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 La lumière d'Amberia

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sombrefeline
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MessageSujet: La lumière d'Amberia   Lun 6 Jan 2014 - 21:04

Hop, une nouvelle pour l'AT d'Etherval "Les mondes derrières les mondes", dont le début a aimablement été relu et corrigé lors de la session skype.


La lumière d'Amberia (1ère partie)

Florimond Barbieux ouvrit les yeux avec difficulté et se leva en grommelant. Une sourde migraine étreignait ses tempes. La fée verte se rappelait à son bon souvenir. Il tituba jusqu’au réduit qui servait de salle d’eau dans la masure où il vivait et manqua de s’écrouler devant la vasque. Il s’aspergea et jeta un regard critique à son reflet. La glace lui renvoya l’image d’un homme entre deux âges, au visage émacié mangé par une barbe mal taillée. Le reflet se troubla soudain. À la place de son double, Florimond vit une ville gigantesque, composée de hautes tours, d’arches élégantes entre lesquelles naviguaient des ballons et dirigeables. La vision disparut aussi brusquement qu’elle était venue. Florimond n’y prêta pas attention. Il était habitué à ces apparitions qui jaillissaient dans les miroirs ou les flaques. Il savait que sa santé mentale laissait à désirer, mais vivait très bien avec. Lorsque les hallucinations devenaient trop prenantes, l’absinthe se révélait une compagne des plus agréables.
Florimond poussa un profond soupir et passa la main dans ses cheveux, qui avaient besoin d’une sévère coupe. Il jeta un coup d’œil par la fenêtre de sa mansarde. Les habituels nuages lillois camouflaient le soleil, mais vu la lumière, il devait être plus de midi. Florimond étudia sa chambre. Des toiles inachevées étaient posées contre les murs, pinceaux et tubes de peinture gisaient sur le sol. Un vrai capharnaüm. Il s’approcha de sa dernière œuvre : un paysage dans des tons brun et ocre. Il avait travaillé sur ce tableau la veille et était parti boire avec ses amis, satisfait du rendu obtenu. Aujourd’hui, les couleurs lui paraissaient ternes et grises, aussi apathiques que le ciel du Nord. Florimond repensa à l’image entr’aperçue dans le miroir. Il voulait capturer cette lumière dorée si particulière, cette teinte qui réchauffait l’âme. L’artiste soupira de nouveau et reprit ses pinceaux.



La nuit était tombée depuis longtemps. On pouvait même dire que le jour n’allait pas tarder à poindre. Florimond sortit en titubant du troquet où il avait élu domicile pour la soirée. Les vapeurs d’alcool embrumaient son esprit. Le peintre se sentait satisfait. Il avait réussi à trouver le pire bistrot de cette partie de la ville. Un bouge infâme, repaire de malfrats, d’escrocs et de filles légères. La fumée des pipes, le goût acre de la bière, les rires gras des gueuses lui avaient permis d’oublier le monde derrière le miroir, et sa propre médiocrité. Toute l’après-midi, il s’était échiné à peintre ce maudit paysage, sans succès. Par bonheur, la bouteille se révélait une bien meilleure compagne. Elle au moins ne le trahissait pas.
Quelques réverbères maladifs éclairaient chichement cette partie de Lille, drapant les rues d’une lueur blafarde. Une légère brume serpentait au-dessus des toits, accompagnée par une pluie fine tout à fait désagréable. Florimond grommela quelques insultes destinées à ce fichu climat. Il recala sur sa tête son haut de forme défraîchi, remonta le col de son manteau, et prit la route menant à sa chambre.
Il devait avoir beaucoup plu au cours de la nuit, car les rues étaient inondées par endroit. De larges flaques mangeaient presque totalement les pavés. Alors qu’il marchait d’un pas rendu hésitant par l’alcool, Florimond commença à apercevoir de curieux reflets dans ces miroirs improvisés. Des images d’un monde doré qui ressemblait à la Terre, tout en étant différent.
— Oh non, grommela le peintre. Pas encore !
Et dire qu’il croyait que la fée verte et ses compagnes le prémunissaient contre de telles visions. Florimond pressa l’allure, s’efforçant de regarder droit devant lui. Mais il ne pouvait s’empêcher de loucher vers les flaques d’eau. Bien qu’il sache que son esprit malade créait ces apparitions, il leur trouvait une beauté fascinante.
Il marcha dans une flaque, troublant le reflet, qui éclata en vaguelettes dorées. Florimond détourna les yeux. Son regard se posa alors sur un autre de ces miroirs. Le peintre sursauta. Un visage s’y était formé : un homme entre deux âges, à la moustache bien taillée et aux cheveux bouclés soigneusement coiffés en arrière. Il portait un veston et une chemise fermée par un foulard auquel était épinglée une broche imitant les rouages d’une montre. L’apparition se racla la gorge.
— Monsieur Barbieux, je suis désolé de vous déranger à une heure aussi tardive, mais je crains devoir requérir vos services.
La voix tremblait et semblait venir de très loin. D’un autre monde. Florimond resta planté là, hébété, ne sachant comment réagir.
— Monsieur Barbieux ? reprit l’inconnu.
Ça ne pouvait être réel. Il s’agissait encore d’un tour joué par son esprit malade. Sauf que jusque-là, les visions ne lui avaient jamais parlé. Mais que lui arrivait-il ? Florimond poussa un gémissement de terreur. Il se couvrit les oreilles et partit en courant. Il ne s’arrêta que lorsqu’il rejoignit la relative sécurité de sa chambre sous les combles. Il verrouilla la porte derrière lui et s’affaissa lentement, ses jambes se dérobant sous lui.
Il tremblait de tous ses membres. Ce qu’il avait redouté depuis des années le frappait aujourd’hui. Sa folie, contenue jusque-là grâce à l’art et à coup de bouteilles, menaçait de le gagner.
Le désespoir envahit le peintre. Il tituba à travers la chambre jusqu’à sa table de nuit. Il ouvrit un tiroir et en tira une fiole de laudanum. Il la conservait pour les cas d’urgence, et les évènements de la soirée en constituaient manifestement un. Il vida la moitié du flacon et s’effondra sur son lit, terrassé par un sommeil sans rêves.



Florimond se réveilla le lendemain avec des courbatures, un goût atroce dans la bouche et l’impression qu’un joueur de tambour fou avait élu domicile sous son crâne. Il se leva à grand-peine et se traîna jusqu’à la vasque d’eau froide. Il jeta un coup d’œil à son reflet. L’hallucination de la veille lui revint en bloc. Le peintre guetta le miroir, anxieux de voir à nouveau surgir la ville dorée et l’inconnu, mais la glace ne montra que son propre visage au regard apeuré.
L’artiste passa le reste de la journée enfermé dans son atelier, surveillant le miroir de la salle de bain, s’attendant à chaque instant à ce qu’apparaisse l’homme. Rien ne vint troubler le calme de la mansarde. Quand arriva la nuit, Florimond se détendit quelque peu. Il reprit néanmoins du laudanum pour dormir.
Les jours suivants se déroulèrent sans aucune manifestation du monde inconnu. Florimond commença à se dire qu’il était peut-être guéri. Son humeur s’améliora considérablement. Il retourna à la peinture avec enthousiasme et s’amusa à barbouiller ses toiles. Il passa bien sûr ses soirées à l’extérieur, à boire en compagnie d’autres artistes ratés comme lui. L’espace de quelques jours, la vie lui sembla presque belle. Il oublia le ciel gris du Nord, son manque de talent et cette sensation lancinante de ne pas être à sa place.
Hélas, les visions reprirent au bout d’une semaine.
D’abord, le visage de l’inconnu apparut dans le reflet d’une vitre. Puis dans une flaque, et enfin dans les miroirs. Florimond commença par ne pas en tenir compte. Mais l’homme insistait.
— Monsieur Barbieux, s’il vous plait, un moment.
Le peintre se couvrait les oreilles et refusait de l’écouter.
— Je sais que je vous dérange, mais je vous en prie, il faut que je vous parle.
Florimond ne voulait pas prêter attention à ces visions. Elles se révélaient pourtant impossibles à ignorer. Où qu’il aille, il apercevait le visage de cet inconnu se refléter dans la moindre surface lisse. Bien évidemment, le peintre était le seul à pouvoir percevoir cet autre monde. Les gens normaux ne voyaient rien et ne comprenaient pas pourquoi d’un coup il sursautait et se bouchait les oreilles en fermant les yeux.
D’excentrique, il passa à carrément dérangé. Certains de ses amis artistes cessèrent de l’inviter. Pour couronner le tout, le temps parut se détraquer : vents, grêle, brouillards soudains, averses apocalyptiques… La météo reflétait son état d’esprit.
Florimond se réfugia alors auprès de sa pluie fidèle compagne : la bouteille. La fée verte allégea ses tourments, mais ne put oblitérer les visions. Son art s’en ressentit cruellement. Impossible de peindre quoi que ce soit. Les couleurs de sa palette lui semblaient ternes, les formes qu’il dessinait sans vie. Bref, Florimond dépérissait.
Un soir où il était resté enfermé dans sa mansarde tant il pleuvait à verse au dehors, il prit conscience d’avoir touché le fond. Une barbe mal taillée mangeait son visage. Il ne s’était pas lavé depuis des jours et il était ivre mort. Il fixa la toile blanche posée sur le chevalet et se mit à sangloter devant la vacuité de son existence. Il était un raté complet. Autant en finir.
Il se redressa à grand-peine et tituba jusqu’à sa salle de bain. Là, il ramassa son rasoir et en contempla le fil acéré. Il jeta un coup d’œil au miroir. Son reflet lui rendit son regard désespéré, avant de se dissoudre pour laisser la place à l’inconnu.
— Monsieur Barbieux, je dois vraiment vous parler.
Florimond n’y tint plus. Il leva le poing et frappa la glace de toutes ses forces pour détruire ces visions. Mais à l’instant où il toucha le verre, il fut comme aspiré à l’intérieur du miroir. Florimond hurla, avant que tout n’explose dans une aveuglante lumière dorée.


Il se releva avec difficulté, sonné et surpris d’être encore en vie. Enfin, en tout cas, il l’espérait. Il regarda autour de lui. Il se trouvait dans une vaste salle, dallée de marbre, dont le plafond était soutenu par de hautes colonnes. Derrière lui se tenait un immense miroir, encadré d’une bordure ouvragée. Chose étrange, il ne reflétait pas la pièce, mais une surface totalement noire.
Florimond effectua quelque pas et leva les yeux. Une lumière dorée se déversait d’une coupole en verre. À travers les vitres, il vit passer trois dirigeables. Florimond réalisa alors qu’il se trouvait dans l’autre monde, celui de l’autre côté du miroir.
— Monsieur Barbieux, je suis désolé de vous avoir fait venir ici. J’espère somme toute que vous avez fait bon voyage.
Florimond tourna la tête pour découvrir l’inconnu de ses visions, en chair et en os.
— Vous ! s’exclama-t-il.
Il se rua sur l’hallucination, et fut très surpris de pouvoir l’attraper par le col, tant il s’attendait à ne rencontrer que du vide.
— Monsieur, voyons, calmez-vous !
— Vous allez m’expliquer tout de suite ce que vous me voulez et ce que je fiche ici ! Et d’abord, c’est quoi, « ici » ?
L’homme lui saisit les poignets et se dégagea, sans violence, mais avec fermeté.
— Je me nomme Phildège Ebois, et je suis le chef de la Brigade Miroirienne de Sa Majesté. Je contrôle les passages entre votre monde et le nôtre Vous êtes à Amberia, un univers parallèle au vôtre et dont la plupart des Terriens ignorent l’existence. Je vous ai fait venir ici car nous avons besoin de votre aide pour une affaire très délicate, au sujet de laquelle j’aimerai m’entretenir avec vous autre part que dans ce grand hall.
Florimond chancela. C’était une chose de réaliser qu’on se trouvait peut-être dans un monde inconnu, c’en était une autre d’entendre un inconnu l’affirmer calmement. Le peintre se prit la tête entre les mains.
— Je suis fou, c’est ça…
— Je ne puis me prononcer sur cette question, répondit Phildège. Néanmoins, je puis vous garantir qu’Amberia n’est pas une création de votre esprit, vous ne rêvez pas.
Il avisa Florimond, qui regardait autour de lui d’un air perdu.
— Je pense qu’une discussion accompagnée d’un remontant serait appropriée, déclara le contrôleur.


Phildège le mena hors de la grande salle, à travers les couloirs, jusqu’à une cabine de verre. Florimond y prit place avec une pointe d’inquiétude et lâcha un cri quand la cage s’ébranla et commença à monter. Mais l’émerveillement remplaça vite sa peur lorsqu’il découvrit la ville : de hautes tours ciselées, décorées de vitraux et de mosaïques. Dans le ciel flottaient des dirigeables, ainsi que de curieux aéronefs dont les voiles rappelaient les nageoires d’un poisson. La cité baignait dans une superbe lumière dorée. Rien qu’en la regardant, Florimond sentit les larmes lui monter aux yeux.
La cabine s’immobilisa, Phildège posa une main sur son bras et le guida au-dehors. Il se retrouva sur une vaste terrasse, agrémentée d’une balustrade de fer forgé ornée de lanternes de verre. Une table était dressée sous une tonnelle de lierre. Phildège invita Florimond à y prendre place.
Une femme vint leur apporter une carafe en cristal qui contenait un liquide ambré. La beauté de leur serveuse stupéfia le peintre. Grande et mince, elle portait une robe à tournure de taffetas rouille et une veste ocre, ses longs cheveux roux étaient noués en un chignon révélant des oreilles légèrement étirées. Son visage délicat s’éclaira d’un sourire qui fit pétiller ses yeux violets. Phildège la remercia et l’inconnue s’éloigna. Florimond suivit le froufrou de ses jupes du regard. Rien à voir avec les modèles de petite vertu qu’il avait dessinés jusque-là. Elle dégageait noblesse et séduction. Rien qu’à l’idée de pouvoir peindre son portrait, les mains de Florimond en tremblaient.
Son hôte saisit la carafe et servit un verre à Florimond, qui goûta le breuvage du bout des lèvres. Une multitude de saveurs explosa alors dans sa bouche. Il crut boire des rayons de soleil. Une intense clarté envahit son esprit, comme s’il se réveillait d’un très long sommeil.
— Je vois que vous appréciez notre nectar, et que vous êtes sensible à la beauté des femmes d’Amberia, déclara Phildège.
— J’ai l’impression d’avoir franchi la porte d’un royaume féérique, confessa Florimond.
— Il y a un peu de ça, admit son hôte. Les Terriens et les Amberiens se côtoient depuis des siècles. Bien qu’en théorie, nos deux mondes restent séparés, il existe tout de même des passages.
Florimond reposa son verre, captivé par les paroles de Phildège.
— La Terre et Amberia s’influencent mutuellement. De vous, nous puisons la science et la raison, tandis que nous inspirons vos artistes. Grâce à vous, nous possédons ces fantastiques dirigeables, ces ascenseurs, et tant d’autres merveilles. Grâce à nous, vous pouvez rêver. Nous appelons cet équilibre la Balance.
Le peintre acquiesça, tout en laissant son regard se perdre dans le ciel et le long des murs des tours.
— Néanmoins, pour que la Balance subsiste, des règles doivent être respectées, reprit Phildège d’un ton plus sévère. Les échanges ne sont spirituels. Nous n’autorisons aucun passage physique.
— Je me trouve pourtant ici, alors que je viens de la Terre, objecta Florimond.
Son interlocuteur resta silencieux, puis esquissa un sourire sans joie et l’artiste comprit la raison de sa présence.
— L’un des vôtres a traversé, non ?
Phildège acquiesça avec une certaine réticence.
— Oui. Hélas. Il a réussi à déjouer nos protocoles de sécurité et a atteint l’un de nos miroirs. Après l’irruption à Amberia de cette petite fille qui poursuivait un lapin blanc, et qui a d’ailleurs semé une sacrée pagaille, nous étions pourtant prêts à toute éventualité. Il faut croire que nous avons sous-estimé Radieux Brobofmin.
Florimond haussa un sourcil devant ce prénom si étrange.
— Si je comprends bien, ce Radieux est dans mon monde, et vous avez besoin de moi pour le retrouver, déclara Florimond. Pourquoi ?
Le peintre reprit une gorgée du nectar et goûta l’explosion de bien-être qui éclata dans sa bouche. Phildège s’agita sur son siège, avant de pousser un soupir.
— Ce que je m’apprête à vous révéler est hautement confidentiel, mais je suppose que je n’ai guère le choix. Voyez-vous, seuls quelques élus de mon côté connaissent la Balance, et je ne pense pas que les vôtres soient au courant, mis à part une poignée de lunatiques qui soupçonnent la vérité. Mais il existe un secret encore mieux gardé. Certaines personnes vivent à la fois sur Terre et sur Amberia, comme des jumeaux nés séparément.
Florimond éclata d’un rire sans joie.
— Ce Radieux est mon double donc, et c’est pour cette raison que vous avez besoin de moi pour le ramener.
— Oui, reconnut son interlocuteur. Voyez-vous, bien que vous ayez grandi sur des mondes différents, vous êtes liés. Vous pensez de la même manière.
Florimond jeta un regard en contrebas aux rues d’Amberia, puis lorgna du côté de la serveuse, assise à l’autre bout de la terrasse. Le vent agitait les mèches folles qui s’échappaient de son chignon. La lumière la drapait d’un halo d’or. Il ne se souvenait pas avoir contemplé plus beau spectacle depuis des années. Pourquoi quitter un pareil univers ?
— Je ne suis pas sûr d’être l’homme de la situation, et quand bien même, donnez-moi une bonne raison de vous obéir et de vous ramener ce Radieux.
— S’il ne rentre pas, la Balance sera brisée et les conséquences seront castatrophiques à la fois pour Amberia et pour votre Terre. Ça a déjà commencé d’ailleurs. Des catastrophes naturelles vous ont frappé ces derniers temps, non ?
Florimond se rappela des tempêtes, bien trop en avances et trop violentes pour la saison.
— La météo ne s’est pas montrée des plus agréables, et alors ? Je n’aime pas mon monde, je hais les trois quarts de l’humanité et quand je ne suis pas ivre, je souhaite souvent mourir. Pourquoi sauverais-je des êtres dont la vie m’indiffère ?
Phildège parut outré par cette réponse. Il observa Florimond, sa moustache frémissant d’indignation, avant de pousser un soupir résigné.
— Radieux Brobofmin tenait le même genre de propos, à ce que ses rares amis m’ont rapporté. Une personne égoïste et sombre, comme vous. Néanmoins, monsieur Barbieux, vous allez nous aider à ramener votre jumeau.
— Par quel miracle ? demanda Florimond avec un ricanement.
— La réponse se trouve dans votre verre.
Le peintre loucha vers le breuvage ambré.
— Vous vous sentez mieux depuis que vous l’avez bu, avouez-le. Vos pensées sont plus claires, vos soucis semblent avoir disparu.
Florimond acquiesça à contrecœur.
— Eh bien sachez qu’il s’agit du pouvoir du nectar : dissiper les humeurs sombres. Contrairement à votre alcool, il ne présente aucun danger pour la santé, affûte votre esprit sans le détruire et renforce votre corps. Si vous nous ramenez Radieux, nous nous engageons à vous fournir du nectar jusqu’à la fin de votre vie.
Florimond regarda Phildège, puis le fond de son verre. Une existence sans tourment, sans crise de tristesse ? Une immense colère l’envahit, son hôte s’était servi de lui. Il lui avait fait goûter ce breuvage divin, sachant qu’il ne pourrait pas refuser une telle offre. Le peintre n’avait pas le choix. Il prononça les mots fatidiques.
— J’accepte.

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MessageSujet: Re: La lumière d'Amberia   Mar 7 Jan 2014 - 19:47

Voilà, lu, j’ai été très vite prise dans l’histoire et, bien évidemment, j’ai envie de connaître la suite !

J’aime beaucoup la façon dont tu fais vivre le personnage principal, tout ce qu’il ressent, on a vraiment l’impression qu’il est réel et on a envie de le suivre pour savoir où va le mener cette aventure.
Le décor est bien planté aussi, il s’esquisse devant les yeux du lecteur en même temps que l’histoire se déroule, on a presque l’impression d’être passé au travers du miroir aussi !

Sinon, mes petites corrections :

Citation :
Toute l’après-midi, il s’était échiné à peintre ce maudit paysage, sans succès.
« à peindre »

Citation :
Florimond se réfugia alors auprès de sa pluie fidèle compagne : la bouteille.
« sa plus fidèle » plutôt, non ? Wink

Citation :
Je vous ai fait venir ici car nous avons besoin de votre aide pour une affaire très délicate, au sujet de laquelle j’aimerai m’entretenir avec vous autre part que dans ce grand hall.
plutôt un conditionnel dans ce contexte : « j’aimerais »

Citation :
Les échanges ne sont spirituels.
Il me semble qu’il manque une restriction dans cette phrase selon le sens : « Les échanges ne sont que spirituels » ?

Citation :
Des catastrophes naturelles vous ont frappé ces derniers temps, non ?
J’aurais tendance à mettre « frappés » car ce sont tous les humains qui ont subi les catastrophes, pas seulement Florimond

Citation :
Florimond se rappela des tempêtes, bien trop en avances et trop violentes pour la saison.
« en avance »

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MessageSujet: Re: La lumière d'Amberia   Mar 7 Jan 2014 - 22:13

Merci pour les corrections, Abi !

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MessageSujet: Re: La lumière d'Amberia   Ven 10 Jan 2014 - 12:48

La lumière d'Amberia (suite et fin)


Florimond traversa le miroir et atterrit sur le parquet poussiéreux de sa chambre. Sa joue s’érafla sur un clou et la douleur le submergea. Le peintre se redressa et épongea son visage. Il jeta un coup d’œil par la fenêtre. L’après-midi tirait à sa fin, une lueur blafarde pointait à travers la vitre. Florimond eut l’impression qu’une chape de plomb se posait sur lui. L’effet du nectar se dissipait maintenant. Il étouffa un sanglot à la pensée de la lumière d’Amberia.
Le peintre se laissa tomber sur son lit et se prit la tête entre les mains. Il rassembla ses forces pour combattre le découragement qui le gagnait. Il ne pouvait vivre dans ce monde. Impossible ! Pas sans nectar en tout cas. Il devait absolument retrouver Radieux Brobofmin et le ramener à Amberia coûte que coûte.
Florimond fouilla au fond de ses tiroirs et en extirpa un vieux révolver, celui de son père. Il vérifia qu’il était bien chargé, avec une sensation de mal-être. Il répugnait à user de violence et encore plus d’une arme à feu. Mais la fin justifiait les moyens dans ce cas. Il attrapa un pardessus et sortit.
Une pluie fine s’était mise à tomber sans discontinuer. L’air était humide et froid. Les grises maisons lilloises lui parurent plus déprimantes que jamais. Il releva le col de son manteau et s’engagea dans une rue, marchant un peu au hasard.
Si Phildège avait raison, Radieux et lui étaient comme des jumeaux, ils réfléchissaient de la même manière. Florimond se demanda comment il aurait agi s’il s’était rendu à Amberia à la place de Radieux. La réponse s’imposa comme une évidence. Il aurait cherché le plus bel endroit à peindre. Un joli paysage au bord d’un fleuve, une pittoresque maison, ou une splendide construction.
Florimond s’arrêta net alors que cette pensée lui traversait l’esprit : la cathédrale de La Treille. Il l’avait plusieurs fois dessinée, admirant ces flèches gothiques. Il avait même assisté à la messe une fois, rien que pour contempler l’intérieur !
Radieux ne manquerait pas de se sentir attiré par un tel lieu. Florimond pressa le pas et prit la direction de La Treille.
Il dépassa la gare, puis la vieille bourse et s’engagea dans le lacis de rues du vieux Lille. La cathédrale se nichait au cœur de ce quartier, comme un bijou dans un écrin. Sur le vaste parvis, une silhouette solitaire vêtue d’un pardessus couleur rouille se tenait là, les yeux rivés sur les gargouilles en haut des flèches.
Il tourna la tête vers Florimond. Celui-ci fut surpris de découvrir son visage autrement que dans le reflet d’un miroir. Radieux esquissa un sourire triste.
— Je savais que tu viendrais, déclara-t--il alors que Florimond s’avançait. Ce sont eux qui t’envoient, non ?
Le peintre ne dit rien et se planta devant son double, plus troublé qu’il ne l’aurait voulu. Il finit par opter pour la vérité.
— Oui, répondit-il. J’ai vu Amberia, Phildège Ebois m’a convaincu de te ramener de l’autre côté.
Radieux éclata d’un rire sans joie et le Terrien songea qu’il portait bien mal son nom. Son visage était terne, son teint cireux, ses yeux brillaient d’une lueur fiévreuse. Florimond comprenait mieux l’effet qu’il pouvait produire sur les gens : celui d’un artiste maladif, coincé entre le spleen et l’idéal.
— Qu’est-ce que ce cher Phildège a bien pu te proposer pour que tu acceptes ? Pas de l’argent, nous ne sommes pas attachés à ce genre de biens matériels. Une femme peut-être ? Quoique… non ! ce n’est pas le style de ce boute-en-train au col amidonné. Quoi alors ? Ah, je sais !
Le regard de Radieux s’éclaira d’un pétillement.
— Il t’a offert du nectar pour dissiper ta tristesse.
Florimond se raidit, mais acquiesça. Son double le contempla, avec une peine non feinte. Il s’approcha de lui et posa la main sur ses épaules. Le peintre tressaillit.
— Je connais ta douleur, car je la partage. Tu as l’impression d’étouffer en permanence. Des images d’une beauté foudroyante te hantent. Tu les vois du coin de l’œil, dans le reflet des miroirs. Tu cherches à les saisir avec tes pinceaux et tes couleurs, mais elles t’échappent inlassablement.
Florimond acquiesça.
— Tu ressens la même chose ? demanda-t-il à son jumeau.
— Je n’en peux plus de mon monde. La lumière d’Amberia m’étouffe. Tout cet or, cet ambre, c’est écœurant à la longue !
Florimond regarda Radieux sans comprendre, les yeux écarquillés. Comment pouvait-on détester ces cieux radieux ? Le peintre de l’autre univers recula et embrassa le parvis de la cathédrale d’un geste ample.
— Ici, c’est merveilleux ! Le ciel est gris, et pourtant, il brille de mille couleurs. Du rouge, de l’orange, du bleu dans les nuages. L’eau qui ruisselle des toits sonne comme la plus magnifique des cascades ! Sans parler des femmes… Leur beauté est fugace, mais par tous les dieux ! que d’élégance dans leur maintien, que de promesses derrière leurs cils recourbés !
Florimond fixait son jumeau bouche bée. Ces réflexions faisaient échos aux siennes d’une drôle de manière ! Ce que Radieux trouvait de merveilleux à la Terre était précisément ce que Florimond ne supportait plus, et il semblait que l’inverse soit vrai. Le peintre éclata de rire. Le natif d’Amberia l’observa avec curiosité.
— Aurais-je manqué une plaisanterie ?
— Non… Je viens juste de réaliser à quel point nous sommes similaires.
Comme pour marquer ces mots, la pluie se mit à tomber dru, l’une de ces averses dont le Nord avait le secret. Florimond prit le bras de Radieux.
— Allons nous abriter. Il faut que nous parlions.
Ils trouvèrent refuge dans l’un des cafés qui bordaient la place de la Treille. Radieux dégusta un chocolat chaud avec un plaisir manifeste, tandis que Florimond se contenta d’un thé, qui lui sembla bien morne après le nectar.
Les deux peintres échangèrent leurs points de vue. Sur la Terre et Amberia. Radieux ne démordait pas de son amour pour les nuances de gris ce monde, tandis que Florimond vantait la lumière fantastique de l’autre. Ils dialoguèrent à bâtons rompus, alors que la nuit tombait lentement sur les toits de Lille. Le patron du café finit par les mettre dehors pour fermer.
Alors qu’ils se retrouvaient à l’extérieur, le froid et la pluie firent exploser la bulle de joie dans laquelle ils s’étaient enfermés le temps de quelques heures. La réalité reprenait ses droits maintenant.
Florimond se tourna vers Radieux.
— Je dois te ramener.
— Je sais, mais je ne veux pas rentrer.
— Et je refuse de te forcer. Mais que va-t-il se passer alors ?
Le peintre d’Amberia haussa les épaules.
— Phildège n’acceptera pas de mettre la Balance en péril et enverra sûrement ses sbires de la garde Miroirienne à nos trousses.
Florimond grimaça.
— Oui, convint-il. Tu devras revenir chez toi, pour respecter la Balance.
Radieux se fendit d’un sourire torve.
— Et depuis quand nous appliquons-nous à suivre les règles ?


Phildège Ebois consulta sa montre à gousset et tapa du pied, impatient. Ce raté de Florimond Barbieux lui avait pourtant certifié qu’il leur ramènerait Radieux Brobofmin à quinze heures, et il était déjà quinze heures trente. Vraiment, ces artistes, on ne pouvait pas leur faire confiance.
Malheureusement pour lui, le chef de la garde miroirienne dut encore attendre un bon quart d’heure avant que le passage ne s’ouvre que les visages des deux peintres n’apparaissent. Florimond Barbieux semblait heureux, on ne pouvait en dire autant de Radieux. Ligoté, bâillonné, il affichait une mine sombre.
— Voici votre homme, comme convenu, annonça Florimond.
Il portait toujours sa chemise blanche crasseuse et son pardessus rapiécé, tandis que Radieux était vêtu du même pardessus couleur rouille qu’il avait en s’enfuyant d’Amberia. Aucune tenue, décidément.
— Parfait, parfait, déclara Phildège.
— Vous avez le nectar ? demanda Florimond, des notes hallucinées dans la voix.
Phildège retint un sourire. Il était déjà dépendant. Bien. Si jamais la Reine avait besoin d’un agent sur Terre, ils pourraient compter sur ce monsieur Barbieux. Phildège adressa un geste à l’un des gardes. Il amena une flasque de cristal que Phildège lança sur le miroir. De l’autre côté, Florimond Barbieux la reçut et la serra contre lui.
— Le reste de votre paiement arrivera même jour, même heure, tous les deux mois.
— Merci ! s’exclama l’artiste raté, le visage extasié.
— Envoyez-nous monsieur Brobofmin, maintenant, ordonna Phildège.
Florimond attrapa Radieux au col. Le double se débattit un peu, mais le peintre le poussa violemment contre la glace. Le natif d’Amberia traversa, et s’effondra sur le sol marbré de la grande salle. Phildège le regarda avec dégoût, avant de se tourner vers le Terrien.
— Vous avez accompli votre mission. Soyez-en remercié. Nous vous recontacterons au besoin, déclara-t-il.
Sur un geste de sa part, l’un des gardes miroiriens coupa la communication. Phildège Ebois observa Radieux, allongé sur le dallage.
— Eh bien, monsieur Brobofmin, vous pourrez vous vanter de nous avoir fait courir. Soyez heureux que notre souveraine se montre d’humeur magnanime. Elle ne vous a condamné qu’à une peine de travaux d’intérêt général. Si cela n’avait tenu qu’à moi, vous croupiriez dans la plus infâme de nos geôles.
Il se tourna vers l’un des gardes.
— Détachez-le et débarrassez-moi de cette loque.


Florimond Barbieux sortit du palais en se massant les poignets. Bon sang ! Radieux aurait pu y aller plus doucement sur les nœuds. Enfin, la supercherie avait fonctionné et il s’en tirait mieux que prévu, vu qu’il évitait la prison.
Mais alors qu’il descendait les marches pour se perdre dans les rues, l’Amberien d’adoption songeait que même quelques années à l’ombre auraient valu le sacrifice. Il leva les yeux. Le ciel était d’or, des nuages couleur ambre et bronze y paressaient mollement. Florimond sourit, le cœur emplit de joie. Pour le reste de sa vie, il allait pouvoir peindre la lumière d’Amberia.

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MessageSujet: Re: La lumière d'Amberia   Sam 11 Jan 2014 - 12:24

Deuxième partie, donc Very Happy
(si j'ai le temps, je reviendrai voir si j'ai des corrections sur la première)

Florimond fouilla au fond de ses tiroirs et en extirpa un vieux révolver, celui de son père => pour le contraindre, une fois braqué sur lui, de rentrer j'imagine. Mais j'ai comme l'impression que ça risque de mal tourner, un vilain coup va partir, et Florimond pourra aller vivre à Ambéria, vu que son double n'existera plus Very Happy

la cathédrale de La Treille. Il l’avait plusieurs fois dessinée, admirant ces flèches gothiques. => j'aurais tendance à mettre "ses flèches", mais c'est complètement subjectif

Radieux ne manquerait pas de se sentir attiré par un tel lieu => Radieux est peintre, aussi ? Ou c'est juste parce qu'ils partagent le même sens esthétique dans l'absolu ?

Je savais que tu viendrais, déclara-t--il alors que Florimond s’avançait. => déclara-t-il

Tu as l’impression d’étouffer en permanence / La lumière d’Amberia m’étouffe => petite répétition de "étouffe"

Radieux ne démordait pas de son amour pour les nuances de gris ce monde => de ce monde


Bon, mon hypothèse de début était bien ratée. En revanche, la fin devient très claire dès lors que les deux se mettent à discuter "moi je préfère la Terre, et moi Amberia". À partir de là, ça ne faisait plus de doute qu'ils allaient échanger leurs places, et du coup, tout le paragraphe de fin où "Florimond" livre l'autre perd complètement sa surprise, on sait que ce n'est pas le bon qui revient, tout juste parvient-on à se dire "héhé, tu l'as dans l'os Phildège".
Pour moi, tu pourrais garder le suspens en changeant la fin de leur discours ; plutôt que de montrer Florimond disant qu'il ne forcerait jamais son double, peut-être au contraire laisser un doute, dire qu'il n'a pas envie de le forcer (peut-être), mais qu'il ne supporte plus du tout cette vie, qu'il a besoin du nectar et qu'il n'a pas le choix. Et enlever la proposition de ne pas respecter les règles. Là, tu garderais un peu plus de suspens - encore qu'un lecteur averti devinera peut-être quand même le plan.
Si par contre l'effet était voulu de nous le faire comprendre avant même la fin, ma foi, je m'incline, mais j'avoue que j'ai trouvé ça dommage.

Au niveau des autres détails, comme je te l'ai indiqué, je n'étais pas certaine que Radieux était un peintre, lui aussi. Après tout, "double" en physique et en pensée ne veut pas dire qu'ils aient les mêmes capacités, notamment. Du coup, je verrais bien ça précisé lors de la conversation de Florimond avec Phildège.

À la fin, lorsque le passage s'ouvre : je me suis demandée quand "Florimond" avait précisé aux ambériens qu'ils ramèneraient "Radieux" (le comment de l'heure annoncée) ; également, comme le Terrien pouvait ouvrir le passage du miroir (sous-entendu, on a dû lui apprendre avant qu'il ne reparte, j'imagine, mais la précision me paraîtrait bonne).
Enfin, je n'avais pas compris au début que lorsque le passage s'ouvre, ils se voient seulement de chaque côté. Pour moi, "passage" voulait dire traversée. Peut-être nuancer avec la notion de communication établie ?

Sinon, dans l'ensemble, ce fut un texte très agréable à lire comme toujours. C'est vraiment juste cette fin qui me pose quelques soucis, sinon, l'univers (enfin, LES univers ^^), l'idée et les personnages sont vraiment très sympas Smile
Merci d'avoir sacrifié à ma petite exigence ^^
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MessageSujet: Re: La lumière d'Amberia   Sam 11 Jan 2014 - 12:30

Ok, merci pour les corrections, et tu répond à une question que je me posais sur la fin (j'avais un doute, que je n'avais pas mentionné pour ne pas orienter la réponse des lecteurs). Je pense que du coup, je la réécrirai afin de laisser l'ambiguité.

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MessageSujet: Re: La lumière d'Amberia   Sam 11 Jan 2014 - 18:46

Oh, Morri m'a laissé des corrections, merci Wink
Alors, commençons par ça :

Citation :
Ces réflexions faisaient échos aux siennes d’une drôle de manière !
"écho"

Citation :
Malheureusement pour lui, le chef de la garde miroirienne dut encore attendre un bon quart d’heure avant que le passage ne s’ouvre que les visages des deux peintres n’apparaissent.
A mon avis il manque une virgule ou "et" entre "s'ouvre" et "que", sinon la phrase me paraît un peu bizarre.

Citation :
Florimond sourit, le cœur emplit de joie.
"empli"

Alors, maintenant, mon impression générale sur cette deuxième partie.

Comme Morri, j'avais deviné l'échange à partir de la conversation, ce qui fait que j'en ai eu la confirmation au lieu d'une surprise en lisant la suite. C'est un peu dommage car effectivement, tu peux jouer dessus pour maintenir le suspense un peu plus loin.

Un autre point qui m'a un peu gênée, c'est que ça me semble presque trop facile : il suffit qu'ils échangent leurs vêtements et que Radieux envoie Florimond à sa place, et c'est fait.
Sachant que Radieux ne veut pas rentrer et que Florimond avait l'air d'apprécier Amberia, je suis surprise que Phildège ne se méfie pas plus et ne vérifie pas que ce soit la bonne personne qu'on lui ait renvoyée, au moins en lui posant des questions (bon, je suppose que les deux hommes ont mûri leur plan et que Radieux a dû lui donner des informations sur Amberia à Florimond pour qu'il s'y débrouille)
Ca m'a amenée à me poser la question de savoir si les Terriens et les Amberiens sont complètement identiques, pour qu'on ne puisse pas remarquer que ce n'est pas Radieux qui est revenu. Ne serait-ce qu'au niveau du teint, si sur Amberia il y a toujours une lumière dorée, on pourrait s'attendre à ce que ses habitants soient bronzés, alors que les Terriens sous la météo du Nord doivent avoir un teint plutôt blancs, et qu'il y ait donc une différence entre l'épiderme de Radieux et celui de Florimond.

Par contre, un point sur lequel tu m'as surprise, c'est que pour une fois, c'est une "happy end" puisque ça finit bien pour les deux personnages (en fait, ayant l'habitude de fins en demi-teintes dans certaines de tes nouvelles, j'avoue que je me demandais où ça allait capoter  Wink  )

Donc au final, pour moi, encore une nouvelle très agréable à lire avec laquelle j'ai passé un très bon moment, mais j'ai trouvé la deuxième partie un peu moins poussée que la première.

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MessageSujet: Re: La lumière d'Amberia   Sam 11 Jan 2014 - 23:26

Les deux peintres échangèrent leurs points de vue. Sur la Terre et Amberia. a écrit:
Peut être qu'il vaudrait mieux fusionner ces deux phrases et de fait, ôter ce point + je mettrais plutôt au singulier leur point de vue mais bon c'est pas forcément gênant si ce n'est que ça donne plus d'importance à cette entrevue(enfin après c'est subjectif ^^) : Les deux peintres échangèrent leur point de vue sur la Terre et Amberia.


[Edit]
[Ah du coup, autant pour moi, Morrigan vient de poster mes suggestions de correction  Very Happy je suis trop lenteuuuhhhh  ::lol: 


Pour donner mon sentiment sur ce texte, j'ai de très bonnes impressions pour la première partie.
Pour développer, le décor est bien planté, ou du moins juste assez pour ce type de texte, la trame se dessine petit à petit et on visualise bien l'évolution, ce qui pourrait se passer, ou ce qui pourrait ne pas se passer etc. Alors que pour la seconde et dernière partie, j'ai l'impression que l'histoire est un peu plus vite déballée et comme le dit Morrigan, on a à peine idée de qui est le jumeau de Florimond, on sous-entend qu'il est aussi artiste peintre. Idem qu'Abigaelle, le changement de monde respectif des protagonistes ? On n'y croit pas réellement, là aussi c'est assez vite expédié et je suis certaine que tu peux améliorer sans mal cela et en te calant sur les contenus de ta première partie Wink Quoiqu'il en soit, j'ai bien aimé te lire (et cela m'a un peu rappelé par moment les mondes parallèles de Fringe, même si ça n'a rien à voir ^^)
Ah, en revanche, j'aimerais juste dire que je ne fais que donner mon idée sur ce que j'ai lu, comment je le vois, bien entendu je n'ai rien contre toi, je le précise car nous ne nous connaissons pas encore :)et je viens juste de débarquer. De plus, je suis assez directe pour donner mon avis et parfois ça pourrait être mal interprété, de là, ce petit aparté  Smile 

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MessageSujet: Re: La lumière d'Amberia   Dim 12 Jan 2014 - 10:37

Trois avis pour un changement de fin, ce sera donc une réécriture de la dernière partie (en espérant pouvoir rattraper tout ça).

Merci de vos avis Smile

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MessageSujet: Re: La lumière d'Amberia   Jeu 16 Jan 2014 - 17:09

Hop, voici la fin, revue et corrigée (Pour la bonne compréhension de la suite, sachez que j'ai légèrement modifié le passage à Amberia : la serveuse a désormais un nom, Iris, et c'est une muse). Voilà, sur ce, bonne lecture.


Florimond traversa le miroir et atterrit sur le parquet poussiéreux de sa chambre. Sa joue s’érafla sur un clou et la douleur le submergea. Le peintre se redressa et épongea son visage. L’après-midi tirait à sa fin, une lueur blafarde pointait à travers la vitre. Florimond eut l’impression qu’une chape de plomb se posait sur lui. L’effet du nectar se dissipait maintenant. Il étouffa un sanglot à la pensée de la lumière d’Amberia et se laissa tomber sur son lit, rassemblant ses forces pour combattre le découragement qui le gagnait. Il ne pouvait vivre dans ce monde. Impossible ! Pas sans nectar en tout cas. Il devait retrouver Radieux Brobofmin et le ramener coûte que coûte. Il glissa la main dans sa poche, qui contenait un éclat de verre emballé dans un mouchoir : le moyen de contacter Phildège quand il aurait accompli sa mission. Ce morceau venu d’Amberia affermit sa volonté.
Florimond fouilla au fond de ses tiroirs et en extirpa un vieux révolver, celui de son père. Il vérifia qu’il était bien chargé, avec une sensation de mal-être. Il répugnait à user de violence et encore plus d’une arme à feu. La fin justifiait hélas les moyens. Il attrapa un pardessus et sortit.
Une pluie fine tombait sans discontinuer. Lille lui parut plus déprimante que jamais. Il releva le col de son manteau et s’engagea dans une rue. Il n’avait aucune idée de la manière dont il allait retrouver Radieux, ni ce qu’il ferait quand il le verrait. Il marcha au hasard, détaillant la mise des passants, les façades des maisons, puis le ciel. Les Lillois étaient vêtus de gris et noir qui s’harmonisaient avec la couleur des pierres. Même les briques rouges typiques du Nord ne parvenaient à égayer cette vision ; les teintes monotones aspiraient toute joie.
Florimond déambula dans les rues, ne sachant où commencer les recherches. Ses pas le portèrent au cœur du vieux Lille, du côté de la cathédrale de La Treille. L’édifice se nichait au cœur de ce quartier, comme un bijou dans un écrin. La bruine s’était transformée en crachin glacé quand Florimond atteignit le parvis. Il s’arrêta net en apercevant une silhouette solitaire vêtue d’un pardessus couleur rouille se tenait là, les yeux rivés sur les gargouilles en haut des flèches. L’inconnu tourna la tête vers Florimond qui fut surpris de découvrir son propre visage autrement que dans le reflet d’un miroir. Seule différence notable : une cicatrice barrait la joue gauche de son jumeau. Radieux esquissa un sourire triste.
— Je t’attendais, déclara-t-il alors que Florimond s’avançait. Ce sont eux qui t’envoient, non ?
Le peintre ne dit rien et se planta devant son double, plus troublé qu’il ne l’aurait voulu. Il étudia ces traits si semblables aux siens, se demandant ce qu’il devait faire : sortir tout de suite l’arme ou essayer d’abord d’en savoir plus. La curiosité se révéla plus forte, et Florimond opta pour les questions.
— Oui, j’ai vu Amberia, Phildège m’a convaincu de te ramener de l’autre côté, répondit-il.
Radieux éclata d’un rire sans joie et le Terrien songea qu’il portait mal son nom. Son visage était terne, son teint cireux ; si différent de la peau dorée des quelques habitants d’Amberia qu’il avait pu voir ; et ses yeux brillaient d’une lueur fiévreuse. Florimond comprenait mieux l’effet qu’il pouvait produire sur les gens : celui d’un artiste maladif et antipathique, coincé entre le spleen et l’idéal.
— Qu’est-ce que ce cher Phildège a pu te proposer pour que tu acceptes ? Pas de l’argent, nous ne sommes pas attachés à ce genre de biens matériels. Une femme peut-être ? Quoique… non ! ce n’est pas le style de ce boute-en-train au col amidonné. Quoi alors ? Ah, je sais !
Le regard de Radieux s’éclaira d’un pétillement malsain.
— Il t’a offert du nectar pour dissiper ta tristesse.
Florimond se raidit, mais acquiesça. Son double le contempla, avec une peine non feinte. Il s’approcha de lui et posa la main sur ses épaules. Le peintre tressaillit.
— Je connais ta douleur, car je la partage. Tu as l’impression d’étouffer en permanence. Des images d’une beauté foudroyante te hantent. Tu les vois du coin de l’œil, dans le reflet des miroirs. Tu cherches à les saisir avec tes pinceaux mais elles t’échappent inlassablement.
Florimond acquiesça avec réticence.
— Tu ressens la même chose ? demanda-t-il à son jumeau.
— Je n’en peux plus de mon monde. La lumière d’Amberia m’étouffe. Tout cet or, cet ambre !
Florimond regarda Radieux sans comprendre, les yeux écarquillés. Comment pouvait-on détester ces cieux radieux ? Le peintre de l’autre univers recula et embrassa le parvis de la cathédrale d’un geste ample.
— Ici, c’est merveilleux ! Le ciel brille de mille couleurs. Du gris, du rouge, de l’orange, du bleu dans les nuages. L’eau qui ruisselle des toits sonne comme la plus magnifique des cascades ! Sans parler des femmes… Que d’élégance dans leur maintien, que de promesses derrière leurs cils recourbés !
Florimond fixait son jumeau bouche bée. Ce que Radieux trouvait de merveilleux à la Terre était ce que Florimond ne supportait plus, et inversement. Le peintre éclata de rire. Voilà qui allait compliquer la situation. Le natif d’Amberia l’observa avec curiosité.
— Aurais-je manqué une plaisanterie ?
— Non… Je viens juste de réaliser à quel point nous sommes similaires, et cela me désole.
Comme pour marquer ces mots, la pluie se mit à tomber dru, l’une de ces averses dont le Nord détenait le secret. Radieux prit le bras de Florimond.
— Allons nous abriter. Il faut que nous parlions.
Le peintre hésita, il voulait en finir au plus vite, rembarquer cet intrus de son côté du miroir, pas lier connaissance. La curiosité le poussa néanmoins à le suivre. Ils trouvèrent refuge dans l’un des cafés qui bordaient la place de la Treille. Radieux dégusta un chocolat chaud avec un plaisir manifeste, tandis que Florimond commanda un thé, qui lui sembla bien morne après le nectar.
Radieux entama la discussion, parlant de son amour pour les nuances de gris de ce monde et les cieux azur qu’il avait aperçus entre les nuages. Florimond savait à quoi il pensait : il voulait que le Terrien le prenne en pitié. Il se contenta de répondre au départ par monosyllabes, mais l’autre insista, et ses vues s'opposaient tant à celles du peintre qu’il finit par prendre part à la conversation. Il loua la lumière d’Amberia et la beauté des femmes. Radieux rétorquait en s’extasiant sur le brouillard. Sans que Florimond s’en aperçoive, la nuit tomba lentement et le patron du café les mit dehors pour fermer.
Alors qu’il retrouvait la pluie et le parvis désert, Florimond réalisa qu’il s’était enfermé dans une petite bulle hors du monde, en compagnie de la seule personne qui pouvait le comprendre. Radieux poussa un profond soupir.
— Bien, il est temps de nous quitter maintenant. J'ai apprécié te rencontrer.
Le peintre faillit prendre la main que l’Amberien lui tendait, puis le laisser filer. Il se rappela ce qu’il risquait de perdre dans l’histoire.
— Qu’est-ce qui te dit que je vais te permettre de partir ?
L’autre éclata d’un rire sans joie.
— Oh voyons, ne jouons pas à ça, s’il te plait. Je te connais : tu n’aimes pas les règles, tu détestes les ordres, et encore plus qu’on te force la main. Tu ne me ramèneras pas.
Radieux avaient raison, en un sens. Maintenant qu’ils avaient parlé, Florimond comprenait les motivations de l’Amberien.
— Je n’ai pas envie d’obéir à Phildège, reconnut-il. Mais tu oublies une chose : le nectar.
— Une chimère ! Le nectar agira deux ou trois ans, peut-être cinq, dix à la rigueur, mais au final, tu retomberas dans la même apathie.
— Deux ans, c’est toujours bon à prendre !
Radieux dut lire la détermination dans les yeux et la voix de Florimond, car une ombre de panique passa sur son visage.
— Je ne veux pas y retourner ! Aide-moi s’il te plait !
— T’aider ? Pourquoi ? Si la situation était inversée, tu ne bougerais pas le petit doigt pour moi. Je te rappelle que nous sommes semblables, toi et moi : égoïstes et matérialistes.
— On peut changer !
— Non, et je ne pense pas en avoir envie.
Un éclair de colère embrasa les yeux de l’Amberien. Il serra les poings.
— Je n’y retournerai pas, gronda-t-il.
Il se rua sur Florimond et lui asséna un coup de poing à la mâchoire. Le coup n’était ni puissant, ni précis, mais il suffit à faire tomber le peintre. Son double se jeta sur lui et l’empoigna par le col. Les deux artistes roulèrent sur le sol, se frappant, mordant et griffant. Aucun des deux n’était un combattant, mais chacun se défendait avec une férocité née du désespoir.
Florimond asséna un coup de coude à Radieux, dont l’arcade sourcilière droite explosa sous le choc. Il se releva, mais son jumeau lui accrocha la cheville, et il s’écroula sur le pavé humide et glacé. L’Amberien referma les doigts autour de sa gorge et serra. Florimond se mit à suffoquer, il se débattit, sa main glissa dans sa poche et attrapa un objet froid et lourd. Le révolver. Il le tira et l’enfonça dans les côtes de l’Amberien, qui relâcha aussitôt sa prise.
— Il est chargé, l’avertit Florimond d’une voix rauque.
Radieux le toisa d’un air mauvais. Le peintre connaissait assez cette expression pour l’avoir déjà vu dans le miroir : l’image d’un être blessé par la vie et prêt à tout pour se trouver une place dans le monde. Il se demanda à quoi ressemblait son propre visage pour l’heure.
— Tu vas tirer ? Allez, tue-moi ! Ça vaut toujours mieux que de repartir là-bas.
Il se redressa et écarta les bras en croix. Florimond se leva à son tour, sans cesser de maintenir l’Amberien en joue.
— Tue-moi !
Florimond se révéla incapable de presser la détente. Il laissa retomber sa main.
— Il doit y avoir une autre solution.
— Comme quoi ? Échanger nos places ? s’exclama Radieux d’un ton acerbe.
Les deux peintres se regardèrent alors que ces mots résonnaient entre eux et l’Amberien esquissa un sourire qui le rajeunit de dix ans.
— Et si nous définissions nos propres règles ? proposa-t-il.


Florimond observa son reflet et celui de Radieux dans le miroir, et se tortilla, mal à l’aise. La peur commençait à le gagner.
— Tu es sûr que ça va marcher ?
— Non, mais je te rappelle que nous le danger et que nous n’avons guère d’autre choix.
Florimond acquiesça et se gratta machinalement.
— N’y touche pas ! l’avertit Radieux en désignant la fausse balafre qui lui barrait la joue.
Le peintre fourra ses mains dans ses poches pour résister à la tentation. Ils avaient eu assez de mal à camoufler la cicatrice de Radieux et à la reproduire sur le visage de Florimond, pour tout faire rater à cause d'une démangeaison.
Le Terrien s’observa une nouvelle fois dans le miroir, il portait les habits de l'Amberien : pantalon ocre, chemise crème et pardessus couleur rouille, tandis que l’Amberien avait récupéré les siens. Outre la cicatrice, Florimond avait coupé ses cheveux et les avait ébouriffés, alors que Radieux avait acheté une perruque longue imitant la coiffure du Terrien. Florimond avait toujours de la peine à croire que ce changement suffirait à duper Phildège, mais son jumeau lui avait assuré que celui-ci ne voyait en eux que deux épaves imbibées d’alcool incapable du moindre stratagème. S’il avait raison, l’arrogance de Phildège causerait sa perte. La partie n’était néanmoins pas encore gagnée.
— Tu es prêt ? s’enquit Radieux.
Florimond acquiesça, alors que la peur formait un nœud désagréable au creux de son ventre. L’Amberien lui ligota les mains dans le dos et froissa ses vêtements. Puis, il prit le morceau de verre posé à côté du miroir et l’appliqua sur la glace. Le reflet se troubla pour laisser apparaître au grand hall. Phildège Ebois se tenait là, accompagné de deux gardes. Il toisa les peintres avec suspicion, son regard passant de l’un à l’autre. Florimond se rappela qu’il devait avoir l’air défait ; il baissa donc la tête et s’efforça d’adopter l’attitude d’un homme qui a tout perdu. Radieux se mit à trépigner derrière lui, comme un enfant qui attendrait sa récompense.
— Voici votre fuyard, comme promis, annonça-t-il.
Sa voix dégageait de la fébrilité. Phildège arbora un petit sourire satisfait, le cœur de Florimond marqua un bond : mordait-il à l’hameçon ?
— Parfait, parfait, déclara le contrôleur. Vous a-t-il causé du souci ?
Pour toute réponse, Florimond bouscula Radieux et essaya de s’enfuir. L’Amberien le rattrapa, les deux luttèrent quelques instants, Florimond, toujours entravé, se débattant, Radieux tentant de le maîtriser. Ils veillèrent bien à ce que leur pugilat paraisse le plus bestial possible. Radieux termina cette parodie de combat en assénant un coup de poing à Florimond, qui s’effondra sur le sol. Son double le saisit par le col pour le relever.
— Lâche-moi ! beugla Florimond. Ta mère était un hamster et ton père sent le sureau !
Il poursuivit sur sa lancée et débita toutes les insultes amberiennes que son jumeau lui avait apprises. Il constata avec satisfaction qu’au fur et à mesure de sa tirade, les sourcils de Phildège Ebois s’arquaient et que bouche se plissait en une moue de dégoût. Radieux avait raison : il les méprisait.
— La mission a été difficile, geignit-il.
— En effet, convint Phildège d’un ton poli et neutre.
— Il m’a fait courir dans tout Lille ! Alors je me demandai, si je ne pouvais pas… enfin… obtenir une petite rallonge… du nectar en plus, en somme.
Florimond l’observa du coin de l’œil, Radieux affichait l’expression pathétique de l’ivrogne réclamant à boire.
— Je vais voir ce que je peux faire. Mais avant toute chose, renvoyez donc monsieur Brobofmin, répondit Phildège.
Il ne parvint pas dissimuler le mépris dans sa voix. Florimond réprima un sourire, le poisson était ferré.
— Non, non, déclara Radieux. D’abord, je veux du nectar.
Phildège pencha la tête de côté, étudiant le peintre, puis il adressa un signe à l’un des gardes qui l’entourait, qui lui tendit une fiole contenant un liquide ambré. Phildège la prit et la lança contre le miroir. La glace se rida comme une flaque dans laquelle on aurait jeté un caillou, et la flasque apparut de leur côté. Radieux se précipita pour la récupérer, l’ouvrit et l’engloutit en une gorgée, dans une parfaite imitation d’un ivrogne en mal de boisson. Florimond songea que, question spiritueux, lui et son double bénéficiaient d’un certain entraînement. Radieux se fendit d’un sourire soulagé, alors que le Terrien adoptait l’attitude désespérée du condamné à mort. L’Amberien lui mit la main au col et le poussa vers le miroir.
— Allez, le raté, tu repars chez toi ! gronda-t-il.
Florimond se débattit de toutes ses forces pour donner le change.
— Non ! Laissez-moi ! Je ne veux pas ! Tuez-moi s’il vous plait !
Le Terrien se retourna pour se trouver face à l’Amberien. « Bonne chance » articulèrent en silence ses lèvres. Radieux hocha la tête et projeta Florimond contre le miroir.
Comme pour son premier voyage, il eut l’impression que la glace l'aspirait. Il réapparut à Amberia en s’écrasant sur le sol de marbre de la grande salle. Sonné, il lui fallut quelques instants avant de parvenir à se redresser pour contempler Phildège penché sur lui.
— Monsieur Brobofmin, vous pourrez vous vanter de nous avoir fait courir.
— Pas assez à mon goût ! cracha le peintre.
Le contrôleur adressa un signe à ses gardes, ils empoignèrent Florimond et le relevèrent sans ménagement, avant de retirer ses liens. Phildège se planta devant lui et commença à l’étudier. Le Terrien se figea, paralysé par ce regard inquisiteur. Une pensée traversa son esprit : il savait ! Il n’était pas dupe de la supercherie ! Une sueur froide inonda son dos et ses jambes se mirent à trembler.
— Il y a quelque chose d’étrange chez vous, monsieur Brobofmin, déclara Phildège.
— Cela s’appelle le désespoir, répondit Florimond en se cramponnant à son personnage d’Amberien maudit.
Phildège continua à l’observer. Le peintre n’avait plus qu’une seule envie, fuir le plus loin possible de cet homme. Il était prêt à partir en courant, quand une voix cristalline retentit dans la grande salle.
— Monsieur Ebois ? J’apporte une lettre de Sa Majesté pour vous.
Florimond tourna la tête pour découvrir, Iris, la serveuse qu’il avait rencontrée lors de son premier voyage. Elle s’avança, portant un message cacheté à la cire dorée, qu’elle tendit à Phildège. Comme la première fois, sa beauté subjugua Florimond. Il oublia un instant le danger qu’il courait pour se noyer dans ces yeux violets.
Phildège prit le parchemin et le décacheta. Un pli soucieux barra son front au fur et à mesure qu’il lisait. Puis, il plia la missive et la rangea dans sa redingote, avant de se tourner vers Florimond.
— Des affaires urgentes m’appellent, mais sachez que je n’en ai pas fini avec vous, monsieur Brobofmin ! Votre faute réclame un châtiment exemplaire et vous n’y couperez pas !
Florimond masqua son soulagement par un soupir à fendre l’âme. Ses jambes, qui avaient accepté de le porter jusque-là, se dérobèrent sous lui et il tomba à genoux, rendant ainsi encore plus crédible sa mascarade d’artiste déchu.
— Achevez-moi ! gémit-il.
Phildège ouvrit la bouche, mais Iris le devança. Elle s’agenouilla auprès de Florimond et l’aida à se relever.
— Allons, allons, maître Ebois, ne soyez pas trop dur avec cet homme. Si vous vous montrez méchants avec les peintres, mes sœurs et moi-même risquons de vous en vouloir.
Elle accompagna cette tirade d’un battement de cils enjôleurs. Phildège hésita un instant, avant de hausser les épaules.
— Les muses sont bien trop aimables, maugréa-t-il.
Iris lui sourit en retour d’un air ingénu.
— Soit, la Reine m’attend, déclara-t-il. Iris, menez-le à la sortie. Et monsieur Brobofmin, interdiction de quitter la ville jusqu'à ce que nous ayons statué sur votre cas.
Sur ces mots, Phildège leur tourna le dos et, flanqué de ses gardes, il s’éloigna. Florimond le regarda partir, les jambes flageolantes. Quand il eut disparu, Iris glissa quelque chose au creux de sa main. Le Terrien découvrit avec un choc sa cicatrice postiche, qu’il s’empressa de recoller sur sa joue. La muse prit son bras.
— Venez, je crois que vous avez bien besoin d’air, déclara-t-elle.
Toujours sous le coup de la surprise, Florimond la suivit sans résister.
— Pourquoi ? réussit-il à articuler au bout de quelques secondes.
— Disons que je perçois une étincelle en vous qui me plait beaucoup, répondit Iris.
Elle l’amena jusqu’à la porte d’entrée de la grande salle : une vaste arche de pierre blanche, au fronton orné de créatures fantastiques.
— Filez maintenant, monsieur Brobofmin. Tenez-vous à carreau et veillez à paraître très malheureux, au moins les premiers mois, je m’occupe de Phildège. Mais n’oubliez quand même pas de venir me rendre visite avec vos pinceaux et vos couleurs. J’ai hâte de voir de quoi vous êtes capable !
— Je… je n’y manquerai pas, balbutia-t-il.
Elle le poussa gentiment au-dehors avant de s’évanouir, légère et gracieuse. Florimond descendit les marches de l’entrée. La ville s’étalait devant lui, pleine de promesses et de merveilles. Il leva les yeux : le ciel était d’ambre et des nuages d’or y paraissaient. Une immense allégresse l’emplit. Pour le restant de ses jours, il allait pouvoir peindre la lumière d’Amberia.

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MessageSujet: Re: La lumière d'Amberia   Jeu 16 Jan 2014 - 19:39

Florimond traversa le miroir et atterrit sur le parquet poussiéreux de sa chambre. Sa joue s’érafla sur un clou et la douleur le submergea. Le peintre se redressa et épongea son visage => tu vas me dire que je chipote grave (et c'est vrai ^^), mais tu as trois phrases à la suite qui s'articulent avec un "et". Perso, je trouve que ça s'entend trop

Même les briques rouges typiques du Nord ne parvenaient à égayer cette vision => pas certaine si tu as oublié le "pas" ou non

Il s’arrêta net en apercevant une silhouette solitaire vêtue d’un pardessus couleur rouille se tenait là => "qui se tenait là" / "se tenant là"

L’inconnu tourna la tête vers Florimond qui fut surpris de découvrir son propre visage autrement que dans le reflet d’un miroir. => bon, allez, je re-chipote : y a plus de passants, qui pourraient vaguement être étonnés/curieux de voir deux jumeaux ? Surtout, s'il y avait des gens dans les rues, y en a-t-il sur le parvis ?

Son visage était terne, son teint cireux ; si différent de la peau dorée des quelques habitants d’Amberia qu’il avait pu voir ; et ses yeux brillaient d’une lueur fiévreuse => "si différent..." je le mettrais plutôt entre tirets (– alt+0150), les points virgules n'ont pas la bonne signification ici, je trouve

Florimond comprenait mieux l’effet qu’il pouvait produire sur les gens => comme il détaille son double, on pourrait penser qu'il parle de l'effet produit par Radieux, et non lui. Du coup, je propos "comprenait mieux l'effet que lui-même pouvait produire"

Florimond regarda Radieux sans comprendre, les yeux écarquillés. Comment pouvait-on détester ces cieux radieux ? => chipotage again : le nom de Radieux et l'adjectif appliqué aux cieux font une sorte de répétition

Le peintre faillit prendre la main que l’Amberien lui tendait, puis le laisser filer => la laissa filer

Radieux avaient raison, en un sens => avait

Les deux artistes roulèrent sur le sol, se frappant, mordant et griffant => définir Radieux comme "artiste" suppose que tu l'as dit avant - mais comme je n'ai pas la nouvelle version du début...

Il se releva, mais son jumeau lui accrocha la cheville, et il s’écroula sur le pavé humide et glacé. => j'enlèverais la seconde virgule

Il le tira et l’enfonça dans les côtes de l’Amberien, => "et enfonça le canon" ?

Non, mais je te rappelle que nous le danger et que nous n’avons guère d’autre choix. => "que nous sommes en danger"  confused 

mais son jumeau lui avait assuré que celui-ci ne voyait en eux que deux épaves imbibées d’alcool incapable du moindre stratagème => incapables

Le reflet se troubla pour laisser apparaître au grand hall. => un grand hall / le grand hall

— La mission a été difficile, geignit-il. => qui est ce "il" ? Radieux ?

Le peintre n’avait plus qu’une seule envie, fuir le plus loin possible de cet homme => deux points après "envie" ?

Florimond tourna la tête pour découvrir, Iris, la serveuse qu’il avait rencontrée lors de son premier voyage => pas de virgule avant "Iris"


Ah, beaucoup beaucoup mieux Very Happy
C'est très bien, comme ça. J'ai juste deux remarques mineures : comme déjà signalé, les gens dans les rues de Lille, je n'arrive pas à savoir quand il y en a ou pas - quand ils sortent du café, par exemple. C'est la nuit, mais ils sont seuls ou pas ?
Et pourquoi Iris, une muse, fait-elle le service de boisson ET le courrier ? Et que Flordimond ne s'en émeuve pas ? La logique de son statut m'échappe (à moins que ce soit expliqué dans l'autre partie, auquel cas, je n'ai rien dit)

Vala, sinon une très bonne réécriture, le dénouement me paraît plus intéressante de la sorte, et j'ai bien aimé le stratagème décrit, la petite tension sur "Phildège sait-il ?" et l'intervention d'Iris.
Bref, je cautionne à 100% !
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MessageSujet: Re: La lumière d'Amberia   Jeu 16 Jan 2014 - 20:12

Cool, merci, Mo"

Pour Iris, j'avais plutôt dans l'idée que c'était un genre d'assistante de Phildège, qui avait (en plus), l'oreille de la reine. Du coup, j'essayerai de mettre ça plus au clair.

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MessageSujet: Re: La lumière d'Amberia   Jeu 16 Jan 2014 - 21:09

Bravo, j’aime beaucoup cette nouvelle version, elle a plus de tension et de suspense, je n’ai pas grand-chose à dire de plus.

Merci à Mo de m’avoir laissé quelques corrections Wink

Citation :
Le peintre connaissait assez cette expression pour l’avoir déjà vu dans le miroir : l’image d’un être blessé par la vie et prêt à tout pour se trouver une place dans le monde.
« déjà vue »

Citation :
Il constata avec satisfaction qu’au fur et à mesure de sa tirade, les sourcils de Phildège Ebois s’arquaient et que bouche se plissait en une moue de dégoût.
Il manque un mot : « que sa bouche »

Citation :
— Il m’a fait courir dans tout Lille ! Alors je me demandai, si je ne pouvais pas… enfin… obtenir une petite rallonge… du nectar en plus, en somme.
plutôt un imparfait : « je me demandais »

Citation :
Il ne parvint pas dissimuler le mépris dans sa voix. Florimond réprima un sourire, le poisson était ferré.
il manque aussi un mot : « il ne parvint pas à dissimuler »

Citation :
Phildège pencha la tête de côté, étudiant le peintre, puis il adressa un signe à l’un des gardes qui l’entourait, qui lui tendit une fiole contenant un liquide ambré.
J’aurais accordé « l’entouraient » avec « des gardes »

Citation :
Si vous vous montrez méchants avec les peintres, mes sœurs et moi-même risquons de vous en vouloir.
J’aurais laissé « méchant » au singulière, car pour moi, elle s’adresse uniquement à Phildège.

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MessageSujet: Re: La lumière d'Amberia   Jeu 16 Jan 2014 - 21:40

Merci Abi (Abi oeil d'aigle, devrais-je dire Wink )

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MessageSujet: Re: La lumière d'Amberia   Jeu 16 Jan 2014 - 23:05

Pour moi qui suis myope comme une taupe, c'est un compliment  Wink 

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MessageSujet: Re: La lumière d'Amberia   Lun 3 Fév 2014 - 22:32

Bonsoir

Alors, donc, comme je l’avais dit vu que je n’ai pas trop de temps, je me suis penchée sur la catégorie des Nouvelles. Du coup, pour choisir, je ne savais pas qui. J’ai vu 2 ou 3 nouveaux arrivés pas longtemps avant moi, et je me suis dit qu’il valait mieux qu’ils soient encadrés par des habités, et paf, dans les 3 auteurs suivants, il y avait la dame qui m’avait envoyé un MP à mon inscription !

Alors, je jette un coup d’œil et là… problème… C’est une nouvelle pour un AT auquel je participe aussi. Du coup, je ne savais pas trop quoi faire. Et puis, mon amour propre m’a fouetté ! Je me suis dit : « ben, quoi, gamine ? t’es pas sûre de ton texte pour avoir peur d’aider les autres ? C’est pas bien, fille ! Un concours, c’est sympa quand les gens s’entraident comme ça on est toujours content qui que cela soit qui soit retenu ! » Donc, bref, j’ai décidé de commenter ce texte. Very Happy

PREMIERE PARTIE

Alors premières impression globale :
J’ai bien aimé ! :DLe cadre est bien posé depuis le début : le perso principal (Florimond), le lieu (Lilles et la cité d’Amberia, l’autre monde parallèle), l’époque aussi (XIXe), le milieu et l’ambiance (milieu artistique, ambiance steammagique pour Amberia), les enjeux (ne pas devenir fou, éviter les flaques, ramener le fugueur dans son monde) et même la récompense (picoler de l’hydromel  et zieuter des filles classes Razz)

Ce que j’ai aimé, c’est le travail sur le personnage. Il est assez criant de vérité, avec ses doutes, son insatisfaction, sa recherche d’un pis aller contre sa médiocrité. Je l’ai trouvé très bien de se plaquer les mains sur les oreilles, de refuser d’écouter, ça faisait vrai. Le coup de poing qui le fait passer de « l’autre côté », c’est classique, mais là, c’était tellement bien amené, que j’ai pas vu venir !

La politesse extrême du contrôleur m’a amusé, avec une petite pointe d’irone dans mes pensées du genre « quel empoté ! il ferait mieux de lui dire une phrase différente à chaque fois s’il veut poursuivre la conversation ! »

Le laudanum, un grand classique de Sherlock Homes, c’est bête comme tout, mais j’avais totalement oublié cette drogue ! J’ai bien aimé ces petits détails qui soulignent bien le cadre « réel » du récit.

L’histoire délirante d’Alice, j’ai ADORÉ ! Trop bien trouvé ! Les descriptions des villes sont sympa. J’ai failli croire que le don du héros c’était vraiment de créer un temps en corrélation avec son état d’esprit et je croyais qu’on allait le faire venir pour faire pousser les cultures, ou je ne sais quoi. Razz

Du coup, l’histoire de retrouver son double pour la balance, c’est beaucoup plus classique… ça ne dérange pas vraiment, cela ne sera pas le point le plus intéressant de l’histoire.


Pour les trucs qui me vont moins bien.
D’abord, pour avoir fréquenté des artistes, je suis un peu déstabilisé par la scène où il se sent apaisé pendant toute une semaine où il n’a plus de vision et qu’il peint avec de la joie ! Je suis embêtée, parce que la lumière d’ambre était devenue son obsession. Ses toiles aussi reprennent ce monde « au-delà du miroir », du coup, je me demande bien ce qu’il a peint pendant cette semaine-là… Privé de ce support visuel qu’il aime et hait à la fois… Ce n’est qu’un détail, mais on pourrait peut-être dire qu’il reprend d’anciens travaux d’avant cette obsession ? Et qu’il jette toujours un regard dans le miroir parce que tout de même, la lumière d’Ambria lui manque ?

Il y a aussi les premières phrases qui m’ont stoppée net. La 3e phrase commence avec « la fée verte », dans un contexte de SFFF, ben, on se demande tout de suite si c’est une vraie fée verte… Si on est en fantasy et qu’est-ce que ça fait là, cette histoire de fée (si c’est une poulette ? une vaurienne qui l’a assommé la veille, etc…) Bref, j’ai plus passé de temps à cogiter sur cette seconde phrase qu’à lire la moitié de la page qui a suivi. Du coup, si c’est pas fait exprès, je verrai plus une première nomination de l’absinthe, puis son petit surnom ensuite, je trouverai ça plus clair.

Au niveau du style, j’aime beaucoup. Il n’y a qu’un truc qui me gène vraiment. Ce sont les répétitions. ATTENTION ! Je suis pas une obsédée des répétitions ! Seulement, comme j’ai lu très vite, j’avoue qu’il y a une flopée de « fée verte » (justement), de « bouteilles », et de « flaques ».
Vraiment beaucoup… Ce qui est trop répétitif devient parfois ennuyeux (du genre, on se dit « ben, ça va, on a compris, allez ! zou ! faut avancer dans le récit !)
Il y a aussi pas mal de « miroir », mais d’abord « miroir », ça n’a pas beaucoup de synonyme, et ensuite ça passait très bien, pour ce mot. Je crois que c’est parce qu’on a plus l’habitude de le lire dans les histoires.

Du coup, pour la fée verte et la bouteille qui sont ses meilleurs amis, on a aussi : verre, boisson, alcool, s’envoyer un verre derrière le gosier, se mettre rond, etc…

Pour la flaque, la première fois, j’aurai directement mis « eau », puis quand ça pleut beaucoup, j’aurai mis « étendue d’eau ». Là, comme ça, hors contexte, je pense aussi à « un petit lac » ou à « une mare d’eau », mais bon, je sais qu’on est en ville et en pleine rue…

Oh ! J’allais oublier ! Il y a aussi le doublon des « son esprit malade », tu as aussi « esprit insane » si tu veux changer (vu que tu as déjà un « santé mentale »)

Sur ce premier passage, je ne vois rien d’autre à signaler.
T’es super douée ! Very Happy


Je peux poser une question ?
Je ne comprends pas bien ce forum... La deuxième partie, c'est pas le texte du 10 janvier, mais c'est celle du 16 janvier, c'est ça ? Les deux disent que c'est "la suite et fin". Faut pas me perdre comme ça, j'ai pas assez de neurones pour capter les subtilités, moi ! Razz
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MessageSujet: Re: La lumière d'Amberia   Mar 4 Fév 2014 - 7:09

Merci pour ta lecture

Alors pour répondre à tes questions, je fréquente aussi des artistes (et pas mal de personnes à tendance dépressive) et je trouve au contraire qu'il y a toujours des phases où ça va super bien, avant d'un coup que ça replonge.

"La fée verte" n'est pas une vraie fée, c'est une expression typiquement XIXe désignant l'absinthe.

Les répétitions, je les corrige, mais après pour des termes comme "flaque", "miroir", tu tournes assez vite sur les mêmes synonymes (et personnellement, je n'aime pas cette manie qu'ont certaines personnes de désigner tout par des périphrases pour éviter de répéter un mot).

Pour la fin, je te conseille la 2ème fin, retravaillée après les conseils des lecteurs. Par contre, même si tes remarques sont pertinentes, j'ai déjà envoyé le texte pour l'AT Very Happy

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MessageSujet: Re: La lumière d'Amberia   Mar 4 Fév 2014 - 8:29

Bonjour

Citation :
Alors pour répondre à tes questions, je fréquente aussi des artistes (et pas mal de personnes à tendance dépressive) et je trouve au contraire qu'il y a toujours des phases où ça va super bien, avant d'un coup que ça replonge.
Je n'ai jamais dit le contraire. Very Happy Je suis tout à fait d'accord ! Je ne parlais pas du tout de ses alternances d'humeur. Je disais juste que je ne comprends pas comment, pendant sa phase joviale, il se détourne de son obsession lancinante : peindre la lumière dorée et cette ville aux hautes flèches de ses hallucinations. Il continue de peindre ça de mémoire ? Il peint finalement d'autres sujets ? Le ciel lillois au crépuscule ?
(après, comme je dis, c'est un détail, pas besoin de vraiment répondre à ma question pour 2 lignes perdues dans le texte.  Razz )

Citation :
"La fée verte" n'est pas une vraie fée, c'est une expression typiquement XIXe désignant l'absinthe.
Là encore, j'avais compris, pas d'inquiétude.  Razz 
La première rencontre du mot m'a juste étonnée, voilà pourquoi je proposais de glisser "absinthe" la première fois au lieu de "fée verte", car ensuite la petite expression populaire aurait eu un support direct dans la tête du lecteur.

Après, moi, mon avis, il ne vaut que des clopinettes, alors pas de souci si cela ne te correspond pas.  cheers 
D'accord pour lire la 2e fin. A bientôt !
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MessageSujet: Re: La lumière d'Amberia   Mar 4 Fév 2014 - 8:51

Citation :
e n'ai jamais dit le contraire. Very Happy Je suis tout à fait d'accord ! Je ne parlais pas du tout de ses alternances d'humeur. Je disais juste que je ne comprends pas comment, pendant sa phase joviale, il se détourne de son obsession lancinante : peindre la lumière dorée et cette ville aux hautes flèches de ses hallucinations. Il continue de peindre ça de mémoire ? Il peint finalement d'autres sujets ? Le ciel lillois au crépuscule ?
(après, comme je dis, c'est un détail, pas besoin de vraiment répondre à ma question pour 2 lignes perdues dans le texte.
C'est vrai que j'aurais pu développer un peu (mais bon, vu que j'étais déjà tout juste niveau nombre de signes, j'ai préféré ne pas épiloguer sur ce point)

Citation :
a première rencontre du mot m'a juste étonnée, voilà pourquoi je proposais de glisser "absinthe" la première fois au lieu de "fée verte", car ensuite la petite expression populaire aurait eu un support direct dans la tête du lecteur.
La fée verte pour moi, c'est tellement parlant, mais tu n'es pas la première à avoir buté sur cette expression, donc ça doit être moins courant que ce que je pensais. Ou alors il faut que j'arrête de traîner avec des Steamers et des obsédés du XIXe, ça commence à déteindre sur moi

Citation :
Après, moi, mon avis, il ne vaut que des clopinettes, alors pas de souci si cela ne te correspond pas
Un avis est un avis, c'est toujours bon à prendre, et ça me force du coup à me remettre en question Very Happy

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MessageSujet: Re: La lumière d'Amberia   Mar 4 Fév 2014 - 21:27

Bonsoir

Donc, j’ai lu la 2e partie de la nouvelle.

Sincèrement ? Elle est impeccable ! J’ai beaucoup aimé ! C’est une très bonne nouvelle.
Il y a peu à dire. L’idée de l’inversion de rôle courrait dans l’air, les deux personnages aimant l’un l’autre ce que n’aime pas le vis-versa. Donc, non, finalement, cela ne devait pas être des soleils couchants sur Lilles que peignait le Terrien. Razz

J’ai apprécié la rencontre, la maturité de Radieux (moins bouffé du cerveau par l’absinthe ? Smile) qui finalement mène d’une main de maître sa conversion d’un monde à l’autre. Le passage dans le bar (thé et café, ça les change ^^), la presque poignée de mains, les barrages réelles ou fictives des deux protagonistes : cela a été de très bons moments de lecture. Les perso sont vraiment bien réussis.
Le fait que l’administratif ait un doute rend plus crédible l’intrigue. J’espère qu’en plus de lui avoir quelques jurons, Radieux l’a instruit de là où trouvait un toit et de détails sur sa famille, même si Florimont est peut-être enfant de bohème qui n’a jamais, jamais connu de loi. ^^ Sincèrement, je suis contente que les deux se soient mis d’accord, parce que le chantage à la boisson d’ambre, je trouvais ça vraiment « sale » de la part de l’administratif. Un côté « j’abuse de ta toxicomanie pour te tenir dans le creux de ma main ». Du coup, je me suis bien marré, quand Radieux a joué les avides en réclamant plus d’ambre.

La petite Iris est sympa, une muse qui est loin d’être idiote. Je regrette presque que Florimont ait eu besoin de perdre sa postiche pour qu’elle comprenne. J’aurai préféré que la place utilisée par le passage soit reconverti pour expliquer pourquoi l’administratif cède si totalement à la Muse et reparte même avec ses deux soldats. Quitte à rajouter en deux mots, qu’elle est une favorite de la reine. (tiens, je vois que la fin était un tout petit peu différente dans la précédente version)

Enfin, je n’ai tout de même pas de regret. C’est une très bonne nouvelle, très agréable à lire et qui fait du bien. :DC’est l’essentiel !


Dernière édition par January le Mar 4 Fév 2014 - 22:07, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La lumière d'Amberia   Mar 4 Fév 2014 - 21:38

Cool ! Merci beaucoup et ravie que la nouvelle t'ait plu ! ça me rassure aussi que tu aimes la fin (vu que j'ai un peu galéré dessus).

Merci de ta lecture et des conseils d'amélioration au sujet d'Iris, je retiens et je note ça dans un coin de ma tête (au cas où je doive réécrire Smile )

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