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 concours n°48 - votes

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Texte n°1
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Texte n°2
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Texte n°3
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Texte n°4
19%
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Texte n°5
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Niko
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MessageSujet: concours n°48 - votes   Dim 13 Avr 2014 - 23:51

Voici venu le temps des rires et des chants.
Sur l'Île Aux Enfants, c'est tous les jours le printemps.
Nan, je déconnes geek 

Voici venu le temps de départager les concurrents de ce concours.

edit : fin des votes le 26 avril.

Texte n°1 :

Le contact du banc, loin d'apaiser Sébastien, le crispa encore plus. Il regardait les arbres tout autour en scrutant leurs feuilles, leur branche, leur tronc..
Vivaient-ils ? il se demanda.. Comme ces patients conscients mais coincés par la paralysie à l'intérieur, incapables de crier ?
Combien de meurtres aurait engendrée l'industrie du papier !
− Vous semblez mal à l'aise.
Seb sursauta, oubliant en un instant son délire de papier.
− Évidemment ! Vous êtes un alien, bon dieu ! Je trouve ma réaction légitime.
− Excusez moi Monsieur Mercer, je ne voulais pas vous froisser.
Le jeune homme passa une main dans sa tignasse rousse, et laissa échapper un long soupir.
− Vous êtes certain de ne pas vouloir me regarder pendant notre discussion ? reprit la voix.
− Je ne préfère pas.
− Comme il vous plaira.
Les yeux résolument tournés vers la mare un peu plus loin, Sébastien posa la première de ses questions.
− Depuis combien de temps vivez vous... ici ?
− Cela doit bientôt faire 120 ans, je pense. J'ai toujours du mal avec vos années, bissextiles ou non.
− Et pourquoi débarquer à cette période précise ?
− Oh, ce sont les mystères de la vie. Voyez-vous, mes mères se sentaient en âge pour une progéniture, et mes pères n'y virent pas d'objection...
− Non, non, je ne parlais pas de vous spécifiquement. De toute votre espèce plutôt...
Sébastien laissa sa phrase en suspens, avant de comprendre les implications.
− Vous êtes né ici ?
− Tout à fait. Non loin de ce parc, où je vis depuis la fin de mon adolescence.
− Ce qui correspond à ?
− Le moment où nous devenons vert.
Le jeune homme glissa un regard, avant de fixer de nouveau le point d'eau.
− Vous ne me sembles pas très verdoyant.
− L'âge, Monsieur Mercer. Nous vieillissons tous, quelque soit l'espèce, quelque soit la planète.
− Sauf Dieu, non ?
Cette question engendra un silence profond, seulement troublé par le léger bruissement des feuilles sous la brise printanière.
− Je vous avoue que ce... concept me laisse toujours perplexe, reprit la voix. De nombreux prêcheurs et croyants me l'ont expliqué, mais ils ne semblaient jamais d'accord.
− Si vous n'avez pas de Dieu, que vous reste-t-il contre la mort ? Contre la peur du vide, du néant ?
− Aucune raison d'en avoir peur, Monsieur Mercer. Le Néant constitue ce qu'il y a de plus beau, de plus pur en ce monde. C'est une bénédiction plutôt qu'un fléau.
− Comment l'absence de vie pourrait être un bien ?
− Vous raisonnez de manière égocentré. Votre importance n'est qu'illusoire. Votre conscience, vos pensées, vos joies et vos peines ne servent à rien, de produisent rien, n'ont d'autres conséquences que de s'influencer elles-mêmes. Une fois réunis avec le Néant, le sens existera, malgré la disparition de la conscience.
Le jeune homme se leva d'un bond, et commença à marcher en rond, pour se dégourdir les jambes. Puis il s’arrêta, ferma les yeux et inspira. Le parfum des bourgeons, fleurs en devenir, s'infiltra dans ses narines et ses poumons, se répandit dans tous son corps.
Il expira, et le printemps ressortit.
Il inspira, et expira. Il inspira, et expira. Il inspira, expira et éternua dans un grondement tonitruant.
Foutu pollen !
Sébastien se rassit, plus énervé qu'auparavant.
− Pourquoi moi ? lâcha-t-il en s'essuyant le nez.
− Vous semblez sain d'esprit.
− Et je serais le seul ? Ne vous foutez pas de moi. En plein Paris, je ne doute pas que des centaines de personnes en meilleure santé mentale vous passent devant tous les jours.
− Eh bien, je pense que je recherchais plus quelqu'un de... de concret, je crois que c'est le mot. Vous êtes un homme concret, je peux le voir. Et en même temps, vous avez suffisamment d'imagination pour ne pas me nier.
− Je me demande si je n'en ai pas trop, d'imagination. Trois psychiatres dans trois arrondissements différents m'ont confirmé que je ne souffrais d'aucun trouble mental. Même sur internet, je n'arrive pas à trouver de forme de folie correspondante !
− Évidemment, Monsieur Mercer. Et encore mieux, vous êtes quelqu'un de sérieux.
Le jeune homme se retourna.
− C'est-à-dire ?
− Comme vous l'avez évoqué, de nombres personnes s'arrêtent chaque jour devant moi. Il en est de même depuis un siècle, et, contrairement à ce que vous croyez, il m'arrive de discuter avec eux. Louis Aragon m'a appris votre belle langue. Boris Vian, le jazz et la chanson. Mais ces hommes, pour si fascinants qu'ils soient, personne ne les aurait pris au sérieux s'ils avaient parlé de moi, de nous. «  Fantasie de poètes », les gens se seraient dit.
− Donc vous voulez que je devienne un ambassadeur ?
Cette fois encore, sa question engendra un silence, impénétrable celui-ci. Le vent ne soufflait plus, et l'enclos de verdure paraissait arrêter la rumeur de la ville.
− Non, pas pour le moment en tout cas. Mais sur le long terme, je pense que c'est un objectif viable. Après des décennies de cohabitation, je suppose que les êtres humains n'auront pas trop de problème avec notre présence ici bas.
− Vous êtes bien naif pour un centenaire, soupira Sébastien.
Il se releva, adressa ses salutations à l'extraterrestre avant de repartir sur le chemin. Mais il ne put s’empêcher de se retourner une dernière fois.
A côté du sentier se trouvait un vieux banc usé et râpé. Sous les marques et les éraflures, une touche de vert persistait.

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I will draw you, Saruman,  as poison is drawn from a wound.
Gandalf
-Je... Je n'arrive pas à y croire ! -C'est pour ça que tu échoues...
Star Wars, Episode V, L'Empire Contre-Attaque

Vous avez un nom qui commence comme une caresse et fini comme un coup de cravache. Cocteau à Marlène Dietrich


Dernière édition par Niko le Lun 14 Avr 2014 - 19:51, édité 2 fois
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Niko
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MessageSujet: Re: concours n°48 - votes   Dim 13 Avr 2014 - 23:52

Texte n°2 :

Dimanche 09 février 2015, 3 h 00, 4 jours av. le débarquement

Quand elle reprit conscience, Anaïs se tenait debout au milieu d'un champ. La jeune fille en pyjama, se trouvait perdue en rase campagne. Le froid vint embrasser ses bras nus. Elle se recroquevilla sur elle-même, espérant que tout cela n'était qu'un mauvais rêve. Au-dessus d'elle, le ciel nocturne brillait de mille feux. Elle n'entendait rien d'autre que le vent dans les feuillages et les cris des oiseaux de nuit.
Anaïs ignorait combien de temps elle avait marché, ni l'heure qu'il pouvait être. Au loin, elle distingua une surface plane bordée d'arbres ressemblant à une route. Elle se dirigea dans cette direction, ses pieds nus tailladés par les herbes coupantes et les pierres qui jalonnaient son chemin. À plusieurs reprises elle fut agrippée par des ronciers qui déchirèrent son pantalon de pyjama. La jeune fille continuait d'avancer, les yeux embués de larmes. Elle arriva sur une petite route goudronnée ; le genre de chemin emprunté uniquement par les agriculteurs du coin ou les promeneurs à vélo. N'ayant aucune idée de la direction à prendre elle avançait au hasard, gagnée par la fatigue et le froid. Elle n'avait d'autres choix que de marcher.

Mercredi 11 février 2015, 2 jours av. le débarquement

Extrait d' un article paru dans la dépêche du midi.

Depuis plusieurs jours, de nombreux cas de somnambulismes ont été signalés dans la région. Une vingtaine en Midi-Pyrénées selon les autorités. Sur le nombre de personnes touchées, nous comptons environ soixante pour cent d'enfants. Le phénomène s'étendrait apparemment sur le monde entier.
Selon les chercheurs en neurologie qui ont étudié plusieurs des sujets concernés, ces personnes ne seraient pas réellement en crise de somnambulisme, mais plutôt dans un « état modifié de conscience » proche de l'hypnose ou des transes que l'on peut observer chez les chamans des peuples primitifs.
Ces mêmes chercheurs n'ont toujours pas déterminé, à l'heure actuelle, l'origine de ce phénomène qui reste, pour l'instant, un mystère. Certaines hypothèses sont soulevées, notamment, celle des ondes électromagnétiques captées par le cerveau des personnes sensibles et qui affecteraient le subconscient.
Il est tout de même important de noter que certains individus ont, durant cette transe, écrit des formules mathématiques extrêmement complexes et développés des théorèmes relevant de la physique quantique. Personne n'est en mesure, pour l'instant, de vérifier l'exactitude de ces formules, mais il faut avouer que nous sommes face à des événements troublants.

Jeudi 12 février 2015, 13 h 00, 1 jour av. le débarquement

Anaïs regardait la télévision quand elle entendit le bourdonnement dans son oreille. Le lendemain, elle avait rendez-vous à l’hôpital de Purpan, à Toulouse, pour un examen neurologique. Ses parents avaient découvert qu'elle n'était pas un cas isolé, et ses crises de somnambulisme à répétition intéressaient un chercheur en neuroscience dont elle ne se rappelait plus le nom.
Le bruit se fit plus intense et la jeune fille ignorait si elle était la seule à l'entendre. Dehors, le vent se levait. Sa maison, une vieille toulousaine rénovée, se situait à l'écart de la ville, non loin des champs. Anaïs sortit sur le pas de la porte. Une bourrasque fit tournoyer ses longs cheveux blonds.
Le bourdonnement redoubla d'intensité au point de devenir insupportable. Même en se bouchant les oreilles, elle ne parvenait pas à faire taire ce vacarme incessant. Elle aperçut des éclairs lumineux dans le ciel. La jeune fille crut qu'un orage allait s'abattre, mais la lumière persistait, visible au travers de l'épaisse couche de nuage gris et blanc. Cela formait un grand cercle lumineux d'un ton jaune clair.
Autour d'elle, la tempête redoublait d'intensité, faisant voler le mobilier de jardin des voisins. Anaïs restait comme hypnotisée par la lumière. Elle ne pouvait en détacher ses yeux. Elle en oubliait le bourdonnement qui continuait à émettre sa vibration. Dans un état de transe elle s'avança dans le tumulte, et marcha jusqu'au champ voisin. La terre se mit à trembler légèrement, mais la jeune fille ne s'en souciait pas.
Un violent éclair jaillit. Il émit ne lumière aveuglante qui persista durant plusieurs secondes. Lorsqu'il disparut, Anaïs n'était plus là, et le cercle lumineux non plus. La tempête cessa. La plaine avait retrouvé son calme.

Dans le salon, la télévision est allumée sans que personne ne la regarde. Quelque heures après les événements, un flash spécial apparaît sur la chaîne. Le présentateur, un homme brun d'une trentaine d'années, semble tout excité par les nouvelles qu'il doit annoncer.
Mesdames et messieurs,
nous interrompons votre programme pour un flash spécial information. Aujourd’hui, des centaines de personnes dans le monde, peut-être même des milliers ont disparu au même moment. Plusieurs témoignages affirment la présence de lueurs dans le ciel. Nous ignorons pour l'instant si les deux phénomènes sont liés, mais quelques films amateurs, tournés avec des smartphones au moment des faits, montrent les halos lumineux présents dans le ciel et la disparition d'un individu en plein milieu d'une rue. Nous attendons plus d'informations concernant ces récents événements. Certains proches des disparues affirment que ses personnes auraient été comme hypnotisée au moment des faits. Sur place Jean-Luc Hircham et Joanna Saulier.
La caméra déambule dans une rue bondée. Une narratrice détaille les images. Les gens regardent le ciel, quelques-uns pleurent. Des images de films amateurs se succèdent. Plusieurs halos lumineux dans le ciel sous plusieurs angles de vue. Puis un homme qui disparaît dans un éclair de lumière, au milieu des gens. Des images qui viennent des quatre coins du monde.

Vendredi 13 Février 2015, jour du débarquement

Le ciel est dégagé sur le sud de la France. Un après-midi ensoleillé, après un hiver doux et court. Mais les gens ne profitent pas de cette douce journée. Ils sont inquiets. Le bilan des disparues s'élève à près de 100 000 personnes dans le monde. Les gouvernements semblent impuissants et n'ont aucune explication. Des marches silencieuses sont organisées aux quatre coins de la planète, avec en tête, les familles des victimes.
C'est dans ce climat de tension que les premiers vaisseaux débarquèrent. Ils atterrirent un peu partout, même dans les lieux les plus isolés. Ce n'était pas des soucoupes, comme l'image que l'on se faisait des O.V.N.I, mais plutôt des navettes de forme triangulaire, grosses comme un avion long courrier.
Les gens eurent peur et la panique gagna la plupart des villes. Les militaires débarquèrent et installèrent un périmètre autour des vaisseaux. Ils n'avaient pas ordre de tirer, mais d'empêcher les curieux de s'avancer près de ces étranges engins. Les chefs des gouvernements n'ont donné aucune explication en ce jour, ils se sont contentés de faire une apparition télévisuelle en demandant aux gens de garder leur calme.

Journal de résistant de Jean-Michel Poujol, 14 mars 2015, 1 moi ap. Le débarquement

Voilà un moi que les Cuivrés ont débarqué. Je sais pas trop ce qu'ils veulent, mais ça me paraît pas très clair tout ça. Pour ce que j'en dis, ça ressemble à une occupation, même si le président nous assure que non. Ils ont quand même l'air bien copain avec eux.
Il y a deux semaines, Y'en a deux qui se sont incrustés dans le bar que je fréquente à Saint-Girons. C'est vrai qu'ils nous ressemblent, sauf qu'ils sont plus grands et qu'ils ont la peau couleur cuivre. C'est pour ça qu'on les appelle les Cuivrés. Ils sont habillés comme ces mecs de l'antiquité, ceux qu'ont construis les pyramides.
J'aime pas leur manière de nous dévisager, comme s'ils étaient mieux que nous. J'ai beau habiter un petit patelin paumé dans l'Ariège, je suis pas ignare. Je sais reconnaître des mecs qui se baladent en pays conquis. Y'en a un qui m'a regardé. Droit dans les yeux. Je me suis pas laissé faire ; j'lai regardé aussi. Il est resté là un moment, à attendre que je baisse le regard. Moi j'ai continué à boire ma bière et j'ai pas lâché. Après son pote s'est ramené et lui a dit un truc que j'ai pas compris. Puis ils sont partis. Je sais pas de quelle planète ils arrivent ceux-là, mais faut pas qu'ils viennent nous chercher des noises, parce qu'on les recevra.
Le soir, en rentrant, je suis passé à la bergerie donner à bouffer aux bêtes. C'est là que j'ai vu les mioches. Ils s'étaient réfugiés dans la grange, au milieu des bottes de foin. Je me suis dit « c'est deux jeunes qui fricotent, à coup sûr. » Il y avait une fille, une adolescente. 15 ans, pas plus. Une blondinette maigrichonne. Et l'autre, un gars un peu plus âgé, des longs cheveux noirs. J'aime pas trop les mecs aux cheveux longs, mais les gosses à c't' âge, ça fait n'importe quoi. Il était très bizarre quand même. Pas méchant, mais bizarre.
La gamine s'est approchée, et elle m'a demandé de les cacher pour la nuit. Alors moi, c'est sûr, je cache pas les fuyards, je veux pas d'ennuis avec les autorités, mais elle m'a supplié la gosse. Je lui ai demandé de qui ils se cachaient tous les deux. Elle m'a expliqué que c'était des Cuivrés. Alors là ça changeait tout. Hors de question que je livre deux gamins à ces bestioles de l'espace.
Je les ai ramenés à la maison, c'est pas la place qui manque depuis que ma femme a foutu le camp avec le gosse. La gamine m'a dit qu'elle s'appelait Anaïs, une Toulousaine à ce qu'il paraît. Le garçon, lui, il a pas dit grand chose. Quand j'ai demandé son nom il m'a sorti un truc que j'avais jamais entendu. Cirion. Connais pas. Quand je lui ai demandé d'où il était, il a répondu : « de loin ». Faut dire qu'il portait des vêtements très étranges. Une espèce de combinaison blanche avec une ceinture de la même couleur. Je sais pas quelle matière c'était mais des fois on aurait dit que ça brillait à la lumière. Il posait très peu de questions mais toujours dans un langage parfait, un peu comme le prof de français de mon fils. Et pas d'accent ! Impossible de dire d'où il venait le gamin.
Arrivé à la maison, on a mangé. La gamine s'est pas fait prier, mais l'autre, il voulait rien. Il a fait une drôle de grimace en voyant la charcuterie. Encore un bobo végétarien comme le couple de beatnik qui ont acheté la ferme deux kilomètre plus loin. Faut dire qu'il leur ressemble un peu ce gosse. D'ailleurs, à ce qui paraît, ils ont disparus ces hippies, le même jour que tous les autres.
Je leur ai quand même demandé ce qui faisait là et où ils allaient comme ça. C'est la fille qui a répondu. « Nous cherchons quelqu'un » qu'elle a dit. « Quelqu'un d'important pour l'avenir, il ne faut pas que les Cuivrés le trouvent avant nous. ». Mouais... moi ce genre de prophétie j'y croyais pas trop. Si une race extraterrestre voulait nous envahir, je vois pas comment un pauv'gars pourrait les arrêter. Mais les gosses, ils en avaient l'air convaincu.
Puis la gamine m'a parlé d'une guerre qui allait commencer bientôt. Comment elle pouvait bien savoir ça ? Je l'ignore. En tout cas, une semaine après ça a commencé à péter de partout. D'ailleurs, c'est grâce aux mioches que j'ai décidé de rentrer dans la résistance. Si des gamins osent affronter les Cuivrés, de quoi on a l'air, nous, si on s'incline.
J'ai quand même demandé où il était ce mec qu'ils cherchaient. Ils avaient pas l'air très sûr. « Dans les montagnes » qu'elle m'a répondu. « Mes pauvres, j'ai dit, et comment vous allez y aller dans les montagnes, c'est qui fait froid la nuit, et y a de la neige encore, vous pourrez pas y grimper comme ça, on vous retrouvera congelés dans un ravin. ». Après plusieurs échanges, j'ai bien compris qu'ils étaient décidés les gosses. Ils changeraient pas d'avis. Et le garçon, il avait l'air sûr de lui.
Du coup, j'ai fait ce que je pouvais pour les aider. Le lendemain, je leur ai filé des vêtements chauds et des vivres. La fille les a acceptés, mais l'autre, non. « Je n'en ai pas besoin. » qu'il a dit. Après il m'a sorti un charabia. D'après ce que j'en ai compris, sa combinaison elle le protégeait du froid et il avait pas besoin de manger notre nourriture. Je commençais à me demander s'il était bien de notre planète celui-là.
Je leur ai indiqué une ferme où ils pourraient se réfugier. Un ami, en qui j'ai toute confiance, d'ailleurs il est dans la résistance à mes côtés désormais. Quand je leur ai parlé de lui le gosse a répondu : « Les gens de confiance ont tous quitté cette planète avant l'arrivée des Antariens. ». Je pense qu'il devait parler des Cuivrés.
Mon collègue vit perché sur un col. Je les ai amenés en voiture le plus loin que je pouvais. C'est que j'avais pas que ça à faire non plus. Je les ai laissés sur la route et ils sont partis en me disant merci. Roland, mon ami berger, m'a quand même dit qu'ils les avaient hébergés. Ça m'a rassuré. J'avais tout de même un peu de regret de les laisser là, comme ça.
Je sais pas trop ce qu'ils sont devenus et s'ils ont trouvé ce qu'ils cherchaient, mais les jours qui ont suivis, on a vu plein de Cuivrés roder partout autour des montagnes. J'ai trouvé ça bizarre, mais j'ai pas moufté.
Si j'écris aujourd'hui ce qu'il s'est passé, c'est que je pense qu'ils ont réussi. Je suis pas croyant, mais si ces gosses reviennent avec le messie et nous sauvent de cette saleté de guerre, je les accueille à bras ouverts. Certains soirs, on voit comme les lueurs dans le ciel. Comme s'il y avait aussi une guerre au-dessus de nos têtes.
Je pense pas que le gamin était terrien. Il devait être d'une autre planète, lui aussi. Peut-être un peuple ami, venu nous aider. Et je pense qu'on en aura bien besoin. Tous ces gens qu'ont disparu, c'était pas les cuivrés, c'est sûr. Je suis tombé sur un journal La Dépêche, il y a quelques jours, et j'ai vu une photo de la gamine, Anaïs. Elle avait disparu avec tous les autres, le même jour.
On m'a dit que Paris était presque entièrement détruite. Comme la télé fonctionne plus, on essaie de se tenir informé grâce aux radios pirates. Toulouse est encore debout, mais elle risque d'y passer aussi. Je sais pas si on pourra rester longtemps cachés dans nos montagnes. Ces Cuivrés, ils ont une sacrée technologie. Ils peuvent nous repérer sur plusieurs kilomètres à la ronde. De plus, leurs navettes, ils les posent où ils veulent. Même sur une crête de montagne. Mais l'espoir fait vivre, comme on dit. Et heureusement, on en a toujours.

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MessageSujet: Re: concours n°48 - votes   Dim 13 Avr 2014 - 23:53

Texte n° 3 :

23 h 02 au large de Cuba, 67 km de la fosse de Puerto Rico,18° 30′N 83° 00′O

L’air grave, le Capitaine sortit une bouteille de vodka cachée dans un compartiment du poste de commandement. Depuis son enroulement il y a 5 ans à bord du submersible Plavnik, c’était la première fois qu’Andrei voyait le Capitaine partager sa gnôle avec ses gars. Pour les sous-mariniers, le doute n’était plus permis : ils sont foutus. Au rythme de la lueur clignotante du sonar, le biberon d’alcool passait de main en main jusqu’à Andrei. Il le téta avidement pour y noyer son angoisse. Mais l’amertume du breuvage ne lui fit oublier qu’un court instant sa fin imminente. La réalité le gifla une seconde fois. Cinq cents quarante-trois torpilles fonçaient droit sur le sous-marin d’attaque soviétique comme cinq cents quarante-trois raisons de mourir. Andrei s’était engagé comme chef-mécano, et ne pigeait rien aux stratégies militaires des gradés. Mais pourquoi lancer l’équivalent en puissance de feu de six navires alors qu’une petite dizaine de torpilles suffiraient à les dézinguer. Putain de bouffeur d’hamburger et leur sens du grand spectacle ! Andrei voulait depuis son plus jeune âge explorer les grands fonds océaniques. À dix-huit ans, il quitta son village du nord Caucase conscrit de force dans un camp militaire. 24 mois en enfer, qui n’ont pas découragé le jeune homme de son rêve. À la sortie de sa formation militaire, alors que tous ses camarades se battaient pour intégrer la garde du Kremlin, il rejoignit les Forces militaires navales de l’URSS. Comme disait babouchka « Attention, à ce que tu souhaites, tu pourrais finir par l’obtenir ». Aujourd’hui, l’aspirant explorateur allait réaliser son rêve : rejoindre les grands fonds marins. Il puisa dans cette pensée un peu de réconfort malgré sa situation désespérée. Un ultime « Na zdarovié » résonna dans la carlingue. La gnôle était finie, les adieux débutaient. Cinq années de vie confinées avaient tissé des liens forts entre les marins. Un à un, Andrei serra une dernière fois la main de ses compagnons de fortune. « Trogne-de-pomme » et sa face ridée, « Pisse-froid » toujours impassible malgré leur destin funeste, « Pope » priant un chapelet à la main, la bande des « crevettes » fraîchement embarquées, qui partageaient ses quarts. Après avoir fait ses adieux aux membres de l’équipage, un silence de mort s’installa. Toute parole était superflue. La fin était aussi proche qu’inévitable. Andrei l’œil rivé sur le sonar, tint mentalement le décompte. 50 mètres avant impact, 20 mètres, 10 mètres : 5, 4, 3, 2, 1… 0 ?
Aucune explosion, pas un choc. Les torpilles auraient dû transformer le sous-marin en passoire. Le sonar ne pouvait mentir. Les torpilles étaient en contact avec le sous-marin, mais ne s’étaient pas déclenchées. Un mélange d’angoisse et d’espoir commença à déformer le visage des sous-mariniers. Un bruit sourd se fit entendre puis une multitude. Andrei connaissait le moindre boulon du Plavnik. Il reconnut sans hésitation la résonnance métallique de ce son.
-- Les ballasts ! Les torpilles sont dans les ballasts !
-- Putain d’amerloque pas foutus de nous couler correctement, grogna Trogne de pomme
-- Pisse-froid, Trogne-de-pomme avec moi. Pope reste avec le Capitaine. On va les purger par le fond.
Le capitaine encore groggy émergea de sa turpitude.
-- Je suis le Capitaine de ce navire, je vous ordonne de ne pas bouger. Ce navire sombrera sur le champ de bataille pour la gloire de l’URSS avec son équipage et son capitaine. Il ne sera pas dit que j’ai fui devant la mort !
-- Sauf vot'respect mon Capitaine, il s’agit d’un problème mécanique. Dans ce domaine en tant que Chef-mécanicien, j’ai toute autorité.
Les trois compères partirent au pas de course vers la salle des machines. Andrei le savait s’ils s’en sortaient, cette insubordination lui vaudrait le conseil martial. Il trouva la salle des machines ronronnant comme à son habitude. Tel un maître-horloger, Andrei savait associer chaque cliquetis métallique à sa machine. Il avait développé une sorte de langage mécanique avec ses dernières. Elles lui parlaient. Cette aptitude innée lui avait permis de rapidement monter les galons jusqu’au poste de Chef-mécanicien malgré son jeune âge. Il était responsable de toute la maintenance du sous-marin. Dans la lumière vacillante de la salle, il accéda à la commande des machines.
-- Procédure P B T 4 3 1 ! Nous allons expulser ces salopes aussi surement qu’une sterva de votre lit, un lendemain de cuite.
Les bruits dans les ballasts se faisaient de plus en plus assourdissants. Andrei dut crier pour surmonter le brouhaha métallique. Trogne-de-pomme se chargea de la valve de décompression de droite et Pisse-froid celle de gauche. Andrei s’occuper de faire sauter les verrous analogiques de la commande des machines et de retaper les protocoles pour autoriser une purge manuelle des ballasts en submersion. Le martèlement contre la carlingue s’intensifia, toute communication devint impossible. Il semblait à Andrei que sa tête allait exploser. La salle se mit à vibrer. Malgré toute sa volonté, il tomba à genoux, les mains plaquées sur ses oreilles, le protocole à moitié réécris. Il aperçut Pisse-froid étendu au sol, le corps convulsé de douleur. Les bouffeurs d’hamburger avaient développé une nouvelle arme capable de neutraliser l’équipage de tout un sous-marin. Les Soukin syn voulait récupérer le navire intact pour le réarmer sous leur drapeau. Andrei déployait des trésors d’énergie à maintenir toute sa lucidité. Il lui sembla voir les murs de la salle des commandes se déformer. La carcasse de métal du navire était entrée en résonnance. Elles ondulaient littéralement comme la mer Adriatique sous la houle de la Bora. Émergeants des flots d’acier, des silhouettes se découpèrent. Les contours se précisèrent, et bientôt Andrei en fut sûr. Ce n’était pas ces chiens d’américain. Même eux, n’étaient pas capables de créer de pareilles horreurs. Une vingtaine de créatures s’était matérialisée dans la salle des machines. Le reste devait avoir envahi les autres quartiers du navire. Ils étaient piégés. Andrei les observa du coin de l’œil sans oser croiser leur regard. Les créatures semblaient faites de pierre. Elles devaient mesurer dans les cinq mètres bien que toutes arboraient des formes et des couleurs différentes. Leur peau rocailleuse allait du noir à l’ocre, de l’émeraude au terre-de-Sienne. Entre les plis de leur peau couraient des veines de lave en fusion. Certains golems avaient une silhouette quasi humaine d’autres se rapprochaient plus de l’insecte. L’humanoïde d’obsidienne était en pleine conversation avec un phasme de rhyolite. Leur langage rappelait curieusement à Andrei celui de ses machines. Il crut reconnaître de l’angoisse dans la voix de L’insecte de rhyolite auquel le golem d’obsidienne répondait avec une autorité évidente. Son cœur battait la chamade. Non pas de terreur, mais d’excitation. Il était parmi les premiers hommes à observer ces créatures. Il venait de découvrir une nouvelle espèce douée d’intelligence, voir une nouvelle civilisation. Sacrée babouchka ! Pourquoi fallait-il que tu aies toujours raison ? L’apprenti explorateur se releva avec prudence. Ses compagnons encore hagards reprenaient tout juste leurs esprits. Hésitant sur la conduite à tenir, il opta pour un salut militaire avant de poursuivre :
-- Bienvenue à bord du submersible Plavnik de la flotte soviétique. Je suis Andrei Gorovski, Chef-mécanicien de ce navire.
D’un regard, les entités telluriques s’accordèrent sur une réponse. Les golems parlaient d’une seule voix. L’ensemble de leur timbre recréa à la manière d’un orchestre symphonique, une voix humaine caverneuse.
-- Nous sommes les ambassadeurs du peuple de l’envers, entonnèrent en chœur les golems. Nous avons fait un long voyage par la Faille, du centre de la terre jusqu’à vous. Nous avons un message à vous délivrer. Notre planète court un grave danger !

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MessageSujet: Re: concours n°48 - votes   Dim 13 Avr 2014 - 23:54

Texte n°4 :

L’accueil


1996. FRANCE. CALVADOS. Cette nuit-là, le ciel noir était tâché des millions d’étoiles perchées insolemment sur leur voûte, inaccessibles et magnifiques. Les conditions étaient optimales ; un ciel dégagé et une pollution lumineuse presque inexistante, révélant toute la beauté lactescente de notre galaxie. Un vent doux et léger faisait frémir les feuilles des arbres et les insectes se donnaient à cœur joie pour combattre le silence.
Un cri subit déchira le calme de la soirée et supplanta sans mal le chant des grillons. La voix emplie d’excitation d’un fils appelant son père résonna sur les façades des habitations voisines. « J’ai vu ! Je l’ai vu ! », s’enthousiasma l’enfant en montrant du doigt le maigre croissant de lune qui surplombait l’ensemble de l’univers visible.

— Qu’est-ce que tu as vu ? demanda le père, passionné.
— J’ai vu une météorite, Papa ! Je regardais la Lune dans le télescope et j’ai vu une météorite s’écraser dessus !

L’enfant tenait à ce télescope comme à la prunelle de ses yeux. Il l’avait reçu pour son dernier Noël. Depuis, il ne se passait pas un soir sans qu’il ne rivât ses deux petites billes bleues pleines de rêves vers la voûte céleste.

— C’est bien possible, répondit le père. La Lune est souvent bombardée par des météorites, c’est pour ça qu’elle est couverte de cratères.

Le jeune garçon tressaillit à l’évocation des bombardements sur la Lune. Il avait vu récemment un reportage à la télévision qui retraçait les événements de la dernière guerre mondiale. Il savait qu’il y en avait eu deux, mais il ne se souvenait pas laquelle avait été la pire. La guerre le terrorisait, cela était certain.

— J’ai vu une météorite tomber sur la Lune et après il y avait un trou.
— Tu as de la chance, dit le père. C’est pas tous les jours qu’on peut voir ça !

Encouragé par la fierté qu’éprouvait son père pour lui, l’enfant sut à ce moment qu’elle serait sa vocation. Tout était limpide. Ces heures passées à observer le ciel, depuis l’arrière de la voiture en revenant de vacances, dans l’espoir d’observer une étoile filante. Les longues soirées de lecture de l’Encyclopédie du ciel que lui faisait son père pour l’aider à s’endormir. « Plus tard je deviendrai observateur de météorites », pensa l’enfant avec conviction.

— Allez viens, dit le père. On rentre, il est tard.
— Je suis trop content d’avoir vu ça, Papa !

Le père sourit à son fils. Voir une météorite s’écraser sur la Lune et former un cratère grâce à cette lunette d’astronomie premier prix. Il s’amusait de constater la candeur avec laquelle son fils accompagnait son mensonge. Moins qu’un mensonge, se dit le père, simplement la mise en scène de ses vœux les plus chers.
Il sentit une vague de bonheur le submerger et l’englober de sa chaleur délicieuse, son fils venait de réaliser l’un de ses rêves.

***


2014. MARYLAND. WASHINGTON. Assis à son bureau en noyer ancien, un homme se prend la tête entre les mains et entreprend de se malaxer énergiquement le contour des yeux. Après avoir prononcé un discours plein d’éloquence concernant la situation économique du pays, il s’accorde un moment de répit bien mérité malgré l’appréhension qui le tenaille. Dans moins de dix minutes, le Chef d’Etat-Major des armées entrera tout feu tout flamme dans son bureau pour lui exposer sa dernière lubie ; certainement encore un nouveau désastre qui menace le monde. Bien qu’épuisé d’avance par cette entrevue, il a toujours apprécié Francis, en dépits de ses nombreux élans de paranoïa.
« Que faire, que faire ? », se dit-il, lui qui n’a pas l’habitude de rester plus de cinq minutes inactif. L’homme parcourt son grand bureau des yeux. À mesure que son regard s’arrête sur les détails qui composent la décoration et le mobilier, l’importance de son statut se heurte à son esprit et provoque en lui une vague d’angoisse. Ces millions de personnes qui comptent sur lui. Ses responsabilités politiques. Puis, récemment, les petits génies de la NASA qui braquent leurs maudits télescopes sur le ciel pour conclure, catastrophés, qu’un objet se dirige droit sur la Terre à vitesse grand V.

« Comme si j’avais besoin de ça ! », se dit l’homme, effondré sur son siège en cuir. « Déjà que la situation économique… ».
Il n’a pas le temps de s’attarder sur ses pensées et fait un bond d’un demi-pied de haut sur son siège quand l’imposante porte d’entrée en bois massif s’ouvre avec vigueur sur le bureau. En trois ou quatre enjambées, le Chef d’Etat-Major des armées, transpirant et haletant, se tient devant l’homme, prêt à déverser son flot de paroles alarmistes.

— Ah Francis ! dit l’homme, attendri par la mine catastrophée de son subalterne.
— Monsieur le Président, répond Francis avec déférence.
— Je pensais justement à vous, mon cher Francis. Alors, quelles sont les nouvelles ?
— Monsieur le Président… c’est affreux !
— Allons, allons, Francis ! Expliquez-moi clairement la situation. Des faits et rien que des faits. Je ne veux pas de vos discours habituels de fin du monde et je ne me réfugierai dans Air Force One qu’en cas de nécessité absolue !
— Monsieur le Président, nous avons réussi à calculer la vitesse de l’engin qui se dirige vers nous et…
— Ah parce que c’est un engin maintenant ? Mais bon Dieu Francis, la NASA parlait encore hier d’une comète ou d’une météorite et vous me dites maintenant que c’est un engin ? Une machine, Francis ?
— Vous avez raison Monsieur le Président, mais les choses ont changé. Comme je vous l’ai dit, nous avons calculé la vitesse de l’eng… de l’objet et je suis au regret de vous annoncer, Monsieur le Président, qu’il se déplace à une vitesse équivalente aux deux tiers de celle de la lumière. Deux tiers, Monsieur le Président !
— Et ben et alors Francis, qu’est-ce que ça fait ? Les comètes se déplacent à des vitesses incroyables !
— Non, vous ne comprenez pas, Monsieur le Président. Deux tiers de la vitesse de la lumière, cela équivaut à 200 000 kilomètres par seconde ! Il n’y a absolument rien, comètes et météorites comprises, qui se déplace à cette vitesse, Monsieur le Président !
— Bon, bon si vous le dites. Venez-en aux faits, s’il-vous-plait Francis, j’ai un déjeuner dans trente minutes avec le Président de la République Démocratique de Corée du Nord.
— Ce que j’essaie de vous dire, Monsieur le Président, c’est que si ce n’est ni une comète, ni un astéroïde, ni une météorite ou que sais-je encore, c’est que nous avons à faire à une forme d’intelligence.
— Une forme d’intelligence vous dites, Francis ?
— Une forme d’intelligence, Monsieur le Président. Une forme d’intelligence capable de détecter notre activité à travers le cosmos et de traverser les espaces intergalactiques pour venir nous rejoindre à des vitesses qui défient l’entendement.
— Que ce soit clair Francis, vous parlez bien d’une forme de vie inconnue et intelligente ?
— Oh ils sont intelligents, Monsieur le Président, redoutablement plus intelligents que nous ! Et à cette vitesse ils seront à nos portes dans moins de trois jours.
Le Président ouvre la bouche pour répondre puis se ravise. Il a besoin de temps pour mesurer l’ampleur des propos que son Chef d’Etat-Major des armées vient de tenir.
— Mon Dieu, Francis. finit-il par dire, le regard dans le vague. Il me faut un discours ! Où est Martha ? Martha !

***


2014. FRANCE. REGION PARISIENNE. Balloté par le roulis du RER B, le jeune homme, sur le chemin du retour après une longue et harassante journée de travail, ne parvient pas à se concentrer sur son livre. C’est plus fort que lui. Dans son esprit, ne cessent de résonner les mots qu’il a lus plus tôt dans la journée sur son application mobile du journal le Monde.

Il n’en demandait pas tant en se réveillant ce matin. « Ils existent et ils viennent nous voir. », titrait le premier article de la liste du journal. Passionné depuis son plus jeune âge par les mystères de l’univers, il n’a pas fallu longtemps au jeune homme pour se ruer sur son contenu. C’est au comble de l’excitation qu’il a achevé la lecture de la dernière ligne et a entrepris d’annoncer la nouvelle à ses collègues, qui l’ont écouté incrédules et suspicieux. Toutefois, le pouvoir de l’ère numérique a eu tôt fait de dissiper les doutes de certains, notamment par la multiplicité des sources d’information — certaines sérieuses et d’autres beaucoup moins. À la suite de cette annonce hors du commun, le balai des SMS démarré, inondant et noyant le réseau, si bien qu’il n’a bientôt plus été possible d’utiliser les téléphones portables pour communiquer.

« Il ne faut surtout pas que je rate le discours du Président des Etats-Unis », se promet le jeune homme en trépignant sur son siège de RER. Tout le monde, dans les rues, les trains et les lieux publics, parle de l’allocution prévue le soir même, par le Président de l’Etat ayant découvert la « forme de vie » en question. Le pays, non, le monde entier est en effervescence.

Jetant un coup d’œil à sa montre, le jeune homme constate avec plaisir qu’il a assez de temps devant lui pour passer au Monoprix du coin quérir la bouteille de champagne propice à l’occasion. Pensant après coup que son colocataire et ami en aura certainement fait de même, il se dit que deux bouteilles ne seraient pas de trop finalement, compte tenu de la situation. Arrivé chez lui, à peine a-t-il le temps de passer la porte d’entrée qu’il est immédiatement interpelé par son ami. Ce dernier, dans un élan de liesse similaire à celui qu’éprouve le jeune homme depuis la lecture de l’article, a également acheté de quoi célébrer l’événement. La bière Kronembourg, bien que désaltérante, est de loin moins noble que le champagne. Les deux colocataires optent donc en premier lieu pour le raisin plutôt que le malt. De quoi patienter avant le discours tant attendu.

— Tu te rends compte, mec ? Des extraterrestres ! Des foutus ET ! lance son colocataire après avoir porté sa coupe de champagne à ses lèvres.
— C’est dingue !, dit le jeune homme. Si j’avais su que je verrais ça un jour, enchaîne-t-il en dirigeant son regard vers le vieux télescope couvert de poussière qui dépasse tant bien que mal du fatras posé en vrac sur le bureau. Il faut que j’appelle mon père dès qu’on aura récupéré le réseau.
— Ah ça commence !
Les yeux fixés sur l’écran de l’ordinateur, le jeune homme regarde défiler le générique d’introduction de l’élocution, qui à lui seul concentre toute la grandiloquence qui sied à un discours de Président. Après trente interminables secondes, le visage anxieux du Président des Etats-Unis d’Amérique apparaît enfin. L’air grave, les lèvres pincées et la mine sévère, l’homme prend quelques instants avant de parler.
— Mesdames et Messieurs. Citoyens américains. Peuples du monde. Aujourd’hui est le plus grand jour que l’Humanité ait jamais connu. Aujourd’hui est le jour où l’Humanité se rend compte qu’elle n’est pas seule dans l’univers. Car c’est un fait désormais, les étoiles, les planètes sont un héritage de Dieu que nous sommes destinés à nous partager. Nous ne sommes pas seuls. Nous avons des voisins et ces mêmes voisins voyagent actuellement à notre rencontre. Mes très chers compatriotes américains. Citoyens du monde. Je sais quelle excitation mais également quelle angoisse doivent être les vôtres en ce moment. L’Humanité est jeune. À côté de cette forme de vie capable de traverser les étoiles, nous ne sommes que des enfants. Pourtant, aujourd’hui, l’Humanité va grandir. Elle va accomplir le plus grand bond qu’elle ait jamais eu l’occasion de faire. C’est pourquoi, pour nous montrer dignes de cette occasion qui nous est offerte, je vous enjoins d’accueillir ces nouveaux venus en paix. Montrons-leur ce que l’Humanité a de meilleur à donner. Soyons les dépositaires de cette chance unique…
— Bon c’est beau tout ça mais on n’apprend rien de plus ! lance le colocataire, impatient. Quand seront-ils là ? Comment vat-on organiser la rencontre ? Est-ce que les ET vont choisir les Etats-Unis pour atterrir, comme dans les films ? Ils ne nous disent rien !
— Les extraterrestres existent, mec. Moi j’ai tout ce qu’il me faut, dit le jeune homme d’une voix douce et satisfaite.

Il jette un œil à l’extérieur, comme s’il pouvait voir les étoiles à travers la soupe de lumière qui émane continuellement de Paris. C’est définitivement le plus beau jour de sa vie, un autre de ses rêves vient de se réaliser.

***


2014. MARYLAND. WASHINGTON. De retour à son bureau, le Président ouvre un des tiroirs pour en sortir une bouteille de Glen Garioch ainsi qu’un verre et se sert l’équivalent d’une double dose bien méritée après ce discours éprouvant. Depuis que Francis, la veille, lui a appris la vérité sur cet engin qui file droit sur la Terre, il est plongé dans la plus profonde angoisse. Que doit-il faire, lui qui parle de paix au monde entier sans même connaître les intentions de cette autre forme de vie. Peut-être, pense-t-il en serrant l’une contre l’autre ses mains moites, viennent-ils pour réduire l’Humanité en esclavage. Peut-être qu’à leurs yeux nous ne valons pas mieux que de vulgaires animaux de compagnie ? Alors que la race humaine s’apprête potentiellement à être moissonnée et récoltée, lui, dans sa grande sagesse demande au peuple d’accueillir ses envahisseur en paix !

« Que dois-je faire ? », formule-t-il tout haut en ayant pour seule réponse l’écho de ses mots qui s’éteignent sur la surface des murs. « Il y a bien la bombe nucléaire mais bon sang, nous ne sommes pas dans un film avec Bruce Willis ! ».

Désemparé par ces pensées tumultueuses, le Président s’interrompt et fait un nouveau bond sur son siège, lorsque Francis entre en furie dans son bureau et se campe devant lui en balbutiant des paroles incompréhensibles.

— Mais enfin calmez-vous Francis ! crie-t-il pour couvrir le verbiage du Chef d’Etat-Major. Je ne comprends rien à votre charabia !
— Ils… ils communiquent avec nous, Monsieur le Président !
— Que dites-vous Francis ? Ils communiquent ? Comment ça, ils communiquent ? Expliquez-vous enfin !
— Les extraterrestres, Monsieur. Ils nous ont envoyé un message !
— Un message vous dites ? Mais que dit-il, ce message ?
— Nous ne sommes malheureusement pas en mesure de le traduire, Monsieur.
— Le contraire aurait été étonnant, Francis !
— Oui Monsieur.
— Mais bon Dieu, vous n’avez donc rien appris de ce message ?
— Et bien… si, Monsieur. Nous savons à quoi ils ressemblent. Des photographies étaient jointes au message.
— Et bien dites-moi ! Au lieu de me faire languir !
— C’est que… Monsieur, je ne sais comment vous dire cela.
— Vous louvoyez, Francis !
— Ce sont des insectes, Monsieur.
— Des insectes, vous dites ?
— Des sortes de guêpes, Monsieur le Président.
— Des guêpes ?
— Ou bien des abeilles, Monsieur.
— Mais bon Dieu Francis, ce sont des guêpes ou des abeilles ?
— C’est difficile à dire, Monsieur. Les photographies sont très sombres.
— Mains enfin, Francis, comment des abeilles ou des guêpes ont-elles pu devenir sassez intelligentes pour construire un vaisseau spatial ?
— Je ne sais pas Monsieur, l’évolution peut-être ?
— L’évolution, vous dites ?
— C’est tout ce qu’il me vient à l’esprit, Monsieur le Président.
— Ce serait cette foutue évolution ?

Le Président croise le regard navré de Francis et congédie ce dernier d’un mouvement de la main. « Je dois réfléchir seul et posément », pense-t-il en se resservant un verre de pur malt.

***


2014. ALASKA. REGION DE FAIRBANKS. « Fallait-il vraiment qu’ils choisissent cette période pour atterrir en Alaska ? », grommèle le Président à part lui, tout en frissonnant à cause du froid polaire. Deux jours après le discours qu’il avait prononcé devant l’ensemble du monde, le voici maintenant qui attend dans le froid que ces insectes de l’espace daignent poser leur vaisseau. La trajectoire de l’engin a été extrapolée par la NASA et les coordonnées d’un lieu d’atterrissage leurs ont été envoyées par le même canal que les visiteurs ont utilisé pour transmettre leur message. Des mesures de sécurité ont également été prises, dans l’hypothèse où ces extraterrestres ne seraient pas si bien intentionnés.

Le Président balaie les lieux du regard : une foule impressionnante s’est réunie pour l’occasion. La Défense, bien entendu, des responsables politiques d’une multitude de pays, des scientifiques de tous horizons et des badauds par centaines — une armée de badauds.

À quelques encablures de là, le jeune homme, seul au milieu de la foule, attend, coi, plein de l’espoir de pouvoir apercevoir enfin les extraterrestres après le voyage en catastrophe qu’il a fait pour rejoindre le continent américain. Le cerveau en ébullition, il ne s’est jamais senti aussi fébrile que maintenant. Tout pouvait arriver. La paix, la guerre ou quelque chose entre les deux. Dans tous les cas, la curiosité qui le ronge depuis sa plus tendre enfance sera satisfaite.

Un vrombissement se fait soudainement entendre. Les milliers de têtes qui composent la foule, braquent simultanément leurs yeux ahuris vers le ciel. Les nuages se déchirent, comme vaporisés dans un fracas semblable à celui de la foudre. Se mouvant d’une lenteur exaspérante, une masse sombre et colossale apparaît au loin dans les cieux et fait vibrer l’air ainsi que la terre à des kilomètres à la ronde. À mesure que l’immense vaisseau s’approche du sol, son aspect général se fait de plus en plus distinct. Composé d’une imposante base circulaire d’un métal noir et inconnu, surplombée par un enchevêtrement de colonnes et de pointes acérées dont les extrémités s’élancent, semble-t-il, de manière aléatoire dans toutes les directions de l’espace.

Le vaisseau se pose dans un ultime coup de tonnerre, faisant vaciller les hommes et trembler les cœurs de la foule. En contrebas, un sas d’accès au sol depuis le vaisseau s’ouvre dans la base du bâtiment.

Le moment est venu. Le Président s’avance seul en direction de l’entrée du vaisseau, les mains moites et la boule au ventre. « Moi qui m’attendais à une ruche de l’espace. », se dit-il, un rictus contrit sur les lèvres.

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MessageSujet: Re: concours n°48 - votes   Dim 13 Avr 2014 - 23:56

Texte n°5 :

Paradise city

Ada contempla la valise posée devant elle et leva un regard interrogateur vers Lewis, le chef de la brigade de contrôle numérique. Elle fit glisser la mallette et l’ouvrit, avant de lorgner vers l’intérieur. Sur de la mousse noire étaient posés un casque, une paire de lunettes et des gants. Ada prit l’ensemble et l’examina. Les finitions étaient impeccables, du bon boulot. Elle se rappelait des premières consoles immersives dans ce genre-là, bien des années auparavant. Il fallait une demi-heure pour arriver à démêler les fils, et une heure supplémentaire pour parvenir à connecter tout ce bazar et lancer la réalité virtuelle. Ada reposa le tout dans la valise et toisa Lewis.
— Du très beau matériel, tout m’a l’air parfaitement en ordre. Pourquoi m’avoir fait revenir alors ? demanda-t-elle.
Ada coulait des jours paisibles en retraite depuis des années maintenant. Bien qu’elle garde de bons souvenirs de son temps à la brigade de contrôle numérique, elle s'estimait heureuse de laisser la traque des cybercriminels et autres infoterroristes à de plus jeunes, plus enthousiastes et moins fatigués qu’elle. Lewis poussa un profond soupir.
— Croyez-moi, Ada, si j’avais pu, je ne vous aurais pas appelée.
La tension qui perçait dans son ton fit hausser un sourcil à la vieille femme.
— Que se passe-t-il ? l'interrogea-t-elle.
— Vous avez peut-être entendu parler de ce nouveau jeu : Paradise City.
Ada opina. Elle avait beau apprécier sa retraite, la passion de l’informatique ne l’avait pas quittée et elle aimait se tenir au courant des actualités.
— Ce jeu en réalité virtuelle qui fait fureur chez les jeunes, où on crée un avatar pour lui faire vivre toute sorte d’existence ? Oui, j’en ai eu vent. Le plus souvent dans la bouche de ses détracteurs qui lui reprochent sa violence.
— Justement, il semblerait que cette violence ait fini par poser problème. On nous a signalé une série d’incidents. Des utilisateurs ont… comment le formuler… disparu psychiquement.
Nouveau haussement de sourcil, Lewis poursuivit.
— On a retrouvé trois gamins dans le coma la semaine dernière, et quatre autres ces jours-ci. Ils étaient connectés à Paradise City. Nous avons tout de suite examiné le matériel et les logs. Nos experts ont épluché les rapports, quadrillé le code, mais rien.
Ada demeura silencieuse un moment. Elle avait déjà rencontré de tels cas au début de sa longue carrière, des joueurs insouciants au cerveau brûlé. Mais ces accidents étaient dus à des casques défectueux, ou à une bourde dans le développement. On n’avait plus entendu parler de « disparation psychique » (doux euphémisme…) depuis des années. Elle toisa Lewis avec acuité.
— C’est pour ça que vous m'avez rappelée, pour trouver une solution ?
— Vous restez la plus qualifiée pour ce problème, Ada. Vous avez travaillé comme ingénieur de générateur de logiciels virtuels, avant de rejoindre mon unité. Vous bénéficiez de contacts dans la sphère pirate dont mes éléments ne disposent pas.
Lewis exhala un profond soupir et regarda Ada droit dans les yeux.
— Les jeunes d’aujourd’hui sont trop sages, trop policés. Ils respectent trop les règles. J’ai souvent critiqué vos méthodes, mais j’ai vraiment besoin de vous.
L’inquiétude qui perçait dans la voix de son ancien chef acheva de décider Ada. Elle acquiesça.
— C’est d’accord.


Ada poussa la porte de son appartement. Mister, son gros chat angora roux, vint se frotter affectueusement dans ses jambes. Elle lui gratouilla le sommet du crâne, fila à la cuisine se faire chauffer une tasse de café, avant de rejoindre son bureau.
La pièce était sombre, encombrée d’étagères qui croulaient sous des ordinateurs en tout genre. Ada aimait les collectionner, elle en possédait encore plusieurs dizaines dans un garde-meuble en ville. Pour l’heure, elle enclencha une petite veilleuse histoire de ne pas travailler dans le noir complet et s’attabla devant l’une des machines : un antique simulateur de réalité virtuelle, bricolé par ses soins.
Ada ne perdit pas de temps, elle avala son café, alluma l’engin, enfila les gants et le casque reliés à la matrice et lança le programme d'entrée. Comme à chaque fois, elle eut l’impression de nager dans un torrent glacé, avant que ses perceptions ne se stabilisent. Elle se retrouva dans le sas de connexion, qu’elle avait codé pour ressembler à un hall de gare désert, souvenir lointain de son enfance. Le panneau des départs indiquait plusieurs directions : messages en attente, notifications de forums… Au final, le réseau n’avait pas vraiment changé depuis sa jeunesse. Il s'avérait simplement plus immersif, et les avatars mieux développés.
— Direction Paradise City, ordonna Ada.
Une destination apparut sur l’écran. Le hall devint flou et à nouveau, Ada plongea. Un nouveau décor se forma autour d’elle, celui d’une ville que n’aurait pas renié un gangster des années 1920. Ada jeta un coup d’œil aux immeubles qui s’élevaient toujours d’elle, et dont la cime se perdait dans le brouillard.
Quelques passants la frôlèrent, des hommes en costumes, des femmes en robe disparaissant sous des manteaux de fourrure. Ada modifia son avatar en conséquence. Elle conserva son visage ridé, elle n’aimait ni mentir, ni se leurrer, mais transforma son pantalon et son blouson en un complet veston croisé, avec Panama assorti. Elle prit quelques instants pour réfléchir.
La simulation était impressionnante de réalisme, on se serait cru dans la vraie vie. Le but du jeu était enfantin : construire une existence pour son avatar. On pouvait aussi bien opter pour la vie rangée d’une mère de famille que l’existence trépidante d’un gangster. Sur les sept disparus, cinq avaient d’ailleurs choisi ce profil. Pour savoir ce qui s'était passé, la solution la plus simple consistait à trouver d’autres loubards. Ada fit craquer ses phalanges, tandis qu’un sourire éclairait son visage ridé. On abordait la partie qui lui convenait le plus.


Ada esquiva un coup de poing et un jet de bouteille et répliqua. D’une pichenette, elle envoya voler son adversaire à travers la pièce. Il s’écrasa contre le mur du bar dans un grand fracas de verre brisé. L’ancienne ingénieure tourna sur elle-même pour intercepter un nouvel assaillant : un joueur vêtu d’un pantalon de flanelle et d’une chemise blanche très rétro. Elle le figea dans les airs, avant de lui administrer le même traitement qu’au précédent, et se prépara à l’attaque d’un troisième. Rien ne vint. Les participants restants formaient une assemblée respectueuse et inquiète autour d’elle.
— D’autres amateurs ? Non ? On peut discuter alors ?
L’un des jeunots se dévoua pour répondre et fendit le cercle. Il portait un long manteau noir et des lunettes fumées.
— Je suis Néo, se présenta-t-il.
— Très original, ricana Ada.
Il haussa les épaules.
— Qu’est-ce que vous voulez ?
— Des renseignements.
— On parle pas aux flics.
— Je suis pas flic, je suis retraitée. Et quand bien même j’appartiendrais à la brigade numérique, je vous rappelle que je viens d’envoyer deux d’entre vous au tapis sans trop me fatiguer. Je codais ces réalités alors que vos parents commençaient seulement à flirter et à se bécoter. Ne jouez pas au plus malin avec moi et répondez à mes questions.
Le dénommé Néo hésita, avant que la figure de son avatar ne se fende d’un sourire.
— Vous venez pour les disparus ?
Ada opina.
— Personne sait où ils sont allés, ni ce qui leur est arrivé. Mais on raconte qu’ils traînaient dans un coin bizarre de Paradise City.
— Bizarre comment ?
— Genre mal codé, mal développé. C’est un endroit de la ville où personne ne va. Pas d’action, pas de quête, des bugs à plus en pouvoir.
Ce fut au tour d’Ada de sourire.
— Je veux les coordonnées de ce lieu.


Néo n’avait pas menti, les allées de ce quartier de Paradise City n’auraient pas volé un passage chez une équipe de développeurs. Les textures des immeubles se révélaient grossières, des interférences brouillaient parfois le paysage, sans parler du bourdonnement qui régnait là. Ada se promena un moment dans ces artères désertes, à l'affût du moindre détail qui la mettrait sur la piste des disparus. L’endroit était vraiment bizarre, surtout quand on le comparait au reste du jeu. On aurait dit que les créateurs avaient oublié de finir cette partie. Mais qu’est-ce qui avait bien pu amener les gamins perdus ici ?
Ada tourna en rond dans ces ruelles. Son instinct lui chuchotait que la réponse se nichait là. Elle se sentait observée, et pourtant, elle demeurait seule dans ces artères. Pas la moindre âme qui vive. Pas même un chien errant ou un rat. L’endroit parfait pour cacher quelque chose.
Cette pensée la traversa avec la fulgurance d’un éclair. Ada se remit à arpenter les lieux, mais cette fois, elle savait ce qu’elle cherchait. Elle le trouva au fond d’une venelle, entre deux poubelles. À première vue, il s’agissait d’une palissade toute simple, avec une texture pixellisée qui tentait d’imiter le grain du bois vermoulu. Sauf qu’entre les planches filtrait une sorte de lumière. Ada tendit la main, à son contact, l’image se brouilla comme une flaque d’eau dans laquelle on aurait jeté une pierre. L’ingénieure esquissa un sourire, et se lança. Elle traversa la fausse barrière pour se retrouver dans un tout nouvel espace : une pièce blanche aux murs nus. Elle avait déjà vu ce genre d’endroit, des caches virtuelles où des receleurs dissimulaient les données sensibles qu’ils voulaient vendre.
L'alcôve se prolongeait dans un couloir, Ada l’emprunta. Alors qu’elle progressait, elle entendit des voix. La vieille femme se figea un bref instant, avant d’activer quelques programmes de sa conception pour garantir sa protection. Un cri retentit, Ada se mit à courir et déboucha dans une autre salle semblable à la première.
Les sept disparus se trouvaient là, sept avatars roulés en boule dans un coin. Face à eux, se tenaient quatre personnes qui tendaient les mains vers eux. Ada réprima un mouvement de recul en les voyant. Leurs visages étaient… affreux, difformes, comme mal codés par quelqu’un qui ne saisirait pas les proportions et l’harmonie des traits humains.
Ada se plaça entre ces horreurs et les gamins. L’une des abominations ouvrit la bouche pour parler, un flot de paroles incompréhensibles aux sonorités rugueuses en sortit.
— Qui êtes-vous ? Que fichez-vous ici ? lança Ada.
Un déluge de mots barbares lui répondit.
— Ils nous ont capturés ! Ils nous retiennent prisonniers ! On sait pas ce qu’ils veulent ! piaula une blonde à l’air angélique.
— Il faut les tuer ! cria un autre, retrouvant ses réflexes de joueurs.
En face, les créatures s’agitèrent et lâchèrent des phrases au débit saccadé.
— On se calme ! rugit Ada. Personne ne va tuer personne !
Du moins, pas avant de comprendre ce qui se passait exactement ici. Elle avait récupéré les disparus, mais se trouvait face à un nouveau mystère. Les êtres devant elle ne ressemblaient pas aux habituels PNJ des simulations. Malgré leur avatar affreux et leur codage approximatif, leurs gestes trahissaient peur et nervosité, comme s’ils attendaient quelque chose d’Ada. Un doute l’étreignit. Mais qui étaient-ils ? D’autres joueurs ?
— Vous dites qu’ils vous ont capturé ? interrogea-t-elle les gamins, sans quitter les créatures des yeux.
— Oui… pleurnicha la blonde. Ils nous ont attrapés et puis ils nous ont emmenés ici.
— Et qu’est-ce qu’ils vous ont fait ?
— Rien. Ils essayent de communiquer, on dirait, répondit un petit brun. Mais on n’entrave rien !
Comment pour ponctuer l'intervention, les monstres s’agitèrent et se mirent à parler en gesticulant.
— Vous nous comprenez ? demanda Ada.
Nouvelle salve de borborygmes.
— D’accord, si vous saisissez le sens de mes paroles, hochez la tête.
Les créatures se figèrent, puis se regardèrent et palabrèrent entre elles. Puis, l’une d’elles se détacha du groupe et se planta devant Ada, avant d’opiner lentement. L’ancienne ingénieure crut qu’un gouffre s’était ouvert à ses pieds. Voilà qui confirmait ce qu’elle avait pressenti : elle avait bien affaire à des interlocuteurs intelligents.
— Mais qu’est-ce que vous êtes ? Et d’où venez-vous ?
— De… D’ailleurs, articula à grand-peine la créature.
Ada lâcha une exclamation, alors que derrière elle, les disparus poussaient de petits cris, mélange de surprise et de peur. Des êtres venus d’ailleurs cachés dans un jeu ? Non, impossible. Et pourtant, quand Ada était enfant, les réalités virtuelles appartenaient à la science-fiction. On croyait impossible de pouvoir immerger l’esprit dans un espace artificiel. La cybercriminalité se résumait au piratage et aux téléchargements inégaux. L'existence lui avait prouvé que « impossible » voulait simplement dire « qui n’a pas encore été découvert ».
L’ancienne ingénieure comprit qu’elle se trouvait à un croisement. Elle pouvait choisir d’ignorer ce qu’elle venait de voir, elle pouvait fuir, condamner cette partie du jeu. Ces choses, IA ayant accédé à une conscience ou formes de vie alien, seraient étudiées, disséquées, ou détruites. Elle pourrait alors oublier que cet épisode ait jamais eu lieu.
Mais la vieille femme se contenta de sourire et tendit la main à la créature.
— Salut, moi c’est Ada. Je suis ravie de vous rencontrer.

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MessageSujet: Re: concours n°48 - votes   Lun 14 Avr 2014 - 9:53

A voté !

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MessageSujet: Re: concours n°48 - votes   Lun 14 Avr 2014 - 10:26

voté aussi Smile

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MessageSujet: Re: concours n°48 - votes   Lun 14 Avr 2014 - 10:49

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MessageSujet: Re: concours n°48 - votes   Lun 14 Avr 2014 - 14:57

J'ai voté !
J'ai commencé à faire un texte pour ce concours, mais finalement, je ne me suis pas sentis à la hauteur.
Je le mettrais sûrement dans la partie "Nouvelle" quand il sera terminé.

En tout cas, 5 textes bien différents et originaux.
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Abigaelle
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MessageSujet: Re: concours n°48 - votes   Lun 14 Avr 2014 - 19:07

A voté également.

Bravo à tous, de très bons textes, dans des styles différents, le choix n'était pas évident.

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Il n'y a pas de problèmes, il n'y a que des solutions (et c'est valable aussi bien dans l'écriture que dans la vie !)

"L'homme est un loup pour l'homme... et un gros con pour le loup." Evil or Very Mad

"Et alors la marmotte, elle met le chocolat dans le papier d'alu..." : http://www.youtube.com/watch?v=_Qg3Rk-B09o
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MessageSujet: Re: concours n°48 - votes   Lun 14 Avr 2014 - 20:26

A voté.

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MessageSujet: Re: concours n°48 - votes   Lun 14 Avr 2014 - 20:35

a voté, bien que partagée. Le choix ne s'est pas fait d'évidence.
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Matlard
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MessageSujet: Re: concours n°48 - votes   Lun 14 Avr 2014 - 21:18

A voté !

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MessageSujet: Re: concours n°48 - votes   Mar 15 Avr 2014 - 6:47

texte 4 a écrit:
le balai des SMS démarré
J'ai ri ^^.


Et j'ai voté, même que c'était pas facile.

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Matlard
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MessageSujet: Re: concours n°48 - votes   Mar 15 Avr 2014 - 8:52

Bien vu Elann, celle-ci m'a échappé ! Wink

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"(…) parce que les gens qui m’intéressent sont les fous furieux, les furieux de la vie, les furieux du verbe, qui veulent tout à la fois, ceux qui ne bâillent jamais, qui sont incapables de dire des banalités, mais qui flambent, qui flambent, qui flambent, jalonnant la nuit comme des cierges d’église."

Sur la route, Jack Kerouac.

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MessageSujet: Re: concours n°48 - votes   Mar 15 Avr 2014 - 19:49

Mon premier vote, que c'est excitant !

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Merci à Craig Bruyn pour cet avatar, je me suis permit de "l'emprunter" pour une durée indéterminée, tout ceci en accord avec ma conscience corrompue.
Sur ce; et comme disent les ricainds'; good day !
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MessageSujet: Re: concours n°48 - votes   Mar 15 Avr 2014 - 19:52

Allez allez, venez voter, vous avez du choix !

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MessageSujet: Re: concours n°48 - votes   Mer 16 Avr 2014 - 22:31

N'oubliez pas de venir voter !

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MessageSujet: Re: concours n°48 - votes   Ven 18 Avr 2014 - 10:09

Petit up pour les votes

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MessageSujet: Re: concours n°48 - votes   Ven 18 Avr 2014 - 22:19

Allez, encore une semaine pour voter, n'hésitez pas !

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MessageSujet: Re: concours n°48 - votes   Lun 21 Avr 2014 - 7:35

A voté !
Heureusement que c'est férié aujourd'hui ! Parce que les textes sont un peu longs et très prenants, entre ce concours et l'autre non officiel ça faisait pas mal à lire en peu de temps !
Félicitations aux auteurs pour ces approches très originales du thème.
Je me sens tout de même un peu flouée que cela soit le thème du "premier contact", il ya beaucoup de textes où j'aurai aimé savoir la suite ! Smile
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Morrigan
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MessageSujet: Re: concours n°48 - votes   Mar 22 Avr 2014 - 13:09

Devoir AEtien effectué Smile
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MessageSujet: Re: concours n°48 - votes   Mer 23 Avr 2014 - 13:47

Choix cornélien, mais a voté Smile
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Aurine
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MessageSujet: Re: concours n°48 - votes   Mer 23 Avr 2014 - 15:48

A voté ! Smile
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MessageSujet: Re: concours n°48 - votes   Mer 23 Avr 2014 - 18:47

A voté Smile Et ben bravo à vous tous !
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MessageSujet: Re: concours n°48 - votes   Ven 25 Avr 2014 - 22:01

Allez, dernière ligne droite pour les votes, n'hésitez pas à donner votre voix à votre texte préféré si vous ne l'avez pas encore fait Smile

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