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 Les mystères de Joux - nouvelle version [nouvelle]

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Abigaelle
Murène fêlée
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MessageSujet: Les mystères de Joux - nouvelle version [nouvelle]   Lun 12 Mai 2014 - 13:58

Voici la nouvelle version des Mystères de Joux, un peu retravaillée suite la session Skype de vendredi soir.

Merci de laisser vos commentaires ici : http://ecrire.ingoo.us/t5535-commentaires-les-mysteres-de-joux-nouvelle-version#149401


Partie 1

Victorien courait dans les couloirs de l’école, suivi par Ernest, un de ses camarades. Les lieux, déserts, résonnaient du bruit de leur course et de leurs chuchotements :
« Vite, dépêche-toi, on va être en retard !
— Attends-moi… »
Les deux jeunes gens portaient chacun sous leur bras une boîte de carton qui contenait leur projet de fin d’étude, tout juste terminé après un dernier peaufinage.
Victorien arriva le premier devant les grandes portes de l’amphithéâtre où allait se dérouler leur dernier examen ; le brouhaha de conversations leur parvenait au travers des épais battants de bois. Ernest s’arrêta à côté de lui, soufflant comme un bœuf : le jeune homme, rondouillard, n’avait pas la forme de son camarade, habitué à parcourir les forêts comtoises dès que l’occasion lui en était donnée. Victorien le laissa reprendre sa respiration, puis poussa les portes, rompant le silence du couloir. Ils pénétrèrent dans la pièce et plongèrent dans l’animation qui y régnait. Sur l’estrade principale, les professeurs attendaient de démarrer l’examen en discutant à voix basse, assis sur leurs chaises. En face, de l’autre côté du bureau qui occupait toute la longueur, la vingtaine d’élèves de la dernière promotion du Laboratoire de Chronométrie installaient leurs créations, pour la plupart des montres ou des horloges aux mécanismes complexes. Issus de l’Ecole Municipale d’Horlogerie de la ville de Besançon, les jeunes gens promettaient, après cette ultime présentation, de devenir les ingénieurs les plus doués de leur époque. De ce fait, le reste de la salle était bondé : familles des étudiants, mais aussi notables de la ville et également de futurs employeurs, venus parfois de Paris, désireux de recruter l’élite de ces élèves, capable de réaliser des merveilles.
En effet, même si Paris rayonnait partout dans le monde en cette année 1900, grâce à son Exposition Universelle, Besançon faisait preuve d’un tel savoir-faire qu’elle était à l’origine de la plupart des innovations techniques des dernières années. D’abord spécialisée dans l’horlogerie, la capitale de la Franche Comté avait formé des ingénieurs et des artisans capables de tout créer, d’un minuscule mouvement de montre aux moteurs des dirigeables à vapeur qui faisaient la fierté de la France en parcourant les cieux de toute l’Europe.
Au premier rang des spectateurs se trouvait Fernand Larchet, le père de Victorien : celui-ci dirigeait l’Institut des Nouvelles Technologies, pour lequel il avait bien l’intention d’engager les meilleurs ingénieurs de l’année, et notamment son fils.
Tandis qu’il gagnait sa place devant ses professeurs, soulagé que l’examen n’ait pas encore commencé, Victorien aperçut Charlotte, assise à côté de son père, qui lui adressait un petit signe d’encouragement. La présence de leur gouvernante, une solide paysanne du Jura qui avait pris les rênes de leur maison et l’avait élevé après la mort de sa mère, lorsqu’il était encore bébé, le rassurait car elle lui avait toujours apporté un soutien inconditionnel. Le jeune homme sortit avec délicatesse de sa boîte une miniature d’une vingtaine de centimètres de long, au corps de serpent et aux ailes de chauve-souris, à l’unique œil remplacé par une escarboucle en rubis greffée sur son front. Victorien avait conscience que son projet, différent de celui de ses camarades, constituait un risque. Toutefois, il connaissait les nombreuses possibilités offertes par son travail et comptait sur cela pour compenser l’aspect déroutant de son automate. D’ailleurs, plusieurs professeurs, qui n’avaient pas suivi son élaboration, levèrent des sourcils étonnés. Ils ne voyaient pas en quoi cette fantaisie pouvait montrer le degré de savoir-faire acquis lors de ses études, et le jeune homme capta leurs chuchotis :
« Qu’est-ce que c’est que ça ?
— Voyons, c’est un jouet, pas un projet de fin d’étude ! »
Heureusement, certains paraissaient moins réprobateurs, notamment celui qui l’avait assisté au début de l’élaboration :
« Attendez, vous allez voir… »
Victorien retint un soupir : il savait bien qu’en ce début de vingtième siècle, à une époque où la science et la technique balayaient tout, les contes et légendes ne constituaient plus que du folklore peu digne d’intérêt. Toutefois, bercé depuis son enfance par Charlotte qui les récitait par cœur, le jeune homme leur accordait de l’importance. Il devinait que son père, en le voyant exhiber son œuvre, avait dû se demander ce que son rêveur de fils avait bien pu inventer encore. Fernand, un scientifique acharné au travail, considérait souvent le reste comme de l’amusement, voire une perte de temps. S’il se montrait fier des capacités de Victorien qui promettait de devenir un brillant ingénieur, il déplorait parfois son caractère rêveur et fantasque. Pourtant, cette créativité permettait au jeune homme, en empruntant d’autres chemins que la science ou la technique pure, de réussir là où un esprit seulement scientifique se heurtait à des difficultés. Le jeune homme s’efforça de contenir sa nervosité, espérant que sa prise de risque ne le pénalise pas.
Enfin, le directeur de l’école, qui présidait le jury de l’examen, se leva et demanda le silence. Aussitôt, tous se turent, attentifs à la suite :
« Bonjour, soyez les bienvenus ici, pour la présentation des projets de fin d’année des élèves de la promotion 1900. Vous allez enfin découvrir le résultat de longs mois de travail. Comme vous le savez tous, notre école est maintenant la plus réputée de notre beau pays pour l’horlogerie et l’ingénierie. Le pavillon de l’Institut des Nouvelles Technologies, à l’Exposition Universelle de cette année, permet aux visiteurs d’admirer le savoir-faire de nos anciens élèves. Ces derniers travaillent désormais dans les instituts ou les sociétés les plus prestigieuses, pour notre plus grande fierté. Je ne doute pas que les étudiants qui se tiennent aujourd’hui devant nous les rejoindront bientôt. »
L’ordre de passage avait été déterminé par les notes obtenues à l’examen qui s’était déroulé deux semaines auparavant, l’élève ayant le mieux réussi passant en dernier. Victorien avait battu d’un demi-point Auguste, son plus sérieux rival, et il présenterait donc son projet à la fin de la session. Il patienta en s’efforçant de rester tranquille, ce qui n’était pas son fort. Il suivait distraitement ses camarades qui faisaient la démonstration de leur savoir-faire, perdu dans ses pensées en attendant son tour.
Il quitta sa rêverie quand Auguste présenta son œuvre, une montre à gousset aux multiples cadrans. Ces derniers permettaient à son possesseur de lire plusieurs informations en même temps : l’heure bien sûr, mais aussi la date et des informations sur la météo grâce à un baromètre miniature. L’objet, une petite merveille de précision, était incrusté dans un écrin en émail, créé par un étudiant des Beaux-Arts. La direction de l’école autorisait la collaboration avec d’autres personnes pour la décoration des projets. Victorien lui-même avait demandé à un joaillier de tailler le rubis pour l’escarboucle de sa Vouivre. Auguste faisait la démonstration des fonctionnalités de la montre, la présentant à tous les membres du jury qui l’assaillirent ensuite de questions. Victorien sentait leur intérêt et leur admiration pour ce projet très abouti, et il ne put s’empêcher d’appréhender son passage à sa suite. Le jeune homme n’était pas un compétiteur dans l’âme, mais il savait que, pour son père, l’excellence était de mise et que ce dernier comptait sur lui pour défendre dignement l’honneur de leur famille en terminant major de sa promotion.
Enfin, le directeur annonça :
« Et voici notre dernier élève, Victorien Larchet. »
Le jeune homme prit une inspiration, salua le jury puis le public, avant de débuter sa présentation :
« Voici la Vouivre, cet animal légendaire de notre région, que j’ai reproduit sous forme d’un automate capable d’accomplir les mêmes gestes que son modèle. Voyez plutôt… »
Victorien actionna un minuscule bouton sur le dos de sa création, entre les ailes. Aussitôt, celles-ci se mirent à bruisser et la Vouivre s’envola de la table, pour planer au-dessus du jury. Des murmures d’admiration et des exclamations de surprise brisèrent le silence. L’automate exécuta encore quelques tours dans les airs, puis piqua du nez vers la table où Victorien avait rempli un petit bassin de liquide :
«Elle aime boire, et comme elle vient d’apercevoir un point d’eau, elle va s’y désaltérer. »
La Vouivre se posa à côté du récipient et inclina sa tête jusqu’à la table, y déposant délicatement son rubis :
« Afin de boire tranquillement, elle a posé son escarboucle à côté d’elle, mais gare à celui qui tenterait de la lui voler, sa vengeance ne tarderait guère. »
L’automate absorbait quelques gouttes d’eau, comme si elle lapait. Victorien tendit la main vers le joyau abandonné à côté d’elle. Aussitôt, la créature se précipita sur lui, donnant un coup de tête sur le dos de sa main, avant de toucher l’escarboucle, qui s’incrusta dans son front, et de s’envoler. Une salve d’applaudissements salua la fin de la démonstration et le jeune homme tendit la paume, sur laquelle la Vouivre se posa délicatement. Il pressa le bouton sur son dos, les ailes et le cou se replièrent le long du corps.
À présent que la présentation était terminée, les professeurs interrogèrent Victorien pour en savoir plus :
« Comment tient l’escarboucle ?
— Par un aimant électrique.
— Et comment la lâche-t-elle ?
— En inclinant la tête selon un certain angle, un mécanisme inverse la polarité de l’aimant. »
La forme de son projet intriguait, certains membres du jury cherchèrent à en savoir plus et déversèrent sur lui une avalanche de questions :
« C’est un bel ouvrage, mais peut-on l’utiliser pour autre chose ?
— Oui, il est possible d’imaginer de nombreuses applications pratiques pour les mécanismes que j’ai utilisés. Par exemple, on peut créer un automate plus grand, capable de transporter des choses d’un point à un autre, à la place d’un homme. »
D’autres questions fusèrent encore, puis le silence retomba dans la salle tandis que le directeur reprenait la parole :
« Mes chers amis, nos élèves nous ont tous brillamment démontré le savoir-faire acquis au cours de leurs études dans notre école, que vient confirmer le diplôme qu’ils vont recevoir. Nous sommes fiers de savoir que, maintenant, ils vont développer leur art dans leur vie professionnelle. »
Il marqua une pause et consulta du regard les autres professeurs qui se levèrent, avant de conclure :
« Nous allons vous laisser un instant, le temps de délibérer entre nous et d’annoncer les résultats pour la promotion de l’année 1900. »
Les membres du jury quittèrent la pièce par la porte du fond, qui menait dans un petit bureau voisin. Dès que le battant se fut refermé sur eux, le bruissement des conversations reprit dans la salle, tandis que les élèves, à la fois soulagés et toujours un peu nerveux, attendaient le verdict final.


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MessageSujet: Re: Les mystères de Joux - nouvelle version [nouvelle]   Dim 18 Mai 2014 - 16:32

Voici la deuxième partie, qui clôt la scène précédente.

J'y ai apporté quelques corrections par rapport à ce qui a été lu à la session Skype, en y rajoutant un passage et en en modifiant un second ; je les mets de couleur différente pour ceux qui connaissent la version précédente.

Bonne lecture Very Happy

Partie 2

Ils restèrent à leur place sans bouger, en se jetant des regards furtifs. Cette dernière épreuve jouait un rôle important dans la note totale et leur classement pouvait en être bouleversé.
Victorien aperçut Ernest qui lui adressait un petit signe d’encouragement. Auguste, en revanche, lança un coup d’œil condescendant à la vouivre. Victorien devinait que son camarade ne voyait là qu’un jouet qui ne méritait pas à son auteur la place de major de la promotion.
Derrière eux, le public ne montrait pas la même retenue. L’amphithéâtre se remplissait de conversations à voix basse, chacun commentant à ses voisins les démonstrations des étudiants.
Victorien se retourna brièvement pour observer ses proches. Charlotte lui souriait largement, mais ses mains serrées sur son petit sac montraient sa nervosité d’attendre la proclamation des résultats. Fernand Larchet, en revanche, gardait un visage neutre, qui ne permettait pas à son fils de connaître son opinion. Avait-il été convaincu par l’automate ou déçu par cette prestation ? Même s’il n’avait guère de doute sur son avenir, Victorien tenait à ce que son père soit fier de lui. De nouveau, il s'interrogea : avait-il pris la bonne décision en présentant un projet aussi original, au lieu de se contenter d’une montre ou d’une horloge comme ses camarades ?
La porte du fond de la salle se rouvrit, coupant court aux chuchotis des spectateurs et aux réflexions des élèves. Le directeur revint le premier, avec à la main les diplômes qu’il allait remettre. Les professeurs se placèrent à ses côtés, de part et d’autre, debout cette fois. Après un nouveau discours sur l’excellence de ses étudiants, il procéda à l’annonce du classement. Comme pour le passage des élèves, celui-ci se déroulait dans l’ordre
inverse, le nom du major de la promotion n’étant dévoilé qu’en dernier. Quelques petits bouleversements avaient eu lieu par rapport aux résultats précédents, modifié selon l’impression faite par les projets.
Ernest se vit attribuer la cinquième place. Quand il passa à côté de Victorien pour descendre de l’estrade,
celui-ci lui adressa un petit signe complice pour le féliciter.
Enfin, seuls Auguste et Victorien restèrent en lice. Le résultat final serait-il le même que précédemment, ou leurs projets respectifs l’avaient-ils changé ?
Le directeur annonça finalement :
« Cette année, la première place a fait l’objet d’une âpre compétition, et les notes sont vraiment serrées entre nos
deux meilleurs élèves. Toutefois, il a fallu trancher, et c’est l’innovation et la créativité qui l’ont emporté. »
Il
conclut avec un geste théâtral :
« Victorien, tu es le major de la promotion de 1900. Mes félicitations, mon garçon ! »
Du coin de l’œil, le jeune homme vit un rictus déformer les lèvres d’Auguste. Ce dernier se reprit pour ne pas montrer sa déception au jury et au public, sans vraiment y parvenir. Il reçut son diplôme et quitta l’estrade, laissant Victorien seul face à ses professeurs, tandis que les applaudissements envahissaient la salle. Le jeune homme ne put s’empêcher de rougir légèrement : de naturel plutôt réservé, il n’aimait guère être le point de mire et préférait travailler au calme dans son atelier. Toutefois, il savait qu’il ne pouvait pas couper à cette étape et prit son mal en patience.
Il rejoignit à son tour ses proches et le soulagement l’envahit à la vue du sourire satisfait affiché par son père. Avant que ce dernier n’ait eu le temps de dire un mot, Charlotte avait déjà attrapé Victorien par les épaules et plaqué deux bises sur ses joues :
« Bravo, mon petiot, je savais que tu allais réussir ! »
Un peu gêné par cette effusion publique, le jeune homme bafouilla quelques mots. Il avait beau avoir vingt ans, leur gouvernante le voyait toujours comme le petit garçon qu’elle avait élevé.
Victorien se tourna vers son père qui hocha la tête avec contentement :
« C’est bien, mon fils, tu as fait du bon travail.
— Merci, père.
— Ton projet n’était pas très conventionnel, mais je reconnais que c’est un bel ouvrage et que
ses applications possibles me semblent prometteuses. »
Fernand ajouta, après quelques secondes de pause :
« Bien sûr, à présent que tu as terminé tes études, j’espère que tu vas rejoindre l’Institut !
— Bien sûr, comment pourrais-je refuser ? »
En son for intérieur, le jeune homme savait qu’il n’avait guère le choix, car il froisserait son père en déclinant sa proposition. Toutefois, cette obligation ne lui pesait guère, car même s’il avait pu décider librement, il aurait rejoint l’Institut. Ce dernier, le plus avancé de France pour la recherche
scientifique de pointe, était installé au cœur de la citadelle qui surplombait la ville de Besançon et attirait de nombreux candidats. La sélection à son entrée se révélait impitoyable et peu d’élus avaient la chance de l’intégrer, seulement les meilleurs ingénieurs.
Fernand reprit :
« Nous fêterons ton diplôme ce soir à la maison. Pour l’instant, je dois vous abandonner. »
Victorien acquiesça et regarda son père s’éloigner, reprenant son rôle de directeur de l’Institut. De futurs employeurs se pressaient déjà autour des meilleurs élèves et la concurrence serait rude pour les recruter. Le jeune homme espéra que son père engagerait Ernest : les deux amis travaillaient ensemble depuis qu’ils s’étaient rencontrés, à leur entrée à l’École Municipale d’Horlogerie, et ils formaient une équipe efficace.
Charlotte lui prit le bras et lui murmura à l’oreille :
« Tu m’as vraiment fait plaisir avec cette vouivre, elle est merveilleuse. »
Victorien posa la main sur la sienne et lui sourit avec chaleur :
« Je sais combien tu aimes nos légendes, et j’avais envie de leur rendre hommage à ma manière.
— Et tu as réussi, les autres n’avaient aucune chance face à toi ! »
Le jeune homme s’amusa de la certitude de la gouvernante, mais il la tempéra :
« Voyons, tu ne peux pas dire ça, ils ont tous réalisé de superbes projets. »
Charlotte secoua la tête avec dédain
et maintint qu’il était le meilleur.
Deux hommes vêtus à la dernière mode s’approchèrent, s’excusant d’interrompre leur conversation. Victorien ne les connaissait pas et supposa qu’ils faisaient partie des entrepreneurs venus de loin pour embaucher les meilleurs étudiants. L’un des deux se présenta en serrant sa main d’une poigne ferme :
« André Aubin, je suis le président des Industries Aubin & Associés, de Paris. Jeune homme, vous avez réalisé un travail impressionnant, et nous souhaiterions que vous rejoigniez notre société pour y travailler. »
Victorien haussa les sourcils, surpris de recevoir une telle offre alors que tout le monde autour de lui l’avait entendu accepter
celle de Fernand Larchet. De plus, personne n’ignorait que son père dirigeait l’Institut et qu’il paraissait évident qu’il allait y travailler. Il répondit finalement :
« Je vous en remercie, mais je vais travailler ici, à l’Institut des Nouvelles Technologies. »
Malgré son refus poli, André Aubin insista :
« Certes, c’est un poste très intéressant, mais réfléchissez. Paris est la capitale de la France et nous avons des laboratoires de recherche équipés des meilleurs outils, vous y ferez des merveilles ! Et je ne parle même pas de votre salaire, qui sera bien plus élevé que celui que peut vous offrir l’Institut ! »
Le jeune homme sentit une pointe d’agacement monter en lui, mais il la maîtrisa ; homme de parole en dépit de son jeune âge, il n’avait pas pour habitude d’accepter une offre pour revenir dessus l’instant d’après. Il éconduisit les deux hommes aussi courtoisement que possible :
« Messieurs, comme je vous l’ai dit, ma réponse est non, je vous
saurais gré de ne plus insister. »
Constatant qu’ils perdaient leur temps avec lui, les deux industriels le saluèrent et partirent à la recherche d’autres recrues, se dirigeant aussitôt vers Auguste. Victorien les suivit du regard : il n’avait aucune envie de quitter sa région natale et se sentait soulagé que son père lui ait offert un emploi en premier.

Ernest les rejoignit, tout excité, et le tira de ses pensées. Après avoir félicité son ami, il lui annonça :
« Ça y est, ton père m’a proposé de m’embaucher à l’Institut ! »
Un grand sourire barra le visage de Victorien :
« Et que lui as-tu répondu ?
— Oui, bien sûr ! Tu te rends compte, on va pouvoir continuer de travailler ensemble !
— J’en suis ravi. »

Tandis qu’Ernest continuait à parler, son ami remarqua que son père n’avait fait qu’une brève halte auprès d’Auguste. Ce dernier discutait à présent avec André Aubin. Il devina, connaissant l’orgueil de son camarade, que celui-ci allait accepter une proposition qui lui permettait de ne pas rester à Besançon. Auguste avait de l’ambition et, quand il serra la main de son interlocuteur, tout le monde comprit qu’il venait d’accepter leur offre d’emploi.
L’attention de Victorien fut détournée par la voix de Charlotte qui, toute fière, lui annonçait le menu pour le soir même :
« J’ai cuisiné toute la matinée, j’ai préparé des croûtes aux morilles et du coq au vin jaune, vous allez vous régaler ! »
Le jeune homme sourit, heureux à présent que la tension de la journée retombait : son avenir s’annonçait pour le mieux, entouré des gens qu’il aimait.

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MessageSujet: Re: Les mystères de Joux - nouvelle version [nouvelle]   Dim 22 Juin 2014 - 22:30

Partie 3

La silhouette de l’immense lion de grès rose, en contrebas de la citadelle, dominait la ville de Belfort. Victorien ne la quittait pas des yeux tandis que leur véhicule gravissait la pente qui menait à l’entrée de la forteresse. Assis à côté de lui, Fernand feuilletait des dossiers, comme s’il ne pouvait envisager de perdre son temps pendant ses déplacements en regardant le paysage. En son for intérieur, Victorien soupira : depuis maintenant cinq ans qu’il travaillait à l’Institut, il ne voyait quasiment son père qu’en coup de vent, et principalement pour le travail. Le jeune homme savait que le caractère de Fernand le portait peu aux effusions et qu’il n’affichait jamais ses sentiments. Même si cela ne signifiait pas que son père ne l’aimait pas, Victorien aurait apprécié, parfois, qu’il se montre un peu plus démonstratif. Face à cette attitude, le jeune homme avait préféré ne pas s’installer à temps complet dans les locaux de l’Institut, au cœur de la Citadelle de Besançon. Chaque soir, il regagnait la maison familiale située près de la Porte Noire, à l’entrée de la ville, où Charlotte l’attendait. La gouvernante avait accueilli sa décision avec joie, elle qui craignait de ne presque plus voir son petiot et de se retrouver seule dans la grande bâtisse. Parfois, quand un projet important le mobilisait, Victorien dormait sur son lieu de travail, dans une des chambres mises à la disposition des membres, mais il veillait à ne pas en faire une habitude.
Une secousse le tira de ses pensées : leur véhicule venait de s’arrêter à la porte du fort, où un militaire vérifia les papiers présentés par leur chauffeur. Depuis quelques années, l’Institut avait développé un partenariat fructueux avec l’État français, qui lui offrait plus de moyens financiers et la protection de l’armée en échange de l’exclusivité sur les inventions les plus prometteuses. La réputation des ingénieurs attirait les convoitises et l’État cherchait à se prémunir contre les risques d’espionnage. Pour y parvenir, les principales places-fortes de la région avaient été mises à la disposition de l’Institut. La dernière en date, celle de Belfort, abritait depuis deux ans un laboratoire d’expérimentation sur les trains. Ernest l’avait rejoint depuis qu’il avait émis l’idée d’une chaudière à vapeur à circuit fermé, qui permettait une récupération de la chaleur et augmentait les capacités. Les premiers essais ne s’étaient pas tous révélés concluants, mais l’idée possédait du potentiel et le jeune homme fut nommé à la tête de l’équipe qui travaillait sur le projet.
Ce jour-là, Fernand venait faire le point avec lui et il avait demandé à son fils de l’accompagner pour envisager avec Ernest les améliorations à apporter. Victorien était fier de l’évolution de son ami : après trois ans passés à collaborer avec lui, Ernest avait pris de l’assurance et révélé de nombreuses capacités. Le potentiel qu’il avait montré pendant ses études prenait sa pleine mesure et le jeune homme appréciait sa nouvelle position, même si elle le privait de son meilleur ami. Pour continuer à discuter régulièrement malgré leur séparation, Victorien avait amélioré leur système de communication. Le téléphone équipait déjà les différents établissements de l’Institut, mais le jeune homme avait préféré développer un système d’émission et de réception d’ondes sonores en circuit fermé, grâce à de grandes antennes implantées sur les sites. Ainsi, ils pouvaient échanger des informations d’un endroit à l’autre sans courir le risque d’être interceptés.
Enfin, leur véhicule pénétra dans la Citadelle, suivant le chemin entre les bâtiments massifs du fort. Victorien s’était habitué à cette architecture martiale, héritée de l’époque où Vauban, après la conquête de la région par Louis XIV, en avait fortifié les principales villes. Les citadelles de Belfort et de Besançon présentaient le même plan, une construction sur une colline au-dessus de la cité, d’épais remparts et des bâtiments solides capables d’abriter hommes et animaux en cas de siège. À présent, leur usage militaire s’était réduit et des laboratoires équipés d’instruments de recherche dernier cri avaient envahi une partie des lieux.
Ernest les attendait dans la cour, devant le porche d’un des laboratoires. Près de lui se tenait Pierre Char, l’un des bras droits de Fernand Larchet, nommé à la direction de l’antenne de l’Institut à Belfort. Tandis que Fernand et Pierre se serraient la main, Victorien et Ernest échangeaient une franche accolade :
« Comment vas-tu ? Ça fait plaisir de te revoir !
— Oui, je suis content, mais tu en as mis du temps pour venir ! »
Victorien allait répliquer quand son père coupa court à leurs effusions :
« Pierre et moi avons à discuter, nous vous rejoindrons à l’atelier tout à l’heure. »
Les deux jeunes gens acquiescèrent et les regardèrent s’éloigner. Ernest lança à voix basse à son ami :
« Ton père n’a pas changé, n’est-ce pas ? »
Victorien soupira en secouant la tête et répondit sur le même ton :
« Hélas non… »
Voyant l’humeur de son compagnon s’assombrir, Ernest le saisit par le bras :
« Viens, je vais te montrer mon bureau, et après, on ira à l’atelier. »
Tandis qu’ils entraient dans le bâtiment, Victorien ne put s’empêcher de jeter un coup d’œil en coin à son ami. En plus de s’être affirmé, Ernest avait aussi changé physiquement, perdant les dernières rondeurs de l’adolescence pour devenir un jeune homme plutôt séduisant. Les longues heures passées à travailler dans les ateliers ou à parcourir les couloirs et les cours de la Citadelle avaient affiné sa silhouette. Victorien songea qu’il devait désormais plaire à la gente féminine ; il ne résista pas à l’envie de le taquiner sur ce sujet :
« Alors, tu fais le joli cœur auprès des demoiselles maintenant ? »
Ernest grommela une réponse en rougissant, ce qui ne lui ressemblait guère. Son ami haussa les sourcils, devinant la raison de sa gêne :
« Tu as rencontré quelqu’un ? Comment s’appelle-t-elle ? »
Percé à jour, Ernest se mordit la lèvre, comme s’il hésitait à répondre. En remontant le couloir, ils croisaient d’autres ingénieurs et quelques ouvriers qui transportaient des matériaux : Victorien comprit que son complice, d’ordinaire expansif, ne voulait pas parler devant des témoins. Cette réserve lui confirma qu’Ernest devait être vraiment amoureux cette fois. Il attendit qu’ils pénètrent dans le bureau et que son ami en referme la porte pour insister un peu :
« Alors, dis m’en plus ! »
Ernest le fixa, perplexe, avant de lui souffler à voix basse :
« Si je t’en parle, tu me jures de ne pas le répéter ?
— Bien sûr, tu me connais, je sais garder un secret ! »
Pendant que son camarade semblait encore peser le pour et le contre, Victorien examina la pièce où il travaillait. Une grande table en occupait le centre, croulant sous les documents, notes, plans et livres destinés aux recherches du jeune homme. Quelques croquis étaient épinglés sur un grand tableau noir, à côté d’annotations et d’opérations tracées à la craie.
Les deux jeunes gens prirent place sur des chaises et Ernest avoua en rougissant :
« Elle s’appelle Amandine, c’est la fille du directeur que ton père nous a envoyé. »
Victorien fouilla dans sa mémoire, certain que ce nom lui était familier ; un souvenir lui revint et il demanda :
« Une jeune fille brune de vingt ans, avec de beaux yeux marron et de longs cheveux ? »
Ernest resta quelques secondes interloqué, avant de balbutier :
« Tu… tu la connais ?
— Oui, mon père a invité Pierre et sa famille à dîner un soir à la maison avant qu’il ne l’envoie ici. Il est venu avec sa femme et avec Amandine, nous avons pu échanger quelques mots au cours du repas. »
Victorien scruta le visage de son ami en souriant :
« Tu lui plais ? »
Le jeune homme sursauta et haussa les épaules :
« Je crois bien que oui, mais c’est difficile de savoir, nous n’avons pas eu l’occasion de nous parler beaucoup.
— Elle habite ici ?
— Oui, son père a un logement de fonction, dans le même bâtiment que le mien. »
Victorien encouragea son ami d’une tape sur l’épaule :
« Allons, si elle loge au même endroit que toi, ça ne devrait pas être trop difficile d’arriver à discuter avec elle, je te fais confiance ! »
Ernest acquiesça, sur les charbons ardents, et retourna le sujet :
« Et toi, toujours pas de jolie fiancée en vue ? »
Victorien lui répondit d’un petit rire gêné :
« Non, je suis trop pris par mon travail.
— Bonne excuse, oui ! Le travail a bon dos, mais te connaissant, je pense plutôt que tu es encore pris dans tes rêveries avec tes créatures de légende, trop pour ouvrir les yeux et regarder autour de toi. »
Victorien ne répondit pas, percé à jour. Ernest était la seule personne, avec Charlotte, à savoir la réelle importance du folklore franc-comtois dans sa vie. S’il adorait la science et son travail à l’Institut, le jeune homme avait aussi besoin de la part de rêve que lui offraient ses chères légendes, et il pouvait parfois s’abîmer dans de longs songes éveillés qui les prenaient pour décor.
La porte s’ouvrit, offrant une échappatoire à Victorien : son père entra dans la pièce avec Pierre Char. Il s’approcha du bureau d’Ernest et demanda à ce dernier :
« Alors, mon garçon, où en es-tu de tes recherches ? »
Le jeune homme se leva et le rejoignit, commençant à lui détailler les plans qui s’étalaient sous ses yeux. Victorien les rejoignit, soulagé d’avoir échappé à la fin de sa conversation avec son ami.

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MessageSujet: Re: Les mystères de Joux - nouvelle version [nouvelle]   Sam 23 Aoû 2014 - 15:38

Après quelques semaines de pause, voici la suite, enfin Smile

Bonne lecture


Partie 4


La silhouette de la Citadelle dominait la ville de Besançon de ses hauts murs, entourée de quelques lambeaux de brume à cette heure matinale, au lever du jour.
Tandis qu’il empruntait à pied le chemin sinueux qui montait de leur maison à son lieu de travail, Victorien se perdit dans ses pensées. Son retour de Belfort datait d’une semaine, mais sa conversation avec Ernest lui trottait toujours dans la tête. Son ami n’avait pas tort quand il l’accusait de rester pris dans ses rêveries.
L’enfance de Victorien avait été bercée par les récits de Charlotte, qui lui avait raconté encore et encore, sans se lasser, ses légendes préférées. L’adolescence et les études n’avaient pas éteint cette passion enfantine et le jeune homme était persuadé, au fond de lui, que la plupart avaient un fond de vérité. Sa préférée, entre toutes, était celle de la Dame Verte, et il rêvait souvent de cette belle femme qui surgissait parfois et séduisait les jeunes gens. Lorsque, la première fois que Charlotte l’avait narrée, Victorien avait mis en doute son existence, la gouvernante s’était fâchée : elle lui avait assuré que son propre aïeul l’avait rencontrée et qu’il avait même passé plusieurs jours en sa compagnie. À force d’entendre cette affirmation et de l’apercevoir dans certains de ses songes, le jeune homme avait fini par se convaincre qu’elle était réelle ; il en était tombé amoureux et cherchait le moyen de la trouver enfin. Toutefois, la tâche se révélait ardue : malgré les progrès fulgurants de Besançon depuis quelques décennies, le reste de la région demeurait rural, se partageant entre cultures dans les plaines et forêts touffues dans les montagnes. Pour fouiller ces dernières et trouver l’endroit où la Dame Verte surgissait, souvent un étang, il lui faudrait des années.
Victorien, s’appuyant sur ses connaissances, avait imaginé en secret un véhicule pour mener ses recherches : un dirigeable de petite taille, avec une nacelle de pilotage pour une seule personne. L’engin n’existait qu’à l’état de projet, quelques croquis et une maquette soigneusement cachés dans un meuble de son atelier, fermé à clé. Il ne savait comment réaliser l’appareil à taille réelle, car s’il avouait à son père le but de cette invention, ce dernier lui enjoindrait sans doute d’y renoncer.
Après une vingtaine de minutes de marche, Victorien parvint à l’entrée de la Citadelle. Des sentinelles veillaient au seuil du premier bâtiment, d’où partaient les remparts qui entouraient le lieu et le rendaient impénétrable. Le jeune homme leur montra son laisser-passer : les gardes avaient beau le connaître, les ordres étaient stricts et devaient être appliqués, surtout depuis l’arrivée du nouveau commandant. Le général Gabriel Dacier, tout droit arrivé de Paris, avait pris ses fonctions trois semaines auparavant, et il faisait régner sur les lieux une discipline ferme. Il avait notamment instauré une réunion hebdomadaire avec les ingénieurs de l’Institut, le mardi matin, à laquelle nul ne pouvait déroger.
Victorien, une fois le groupe des bâtiments d’enceinte passé, se hâta de traverser l’esplanade verdoyante qui le séparait du cœur de la Citadelle, pour rejoindre la grande salle de cette dernière. Il fut l’un des premiers à arriver et prit place, comme à son habitude, avec ses collègues de son âge. La pièce se remplit peu à peu et chacun se salua dans un joyeux brouhaha. Victorien échangeait quelques nouvelles avec ses voisins quand le silence tomba d’un coup : le général Dacier venait de faire son entrée, aux côtés de Fernand Larchet. L’officier, de haute taille, à la barbe poivre et sel impeccablement taillée, salua les ingénieurs qui s’étaient levés à son entrée et leur fit signe de se rasseoir, avant de prendre place aux côtés du directeur de l’Institut. Tous remarquèrent sa mine grave et s’interrogèrent sur ce qui la causait. Le général, devinant leur curiosité, ne perdit pas de temps et aborda tout de suite le vif du sujet :
« Messieurs, je ne vous cacherai pas que j’ai reçu de Paris des nouvelles qui ne m’ont guère enchanté… »
Cette entrée en matière interpella aussitôt l’assistance et les membres de l’Institut échangèrent des regards perplexes, attendant la suite. Les questions leur brûlaient les lèvres, mais ils sentaient que le moment n’était pas venu de prendre la parole. Le militaire poursuivit sur sa lancée :
« Vous n’êtes pas sans ignorer qu’une société privée cherche à s’attirer tout le prestige des dernières découvertes. Je veux bien sûr parler des Industries Aubin & Associés. »
Victorien retint une grimace à ce nom : il se souvenait que leur président avait tenté de le débaucher le jour de son examen final, avant de recruter finalement Auguste, son ancien rival. Le général Dacier enfonça le clou en évoquant ce dernier :
« Vous savez aussi qu’ils ont placé à la tête de leur service de recherches un de vos anciens camarades, Auguste Rouage. Ce dernier se montre plutôt doué dans son domaine et il travaillerait actuellement, d’après ce que nous avons entendu dire, sur des projets ambitieux. »
Personne ne fit de commentaire à ces mots, connaissant les compétences de leur ancien condisciple. Les ingénieurs présents savaient également que l’Institut, aussi réputé que jalousé, donnait souvent lieu à une compétition avec d’autres laboratoires de France et même d’Europe. L’information, ou plutôt la désinformation, faisait aussi partie du jeu, et l’espionnage industriel avait parfois ruiné plus d’une entreprise qui n’avait pas assez bien protégé ses secrets. Il était impossible de savoir sur quels projets Auguste Rouage travaillait réellement, s'il s'agissait vraiment d'inventions révolutionnaires, ou si son employeur cherchait juste à le faire croire à leurs concurrents. Les garnisons qui surveillaient les places fortes de Franche Comté les prémunissaient contre le risque d'espionnage, mais Victorien se demandait parfois s’il ne travaillait pas dans une prison. Depuis son arrivée, le général avait d’ailleurs interdit que les documents de travail sortent de la Citadelle, et les ingénieurs qui, comme Victorien, avaient choisi de vivre dans Besançon même, ne pouvaient plus les rapporter chez eux le soir, pour éviter une fuite. Le militaire continua son discours :
« Messieurs, la réputation de l’Institut repose sur les créations qui en sont issues, et donc sur vos épaules. Je compte sur vous tous pour apporter à votre travail le plus grand soin et pour nous proposer de nouvelles idées innovantes. N’hésitez pas à me présenter tout ce qui vous viendrait à l’esprit, afin que nous voyions ensemble ce qui est réalisable ou non. Le prestige de cette institution est entre vos mains, à vous de le faire rayonner. »
Les yeux bleus du général parcoururent les visages des ingénieurs présents : ces derniers laissaient transparaître leurs interrogations, mais visiblement, aucune n’osait prendre la parole. L’officier conclut :
« Je sais qu’habituellement, cette réunion nous sert à échanger des idées et à débattre des projets en cours ou de ceux qui seront mis en chantier. Exceptionnellement, aujourd’hui, elle n’aura pas lieu. Monsieur Larchet et moi allons passer dans vos ateliers pour discuter avec vous des dernières idées qui vous sont venues. »
L’officier se leva : la discussion était close avant même d’avoir commencé, et tous sentaient qu’il aurait été inutile de protester. Les ingénieurs se mirent debout à sa suite et, après un bref salut, regagnèrent leurs ateliers respectifs.
Tout en rejoignant le sien, Victorien réfléchissait : la nuit précédente, il avait songé à une amélioration qu’il pourrait apporter sur sa maquette secrète, et voulait procéder à la modification le plus rapidement possible. Une idée lui vint à l’esprit : le général Dacier voulait de l’innovation ? Pourquoi ne pas lui présenter son projet, sans dévoiler les véritables raisons de sa conception ? Bien sûr, sa proposition pouvait ne pas retenir son attention, mais dans le cas contraire, c’était l’occasion idéale de réaliser grandeur nature son dirigeable monoplace.

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MessageSujet: Re: Les mystères de Joux - nouvelle version [nouvelle]   Mer 27 Aoû 2014 - 19:57

Partie 5

Une fois dans son bureau, le jeune homme se hâta d’ouvrir son meuble et d’en sortir la maquette et les esquisses. Il commença par modifier son étude, puis griffonna sur ses croquis pour y noter les derniers changements à effectuer.
Un coup bref frappé à sa porte le fit sursauter ; sans attendre d'invitation, son père entra dans la pièce avec le général Dacier. Ce dernier remarqua aussitôt le modèle réduit et s’y intéressa en interrogeant Victorien :
« Ah, voilà un projet qui me semble déjà avancé. Qu’est-ce donc ? »
Le jeune ingénieur ne put s’empêcher de rougir brièvement sous le regard inquisiteur lancé par son père, avant de répondre avec autant d’assurance que possible :
« Une idée qui m’est venue récemment et que je voulais peaufiner un peu avant de vous la présenter. »
Le général prit la maquette et l’observa avec attention, poursuivant ses questions :
« C’est un dirigeable pour un seul homme ?
— Oui. Il ne volerait pas très haut, mais permettrait par exemple de rallier rapidement deux points en survolant les forêts ou les champs.
— Il peut transporter des marchandises ? »
Victorien réfléchit quelques secondes, avant de désigner une partie de la nacelle :
« Je ne l’avais pas prévu, mais je pense que ça doit être possible, en rajoutant un coffre ici, juste derrière le siège du pilote.
— Intéressant, intéressant… »
Le général caressa sa barbe en observant l’objet, visiblement passionné. Un fol espoir saisit Victorien : son projet plaisait, il avait une chance de le réaliser. Il songea aussitôt que, sous le couvert d’essais, il pourrait parcourir la région pour rechercher la Dame Verte.
Fernand, qui avait jeté un coup d’œil au modèle réduit, se tourna vers son fils et lui lança, d’un ton où pointait un léger reproche :
« Tu ne m’en avais jamais parlé ! »
Le jeune homme chercha à se justifier sans se trahir :
« Parce que ce n’était pas encore au point et que je voulais être sûr de moi avant. Mais cette nuit, j’ai eu une idée et je crois avoir trouvé la façon de régler mon dernier problème. »
Le général Dacier lui rendit la maquette et le fixa, très sérieux :
« Vous croyez réussir à le construire et à le faire voler, à présent ? Avec un homme pour le piloter ?
— Oui, je le pense.
— Fantastique ! »
Fernand se tourna vers le militaire, sentant son enthousiasme :
« Cet appareil vous intéresse ?
— Oui, j’y vois de nombreuses possibilités. »
L’officier continua d’interroger Victorien d’un ton inquisiteur :
« En avez-vous parlé à quelqu’un ? »
Un peu surpris, le jeune homme secoua la tête, catégorique :
« Non, vous êtes les premiers.
— Parfait, alors surtout pas un mot à quiconque, je veux le secret absolu sur ce projet pour l’instant ! »
Le général réfléchit une minute, le regard rivé sur le modèle réduit, avant de se tourner vers le directeur de l’Institut :
« Monsieur Larchet, je crois qu’il serait bon que votre fils puisse travailler à ce projet à son aise et qu'il serait mieux pour cela au château de Joux. »
Fernand et Victorien se regardèrent, interloqués par cette proposition. La forteresse de Joux, érigée des siècles auparavant à un endroit stratégique, du côté de Pontarlier et de la frontière suisse, appartenait à l’État depuis la conquête de la région par Louis XIV. Un des laboratoires les plus secrets de l’armée y avait été installé, protégé par une garnison nombreuse et vigilante. La position du château, construit sur un éperon rocheux au-dessus de la cluse, rendait difficile, voire impossible, toute intrusion, et l’endroit avait même servi de prison à une époque. Peu de gens obtenaient l’autorisation d’entrer à Joux et encore moins d’y travailler : l’offre du général Dacier prouvait donc que le projet de Victorien intéressait l’armée au plus haut point. Devant le silence du père et du fils, le militaire insista :
« Alors, qu’en dites-vous ? »
Victorien reprit ses esprits le premier : la région de Joux regorgeait d’endroits susceptibles d’abriter une Dame Verte, y travailler et faire des essais serait donc l’idéal pour lui. Il acquiesça avec enthousiasme :
« J’en serais ravi, mais pour l’instant, je suis affecté ici sur certains projets et je ne sais pas si je peux les abandonner… »
Le jeune ingénieur interrogea son père du regard. Ce dernier, devinant que l’intérêt du général pour l’engin de son fils primait sur le reste, intervint aussitôt :
« Rien qui ne soit aussi important que ta nouvelle invention ! Je peux t’en détacher pour l’instant. »
Le général se frotta les mains, satisfait :
« Très bien, alors c’est entendu ! »
Il poursuivit aussitôt, en homme habitué à donner des ordres et à être obéi :
« Vous allez dresser la liste de ce dont vous aurez besoin pour commencer et me l’apporterez sous une heure. Préparez vos bagages, nous partirons là-bas demain matin. Ça vous laissera le temps de faire le point avec votre père sur vos travaux en cours. »
Le général Dacier les salua, puis quitta le bureau pour se rendre dans les ateliers voisins. Fernand s’attarda une minute, regardant son fils avec une lueur de fierté dans le regard :
« Eh bien, Victorien, voilà encore une nouvelle invention qui viendra rehausser le prestige de l’Institut, bravo ! Comment t’est venue cette idée ? »
Connaissant l’opinion peu flatteuse de son père sur les contes et légendes, le jeune homme préféra mentir avec une explication plus rationnelle :
« Certaines forêts de la région sont si épaisses qu’il est difficile de les traverser, ce qui nécessite des détours. Avec cet appareil, on peut les survoler pour se déplacer plus rapidement. »
Fernand acquiesça, prit la maquette et l’étudia brièvement :
« Pourquoi pour un seul homme ?
— Pour réduire la taille du ballon et avoir une meilleure maniabilité.
— Tu pourrais peut-être envisager un modèle pour deux passagers ?
— Oui, peut-être, je vais étudier ça en même temps que la construction. »
Le directeur reposa l’objet sur la table et tapota l’épaule de son fils :
« Je compte sur toi pour faire honneur à notre famille une fois de plus. Je me tiendrai au courant de tes progrès grâce au général.
— Merci. »
Tandis que son père allait rejoindre l’officier, Victorien saisit un papier et s’attela à la liste demandée. Tout en la rédigeant, il se prit à rêver au moment où il pourrait procéder à ses premiers essais, espérant découvrir enfin la cachette d’une de ces créatures si convoitées. Une autre pensée lui traversa l’esprit, la réaction de Charlotte quand elle allait apprendre son départ pour Joux : le jeune homme ignorait encore combien de temps durerait la construction, et la gouvernante allait sans doute pleurer à l’idée d’être séparée de son petiot. Victorien soupira, songeant qu’il allait devoir faire preuve de tact pour lui annoncer la nouvelle.

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MessageSujet: Re: Les mystères de Joux - nouvelle version [nouvelle]   Dim 31 Aoû 2014 - 15:10

Et voilà la suite, corrigée selon les remarques faites lors de la soirée Skype (merci à vous Smile )

Partie 6

Le dirigeable descendit vers l’esplanade dans le brouillard du petit matin, arrimé à de solides filins dès qu’il ne fut plus qu’à quelques mètres du sol. Les filaments de brume qui flottaient dans l’air donnaient à la Citadelle des airs fantomatiques, tandis que le reste de la ville, en contrebas, était à peine visible. Le général Dacier avait choisi de relier le château de Joux par les airs, pour gagner du temps. Des ouvriers chargèrent aussitôt dans les soutes du véhicule les bagages de Victorien et ses fournitures.
Un peu à l’écart, le jeune homme patientait, tenant une sacoche de cuir dans laquelle il avait glissé ses plans et la maquette soigneusement emballée. Tout au fond, il avait dissimulé dans une écharpe deux livres à la reliure élimée, des recueils illustrés de contes et légendes. Il ne s’en séparait jamais, comme l’attestaient leurs pages usées à force d’avoir été tournées et retournées. Charlotte lui avait offert ces ouvrages pendant son enfance, afin qu’il puisse lire lui-même ces récits dont il était si friand. Il y puisait parfois l’inspiration pour ses inventions, comme sa vouivre automate de projet de fin d’étude. Si cela n’avait tenu qu’à lui, Victorien aurait tenté de réaliser une vouivre beaucoup plus grande, pour qu’il puisse monter sur son dos et survoler ainsi la région. Le jeune ingénieur était certain que son idée était réalisable, mais savait aussi qu’il ne plairait ni à son père, ni au général Dacier, qui n’y verraient qu’un enfantillage. Pour cette raison, il avait jugé plus raisonnable de créer le prototype d’une machine volante de forme plus conventionnelle, en arrivant à la conception de son dirigeable individuel. Pourtant, la nuit, dans ses rêves, il se voyait souvent chevaucher une vouivre au-dessus des forêts comtoises…
« Alors, mon garçon, prêt au départ ? »
La voix forte du général Dacier, qui venait d’arriver avec Fernand Larchet, le tira brusquement de ses pensées. Victorien se retourna et le salua aussitôt, ainsi que son père. Il échangea quelques mots avec ce dernier ; il ne savait pas quand il le reverrait, ignorant combien de temps dureraient la conception et les essais de l’engin, puis se dirigea pour embarquer à bord de la nacelle. À cet instant lui revint en mémoire le moment où, la veille au soir, il avait annoncé la nouvelle de son départ à Charlotte…
Comme il s’y attendait, la gouvernante avait poussé des gémissements et versé quelques larmes en apprenant qu’elle n’allait plus le voir pendant des semaines, voire des mois. Victorien avait eu beau lui promettre de lui envoyer des nouvelles régulièrement, rien n’avait pu consoler la brave femme, et c’était le cœur gros qu’elle l’avait aidé à préparer ses bagages pour son séjour à Joux. Elle avait marmonné qu’il allait attraper la mort là-bas, tant la réputation du climat rude de la forteresse était connue dans toute la région. Charlotte avait bourré dans une malle les pulls les plus chauds et les écharpes qu’elle lui avait tricotés, en lui recommandant de bien se couvrir. Le jeune homme n’avait pas voulu la vexer en lui rappelant qu’il n’était plus un enfant, et s’était contenté d’acquiescer en silence.
Victorien s’installa sur une banquette de cuir confortable près de la vitre, en face du général Dacier, et sentit sous ses pieds les vibrations du moteur à vapeur qui se remettait en marche. Les balanciers et les pistons tournaient, laissant entendre leur chanson joyeuse, familière à ses oreilles. Le dirigeable largua les amarres et s’éleva lentement dans les airs, au milieu du brouillard qui se dissipait. Les murailles de la Citadelle rétrécissaient à vue d’œil, tandis que ses occupants devenaient à peine plus gros que des fourmis. Victorien appréciait de découvrir sa région natale du ciel : les forêts verdoyantes formaient un tapis épais qui défilaient sous leurs pieds, parfois troué par une étendue d’eau, un étang ou une rivière où se reflétait le soleil qui perçait au travers des nuages. Le militaire laissa son regard vagabonder sur le paysage, avant d’avouer son admiration :
« Votre région est vraiment magnifique, si verte, si boisée…
— Elle doit vous paraître bien différente de Paris, bien moins animée surtout. »
Le général émit un petit rire :
« Certes, Besançon n’est pas aussi grande que notre belle capitale, mais je l’apprécie beaucoup. D’ailleurs, ma femme et ma fille vont bientôt venir m’y rejoindre. »
Victorien en profita pour satisfaire sa curiosité : il avait bien remarqué l’alliance à la main droite du militaire, mais ce dernier, plutôt discret, n’avait jamais fait mention de sa famille. Le jeune homme fit remarquer :
« J’ignorais que vous aviez un enfant.
— Eh bien j’en parle peu, mais oui, j’ai une fille de vingt ans.
— J’espère avoir l’honneur de faire sa connaissance, ainsi que celle de votre épouse.
— Bien sûr, quand elles seront là, nous organiserons un dîner où vous serez convié, ainsi que votre père. Les préparatifs du déménagement sont en cours. »
Un petit sourire étira ses lèvres :
« J’ai l’impression qu’ils traînent un peu, d’ailleurs, je soupçonne ces dames de vouloir profiter encore un peu de Paris avant de venir ici ! Mais leur arrivée n’est plus qu’une question de semaines, à présent. »
Gabriel Dacier changea de sujet, comme s’il n’avait pas envie de s’étendre plus sur sa vie privée, et reprit la conversation avec son efficacité habituelle :
« Alors, en combien de temps pensez-vous pouvoir créer un premier prototype ?
— Je vais y consacrer tout mon temps, et j’espère que d’ici deux ou trois semaines, j’aurai pu terminer les plans et construire les premiers éléments. »
L’officier se frotta les mains à cette nouvelle :
« Très bien ! Le commandant Fury, qui dirige la forteresse, me tiendra au courant de votre avancée. Si vous avez le moindre besoin, voyez avec lui et il me transmettra votre demande.
— Je vous en remercie. »
Le silence retomba sur la nacelle tandis que les deux hommes s’abimaient de nouveau dans la contemplation du paysage en contrebas. Grâce aux améliorations apportées par les ingénieurs de l’Institut sur son moteur, la vitesse de l’engin avait été augmentée et le dirigeable ne mettait plus qu’une heure pour couvrir la soixantaine de kilomètres qui séparaient Besançon du château de Joux, contre presque le double auparavant. Ce dernier apparaissait déjà à leur vue, forteresse solitaire sur son éperon rocheux, qui dominait les forêts alentours et la cluse de Pontarlier. Victorien ne put s’empêcher de frissonner d’excitation en pensant aux légendes qui couraient sur l’endroit. Il se demanda s’il croiserait, au détour d’un couloir, les fantômes de Berthe de Joux, condamnée au cachot par son époux, ou des Demoiselles des Entreportes, changées en pierres pour échapper à leurs fiancés. Jamais encore il n’avait pu pénétrer dans cet endroit, et il s’impatientait à l’idée de bientôt vivre au milieu des bâtiments historiques qu’il apercevait.

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