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 Les Cinq Talismans

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Niko
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Localisation : Un pied à Minath Tirith, un autre à Riva, le coeur à Port-Réal et la tête sur tatouine
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MessageSujet: Les Cinq Talismans   Dim 1 Mar 2015 - 20:01

Après un moment, il est temps de s'y remettre.
Alors sans plus attendre :

SOMMAIRE :

chapitre 1 - partie 1-partie 2

chapitre 2 - partie 1

RÉSUMÉS :

Spoiler:
 

_________________
Killing folks is easy, being politically correct is a pain in the ass... Achmed, The Dead Terrorist

I will draw you, Saruman,  as poison is drawn from a wound.
Gandalf
-Je... Je n'arrive pas à y croire ! -C'est pour ça que tu échoues...
Star Wars, Episode V, L'Empire Contre-Attaque

Vous avez un nom qui commence comme une caresse et fini comme un coup de cravache. Cocteau à Marlène Dietrich


Dernière édition par Niko le Mar 31 Mar 2015 - 14:33, édité 4 fois
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Niko
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MessageSujet: Re: Les Cinq Talismans   Dim 1 Mar 2015 - 20:01

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-BHERIAK-
-Dhaydrill, Garthay-


Le soleil déclinant teintait le ciel d’orange et de rose. Une rivière dorée semblait cascader entre les nuages jusqu’à la plaine qui s’étirait, apparemment, sans fin au sud du Garthay.
La fraîcheur de la soirée avait enveloppé la cité de Dhaydrill, chassant, pour quelques heures la chaleur étouffante qui l’avait assaillie depuis plusieurs jours.
Les marchands se réjouissaient du retour de la belle saison. L’été, à présent installé sur le royaume, facilitait le voyage des caravanes depuis le Latium.

À la porte Ouest de la cité, les deux gardes de faction étaient nonchalamment appuyés sur leurs lances.
Avec la lumière qui baissait, leur service allait bientôt arriver à son terme. Une autre journée aussi monotone que les précédentes, à contrôler et aiguiller les chariots qui se succédaient.
Parfois, un accrochage entre deux véhicules, dont les charretiers se croyaient toujours plus pressés que l’autre, provoquait un peu d’animation. Des menaces fusaient, des noms d’oiseaux volaient, accompagnés parfois des restes d’un dîner ou du contenu d’une gourde, mais cela allait rarement plus loin. Et le lent flux de la circulation reprenait son cours.
De toute manière, les deux hommes ne s’étaient pas engagés dans la garde urbaine pour connaître le frisson de l’aventure et de l’inconnu. La paie était confortable, les services agréables et le travail relativement lucratif dans une ville marchande remplie de négociants plus ou moins honnêtes. Le bon mot dans la bonne oreille, avec un petit bonus, arrangeait souvent les affaires de tout le monde.

Pendant que leur capitaine finissait de remplir le rapport sur les entrées et sorties de la journée, les deux gardes échangeaient alcool et ragots en attendant de pouvoir fermer les portes pour la nuit.
Les dernières caravanes étaient passées depuis un bon moment et les travailleurs devaient déjà se diriger vers les tavernes ou les bordels.

La silhouette émergea au bout de la route comme une apparition fantomatique. La luminosité déclinante empêchait de déterminer au premier coup d’œil s’il s’agissait d’une d’ombre ou d’une personne. Mais au bout de quelques instants, le doute n’était plus permis, un voyageur approchait. Il marchait avec le soleil dans le dos, de sorte qu’on ne distinguait de lui qu’une vague forme sur l’horizon.
Mais à mesure que l’arrivant s’approchait, sa physionomie apparu plus clairement.
Il était jeune, probablement entre vingt et trente ans. Ses cheveux noirs mi longs étaient retenus par une lanière de cuir qui formait une-queue-de-cheval sur sa nuque. Les traces de ses voyages s’inscrivaient dans ses vêtements fonctionnels poussiéreux et ses bottes de cuir souple portant des traces de boue séchée. Sur ses épaules était jetée une large cape en laine qui avait dû connaître des jours meilleurs.
À sa taille, une large ceinture de cuir fatigué laissait pendre une sacoche aussi plate qu’une feuille.
Son visage était calme tandis que ses yeux verts jetaient un regard vide sur ce qui l’entourait.

Arrivé à la hauteur des deux sentinelles, l’inconnu s’avança pour franchir l’arche de pierre.
−Halte là, mon gars ! lança l’un des gardes, retrouvant ses automatismes. Il nous faut votre nom !
−Et en quoi cela vous intéresse-t-il ?
−C’est la règle. Après la fermeture des portes, tout entrant doit fournir son nom !
−Il me semble pourtant que celle-ci est ouverte, répliqua l’inconnu sarcastique avec un coup d’œil entendu. Ou bien êtes-vous protéger par une barrière magique ?
−Tu te crois drôle, peut-être ? cracha le garde en faisant nerveusement jouer son arme sous le regard éteint de son vis-à-vis.
−Uniquement de l’incompréhension. Il me semblait que l’entrée des villes était libre le jour.
À cet instant, le capitaine émergea du baraquement.
−Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda-t-il, furieux.
−Ce type refuse de donner son nom, capitaine !
−Eh bien, étranger ?
−Je ne recherche qu’un refuge face aux ténèbres approchant...
La physionomie du capitaine garda sa rigidité réglementaire et pourtant, l’espace d’un instant, sa mâchoire s’était crispée de surprise.
−Et d’où venez-vous au juste ?
−De partout et nulle part à la fois…
Le capitaine fixa l’inconnu quelques instants avant de lâcher :
−Dean, laisse-le passer !
−Euh, vous êtes sûr, capitaine ?
−À ton avis, crétin ?

Le voyageur dépassa les deux gardes abasourdis qui avaient du mal à mettre de l’ordre dans leurs idées. Au passage, il décocha un sourire condescendant au dénommé Dean avant de franchir la porte et de disparaître dans la cité.
Le capitaine, étrangement agité, s’apprêtait à tourner les talons quand le garde Dean l’interpela.
−Je ne saisis pas bien, capitaine.
−C’est une habitude chez toi.
−Pourquoi l’avoir laissé passer ? insista le planton déboussolé. Que faites-vous de la règle ? Vous ne l’avez même pas interrogé. Vous ignorez d’où il vient et pourquoi il…
−Dean, l’interrompit son supérieur sans même daigner se retourner, tu te souviens ce que je t’ai dit l’autre jour ? Au sujet de savoir parfois fermer ta gueule et détourner les yeux ?
−Il me semble que oui, capitaine.
−Eh bien, passe à la pratique à présent.
Et le capitaine pénétra dans le baraquement en laissant planer un ouragan d’interrogations dans la tête de son subordonné.

De l’autre côté des remparts, le voyageur déboucha sur l’artère centrale de la ville. La Sulfureuse, comme l’appelaient les gens du cru, plongeait au cœur de la cité depuis la porte de l’Ouest jusqu’à la place centrale où se concentraient le palais du gouverneur, les offices des notables et de l’administration, ainsi que le temple de la cité.
En réalité, le terme de double temple était une désignation plus correcte puisque Dhaydrill n’avait pas été fichu de décider quelle divinité, de Goibhnui ou Skadi, la protégerait. D’après les rumeurs qui circulaient, les instances religieuses de la ville avaient renoncé à trancher lorsque les débats s’étaient conclus par un charnier.

La masse qui dominait les toitures fit d’un seul coup remonter un flux de souvenirs et d’émotions contradictoires dans l’esprit du voyageur. Cela faisait si longtemps depuis sa dernière fois à Dhaydrill et, à observer la frénésie de la Sulfureuse, certaines choses n’avaient pas vraiment changé en ville.
Le long de la rue s’alignaient toujours les enseignes des débits d’alcool, des maisons de plaisir et de jeux. Déjà, une foule croissante de travailleurs, de bourgeois et de curieux affluait sur les pavés au fur et à mesure que le soleil disparaissait derrière les hautes murailles.
Sous peu, certains de ces établissements résonneraient des liturgies des ivrognes, des bagarres entre excités ou empesteraient l’alcool et le sexe. Voire tout cela à la fois.
Cependant, malgré tous ces bons souvenirs, l’inconnu n’était pas là pour se replonger dans son passé. On lui avait fixé un rendez-vous et il était hors de question pour lui de se faire espérer. Il détestait autant attendre que de se faire attendre.

Remontant la Sulfureuse, il repéra la fontaine ornée des vagues de l’océan. Sur la droite, une rue s’enfonçait droit dans les quartiers modestes des artisans et des spéculateurs.
Les murs en pierres nues et les colombages reflétaient les situations modestes de la population habitant cette partie de la ville. À plusieurs mètres au-dessus du sol, du linge finissait de sécher, des paniers oscillaient d’une fenêtre à l’autre, des femmes s’interpellaient bruyamment avec leur accent nasal si caractéristique.
Un gigantesque frêne se dressait au milieu de la seconde intersection. Autour de sa base était lovée et enroulée une sculpture en bois monstrueuse. À la fois serpent et dragon, ses griffes mordaient le tronc et son corps sinueux, parfaitement détaillé, enserrait le tronc vénérable depuis sa queue grosse comme deux bras de forgeron, jusqu’à sa gueule grande ouverte dressée vers la cime. Seule lui manquait la voix pour cracher ses insultes venimeuses.
Bien que parcouru d’un frisson soudain, le voyageur s’arrêta quelques instants afin de contempler l’arbre de Nidhogg. Et lorsque ses yeux remontèrent sur le tronc, il aperçut une boule rousse. Un écureuil, tête en bas, était agrippé à l’écorce. Les pupilles orange du rongeur croisèrent celles de l’homme et le petit animal remonta fébrilement vers la cime du frêne.
Le voyageur sourit. Il ne croyait plus aux symboles depuis bien longtemps. Il repartit par la gauche et remonta une rue pavée sur une centaine de mètres avant de se trouver devant plusieurs façades de bois et de chaume.
Sur la seconde, il aperçut les deux statues de nymphes surgissant des flots. D’un seul coup d’œil, il repéra le passage voûté sur la droite du bâtiment et s’y engagea.

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MessageSujet: Re: Les Cinq Talismans   Jeu 19 Mar 2015 - 2:38

La suite

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De l'autre côté, le voyageur déboucha sur une grande cour encadrée sur trois côtés par une façade où s'alignaient les commerces les plus divers. L’extrémité de l’ensemble s'ouvrait sur une zone boisée dans lequel s’enfonçaient quelques sentiers de terre.
L’heure n’empêchait pas quelques boutiquiers de continuer à s’égosiller sur la fraîcheur de leurs produits ou la qualité de leur travail. Devant son échoppe, un cordonnier refixait les lanières de cuir des sandales d’un client tout en échangeant quelques mots. Depuis une lucarne, la tête d’une fillette apparue pour interpeler son père en contrebas. Le cordonnier fit un signe de la main sans lâcher des yeux son travail.
Accoudés à un comptoir de bois, plusieurs individus échangeaient nouvelles et conseils tout en sirotant vin, bière ou cidre. Certains, le visage plus rouge et les yeux plus vagues, devaient pratiquer la philosophie de taverne depuis de longues heures.
Un peu partout dans la cour, des enfants, probablement ceux des artisans, jouaient dans la poussière. Les garçons couraient en échangeant parfois quelques coups sous le regard condescendant de plusieurs fillettes occupées avec leurs poupées.
Cette agitation frénétique résonnait en écho aux pensées vagabondes du voyageur : les images, les sons et les odeurs d’une période heureuse. S’arrachant à ses souvenirs, il fendit les groupes et longea le corps de bâtiment.

Sur la façade gauche, il repéra rapidement l'enseigne qu’on lui avait indiquée. En-dessous, trois petites marches permettaient d'accéder à une échoppe d'où résonnaient les coups du burin contre la pierre.
La pièce où l'inconnu pénétra était moyennement haute de plafond. Deux petites ouvertures circulaires permettaient d'éclairer l'intérieur d'une lumière diffuse. Dans l’air planait la poussière inhérente à l’activité d’un atelier de taille et de sculpture.
Le long des murs s'alignaient une centaine de personnages ou d’animaux en pierre qui attendaient selon toute vraisemblance d'être livrées ou vendues.
Entre les rangées de sculptures, un ouvrier était obnubilé par inspection de certaines pièces entreposées.
−Excusez-moi, l'ami. Je viens prendre livraison d’une commande pour mon Maître.
−Bien entendu. De quoi s'agit-il ?
−Une représentation en basalte des trois Ondines.
−Tu dois faire erreur, mon gars, répliqua l'ouvrier en fronçant les sourcils. Aucune sculpture n'est faite dans un tel matériau.
−La commande est pour le Iarl Ulfrid Eriksson de Hlogaard. Faites-en part à Maitre Johans, il s’est chargé de l’affaire.
L'ouvrier fit la moue, jaugeant du regard son vis-à-vis, avant de s'éloigner par un passage latéral au fond de l'entrepôt.
Seul au milieu des êtres de pierre, le voyageur retourna près de l’entrée afin de se soustraire à l’air poussiéreux.
Doucement, les premiers signes d’obscurité envahissaient la cour. Un peu partout, on commençait à allumer des flambeaux qui projetaient des ombres dansantes sur les murs.
Dans le ciel, le disque pâle de la Lune se devinait annonçant l’engloutissement prochain des ruelles de la cité dans la nuit.
Les yeux du voyageur s’attardaient sur les visages et les attitudes des individus déambulant dans la fraicheur de la soirée. Il était probable que sa venue ait déjà été éventée. Il était même possible qu’un Fureteur l’ait déjà repéré.
Une petite fille passa en lui décochant un large sourire. Quelque chose brillait dans son regard. Une lueur vaguement jaunâtre se reflétait autour de sa pupille fendue verticalement. Un clignement d’œil et les iris avaient retrouvé une teinte verte. La gamine continuait de sourire, et pourtant une sensation de froideur se dégageait de toute sa personne.
Un peu plus loin, un homme était adossé au comptoir du débit de boisson. Il sirotait nonchalamment sa boisson en laissant vaquer son regard entre ses paupières étrécies. Dans le mouvement, son regard rencontra celui du voyageur et le fixa. Lentement, un implacable vertige s’empara de ce dernier lui nouant le ventre. Les trois petites marches prenaient l’aspect d’un escalier à flanc de montagne. Une sensation glacée s’enroulait, telle un serpent, autour de sa moelle.
Détournant son attention vers l’intérieur de l’entrepôt, l’inconnu remarqua soudain la longue rangée d'objets accrochés sur le mur à gauche de la porte. Au milieu de la collection hétéroclite, le regard du jeune homme se posa sur une étrange masse à manche court de forme archaïque. Le genre d’objet capable de foudroyer l’existence d’un homme avec autant de promptitude que les feux du ciel.

−Magnifique et intriguant à la fois, n’est-ce pas ?
La voix avait résonné dans la pièce comme dans une caverne. Un homme venait de pénétrer dans l’entrepôt. A première vue, il devait avoir une quarantaine d’années. Ses vêtements étaient assez élaborés pour indiquer une personne socialement élevée sans pour autant détonner dans l’atelier d'un Maître sculpteur. Somme toute, un bourgeois propriétaire d'un commerce et venu inspecter les comptes avec le contremaître.
−On m'a dit que vous aviez une commande très particulière pour votre maître, demanda l’homme.
−Une composition en basalte pour le Iarl de Hlogaard à destination du Grand Temple d’Odin.
−En effet, votre maître projetait de se rendre dans les Terres Sauvages, n’est-ce-pas ?
−En réponse à l’appel du Conseil des Quinze contre les tribus nomades, acquiesça le voyageur. Par une offrande, il espère attirer l’attention de l’ombrageux père des Dieux… Et réserver son siège au Valhöll si besoin était.
−À moins qu'il ne soit choisi par Freyja...
−Je doute qu’il songe même à cette possibilité...
Le bourgeois jaugea son interlocuteur d'un air suspicieux, les yeux plissés. Il le détaillait comme s’il tentait de distinguer ses pensées.
−Je présume que vous êtes envoyé par le Cercle Sombre, déclara t’il enfin. Montrez-moi votre marque !
−Je vous demande pardon ?
−Vu la nature de notre rencontre, vous conviendrez que certaines précautions s’imposent.
Le voyageur dévisagea un instant son interlocuteur avant de lâcher un soupir. Il releva sa manche gauche jusqu’au-dessus de son coude afin de révéler un étrange tatouage aux formes arrondies et entrelacées.
−Rassuré ? demanda-t-il hargneusement.
−Je m'en contenterai. Quel est votre nom ?
−Assassin…
−Je m'attendais à quelque chose d'un peu moins prosaïque, fit remarquer le bourgeois.
−Seuls mes frères usent de mon nom… Et jamais aussi près du Latium. Comme vous le disiez : vu la nature de notre échanges, certaines précautions s'imposent.
−A votre guise… Que savez-vous de notre affaire ?
−Pas grand-chose, je l'admets. Vous avez quelques relations conflictuelles d’après ce que j’ai compris.
−Si on veut, répondit le bourgeois. Mais, préservons-nous des oreilles indiscrètes, et il y en a beaucoup dans les murs de notre cité.
Et dans ton cas, certaines dont tu ne soupçonnes même pas l’existence, songea l’assassin.
Son commanditaire l'invita du regard à le suivre hors de la pièce. S'apprêtant à tourner les talons, l'assassin ne put s'empêcher de jeter un dernier coup d’œil à l'étrange arme fixée au mur.
−Le propriétaire affirme qu'il s'agit d'une antique relique, précisa son interlocuteur. Une arme ancienne forgée, selon le mythe, par les Nains et qui pouvait faire rugir le ciel.
−Fascinant… Si on accorde le moindre crédit aux légendes anciennes.
−N’est-ce pas votre cas ?
−Le Schisme m’a désintéressé de ces questions-là, répliqua l’assassin. A présent, je ne vénère qu’une seule chose, ajouta-t-il en se frottant le pouce et l’index.
−Je vois...

Les deux hommes empruntèrent un long escalier en bois qui les conduisit dans un petit bureau avec vue sur l'entrepôt.
−Un remontant ?
−Sans façon, Ser. Dites, je m'étonne, si ce lieu ne vous appartient pas, n'est-ce pas un peu dangereux de s'y rencontrer ?
−Pas vraiment. Disons que le propriétaire avait bêtement contracté une forte dette envers un de mes amis. Je lui ai promis d’effacer son dû en échange de la location ponctuelle de son établissement.
−À titre gracieux, je suppose ?
−Que voulez-vous, répliqua le bourgeois en contemplant le fond de son verre, la perspective de rempierrer des routes lui a vraisemblablement déplu.
−Je vois. Cependant, le petit bosquet à côté aurait limité le nombre de témoins de notre rencontre, non ?
−Malgré les apparences, on ne peut être sûr d’y être parfaitement seul après la tombée de la nuit. Les rencontres qui s’y déroulent sont de nature… Légères.
−Dommage, regretta l'assassin, car sinon seuls les corbeaux auraient pu surprendre notre échange.
−Quelle que soit votre opinion, je pense qu'il est grand temps de passer à l’affaire qui nous concerne.
En effet, mon vieux, plus que temps…
−Vos Grands-Maîtres vous ont succinctement résumé la situation. Les relations conflictuelles que vous évoquiez nous opposent, moi et certains de mes amis, à un groupe de notables de la ville.
−Des concurrents politiques gênants ?
−Si seulement. Il y a plusieurs mois, un cercle de réflexion s’est formé afin de débattre de sujets aussi variés que d’opportunités économiques, des projets de réglementations présentés au gouverneur ou encore d’un jugement rendu.
−En somme, rien de bien extraordinaire pour ce genre d’assemblée, commenta l'assassin.
−Effectivement, et l’avis général était écouté d’autant que plusieurs figures influentes de la cité participaient régulièrement aux débats. Le ton était parfois critique envers le Conseil Urbain, mais sans outrance. Et puis, brusquement, tout a radicalement changé.
−Mais encore ? demanda l’assassin.
−Un individu du nom d’Eliwys est apparu en ville. D’après ses dires, il descendait d’une famille influente de la côté est du royaume, mais personne n’avait entendu parler de son nom auparavant. Il semblait juste surgir de nulle part.
−Ce gars s’est vraisemblablement forgé un passé. Et alors, la belle affaire !
−J’aurais réagi de la même manière si, à force de conseils et de placements, il ne s’était de plus en plus immiscer dans les affaires commerciales et économiques de la cité. Son influence a lentement grossie jusqu’à peser très lourdement dans plusieurs secteurs clés. Enfin, il a réussi à intégrer le cercle de réflexion dont je vous parlais.
−Voilà un adversaire plus que redoutable.
−Et ce n’est pas peu dire. Son aura était telle qu’il a même réussi à en prendre le contrôle. Une chape de mystère s'est soudainement abattue sur les rencontres qui sont organisées. Mais le plus inquiétant reste le fanatisme quasi aveugle qu'il a réussi à générer.
Ainsi donc, nos craintes étaient fondées.
−Dites-moi concrètement quelles sont vos craintes.
−Sous son impulsion, plusieurs membres connus du groupe se sont positionnés à des fonctions clés dans l'administration, le conseil urbain et d'autres instances de la cité. En manœuvrant bien, et en temps voulu, ils peuvent en prendre le contrôle total.
J'imagine que cette perspective te parait inquiétante, mais crois-moi, sous peu cela pourrait t’apparaitre comme un bien moindre mal...
−Et que fait votre gouverneur ?
−C'est un vieillard au crépuscule de sa vie. Lorsqu'il mourra, la règle veut que le chef du conseil urbain assure ses fonctions en attendant que le roi désigne un nouveau gouverneur.
−Ce qui placera quelqu’un capable de régler votre problème, non ?
−En théorie. Sauf qu’il est d’usage de désigner une personne influente de la cité afin d’en assurer la stabilité.
−Je vois… Donc, vous souhaitez que je m’occupe de cet Eliwys avant qu’il ne puisse agir.
−Pas exactement. Si vous l'éliminiez, les dieux seuls savent comment réagiront ses partisans. Nous voulons en fait que vous soutiriez des informations.
−Un psychomancien vous serait plus utile qu’un assassin dans ce cas, non ?
−Disons que quelqu’un à l’aise avec une arme nous paraît plus approprié, renchérit le bourgeois. Pour délier les langues entre autres. Nous comprenons-nous ?
−Mouais, on ne peut mieux... Besoin de certaines informations en particulier ?
−Tout ce que vous pourrez tirer de votre victime, dit le bourgeois. Nous savons qu'ils se réunissent ce soir quelque part dans l'Allée de Ratatosk, non loin de la Sulfureuse. Cherchez la rune de Mímir : c’est leur signe de reconnaissance.
−Un souhait concernant l'informateur ?
−Les morts ne racontent pas ce qui leur est arrivé.
−Compris, acquiesça l'assassin. Et pour la suite ?
−L'auberge du Taureau Blanc sur la Sulfureuse. Un des nôtres vous y attendra… Avec votre rétribution.
−Comment le reconnaitrai-je ?
−C’est lui qui viendra à vous… Cette tâche est d'une grande importance pour nous. Réussissez et notre gratitude vous sera acquise.
−Pour ce que j’en ai à foutre. Que votre gars ait mon argent et on sera en règle. Maintenant, s’il n’y a rien d’autre à ajouter, j'ai quelques préparations à effectuer avant qu'on ne distingue plus rien.

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MessageSujet: Re: Les Cinq Talismans   Mar 31 Mar 2015 - 14:28

Voici venir le Chapitre 2 - partie 1
Bonne lecture

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-ORGOS-
-Forteresse d’Imar, Lothorïa-




Majestueuse et imperturbable, la monumentale chaîne montagneuse se jetait à l’assaut du ciel de toute sa masse rocailleuse.
Au fil des siècles, ses parois vertigineuses et ses sommets perdus dans le brouillard avaient alimenté une foule de légendes, d’anecdotes et de fantasmes aussi variés que peut l’être l’imagination des vivants.
Les grottes avaient tour à tour servi de refuge aux Griffons némésiens, aux Trolls carnivores, et même à des esprits féminins détournant les voyageurs de leur route pour s’en nourrir.

Mais le récit le plus connu qui entourait ces montagnes évoquait un Dragon qui, un jour, captura une jeune paysanne pour son amusement.
Mais devant la beauté de la jeune fille, son cœur de pierre fut touché et il tomba désespérément amoureux de l’Humaine.
Refusant de la laisser partir, le Dragon conduisit la paysanne dans sa grotte située sur un des à-pics de la montagne. Là, il tenta de montrer ses sentiments à la jeune fille, mais son aspect reptilien terrorisait plus qu’autre chose sa captive.
Pensant surmonter cet obstacle, le Dragon se changea en un fringant homme tel que l’imaginait la belle paysanne. Mais, là encore, ses yeux et son corps reflétaient toujours sa nature profonde.
Alors, le cœur déchiré et ne pouvant se résoudre à la laisser partir, il laissa l’Humaine dans la grotte.
Jour après jour, il se postait près de l’entrée de la grotte et écoutait la paysanne chanter face à l’horizon. Chaque nuit, il déposait des provisions et un cadeau qu’il avait trouvé ou fabriqué pour l’élue de son cœur.
Comprenant finalement qu’il ne pouvait se cacher derrière une apparence trompeuse, le Dragon retourna vers la jeune fille sous son apparence véritable.
Arrivé dans la grotte, il fléchit les pattes, baissa la tête jusqu’au sol et exprima ses sentiments dans la langue de la paysanne.
Touchée, la jeune femme accepta la compagnie du Dragon à condition que ce dernier adopte sa forme humaine et non reptilienne. En contrepartie, il dut se résoudre à oublier son amour impossible.
Les années passèrent dans un bonheur grandissant. Le Dragon devenait de plus en plus humain, et la paysanne commençait à entrevoir la nature profonde de son beau et ténébreux compagnon.
Malheureusement, un jour, le Dragon rentra à la grotte couvert de sang. Il était mourant.
Sa tête écailleuse sur les genoux de sa compagne, il pleura sur son amour étouffé et, dans un dernier soupir, deux grosses larmes perlèrent de ses yeux jaunes et prirent la forme de deux cœurs rouges qui semblaient vibrer à l’unisson.
Enfin atteint par l’amour impossible de son monstrueux soupirant, elle laissa éclater sa peine et son cri résonna dans toute la montagne.
Décidée à honorer, de manière tardive mais sincère, son compagnon, la femme préleva les crocs du Dragon et les amena en différents points de la montagne.
Là, les dents se mirent à pousser et de nouveaux sommets pointus partirent à l’assaut du ciel en hommage à la bête qui avait aimé l’Humaine.
Et depuis ce jour, ce lieu fut connu sous le nom des Dents du Dragon.

*****

Depuis la grande plaine de la Lothorïa, la route des caravanes serpentait à l’assaut des passages menant vers les royaumes du sud.
Par n’importe quelle saison, les charretiers et leurs attelages bravaient les bêtes sauvages, le blizzard et les pillards pour franchir les cols en direction des territoires frontaliers, des enclaves des Nains ou des Cités Libres.
La rudesse de l’ascension mettait à l’épreuve hommes et bêtes maintenant ouverte cette route directe et engloutissait bien souvent des convois entiers.
Mais pour ceux qui passaient, la récompense était à la hauteur de l’épreuve. A leur retour, leurs chariots étaient remplis des étoffes, joailleries, épices et œuvres d’art dont raffolaient les cours et les maisons bourgeoises des royaumes du nord.

Quelque part à mi-ascension, la route des caravanes bifurquait vers l’est pour emprunter une longue route qui s’accrochait au flanc de la muraille rocheuse.
Au bout d’une dizaine de lieues, la route s’engageait dans une longue gorge étroite et profonde perçant à travers la montagne.
De l’autre côté s’étalait le vaste plateau de LuneSoeur qui se nichait tel une alcôve à ciel ouvert dans le flanc de la montagne. La vue sans fin sur la grande plaine en contrebas était tout simplement à couper le souffle lorsque le soleil se levait par-dessus l’horizon.
C’était cet isolement et ce calme qui avait conduit à l’édification, six siècles auparavant, de la Forteresse de l’Ordre Imarien.
Nichée au creux du plateau, l’édifice se dressait comme un roc millénaire dans le silence solennel et monotone de l’altitude.

La Forteresse n’était pas un de ces édifices de pierres aux formes grossières et mal-équarries comme il en pullulait tellement à travers le continent.
C’était plutôt une succession de corps de bâtiments de hauteurs variables constituant une forme géométrique à cinq pointes autour d’un parc forestier intérieur.
Les façades étaient agrémentées de colonnades élancées, rehaussées d’éléments architecturaux alternants des figures abstraites avec des allégories mythiques.
On prétendait que la Forteresse ne dormait jamais, et à voir une lumière qui brillaient toujours derrière les carreaux d’une des grandes fenêtres de l’édifice, il était aisé de constater que la rumeur était fondée.
Cependant, lorsque la nuit tombait sur la montagne, si les salles de réunion et de recherche restaient occupées, les couloirs étaient envahis par le silence et l’obscurité.

−Excusez-moi, Maitre Orgos ?
La voix avait semblé résonner dans la salle.
Le jeune homme détourna les yeux de la fenêtre pour croiser le regard d’une dizaine de visages juvéniles.
Une fois encore, il avait laissé ses pensées vagabonder et en avait oublié les étudiants qui lui faisaient face. Et à voir leur expression, l’un d’eux attendait une hypothétique réponse.
−Vous aviez une question ?
−Non, Maitre, mais j’ai la réponse à la vôtre : neuf mondes sur trois niveaux.
−Ah oui ! se rappela Orgos. La structure de l’Arbre-Monde. C’est correct : neuf mondes sur trois plans avec le nôtre, Midgard, au milieu.
Constatant que le ciel à l’extérieur se teintait d’orange, l’Imarien supposa que son supplice arrivé à son terme.
Ouvrant la paume gauche, il jeta un coup d’œil à la clepsydre manaïque qui diffusait une douce lueur bleutée. Bien malgré lui, Orgos ne put s’empêcher d’esquisser un sourire furtif.
−Très bien, messieurs, ce sera tout pour cette fois. Je vous souhaite une bonne soirée et vous invite à rejoindre la salle commune... Sans détour hasardeux, cela va sans dire.

Avec un signe de tête, la dizaine d’Apprentis saluèrent leur maitre et quittèrent rapidement la salle.
Le silence revenu, Orgos se tourna à nouveau vers la fenêtre. De sombres nuages s’accumulaient dans le lointain, la Lothorïa et les provinces de l’est allaient encore devoir essuyer de violents orages. Très inhabituel pour la région.
Vu d’aussi loin, le spectacle avait quelque chose de majestueux avec le déroulement lent des volutes cotonneux. Mais, le jeune homme que la réalité était autrement plus sinistre.
Depuis trois jours, des trombes d’eau et des orages meurtriers s’abattaient sur les plaines fertiles de la Lothorïa et des zones frontalières. Orgos savait que des villages avaient été dévastés par le feu, l’eau ou la boue. Sous la force combinée des éléments, les masures de bois et de torchis des paysans avaient fortement souffert. A croire que seul le vent avait décidé de laisser quelque chose debout après son passage.
Son rang avait permis à Orgos de prendre connaissance de certains messages faisant état de populations miséreuses, de champs incultivables, de charniers à l’air libre, de menace de famine, et d’épidémies galopantes.
Cependant, aussi terrifiantes que puissent être ces missives, elles semblaient flotter au milieu d’un torrent de mauvaises nouvelles.

Décrochant son regard de la fenêtre, l’Imarien sortit dans le couloir qui traversait de part en part l’aile réservée aux Apprentis.
Avec le soir approchant, la plupart des salles étaient désertes et un étrange silence pesait sous les arcades de pierre.
Dans l’air planait une odeur bien connue d’Orgos. Une odeur familière et légèrement désagréable, en fait les effluves s’échappant des salles d’expérimentation. Mélange des démonstrations des enseignants, maladresses des élèves et expérimentations approximatives de têtes brûlées que seule la nuit aurait le temps de dissiper.
Orgos détestait cette atmosphère. Il détestait que ces vieilles pierres le renvoient à l’époque où lui-même était un apprenti. Il détestait cette sensation de régression. Et par-dessus tout, il détestait son rôle d’instructeur.
Malheureusement, en accédant au rang d’Arcaniste, Orgos avait également hérité de la mission d’instruire les futures générations d’Imariens.

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Dernière édition par Niko le Jeu 23 Avr 2015 - 11:49, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Les Cinq Talismans   Jeu 23 Avr 2015 - 11:48

La suite du chapitre II - partie 2.

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En bordure du parc intérieur, il emprunta la promenade couverte et s’engouffra dans un grand bâtiment aux colonnades extérieures impressionnantes.
Il pénétra dans un vaste hall circulaire culminant à plusieurs dizaines de mètres de haut. Une mosaïque s’étalait sur le sol pour représenter une multitude de personnages tourbillonnant au milieu du feu et de la glace dans une allégorie à la sybillique signification.
Au plafond, la structure en ogive était décorée de gigantesques figures légendaires qui semblaient plonger vers le centre de la pièce.
Quelques étudiants retardataires se hâtaient de gravir l’escalier central qui menait à la salle commune tout en échangeant des commentaires acerbes.
Orgos traversa rapidement la pièce et s’engouffra dans un couloir éclairé à intervalles réguliers par de lourds plafonniers en fer. Après quelques pas, une douce odeur vint lui caresser les narines.
La senteur du parchemin et du cuir qui se mêlait à un zeste de poussière en suspens et aux arômes du bois travaillant. En fait, la même fragrance se répétait avec de subtiles nuances.
A cette odeur, l’Imarien sentit comme toujours une sorte de calme et de sérénité  l’envahir. Loin du tumulte et de l’excitation des salles d’expérimentation et du Conseil, la bibliothèque de la Forteresse était un véritable havre de paix. Avec recul et concentration, Orgos trouvait, en ces lieux, la tranquillité pour réfléchir et méditer.

La salle se présentait sous la forme d’une longue allée centrale de chaque côté de laquelle s’étiraient de monumentale étagères croulant d’ouvrages.
Au centre de la pièce, une large coupole de verre laissait entrer la lumière qui était ensuite diffusée, puis canalisée vers une multitude d’emplacements à l’aide d’une série d’optiques.
Des zones de travail étaient plus intensément éclairées, tandis que les rayonnages disposaient d’une lumière plus capitonnée afin de préserver les précieux ouvrages qui y reposaient.
Un peu partout, un fourmillement de petits créatures au corps effilés et duveteux pépiaient entre les étagères afin d’éviter que l’immense connaissance accumulée par l’Ordre au fil des siècles ne se transforme en chaos généralisé. Elles semblaient constamment animées d’un mouvement rapide et saccadé tandis qu’elles parcouraient un rayonnage, replaçaient un ouvrage, descendaient au sol, et disparaissaient au fond de l’allée en s’aidant de leurs bras et jambes.
En fait, à l’exception de ce gazouillis ténu, un silence quasi tombal régnait dans la bibliothèque.

Orgos ne s’attendait pas vraiment à croiser beaucoup de monde en ces lieux pour être parfaitement honnête. La quasi-totalité des occupants de la Forteresse étant attablés dans la salle commune, il ne restait que quelques Maitres trop allergiques aux livres.
Le jeune Imarien se mis à parcourir les rayonnages d’un pas rapide. Il recherchait un ouvrage en particulier, un gros volume à la couverture de cuir verte qui s’intitulait La Prophétie de la Voyante.
Depuis quelques temps, il s’intéressait à ce long poème épique où étaient compilés les faits et légendes des peuplades qui occupaient les terres hyperboréales sept siècles auparavant.
Au fil des péripéties, imaginaires ou embellies, étaient narrés les exploits de guerriers sans peur, de dieux impitoyables et de navigateurs intrépides. Des lieux aussi enchanteurs que terrifiants défilaient au détour des rencontres avec des monstres gigantesques ou des esprits à la fois bienveillants qu’espiègles.
C’était un monde riche et fascinant qui s’ouvrait au fil de la lecture pour Orgos. Une fenêtre vers l’une des plus anciennes civilisations du continent, parmi les premiers colonisateurs arrivés par la mer.

Orgos arriva enfin au niveau du rayonnage qui l’intéressait. Son doigt parcouru machinalement les reliures jusqu’à l’emplacement du gros volume. Pour ne trouver qu’un espace vide.
Intrigué, le jeune homme jeta un coup d’œil aux ouvrages disposés de part et d’autres afin de s’assurer de ne pas s’être trompé d’étagère.
−Tu ne t’es pas trompé, si telle est ton inquiétude, résonna soudain une voix dans son dos, le texte que tu cherches est normalement rangé à cet emplacement.
Un petit homme à l’allure replète s’avança alors dans une tache de lumière. Ses cheveux gris peinaient à masquer une calvitie naissante. Sa physionomie reflétait un certain empâtement que le passage des ans n’avait pas dû arranger.
Tandis qu’il avançait, son regard était animé d’un mouvement perpétuel comme s’il cherchait à en contrôler chaque élément, et bien que le petit bonhomme semblait de nature grincheuse, Orgos savait que l’Archiviste, la mémoire de l’Ordre, avait toujours plaisir à faire découvrir les merveilles de la bibliothèque aux Apprentis.
En fait, tout dans la personne de l’arrivant reflétait l’ancien professeur. L’instructeur à présent trop vieux pour parcourir les routes du continent avec un disciple à la remorque. Le rôle d’Archiviste permettait alors de le récompenser de ses années au service de l’Ordre tout en lui permettant de continuer à dispenser son savoir.
Le vieil homme avait en mémoire tous les manuscrits de son antre, connaissait leur disposition et était pratiquement capable d’en citer plusieurs passages sans effort.
−Je commençais à croire que je ne te verrais pas ce soir, poursuivit l’Archiviste. As-tu été retenu quelque part ?
−Uniquement par des Apprentis trop zélés, répondit Orgos en fronçant les sourcils. Mais toi, tu as l’air préoccupé. Y aurait-il un problème dont je devrais avoir connaissance ? Avec le livre par exemple ?
−A vrai dire, j’en sais rien. J’ai remarqué que plusieurs personnes semblaient lui porter un intérêt inhabituel. Puis, ton amie l’Elfe est passée, elle semblait te chercher avec insistance. Alors, j’ai préféré retiré le livre de son emplacement.
−Voilà qui est intrigant… Que crains-tu ?
−Tu es jeune, Orgos, et je peux te sembler être un vieux fou, mais je sens que quelque chose d’anormal gangrène les cœurs et les têtes. Certains regards ou parole sont lourds dans les oreilles de la vieille carcasse que je suis.
−Je suppose que les dernières missives du Garthay ont mis beaucoup de monde sur les nerfs. Particulièrement au Conseil. Je ne pense pas qu’il faille y voir un mal superflu.
−Que les Célestes t’entendent, maugréa l’Archiviste.

Orgos resta quelques instants silencieux face à son interlocuteur. Il intégrer rapidement ce qu’il venait d’entendre sans vraiment savoir comment réagir.
−Le livre est à l’abri ? finit-il par demander.
−Sous clef dans mon cabinet. Viens avec moi, je vais te le remettre.
Les deux Imariens entreprirent alors de remonter les rayonnages jusqu’au fond de la salle. Le cabinet personnel de l’Archiviste se trouvait derrière un petit renfoncement pratiqué dans le mur. Protégé par un verrouillage répondant à l’énergie du titulaire du poste, sa porte en était quasiment inviolable.
L’intérieur de l’étude était baigné d’une lumière filtrant au travers de persiennes et la parfaite représentation du chaos. Des piles de livres et de parchemins s’entassaient dans tous les recoins, sur les tables basses ou entre deux chaises.
Au milieu de ce fatras de textes et de dessins, de nombreux objets de métal et de bois s’hérissaient dans toutes les directions comme s’ils étaient simplement tombés du ciel.
−Tu lis combien de livres en ce moment ? demanda Orgos avec un sourire malicieux.
−Quatre. Lorsque je parviens à trouver un peu de temps pour pouvoir m’asseoir dans mon fauteuil. Les journées sont souvent trop courtes pour tout faire.
−C’est ce qui t’empêche de mettre un peu d’ordre dans ce désordre ?
−Ce désordre, comme tu l’appelles, est ordonné de manière cohérente, fonctionnelle et logique. Ce n’est pas la quantité d’objets qui est trop importante, c’est ce cabinet qui est trop petit.
−Et pourtant, tu n’as toujours pas trouvé mon livre, fit remarquer Orgos d’un air innocent. Aurais-tu besoin d’un coup de main pour déblayer ?
L’Archiviste lança au jeune Imarien un regard noir et glacial. Sa main sembla plonger au milieu d’un amas de bric-à-brac et en ressortit un gros volume relié de cuir vert. Sur la tranche, une suite de pictogrammes formait le mot La Prophétie de la Voyante.
−Le voilà ton fichu livre, jeune insolent ! Je ne comprendrai jamais ce que tu peux lui trouver d’intéressant, ajouta l’Archiviste après un instant de réflexion.
−Les vieux textes, telles les vieilles pierres pour d’autres, sont les réceptacles de ceux qui nous ont précédés. En les lisant, on peut se prendre à imaginer qui ils étaient.
−Juste des rêves, Orgos, tu le sais ? Sans eux, tu aurais déjà été élevé au rang de Maitre.
−Je doute que ce soit de simples rêves qui aient attiré l’attention sur ce livre, répliqua son interlocuteur. Nhyaku pourra sans doute m’éclairer sur la question.
−Cette Elfe ! renifla l’Archiviste. Comment peux-tu lui faire confiance ?
Mais Orgos avait déjà tourné les talons.

Le vieil homme le regarda s’éloigner depuis l’atmosphère tamisée de son cabinet.
Il reconnaissait les qualités du jeune Imarien, mais regrettait que ce dernier soit plus têtu qu’un bourriquet. Son obstination à fréquenter une sorcière elfique ne pouvait que lui attirer des ennuis.
Avec un soupir de résignation, l’Archiviste referma sa porte et tourna la clef dans la serrure.

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