sursaut, et puis… et puis… j’entendis ce rire. Puis les pas de la chose au dehors qui s’éloignaient. Et puis plus rien. Je me retrouvai dans ma chambre, André ronflait, les oiseaux gazouillaient à l’extérieur annonçant la venue du matin et la lumière blafarde fut remplacée par une douce pénombre. Banale. Pas d’yeux, pas d’ombres, seulement les chiffres du réveil qui clignotaient.

Le matin me trouva prostrée dans un coin de la chambre, les genoux entre les jambes et l’esprit hagard et perdu. Je frissonnai, j’avais peur et même l’éclat du soleil ne pouvait me calmer totalement Je ne le voyais déjà presque plus. J’avais vu la Mort, la Mort jouait avec moi, la Mort… le corbeau avait été un avertissement. J’avais froid, si froid, la couverture sous laquelle je me cachais à moitié ne me servait à rien. C’était comme si on m’avait tué et renvoyé dans mon corps.
André se leva. Je le sentis plus que je ne le vis. Il n’était qu’une ombre informe, un spectre sans visage et sans consistance. Il s’approcha, me parla, mais je ne rappelle plus ses mots. Il bloquait ma lumière, les rayons ne me parvenaient plus, je criai.
Il ne comprit pas bien sûr, et se recula de quelques pas, ne sachant pas quoi faire. Il essaya de me toucher, mais je le repoussai. Je lui griffai les bras et le visage, jusqu’à ce qu’il s’écarte enfin de la fenêtre. Et là, je me calmai. Les ténèbres refluèrent et je retrouvai une respiration à peu près normale.

La journée fut agitée. Des gens passèrent autour de moi. Réels ou non, je les sentis parler dans ma chambre, converser avec mon mari, essayant de me toucher. Je n’hésitai plus à mordre maintenant. Le soleil monta à son zénith, puis passa à l’ouest et ma descente aux enfers continua. Sa lumière me quitta, les heures passaient et je savais que la nuit approchait.

Je ne voulus rien manger, rien boire, et on ne put me déplacer. Les sons, les formes, tout était brouillé, excepté ce que je voyais par la fenêtre. Au dehors, c’était l’enfer. Je risquais de temps en temps un coup d’œil. Sur ce pays dont nul n’est censé revenir, sur ce monde qui ne devrait pas exister. Je le voyais, c’était si réel, plus encore que toute cette existence que j’avais cru vivre, naïvement.
C’était un océan de ténèbres, glacé. Des créatures y erraient, des cadavres se suivaient en file indienne qui s’étendaient jusqu’à l’horizon, des bêtes ailées volaient dans le ciel, des geysers de flamme pâles s’élevaient parfois. Tout y était éthéré, incroyable, fou. C’était ça. La folie, la peur, tout y était condensé pour en faire une œuvre d’une horrible beauté. Des relents de charognes montaient dans l’air, des sons, des cris, des gargouillements, des hurlements de désespoir. Je me bouchai les oreilles, mais cela ne servait à rien. L’horreur pénétrait dans ma tête pour y imprimer son souvenir.

- Toc, toc, toc…
Je sursautai et revint à un semblant de réalité. Il n’y avait plus personne dans ma chambre et la nuit était tombée. Je n’avais pas vu la journée passer, les heures avaient défilé comme des secondes, le temps n’avait plus d’importance.
- Toc, toc, toc…
Une deuxième fois. Et les ombres de la veille naquirent du sol. Elles ne se contentèrent pas de tourner mais prirent rapidement forme. Elles changèrent, se regroupèrent, des corps apparurent, puis des visages, pour enfin ressembler à de parfaits petits enfants. Au regard vide et au sourire sans joie. J’approchais des frontières de leur monde, et l’autre réalité s’imposait à moi. Je les reconnaissais. Je me souvenais. J’avais tout fait pour oublier. C’était il y a vingt deux ans.

C’était par une belle après-midi d’été. Les vacances scolaires venaient de commencer, et mes parents et moi nous promenions dans les bois encerclant la vallée. Tom, notre chien était avec nous et courait gaiement entre les arbres. Tout allait bien, on riait, on s’amusait, jusqu’où moment où Tom aperçut un petit animal dans les fourrées et lui courut après. Je le poursuivis, couverts par les cris de mes parents qui ne voulaient pas que je m’éloigne, et je m’égarai. Je ne connaissais pas cette partie du bois, et je fus rapidement complètement perdue. Pas de trace de Tom, ni de chemin ou de point de repère. Je pleurai en marchant vers la direction que je croyais la bonne, pour déboucher enfin sur une clairière.
Et là, un étrange spectacle se présenta à moi. Des enfants de mon âge, peut être huit ou dix ans étaient réunis en cercle, bras levés et yeux clos et semblaient attendre quelque chose. Ils étaient cinq, dont une petite fille un peu plus jeune aux couettes blondes. Je me cachai derrière un taillis et observai la scène, complètement hypnotisée. Tout était calme, aucun son ne provenait des bois alentours, et mon cœur battait la chamade. Et en un instant, ça a commencé. Le corps des enfants s’est convulsé, trois sont tombés à genoux. Ils tremblèrent, ne paraissant plus contrôler leurs muscles, je sentis leurs os craquer, leurs membres se brisèrent, ils vomirent sang et bile, mais le plus dur était fait. Car de nulle part, Il arriva.
Lui, celui dont le nom ne doit pas être prononcé. Lui, l’incarnation de toutes nos peurs, la terreur la plus sourde et la plus profonde qui nous habite. Lui, qui est le Maître de la Mort.
Les corps des enfants baignaient dans leur sang, créant une mare rouge sur laquelle le démon grandissait. C’était une ombre gigantesque. Il portait une armure d’acier noire comme le jais, un heaume qui ne laissait apparaître que deux yeux brûlants et un fléau d’arme dans la main droite. Tout autour de lui, l’air se teintait d’une aura ténébreuse, l’herbe roussissait à ses pieds. Le Roi des Enfers était arrivé sur notre terre.

Il me vit. Je sentis qu’il me vit, et à travers son casque d’airain, j’imaginai son sourire. J’étais figée, terrorisée. Il s’avança, fit un pas, deux pas, contourna l’arbuste qui me servait de cachette et me contempla de toute sa hauteur.
Je ne pouvais pas crier. Je… je… mais j’entendis une voix dans ma tête. Le cauchemar me parlait, et des images défilèrent dans mon esprit. Je vis son pays, son monde. Je vis son Royaume qu’il appelait Terre Noire, et je tombai à genoux, le regard fixé vers son horrible masque, et un étrange rire aux lèvres.

Je ne me souviens plus du reste, je ne veux pas en parler. Mais ces enfants, ces enfants… ils sont revenus d’entre les morts. Non, ils sont morts et sont venus me chercher pour que j’honore ma promesse. Je ne suis qu’un jouet. Il m’a observé pendant toute ma jeunesse, m’a laissé vivre et maintenant il réclame son dû.

Je suis son jouet, une vulgaire poupée entre ses mains. J’avais oublié. Les enfants oublient, et l’être humain tente de rationnaliser son monde. Ce n’était que mon imagination, j’avais retrouvé Tom, il m’avait guidé à mes parents, et le souvenir de la clairière avait disparu au plus profond de mon inconscient. Les enfants n’étaient pas morts, la forme n’était jamais apparue, la vie pouvait reprendre.
Ce n’était pourtant qu’un intermède. Il avait envoyé son serviteur, et s’était rappelé à moi.
La Mort était derrière la porte de ma chambre, et les enfants disparus se trouvaient devant moi. Ils étaient pâles, ils paraissaient ne rien peser, si légers, si fragiles. Ils flottaient. C’était des spectres, venus pour me hanter.

- Tu étais présente ce jour là. Toi aussi, tu l’as vu, toi aussi…
- Pourquoi n’es tu pas morte ? Pourquoi as-tu vécu ?
- J’ai mal… aide nous…
- Viens avec nous, laisse toi faire…

Je criai. Les fantômes se rapprochaient. Ils tendaient les bras, ils me touchèrent. Leur peau était si froide. Et la porte grinça, puis s’ouvrit. Ce n’était pas la Mort qui entra, mais Lui. Il était de retour. Son armure d’acier rougeoyait, tout comme ses yeux qui me lançaient des rayons. Je sentais qu’il souriait.

Que s’est-il passé après ? J’aimerai bien le savoir. Tout ce que je me rappelle, c’est m’être réveillée sur le cadavre de mon fils. Mon mari et le chien se tenaient non loin, dans une mare de sang, le crâne brisé et les intestins à l’air. Comme le corbeau qui était apparu sur mon paillasson. C’est moi qui les ait tués. J’avais les mains couvertes de sang. Le cauchemar ne venait que de commencer.

Des brumes, des ombres, un brouillard. Je me souviens des journées passées à attendre, de l’arrivée de la police, de ces petites lumières qui clignotaient, d’une voix forte et grave, et de cette lumière si blanche et si pâle.
Dans mes rares moments de conscience, je me rappelle de tout cela et comprends où je suis. L’asile psychiatrique, on me crois folle, et personne ne m’écoute.
Ils sont là, tout autour de moi. Les enfants. Ils m’observent, la Mort n’est pas loin, et Il habite mon corps. J’ai froid, j’ai tellement froid…

Toc, toc, toc…

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MessageSujet: Re: concours n°23 - les votes   Ven 6 Mai 2011 - 16:55

Les aventures de Thomas. Sa jeunesse, son âge adulte, sa mort et sa réincarnation en chien.

Bravo à tous les participants en tout cas. Il y a de beaux textes.
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Rima68
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MessageSujet: Re: concours n°23 - les votes   Ven 6 Mai 2011 - 17:40

J'ai fait mon choix ! (dites donc, vous vous êtes donné le mot pour le prénom Thomas ? c'est le nom du héros de mon histoire... j'ai trouvé ça troublant d'autant que mon personnage cauchemarde aussi ^^)

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MessageSujet: Re: concours n°23 - les votes   Ven 6 Mai 2011 - 19:44

C'est marrant oui ! Y a aussi Thomas Morin dans mon Sans-Racines !
Pour reparler des textes, dès la première lecture, je peux dire qui a écrit quoi. Des fautes récurrentes apparaissent dans certains, dans d'autres des tournures familières, des lieux, un style propre...

On verra dès l'annonce des résultats si j'ai juste !

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MessageSujet: Re: concours n°23 - les votes   Ven 6 Mai 2011 - 20:53

Je croise les doigts pour que tu te trompes, juste parce que je suis méchant :p
J'ai pas encore lu tous les textes, mais Woaw en tout cas, j'espère ne pas me retrouver loin derrière à la fin des comptes XD

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Je ne peux le combler, ça fait mal.
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MessageSujet: Re: concours n°23 - les votes   Ven 6 Mai 2011 - 21:16

Le niveau est appréciable, bonne compétition, c'est super. On verra les résultats, après tout ça ne peut que nous servir à progresser !

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C'est parce que la vitesse de la lumière est supérieure à celle du son,que les gens paraissent brillants avant d'avoir l'air con !

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MessageSujet: Re: concours n°23 - les votes   Sam 14 Mai 2011 - 20:16

Une petite piqûre pour rappeler que les votes ne sont pas encore clos.
Venez voter.


::crazy::

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MessageSujet: Re: concours n°23 - les votes   Mar 17 Mai 2011 - 20:10

C'est bien, tout ça, dites donc! Very Happy

Je trouve un peu dommage que dans certains textes soient confondu horreur/gore et fantastique... C'est pas du tout la même chose!
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(il y a quelqu'un, éventuellement, qui regarde si on est bien dans le sujet?^^)

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MessageSujet: Re: concours n°23 - les votes   Ven 20 Mai 2011 - 14:36

beaucoup hésité entre le texte 4 et le texte 5 Smile Finalement c'est la terreur enfantine du petit gloupouik qui m'a emporté Smile

Bravo à tout le monde, bon niveau Smile
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MessageSujet: Re: concours n°23 - les votes   Sam 21 Mai 2011 - 23:32

roooooh que le choix est difficile! bravo à tous le monde!

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MessageSujet: Re: concours n°23 - les votes   Dim 22 Mai 2011 - 0:10

On dirait que deux textes se dégagent à quelques jours de l'échéance.
Aurons-nous droit à une second tour ?

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MessageSujet: Re: concours n°23 - les votes   Dim 29 Mai 2011 - 19:39

Les votes étant clos, il est temps de déclarer le gagnant.
Et le vainqueur du 23ème concours de l'Atelier d'Ecriture est...


PandoraBox pour "Terreur Nocturne" (Texte4)


Elle succède donc à Ilàan au palmarès des concours.
Et encore bravo à tous les participants!!

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MessageSujet: Re: concours n°23 - les votes   Dim 29 Mai 2011 - 19:54

Bravo PandoraBox!
Tu vas avoir une belle couleur orang ependant quelques temps, tu vas voir, c'est très joli!

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MessageSujet: Re: concours n°23 - les votes   Dim 29 Mai 2011 - 19:56

Merci! Smile
Je suis contente que vous ayez aimé mon texte! Pour un premier concours, j'en suis ravie!

Merci encore!

cheers

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MessageSujet: Re: concours n°23 - les votes   Dim 29 Mai 2011 - 20:16

Bravo ! Le 5, c'était le mien, je me suis bien amusé en l'écrivant !
J'aurais juré pourtant que le 4 c'était celui d'Hellwing, et que Pandora c'était le 2 avec les poupées et les araignées ( que j'ai vraiment adoré, bravo à l'auteur).
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MessageSujet: Re: concours n°23 - les votes   Dim 29 Mai 2011 - 22:36

Félicitations à Pandora qui cartonne dès son premier concours !

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C'est parce que la vitesse de la lumière est supérieure à celle du son,que les gens paraissent brillants avant d'avoir l'air con !

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MessageSujet: Re: concours n°23 - les votes   Lun 30 Mai 2011 - 0:08

Félicitations à toi Pandora Wink
Je regrette un peu d'avoir loupé ce concours, enfin vu le niveau je m'y serait p'têtre cassé les dents, mais c'est parfois utile. Bref, vivement le prochain, et encore bravo à Pandora génial
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MessageSujet: Re: concours n°23 - les votes   Lun 30 Mai 2011 - 10:37

Félicitation !!!

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MessageSujet: Re: concours n°23 - les votes   Lun 30 Mai 2011 - 11:57

Merci ilaan, le deux c'était moi ^^ (merci au second votant anonyme aussi Smile (Je me vengeeeeraiiiiiii )))

Nan même pas, j'ai adoré le texte 4, j'ai adoré le texte 5, j'avais bp hésité avant de voter Smile

Bravo c'est mérité !
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MessageSujet: Re: concours n°23 - les votes   Mar 31 Mai 2011 - 3:28

bravo pandora !! ( moi c’était le 1 ^^)

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MessageSujet: Re: concours n°23 - les votes   Mar 31 Mai 2011 - 9:48

Hé ben Hellwig nos textes ont pas eu beaucoup de succès, moi j'avais pondu le 3

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MessageSujet: Re: concours n°23 - les votes   Mar 31 Mai 2011 - 13:00

Au fait, j'ai gagné le droit de donner le nouveau sujet, c'est ça ?

*Ricane*


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