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 Elsa

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Fenrajis
Je commence à m'habituer
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Localisation : Entre le rêve et la réalité...
Loisirs : Chanter sous la pluie.
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MessageSujet: Elsa   Sam 17 Jan 2015 - 11:03

Bonjour! Voilà je poste là un petit texte, c’est un début de roman mais je peine à déterminer la suite...
Dites moi ce que vous en pensez...

Pour les commentaires c'est là : http://ecrire.ingoo.us/t5859-commentaires-elsa#153937

Un pas assuré, les mains et les joues rougis, une silhouette fine et légère...
Ses bottes rouges foulaient la terre ocre de ce qui restait de la forêt nivernaise, ce rouge profond, un mélange de sang et de souvenirs, une couleur qui peu à peu enivrait l'esprit usé du vieillard revenu sur ces lieux. Elsa lui avait décrit cet endroit, perdu entre les essences rares, façonné au son doux du vent, pétri au grès des arcs et épées de bois que milles enfants avaient agités sous les yeux d'arbres millénaires. Tant d'années s'étaient écoulées et tout semblait si beau, si léger, si vivant. Alors que le cœur d'Elsa s'était endormi le sien goûtait une fois encore au miel de la nostalgie que le corps froid de cette femme répandait autour d'elle.
Ses bottes rouges foulaient la terre ocre... Il y avait tant de grâce dans sa démarche que même lui, qui pourtant avait bien connu Elsa, se trouvait là troublé. Il s'approcha du cercueil ouvert, et contempla le désastre du temps... Elsa avait vieilli, comme les chênes de cette forêt... Trop forts  pour lutter. Les cheveux gris de sa vieille amie tombait sur ses épaules, à peine brossés comme avant. Ce complet bordeaux était sûrement un dernier message pour lui, et pour les autres.
Quiconque l'avait connu avait fini par l'intégrer, rouge, tout est symbole... Elsa était une vieille originale, une âme unique qui l'avait écouté, qui était resté dévoué à une cause. Ce qui l'avait toujours impressionné c'était sa remarquable détermination. Elle savait ce qu'elle voulait...
Une autre attitude marquante était qu'elle n'accordait pas d'importance à la doxa, vivant dans son anarchie personnelle, heureuse d'appartenir à un groupe et vouant sa vie à son indépendance. Elsa était un véritable paradoxe, d'ailleurs maintenant qu'il y réfléchissait c'était le cas de tellement de  personnes fabuleuses qu'il avait rencontré. C'était il y a des années maintenant.
La jeune fille aux bottes pourpre portait une écharpe assortie et il compris dès-lors que se tenait debout ici, l'enfant d'Elsa. Il la connaissait mauvais précepteur mais malgré tout elle était convaincante. Elle avait su inculquer des valeurs à sa fille, ou peut-être était-ce un simple hasard.
Ils étaient peut-être une centaine à attendre un mot de la jeune femme qui restait de marbre face aux regards tristes, aux murmures doux et aux pleurs imperceptibles. Le vent de décembre frappait son visage d'un froid brûlant, et des larmes coulaient de ses yeux clairs. Difficile de savoir si c'était la brise ou la perte qui en était la cause... Quand le silence fut total, elle  sortit un papier chiffonnée de la poche de son caban. Puis s'adressant à la  foule :
Ma mère s'est éteinte il y quelques jours, elle à écrit ceci pour vous :
« Mes frères, mes enfants,
Je suis navrée que tout s'arrête  maintenant mais je crois avoir suffisamment donné à ce monde, je vous demande de ne pas pleurer. J'ai vécu une vie fabuleuse, je l'ai partagé avec beaucoup d'entre vous et je suis honoré qu'on m'ait laissé voir renaître ces soixante-treize printemps. Si seulement vous saviez à quel point mon existence a été heureuse, j'ai vu tant de choses de mon petit village à milles lieux magiques qui se trouve sur cette Terre. Et si  mon corps à tourner sur ce monde mon cœur à voyager plus loin encore, vers des lieux dont  les noms sont chuchotés par l'Océan, là où rien n'existe où rien ne vie car rien ne meurs. Tout ça est certainement flou, mais je vous promets qu'un jour vous comprendrez mes mots. J'ai grandi sur ce sol que je m'apprête à venir enrichir, n'en soyez pas tristes. Si pour moi tout s'arrête, pour vous tout recommence à nouveau, chaque matin encore plus avec un soleil différent.»
Chacun s'avançait à son tour sur la musique qu'elle avait choisi « All you need is love », elle lui en avait parlé il y a longtemps. Ils tenaient tous une rose rouge à la main, et tour à tour, ils la déposaient sur le cercueil désormais fermé de la femme. Quand tous eurent fini la fosse si morbide pris un air charmant, presque heureux si les circonstances avaient été différentes. La centaine d'amis venus dire un dernier au revoir à Elsa s'évanouissait peu à peu. Et bientôt il ne restât plus que lui et la jeune fille debout devant l'abysse.
C'était de longues années de souvenirs qui s'en allaient mourir avec Elsa, une partie de lui s'éteignait avec elle. Tout au long de sa vie, il avait songé à la mort, tant de fois discuté avec Elsa. Ils avaient chacun un avis différent, et il était toujours resté dans son optique de vies futures et passées, il nourrissait en lui cet espoir de renaissance et Elsa chaque fois tentait de le convaincre du contraire. Cette fois, sa vieille amie, portait un coup puissant à ses convictions, et si tout s'arrêtait ?
« Un vieil  homme craint la mort » disait-il souvent,  sans s'en rendre compte le temps l'avait rendu « vieil homme », et sa témérité porté par une foi profonde en la vie, s'écroulait devant la mort qui juste à ses pieds avait laissé cette femme inanimée comme pour le narguer une dernière fois avant le grand jour.
Il cessa de fixer le coffre d'ébène et regarda la jeune fille qui ne bougeait pas, seul le vent faisait flotter quelques cheveux mal coiffés, héritage certain de sa mère. Elle porta son regard sur lui, et fixant désormais l'horizon elle lui demanda :
    — Vous la connaissiez ?
    — Oui...  On s'est rencontré il y a longtemps...
    — Vous êtes Paolo ?
Cela le perturba un instant, puis finalement le réjouis : Elsa avait parlé de lui à sa fille...
    — Elle a laissé quelque chose pour vous.
Il acquiesça, puis après avoir laissé flotté un long silence :
    — Comment t'appelles-tu ?
    — Jeanne.
Ce nom le plongea dans une soirée de décembre, cinquante ans auparavant.

Il  faisait froid dehors et la nuit déjà recouvrait la ville qui s'illuminait... Paolo ne pouvait rentrer qu'à dix-huit heures comme chaque soir. Et les après-midi de liberté, en plein hiver, étaient plus longs et ennuyeux que distrayants et passionnants.  Les discussions s’enchaînaient, toutes plus ridicules l'une que l'autre. Du temps horrible à nos opinions politiques, d'un café crème à une madeleine acheté sur une table dans le hall pour financer un quelconque voyage. Tout se déroulait lentement, et déjà ils avaient l'impression d'avoir vingt ans de plus.
La relation que Paolo et Elsa entretenaient étaient pour le moins étrange, c'était un genre de fraternité mêlée d'insultes et de permanents reproches que chacun faisaient à l'autre.
   — Alors, ma vieille ?  Comment  tu vas appeler ta fille ?
   — J'en sais rien.
   — Cherches !
   — Je sais pas... Jeanne, c'est pas mal ?
   — Ah... En l'honneur de notre Jeannette ?
   — Voilà ! C'est exactement ça !
Les deux esquissaient un sourire ridicule, fruit de la fatigue et de l'ambiance douce qui flottait dans la pièce.

Ses bottes rouges foulaient le bitume détrempé d'une ville trop petite pour être nommée ainsi... Jeanne ouvrit la portière de la vieille Rolls de l'homme qui s'était proposé de la raccompagner. Le cuir des sièges semblaient  si usé qu'elle s’interrogea sur l'âge de Paolo... Il semblait avoir traversé le temps sans pour autant avoir été atteint. Bien-sûr, sa peau se couvrait de taches brunes sur ses mains et ses cheveux avaient cessé d'être gris il y a longtemps certainement. Sa mère lui avait souvent parlé de cet « original »  comme elle aimait l'appeler. Elle racontait un homme marchant fièrement avec un long caban de laine noire.  Paolo  le portait encore, il paraissait encore fort et prêt à affronter la tempête de la vie qui sévira encore... En descendant, elle  remarqua une photo, c'était lui, et  il y avait une femme à ses côtés... Ses yeux en disaient long, il semblait si heureux, ces reflets de lumière indescriptibles étaient toujours là comme une ombre, une cicatrice, sur son regard vide.
Paolo n'avait pas pleuré depuis des années, il avait connu la perte, le manque, et la résignation... Le fleuve du temps avait finalement réduit le cœur de granit qui battait dans sa poitrine en un sable volatile, presque poussiéreux, qui finirait par être soufflé par un vent venu de la nuit. La  mort d'Elsa, réveillait  chez lui  de vieux souvenirs, souvenirs qu'il avait fini par oublier, brûler au coin du feu, mais la braise ravivait le foyer. Il  posa  les pieds  sur le  sol  qui avait vu grandir cette  femme, plus amie que quiconque... Il s'imagina un instant, la jeune Elsa jouant dans la maison familiale, puis jeune femme près de l'accouchement, enfin celle-là berçant l'enfant qui aujourd’hui tournait déjà les clés dans une serrure usée.
Elsa avait hérité de la maison de ses parents et y avait vécu jusqu'à son dernier souffle, il y avait encore  beaucoup d'elle dans cette demeure. On pouvait  y entendre encore les pas de sa démarche si particulière frappés sur la parquet craquant. Les  poutres de  l'entrée, plus poussiéreuses qu'un banc de  chantier, ramenait le vieillard à sa chambrette enfant, dans son village non loin de celui-là. Et en tous points semblables.
Jeanne s'éclipsa un instant laissant Paolo avec le signe de s'installer dans un des fauteuils pourpres. Il retira son caban et le laissa sur le dossier du fauteuil. La jeune fille revint deux verres et une bouteille à la main, une inscription en russe laissait clairement comprendre que c'était de la vodka et  en regardant plus près Paolo conclut que c'était de la vodka ukrainienne. Des années avant, il avait suivi des cours de russe, une heure le lundi et deux autres le mercredi... Il en avait retenu quelques bases dans cette langue et surtout de nombreuses histoires et anecdotes à raconter à qui voulait les entendre.

Il était presque quatorze heure quand il décida de quitter la maison, elle le raccompagna
jusqu'à la vieille rolls.
L'hiver est là.
Elle prenait un ton si grave, sa voix s'étouffait un peu plus à chaque mot.
L'hiver est arrivé ce matin.
Perdre sa mère n'était certainement pas facile, et cette indiférence qu'elle portait comme un inutile rempart, cédait désormais. Des sanglots s'engouffrèrent alors dans les mots de Jeanne.
Paolo ne savait pas s'il fallait répondre, et comme depuis des années, il avait pris l'habitude de toujours parler, il parla :
Le printemps reviendra.
Il monta dans le voiture et démarra, Jeanne repartait déjà vers le peron et dans son cœur la phrase s'écrivait : « Il ne reviendra plus ».

Chaque tour de roue le rapprochait un peu plus de sa destination, le paysage défilait et chaque kilomètre l'étonnait. Cet étonnement ne relevait pas de l'emmerveillement, non ce qu'ils avaient fait de sa campagne le dégoûtait. En vérité, cela le rendait plus triste que cela l'énervait.
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Elsa
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