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 Regrets

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Milaya
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MessageSujet: Regrets   Ven 27 Déc 2013 - 0:12

Je vous propose l'exercice du regret, imaginez un personnage qui, très vieux se mets à penser à ce qu'il regrette d'avoir fait ou de ne jamais avoir fait... ça peut être débile, sérieux, comme vous voulez !
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MessageSujet: Les regrets me rongent   Lun 30 Déc 2013 - 14:20

Je m'appelle Léonard. Oui, je suis un vieux. Vieux mélancolique, vieux triste, vieux seul. Je suis né en 1920. Je me retourne sur ma vie et le constat me tue, m'achève. Ma vie, un long champ de ruines que je n'ai fait qu'agrandir au fur à mesure des mauvais choix que j'ai fais. Je crois même que je n'ai fais que ça.
Déjà, j'avais mal commencé: je suis né, mais j'aurais pu mourir dans le ventre de ma mère car le cordon s'était enroulé autour de mon cou. J'ai tué maman en naissant. Je suis un meurtrier depuis ma naissance, même si je ne suis pas officiellement considéré comme ça. Mon père m'a aimé chéri de tout son cœur: j'étais les entrailles de la femme qu'il a aimé.
Pendant mon adolescence, j'ai été d'une ingratitude extrême envers lui qui m'a élevé seul, avec peu de moyens. Il rentrait tard, épuisé, mais toujours avec son sourire que je n'oublierais jamais. Moi, je ne pensais qu'à ma petite personne, qu'à me faire plaisir, sortir avec des amis ou piquer un peu d'argent à mon père pour aller boire un truc avec eux sans qu'il n'en sache rien. Je crois qu'il avait remarqué que son argent disparaissait mais il ne me le disait pas, de peur que je le prenne mal, je pense. Un jour, alors qu'il était terriblement malade, il m'a tendu un billet de ses mains tremblantes et m'a dit:"Fils, construis ta vie. Ce billet ce n'est pas grand chose, mais ne l'utilise qu'en cas de grande nécessité. Va, deviens." Sur le coup, j'étais heureux qu'il meurt car je voyait ma vie libre: avec des potes, voyager. L'argent, je n'en avais pas, mais tant pis, je vivrais au jour le jour, au pire je volerais.
Puis la guerre, alors que j'avais 19 ans. A cette époque, je n'étais qu'un SDF comme on dit maintenant: j'avais terriblement faim, froid, et il y avait très peu d'éclairage dans la rue, et par conséquent, très peu d'espoir pour moi, sur mon bout de carton crasseux. Le billet de mon père était parti depuis longtemps dans une bouteille d'alcool, sans le moindre regret. Aujourd'hui, je me rends compte de quel poivrot j'étais. J'y suis allé de force, à la guerre. Le combat pour le pays? Mais tous ceux qui disaient ça ne savaient pas ce qui se passait sur le front: la mort nous chatouillait, flirtait avec nous, nous attirait de sa voix. Nombre de mes camarades l'avait déjà rejoint, sois au combat, sois parce qu'ils avaient été séduit par la douceur du repos qu'elle offrait: sans le bruit des obus qui retentissent dans la tête, sans la douleur, le froid. Juste la solitude qui te prend, t'étreins au moment où ses doigts te touchent, t'emportent. J'avais tué, aveuglé par la haine un soldat ennemi qui courait vers nous. Pendant qu'il agonisait, il m'a dit qu'il venait juste déclaré un arrêt du combat pour deux jours. Mes larmes ont coulé. Une fois de plus, j'avais tué quelqu'un qui me voulais du bien, ou du moins qui ne voulais pas ma mort, comme je l'avais fais avec maman et papa.

Par un jour pluvieux comme d'habitude, les ennemis ont lancé une offensive. Neylan, un de mes compagnons gisait devant moi, touché par une balle, le flanc ruisselant, les yeux déjà tournés vers le ciel. Il souffrait, haletait. Son état n'était pas du tout désespéré car il suffisait d'un médecin et il extirperait la balle logé entre ses côtes, mais il s'en remettrait. Mais il n'y avait pas de médecin pour l'instant. Je me suis dis qu'une fois de plus, la mort aurait raison d'un homme. Alors, aujourd'hui, je ne sais pas pourquoi j'ai fais ce qui a suivi... Il me disait qu'il allait survivre, pour sa femme enceinte qui l'attendait à la maison. Je l'ai regardé dans les yeux et je lui ai dis:"Tu souffres et il n'y a personne pour te soigner, Neylan..." "Non, je survivrais, pour ma femme! Les médecins vont arriver, je le sent!". C'est ce que les autres disaient aux mourants, pour qu'ils partent doucement...
Mais pour mon ami, j'avais décidé de ne pas lui mentir. Jamais. Alors j'ai pris mon poignard, déjà plein de sang de ma précédente victime ennemie. J'ai vu les yeux de mon compagnons s'agrandir, puis il a hurlé:"NOOOON!!" La lame s'est enfoncé profondément dans sa poitrine. Je ne voulais pas le faire souffrir, attendre des médecins pour rien Une larme a roulé sur ma joue et j'ai détourné les yeux. C'est alors que la terre s'est mise à tourner, ma tête à valser. Derrière moi se tenait deux médecins de la croix rouge qui venait d'arriver par 4X4, pantois. Et là j'ai compris.... Un meurtrier, voilà, encore une fois ce que j'étais. J'ai compris que quand ses yeux s'étaient réveillés, c'était parce qu'il avait vu ces deux personnes, ses deux sauveurs, là, derrière moi. Et il était conscient que j'allais le tuer, c'est que j'avais fais.
J'ai du allé présenter la mort de Neylan à sa femme. Je n'ai pas pu lui dire. Pas la vérité. Trop douloureuse, trop crue, trop cruelle, trop insensée. Son bébé était né, c'était un beau petit garçon Kabyle aux yeux bleus. Ces même yeux bleus qui m'avaient supplié de ne pas tuer.Le petit vivrait privé de père, à cause de moi. Croyez-vous que ce soit simple à dire? A l'époque je me sentait certes responsable mais rejetait une grande partie de la faute sur la guerre, la politique de nationalisme, bref. Des futilités à côté de mon acte. Aujourd'hui, je prends conscience que je n'ai même pas eu le courage, ni l’honnêteté de dire la vérité. Les deux médecins m'ont fait comprendre qu'ils me dénonceraient. Je vous laisse deviner le sort que leur ai infligé...
Pff... Finalement, je tue plus de personnes sur mon chemin que je n'en rend heureuse.
Pourtant, un vendredi soir j'ai cru que ma vie serait embellie par elle. Celle qui m'a séduit, m'a éclairé, m'a aimé. Je l'ai rencontré dans un bar, un soir pluvieux. C'est marrant on dirait que la pluie me suis partout. Ou peut-être sont-ce toutes les larmes que j'ai fais couler. Elle dansait, gracieuse dans sa robe rouge. Rouge comme le sang qui baignerait son corps lorsqu'elle apprendra qu'une autre partageait mon lit pendant qu'elle allait m'offrir une bague de mariage.
Son suicide m'a suivi toute ma vie. Je n'ai jamais pu refaire ma vie, justement. Je l'avais perdue, j'étais seul. J'ai un fantôme, un visage, une odeur et des souvenirs. Je crois qu'elle me manque.

Aujourd'hui je suis vieux. Sans elle, avec tous ces fantômes que j'ai tué... Maman, papa, Neylan, les deux médecins, Neylan....
Ais-je mérité de vivre aussi longtemps alors qu'eux sont morts par ma faute?
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PierreRafoni
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MessageSujet: Re: Regrets   Mer 17 Juin 2015 - 18:50

Qui n'aurait jamais souhaité contrôler le temps ? Plier le moindre instant à son désir afin d'en effacer toute faute ? Il m'aurait fallu apprendre à accepter mes erreurs pour ne point le vouloir ; mais il est tard à présent et seuls mes regrets me poursuivent devant ma cheminée, réapparaissant en lourds volutes brumeux comme d'éternelles et sombres réminiscences.
Le plus dur à supporter est le fait que tout ce que mon essence déteste m'a empêché de devenir qui je voulais devenir, je n'ai pas été capable d'accorder ma volonté à mes actes, comme surpassé par quelque double de moi-même.

Quatre-vingt-seize années passées comme un souffle de vent, je ne me souviens de rien sauf de mes méfaits, des erreurs que j'ai commises et des conséquences qu'elles engendrèrent. Je sais que je fus bon par moment, talentueux même selon les jours, peut être pourrais-je dire souvent, mais ce bonheur perdure invisible et incompris, ma conscience l'a voilé et absorbé comme une abysse de néant où tout disparaît à jamais. Sauf la mélancolie. Je m'accorderai à dire qu'il s'agit d'une émotion bien plus importante que la joie. Qu'est-ce que la joie sinon un acte empreint de temporalité (ne dit-on pas "sauter de joie" ?) tandis que le spleen perdure à jamais, acteur de notre prise de conscience.

Qu'ai-je fais me demandez-vous ? Qu'est-ce que peut être assez terrible pour qu'un vieillard, sage de toute une vie d'expérience, se morfonde de la sorte ? Rien de bien sorcier en réalité, sinon le contraire de mon utopie. J'ai toujours cru à la perfection et voilà mon erreur. Je me suis déshumanisé au point d'oublier les faiblesses qui nous sont propres et de ne plus les accepter lorsqu'elles survinrent, alors qu'elles participent à notre vie tout comme l'air que l'on respire ; quoi que moins présentes j'ose encore l'espérer.
Je regrette, et en même temps je sais que je n'ai pas mal agi, simplement inconsidérément comme à mon habitude. Est-ce un mauvais trait de caractère que de vivre dans le monde que nous nous sommes forgés ? Et de désirer l'accorder à notre réalité quotidienne ?


L'acceptation est un défi, et c'est devant ma cheminée que je le comprends enfin, avec mes regrets comme amis.
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Kairos92
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MessageSujet: Marina   Mar 29 Sep 2015 - 20:04

Je ne pense plus. A quoi bon...

J'ai froid, je crois. J'ai peur aussi. Je ne sais plus où je suis, sans toi, sans vous. Un frisson parcourt mon corps endolori par la position fœtale dans laquelle je me trouve. Je le sens à peine. Je ne ressens plus rien, depuis que tu n'es pas là, que tu es partie. Sans moi...
Mon vieux corps ne tiendra pas longtemps, sans toi...
Lentement, mon esprit dérive. Je ne sais pas où je suis, je ne sais pas où je vais...
Je suis dévoré, j'ai mal, seul ici.
Marina, pourquoi ne m'as-tu pas emporté avec toi? Comment as-tu pu penser à t'enfuir...sans moi? Comment as-tu pu croire que la vie serait mieux là-bas, en haut, trop loin pour que je puisse t'atteindre ? Pourquoi ne m'as-tu pas planté ce couteau dans le cœur, comme tu as meurtri ta propre chair? Marina, comment aurai-je pu faire pour te convaincre de rester avec moi?
Mon vieux corps ne tiendra pas longtemps sans toi...
Je souffre. Aurais-je du me mettre à genoux, te supplier, t'embrasser, les larmes dérivant sur mes joues? Aurais-je du t'entraver les mains puis, voyant ta détermination à mettre fin à ta vie, t'entraver les pieds et enfin ne plus te lâcher? Marina, réponds-moi, je t'en pries. SOS.
Les larmes coulent à travers les sillons de me joues creusées, les même larmes que tu essuyais quand tu es morte ici, dans mes bras.
Si tu savais à quel point je souffre Marina. Tu m'as laissé seul ici. Mon vieux corps ne tiendra pas longtemps sans toi...
Si tu savais comme je regrette ne n'avoir pu te donner d'enfant. De n'avoir pu essuyer ta peine, de n'avoir pu te consoler, seule dans ta chambre. De n'avoir pu connaitre la joie d'un mariage public, de ne pas avoir pu t'entendre me dire le "OUI" le plus significatif de ta vie, et de n'avoir pu te répondre par un baiser langoureux, et long. Je suis mort ce jour où tu es morte dans le creux de mes bras recouverts d'un linceul de sang. Et ton corps gisant mollement à l'intérieur. Je suis mort ce jour où tu es morte.
Pourquoi suis-je obligé de continuer? Mon vieux corps ne tiendra pas longtemps sans toi...
Je suis allongé sur quelque chose de confortable, de chaud. Le soleil brille, ses rayons réchauffent mon corps encore froid. Les cris d'enfants résonnent et pourtant je ne les entend pas bien. Je crois que tu es là... Je tourne ma tête, doucement, car j'ai mal. Mon vieux corps ne tiendra pas longtemps, sans toi... Ton visage est à côté du mien. Il me sourit. Tes dents éclatantes reflètent quelque chose. L'amour, je crois.
Mon vieux corps ne ressent pus rien
.

_________________
"Un jour j'ai lu un poème
       Il disait qu'on peut bien passer des années à fuir,
       à la fin on se retrouve toujours face à soi-même dans une chambre d'hôtel,
       une ampoule nue au-dessus de la tête,
       et un revolver sur la table"
- S.KING
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rhynn
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MessageSujet: Re: Regrets   Lun 12 Oct 2015 - 10:29

J'ai quatre- trois ans, la chaleur du feu ne suffit plus à réchauffer mes vieux os, parfois je pense à ses matous miteux qui s'endorment pour toujours sur leur radiateur préféré et empuantissent l'air de ce parfum de poil brûlé. Parfois quand le blizzard prend d'assaut les fenêtres, le vent gémissant comme un spectre à ma porte, j'envisage la mort, je sais depuis toujours que l'au-delà ne me sera pas clément mais parfois quand mes mains tremblantes, rongées par l’arthrite jettent une nouvelle bûche en pâture aux flammes, parfois je me dit qu'au moins en enfer il fera chaud.
On parle souvent de la faim mais on évoque rarement le froid, c'est une mort lente aussi, infiniment lente, et on a le temps de voir chaque détail du faciès hideux de la faucheuse alors qu'elle s'approche doucement de nous, est-ce pour cela que ton visage s'était figé en un masque grimaçant ? Toi l'inconnu qui est mort à ma porte, toi à qui je n'ai pas ouvert, une nuit de tempête en tous points semblable à celle ci. Je regrette mais est-ce que je regrette ta mort ou bien le tourment qui m'attends après la mienne ? Son approche m'emplis d'angoisse alors que j'envisage qu'il n'y ait pas de flammes pour moi car une chose est sure, il gèlera en enfer quand je serais mort. Le souffle glacial de la faucheuse est sur moi, froid, si froid...
Comme ton coeur, souffle une voix...
Oh combien je regrette...
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slameur38270
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MessageSujet: Re: Regrets   Jeu 3 Déc 2015 - 7:58

Bonjour ,
Ce sujet m'a permis de commencer une belle histoire qui , je ne sais pas encore , où va me mener .

Quand j'aurais avancé , je mettrais un extrait .

salutations

je retourne study

_________________
Ma présentation est ici : minoumyope
Mon jeu du "cadavre-exquis" s'anime bien , merci . Vous pouvez y participer en cliquant sur le lien suivant :
Je suis un jeu d'écriture fantastique


*** Lisez ICI mon essai de type fantastique et dites moi ce que vous en pensez sur son fil de commentaires .
Cherchez aussi quelques essais de poèmes dans les sections adéquates . Merci .


study
Mon slogan :
Deux choses sont infinies : l’Univers et la connerie humaine. Mais en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue.
– Albert Einstein.


------

Le temps ne fait rien à l'affaire ....
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