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 Bret Easton Ellis, et Albert Camus, même combat ?

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MessageSujet: Bret Easton Ellis, et Albert Camus, même combat ?   Sam 25 Aoû 2012 - 10:26

En guise de retour de l'Ilàan en mode écrivain, hier soir, après avoir fini la lecture de "Zombies", j'ai émis une petite réflexion qui s'est transformé en court essai.
Tout le monde connaît mon attachement à ces deux auteurs et à leur œuvre. Pour moi, Bret Easton Ellis, et Albert Camus sont les deux grands plus écrivains du XXème siècle, et pendant longtemps, je les ai pris comme deux entités complètement différentes qui n'avaient en commun qu'un talent à la limite du divin.
Jusqu'à ce que, en fin d'après-midi, après avoir fini « Zombies » d'Ellis, à peine 24 heures après l'avoir acheté, quelque chose me fasse tilter. La Voix (ou plutôt les voix) du Narrateur... je la (les) connaissais. C'était celle de Meursault, le héros de « l'Etranger » ! Tout comme ce phrasé, ce rythme, cette maîtrise la ponctuation, cet univers aux confins du surréalisme et de la folie que dépeignait l'auteur... C'était comme une révélation, « Zombies » pouvait être vu comme un pendant de « l'Etranger ». 
Plus trash, plus violent, plus moderne et moins amidonné de bons sentiments, mais les deux chefs d’œuvres portaient en eux la même essence : la plongée dans l'esprit d'âmes perdues, entourées d'êtres dématérialisés, dans un monde qu'ils ne peuvent comprendre et qui apparaît pour elles comme un cauchemar.
Tim et Les Price, Lauren, Sean, Anna, Randy, Graham... sont des Meursault. Ils vivent la même tragédie que le héros de Camus. Ils ne sont que les figurants de leur univers, ballottés et ne peuvent qu'assister au drame qui se joue devant eux. Et ils n'ont pas la prétention de s'imposer pour le premier rôle, ils attendent, c'est tout.
« Est-ce que je regarde un clip sur MTV, reprend un Valium, ou m'ouvre les veines ? ». Tous les protagonistes d'Ellis jusqu'à Patrick Bateman pensent comme ça. Si Meursault avait vécu dans les années 80, il aurait pu être le héros de « Moins que Zéro » ou apparaître dans « les Lois de l'Attraction » !
Je lis Ellis, et j'ai l'impression de voir Camus. Si ce dernier n'avait pas été fauché si tôt par la mort, comment son art aurait-il abouti ?
On dit que Bret Easton Ellis a réveillé la littérature, qu'il a été ce que Basquiat a été à la peinture, mais le premier qui a mis un grand coup dans toute cette littérature poussiéreuse et chiante à en mourir n'a t-il pas été Camus ? La France a fait de lui un Classique et l'a rangé aux côtés des auteurs d'un autre temps. Mais n'était-il pas plutôt le premier des modernes ? Dans notre pays, on le place aux côtés de Maupassant ou Montesquieu, et rien que son nom fait frémir tous les écoliers. « La Peste »... qui n'a pas été saoulé par cette histoire ? Camus est un Prix Nobel, il faut l'étudier, diagnostiquer chacun de ses mots pour comprendre ce qu'il a voulu dire... Regardez ses métaphores, ses tournures alambiqués, ses mots techniques de profs de français dont personne ne se souvient... Et faites moi taire par pitié car je suis un gros boulet qui ne fait répéter que ce que des vieux universitaires en nœud papillon et grosses lunettes m'ont appris !
« L'Etranger »... une petite centaine de pages écrites par un jeune homme de 23 ans. Toute une rage, une haine, une violence condensées en une narration frôlant la perfection. Meursault, il n'a pas pleuré à l'enterrement de sa mère, on le suit pendant tout le roman, mais il est en même temps éloigné, indistinct, perdu dans une brume qui ne cesse de l'avaler. Autour de lui, ce ne sont que des ombres. Il regarde le monde, il ne le juge pas, il l'accepte comme il l'est, il s'accepte lui aussi. Il est le spectateur de sa vie, et jusqu'au jugement final, on est pris dans un tourbillon d'émotions aux côtés de cette poupée sans âme. C'est fort, c'est tellement fort.
Et il n'y a que chez Ellis que je retrouve une telle profondeur. Bret Easton Ellis a écrit « Moins que Zéro » à 21 ans, et Clay, son héros est le digne successeur de Meursault. De retour à Los Angeles pendant les vacances, le jeune homme erre de fêtes en soirées, de beuveries en tournantes, mais comme chez Camus, tout est si éloigné, brouillé... On est dans sa tête, et sa vision de la vie paraît tellement vide de sens, désespérée... Il regarde, il tente parfois de sourire, il attend. Tout tourne autour de lui dans un défilé surréaliste. La mort, la souffrance de ses proches, le viol de la gamine par ses potes devant ses yeux, le sexe à outrance, les overdoses, le rock qui passe en fond sonore... tout ça n'est qu'un décor. Clay ne voit vraiment rien. Car lui-même n'existe pas. C'est déjà un fantôme. Celui qu'on est tous, et qu'on tente de faire disparaître, en souriant, riant, vivant.
Camus et Ellis nous montrent tous les deux l'inacceptable, toute la stupidité de notre monde, de nos croyances, de ce bonheur qu'on cherche mais qui au final n'est qu'un mirage.
Et si, au fond, tout ne méritait pas de sauter une bonne fois pour toutes ? Et puis, à quoi ça sert de vivre ?
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MessageSujet: Re: Bret Easton Ellis, et Albert Camus, même combat ?   Dim 3 Fév 2013 - 11:00

J'ose intervenir parce que je trouve ta réflexion fascinante et très intéressante.
A.Camus est un de mes auteurs préférés et j'apprécie énormément B.E.Ellis également, étant même actuellement en pleine lecture de American Psycho.
Je partage tout à fait ton opinion sur le détachement des héros au vis à vis de la société et le monde qui les entourent mais il y a un point que j'aimerais aborder : Meursault n'est-il pas plus une victime de son indifférence ou plutôt incompréhension du monde dans lequel il vit tandis que les héros d'Ellis semblent avoir trouvé une "réponse" au vide terrible qui les habitent par la violence sous toutes ses formes ?
Il est vrai qu'il y a une continuité dans les deux œuvres mais à mes yeux,et ce n'est que mon humble opinion, Camus hurle à la face du monde qu'il faut faire quelque chose alors qu'Ellis se complait dans cette décadence dont il tire quelque chose pour mieux supporter l'absurdité de l'existence.
Je n'avais pas effectué de rapprochement jusque là alors merci beaucoup.
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MessageSujet: Re: Bret Easton Ellis, et Albert Camus, même combat ?   Dim 3 Fév 2013 - 16:46

J'aime beaucoup cette phrase : "Camus hurle à la face du monde qu'il faut faire quelque chose alors qu'Ellis se complait dans cette décadence dont il tire quelque chose pour mieux supporter l'absurdité de l'existence."
Et c'est tout à fait ça. Et c'est pour cette raison que l'un est Prix Nobel et étudié depuis si longtemps, et que l'autre est... est quoi d'ailleurs ?

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MessageSujet: Re: Bret Easton Ellis, et Albert Camus, même combat ?   Dim 3 Fév 2013 - 19:21

Certainement pas assez reconnu.
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MessageSujet: Re: Bret Easton Ellis, et Albert Camus, même combat ?   Ven 23 Aoû 2013 - 11:21

J'ai eu exactement la même sensation à la lecture de American Psycho. D'ailleurs le livre s'ouvre sur une citation de Carnets du Sous-Sol de Dostoïevski, qui pour moi est le précurseur de cette littérature "existentialiste" où l'on est immergé dans la folie des personnages, qui est développé par Camus et Ellis.
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MessageSujet: Re: Bret Easton Ellis, et Albert Camus, même combat ?   Mar 27 Aoû 2013 - 8:15

De Ellis je n'ai lu que Americain Psycho, (enfin pas tout... j'ai du sauter quelques passages pour ne pas me vider l'estomac), mais c'est un livre excellent.

Quant à l'Etranger, que dire...c'est le premier livre qui m'ai vraiment marqué. Je l'ai aussi étudié à l'école et j'ai été fasciné par ce personnage que rien ne semblait toucher, ballotté par l'absurdité de l'existence. Je n'avais pas fait de lien jusque là non plus entre ces deux auteurs, mais c'est bien vu.

Quand l'extrême lucidité confine à la folie et à l'horreur.
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