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 Réfléxion sur le romantisme.

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MessageSujet: Réfléxion sur le romantisme.   Dim 1 Jan 2012 - 14:10


Réflexion sur le romantisme.

Tout d'abord, il convient de préciser ce qu'est le romantisme et comment est il né.
Le romantisme est un courant artistique ( poésie, littérature, peinture, musique) apparu au XVIIIème siècle en Grande-Bretagne et en Allemagne, en réaction au classicisme français.
Notre « Grand Siècle », époque des Lumières, des philosophes et de la raison n'a été qu'un retour à l'Antiquité. La France s'imposait en Europe comme l'héritière de la Grèce Antique. Nos artistes voulaient retrouver le sens du goût antique, la perfection des formes, le respect des règles établies par les Anciens, la recherche d'un équilibre, d'une symétrie, d'un idéal harmonique. La raison et la morale devaient triompher de la passion et des sentiments.
Tout était ordonné, carré, droit, réglé et rien ne pouvait dépasser du cadre.

(L'apothéose d'Homère, Ingres, 1827, Musée du Louvre)


La France dominait l'Europe. Ses artistes, écrivains, peintres, poètes étaient au sommet de leur art et inondaient le continent de toiles, romans, sculptures. Ils étaient copiés et le classicisme à la française était imité partout. La France était la garante de la beauté, et comme on peut s'en douter, les imitateurs ne pouvaient égaler le maître. Au XVIIème siècle, on assistait donc à la naissance d'un sous-classicisme en Europe. Car comment les artistes d'Allemagne, de Grande-Bretagne, de Suède ou du Danemark pouvaient copier la Grèce Antique alors que leurs liens avec elle étaient plus que limités ? La France et l'Italie, par contre ne s'étaient jamais détournés de l'idéal Classique. La pensée d'Aristote n'avait jamais été perdue ( même au Moyen-Âge qui était moins un âge sombre que ce nos professeurs ont pu nous laisser croire), et la Renaissance n'a fait que nous rapprocher davantage de cette culture. Les allemands, eux ( ou les habitants du Saint-Empire romain germanique, ne jouons pas sur les mots) ne pouvaient définitivement pas soutenir la comparaison avec les peuples méditerranéens.
Alors que faire ? Comment créer du beau sans copier les français ou les génies du Quattrocento ? Et bien, on revenant à leur culture originelle, en créant une toute nouvelle forme de philosophie éloignée de la pensée antique, en refusant les canons classiques.

D'abord en Grande-Bretagne, dans les années 1760 avec les Graveyard Poets et le roman gothique où après 150 ans de classicisme, les auteurs ont eu le courage de revenir à l'extériorisation des sentiments, de parler de la mort, du deuil, de la souffrance de l'âme et de la douleur d'exister. Plus de mesure, plus de beauté de façade, la littérature reprenait enfin un nouveau souffle. Le romantisme, au moins dans sa forme archaïque était né. L'homme détruit la toute puissance rationnelle qu'il croyait avoir érigé en barrière pour laisser la place à la peur, à la folie, au tourment.
Puis quarante ans plus tard, les allemands développent cette idée et définiront vraiment ce qu'est le romantisme.
Selon Novalis :
« Le monde doit être romantisé. Ainsi on retrouvera le sens originel. […] Quand je donne aux choses communes un sens auguste, aux réalités habituelles un sens mystérieux, à ce qui est connu la dignité de l'inconnu, au fini un air, un reflet, un éclat d'infini : je les romantise. ».

L'entrée du mysticisme dans le monde. Après les Lumières, après des siècles de raison, d'humanisme, d'apologie de la civilisation, de la grandeur et de la toute-puissance de l'homme, le mystique, l'infini, l'inconnu réapparaît au grand jour.
L'homme n'est qu'une créature perdue dans l'univers, seule face à l'immensité. Petit être fragile et tourmenté, il regarde l'horizon, vacillant entre peur et espoir.

(Friedrich, voyageur contemplant la mer de nuages, 1818, Hamburger Kunsthalle.)


Les pays nordiques redécouvrent leur génie. Ils se libèrent du carcan imposé par l'esprit français, se réapproprient leur mythologie ( en Grande-Bretagne par exemple, on assiste à un regain d’intérêt pour le monde celte), leur culture. La nature ne doit plus être ordonnée, l'homme doit vivre avec elle, ce n'est qu'un élément dans le tout. Il l'affronte, il vit avec elle, mais ne cherche plus à la dominer.
En littérature, nous pouvons citer Goethe ( Faust) qui est l'archétype de l'auteur romantique.

Ce courant est arrivé bien plus tard en France, et chez nous, il a pris un tout nouveau sens. Si en Allemagne, le romantisme a surtout été vu comme un retour aux sources, c'est en France qu'il fut vraiment et absolument une révolte contre le classicisme. Ici, l'influence du Grand-Siècle était dominante et sclérosait les esprits, et le nom de romantiques a été donné aux auteurs et artistes qui se sont révoltés contre cela ( Hugo en littérature, et Delacroix en peinture en furent les étendards).
Cette « révolution » commencée en 1750, n'a en fait atteint son apogée qu'un siècle plus tard, donc bien après les autres pays d'Europe.

(Géricault, le radeau de la Méduse, musée critique de la Sorbonne (entre 1817 et 1819))


Le romantisme, après d'âpres batailles gagna finalement le respect des critiques, mais s'estompa rapidement au faite de sa gloire. L'art s’essouffla, et Hugo, seul, intouchable au sommet de la virtuosité arriva à prolonger son existence d'un quart de siècle.
Et à la mort du génie, tout s'effondra, et de nouveaux styles, plus éphémères encore virent le jour.

Brève présentation historique, mais ce n'est pas pour ça que j'ai commencé cet article.
Cette année a été pour moi, une année d'expérimentation. J'ai recherché un style, ai tâtonné, écrit et me suis noyé dans le doute et les tourments. Je me suis plongé également avec délice dans l'art (moderne et contemporain principalement), ce qui m'a permis de me réconcilier avec l'humain. Non, il n'y a pas que des rappeurs, et des déchets dans ce monde, l'homme est également capable de génie. J'ai étudié Michel-Ange, Raphaël, Fra Angelico, De Vinci, Massacio, Van Eyck, David, Delacroix, Ingres, Rubens, Giotto, Ghiberti avec passion et j'ai vu, oui vu un tout nouveau monde qui m'était autrefois caché.
Michel-Ange... rien que ce nom résonne en moi et me fait vibrer. L'homo-universalis, le génie absolu, qui n'a été et ne sera jamais égalé. C'était le plus grand, mais nous sommes fondamentalement différents, et il ne pouvait donc pas devenir mon modèle. Alors, j'ai continué, maniérisme, rococo, classicisme, romantisme, pleinairisme, impressionnisme et sous-genres, mouvement nabi, pour revenir au romantisme et explorer plus profondément cette voie.
Et j'ai connu Friedrich. Caspar David Friedrich, et je crois que ça a été la révélation. J'ai vu dans son art tout ce je cherchais dans le mien. L'homme seul face à l'immensité, le mystère, le froid, les paysages glacés, l'horizon au loin, le ciel omniprésent.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_d%27%C5%93uvres_de_Caspar_David_Friedrich

Le paysage était vu à l'époque comme un genre mineur, tout juste au dessus de la peinture animalière et des natures mortes. Et pourtant, Friedrich n'a pas hésité à en faire son cheval de bataille pour le porter à un niveau rarement atteint.
Il a été le peintre romantique allemand par excellence. Il a peint la solitude, la puissance écrasante de la nature, le mysticisme de la chrétienté libéré des farces du clergé. C'est la beauté du monde qu'il a peint, pas la beauté du monde classique, mais ce qu'il voyait, lui, subjectivement, son regard déformé par ses croyances, sa pensée, son âme.
Je cite Baudelaire :
« Le romantisme n’est précisément ni dans le choix des sujets ni dans la vérité exacte, mais dans la manière de sentir. Ils l’ont cherché en dehors, et c’est en dedans qu’il était seulement possible de le trouver. Pour moi, le romantisme est l’expression la plus récente, la plus actuelle du beau. Il y a autant de beautés qu’il y a de manières habituelles de chercher le bonheur. La philosophie du progrès explique ceci clairement ; ainsi, comme il y a eu autant d’idéaux qu’il y a eu pour les peuples de façons de comprendre la morale, l’amour, la religion, etc., le romantisme ne consistera pas dans une exécution parfaite, mais dans une conception analogue à la morale du siècle. C’est parce que quelques-uns l’ont placé dans la perfection du métier que nous avons eu le rococo du romantisme, le plus insupportable de tous sans contredit. Il faut donc, avant tout, connaître les aspects de la nature et les situations de l’homme, que les artistes du passé ont dédaignés ou n’ont pas connus. Qui dit romantisme dit art moderne, – c’est-à-dire intimité, spiritualité, couleur, aspiration vers l’infini, exprimées par tous les moyens que contiennent les arts. »

Vous vous demandez certainement pourquoi je donne des exemples de peintres et non d'écrivains, car après tout je suis incapable de tenir un pinceau ? Et bien, la raison est simple, dans la littérature, je n'ai jamais eu d'émotions. Je trouve tous les auteurs que j'ai lu, plats, ennuyeux, ils n'explorent pas assez le psyché humaine, je ne lis pas le chaos, le trouble, je ne vois rien. Pas de ciel, pas d'infini, pas d'immensité, pas de tourments de l'homme, ni la peur primale et terrible de son impuissance face à la nature ou à l'univers. Ce sont juste de belles histoires, il n'y a aucune âme.
Dans un tableau, je vois tout ça, et encore plus. Pas seulement des romantiques comme Friedrich, mais de toutes les périodes. Mettez-moi devant une Annonciation de Fra Angelico, la Cène de de Vinci, la Piéta de Michel-Ange pour la sculpture et j'y passe des heures de contemplation. J'y aperçois leur âme, leur génie, et à côté, chaque roman que je lis ( ou pire encore que j'écris) me fait l'effet d'une tache urticante.

Donc le romantisme. Au XVIIIème siècle, il est apparu comme une révolte de toute la jeune génération. Les artistes voulaient plus, aller plus loin que tout ce qui avait été fait auparavant. Les tragédies grecques, la philosophie antique, la sculpture et l'architecture des Anciens étaient bien sûr encore respectés, mais ce c'était plus suffisant. Tout était limité, encadré. On ne pouvait plus se détacher des carcans antiques, puis français. L'art et la pensée périclitaient. Les Lumières ne pouvaient plus contenter la nouvelle génération.
Difficile de se rendre compte aujourd'hui de l'effet que ce nouveau style a pu produire. Quand Gericault et Delacroix ont exposé leurs œuvres aux Salons de l'époque, leurs peintures ont fait l'effet d'une bombe. C'était chaotique, brouillon, le dessin était relègué au second plan au profit de la couleur. Ils peignaient des nus, l'orient, la violence des combats, il y avait plusieurs sujets dans le dessin, plusieurs points de vue, pas de triangulation... les critiques ont été sévères, ils se sont fait insulter, tourner en dérision mais la jeune génération a aimé. Et c'est ça le plus important.
Les artistes ont enfin pu s'exprimer, explorer leur âme, hurler leur mélancolie, leur peur. Les poètes ont chanté les tourments de l'âme, la beauté de la nature. Le monde n'était plus idéalisé, bisounoursé. Au moins pendant quelques années.
Et ensuite, tout est redevenu comme avant. Le plainairisme et les impressionnistes sont revenus à leur mode gentillette, rose et cotonneuse et fin de l'histoire.
Tout juste un siècle d'existence pour ce mouvement, mais son héritage reste présent aujourd'hui. En exagérant, on peut penser que Poe et Lovecraft étaient des romantiques. Cormak McCarthy aussi dans un autre genre. Mais c'est tout ?
Probablement, car une nouvelle fois, l'art stagne. On nous raconte de belles histoires, très bien écrites mais plates et insignifiantes (Poivre d'Arvor et ses copains), ou d'autres moins bien écrites mais tellement ridicules qu'elles apparaissent comme de la sous-littérature ( Lévy, Musso et Cie). Et entre les deux, il y a la Fantasy dont les thèmes ont été repris des milliers de fois et dont les œuvres ressemblent à des caricatures de poèmes antiques et médiévaux où l’intérêt est donc quasi nul.

Ce n'est que mon avis, donc ne criez pas au scandale si vous aimez Amélie Nothomb, Stephen King ou l'Epée de Vérité. Je ne vois plus d'âme, de violence, de puissance. C'est juste encore de belles petites histoires, calquées sur des modèles qui ont fait leurs preuves, et dont les éditeurs ne veulent s'en éloigner. Comme à l'époque...
Sauf que maintenant, la nouvelle génération n'a pas le talent ni la fougue pour changer tout ça. Mais le peut-on vraiment ? Peut on révolutionner l'art comme nos aïeux l'ont fait avant nous ? Si tout a déjà été fait, si le romantisme a eu ses heures de gloire puis s'est effacé, cela vaut-il le coup de le réactualiser ? Et aussi, comment faire surgir le chaos dans un texte, rien qu'avec des mots, dans notre langue qui est déjà propre et soignée ?

Ce sont quelques questions que je me pose aujourd'hui. Je n'arrive plus à aimer un bouquin. J'en demande certainement trop, et je me retrouve seulement dans le génie de ceux qui sont passés avant moi. Tout m’apparaît vide, plat, répétitif. Tout ce que j'écris est ridicule, tellement médiocre que tout fini au feu ou dans l'oubli. Tout a déjà été écrit, peint, dessiné. Le romantisme est pour moi, la période la plus marquante de l'histoire de l'art, c'est des artistes de cette époque que je veux m'inspirer pour créer un nouveau genre.

La nature, l'impuissance de l'homme, le chaos, l'immensité, l'univers, la peur, les tourments, le désespoir, la faiblesse, la force, le courage, l'insignifiance de notre être, les vagues, l'horizon, la mort, la souffrance, le ciel, une petite boule bleue qui erre dans les étoiles, le mystère de Dieu, le vent, les nuages, le froid, les rayons du soleil, la forêt, la haine, un soupir, le deuil, des larmes, un sourire, le voyage, du sang, des cris, l'amour, la mélancolie, la lumière, l'âme...
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MessageSujet: Re: Réfléxion sur le romantisme.   Jeu 5 Jan 2012 - 16:00

POurquoi ne pourrais-tu pas relancer le mouvement? Tu dis assez aux autres d'inover, d'arrêter de se mettre des freins et toi, tu t'en mets un gros.

COncernant le fait d'aimer un bouquin, je suis comme toi. Tout ce que je commence à lire m'ennuie. Trop sérieux, trop pompeux, trop vu, trop mal écris ;-)

Imagine ton nouveau romantisme.

Et non tout n'a pas été peint, écrit, déssiné. C'est seulement toi et rien que toi qui te mets des barrières. L'imagination 'na aucune limite, juste la tienne.

C'est clair? hihi


Alors maintenant au boulot! Ponds nous un livre sombre à ton image :-)

_________________
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Il nous parle à travers les rêves et nous fait savoir qu'il nous voit bien différemment de ce que nous croyons être. » Carl Jung
http://voyageursdereve.canalblog.com
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