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 Le Tertre [Roman]

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Triton
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MessageSujet: Le Tertre [Roman]   Ven 6 Mar 2015 - 10:12

Je me lance Smile

Voici l'incipit présumé de mon projet de roman, Le tertre.


Extrait 1 : INCIPIT

L’obscurité semblait avoir complètement englouti le paysage qu’il avait laissé derrière lui en pénétrant dans la faille. Il avait presque fini de s’extirper de la masse rocheuse qui lui avait servi de refuge pour la nuit. Son corps lui faisait mal. Il parvint à s’accrocher à une racine et, du bout des doigts, se hissa sur le sol.
A bout de force, il s’étala dans la poussière et roula sur le dos. Un long râle étouffé s’échappa d’entre ses lèvres. Il s’en était sorti, et indemne de toute évidence. Encore sous le choc, il se redressa et à l’aveuglette, vérifia machinalement qu’il était entier. Le moindre mouvement lui imposait une douleur telle que des larmes commençaient à rouler sur ses joues. Combien de temps avait-il avant de devoir y retourner ? A chaque fois il redescendait, la peur au ventre, et à chaque fois, il remontait, inlassablement. Il n’avait pas le choix, il devait se faufiler à travers les mailles du filet, comme un étrange poisson blessé.

Cela faisait déjà plusieurs jours que son calvaire avait commencé et il avait de plus en plus de mal à trouver de quoi survivre à la surface, mais il n’avait pas le choix. Sa faille protectrice, angoissante tanière, était aussi stérile que le cratère d’un volcan actif. S’il voulait survivre, il devait se hâter de dévorer quelques racines infâmes recouvertes de cendres avant de replonger sous le couvert des roches.

La situation semblait empirer, à croire que la vie cherchait à tout prix à s’échapper du moindre organisme encore vivant. Non, cette fois c’était sûr il ne trouverait rien. Pas un insecte, pas une goutte d’eau et pas même un peu de mousse à rogner sur un caillou. Tout était définitivement mort, mais au moins ses plaies ne s’infecteraient pas. Positiver. Comment pouvait-il encore positiver ? Cela ne pouvait signifier que deux choses. Soit il rêvait encore, soit ils ne l’avaient pas abandonné. Pourtant il aurait juré être éveillé, la douleur semblait tellement réelle… et cuisante. Il entreprit de se hisser sur ses jambes secouées de violents tremblements.
Quand il fut enfin debout, la dure réalité s’imposa à son esprit. Autour de lui, tout n’était plus que poussière et cendre. La forêt calcinée s’était vitrifiée et ces sculptures d’obsidienne dardaient à présent le ciel de leur forme ciselée. Il fut pris d’un profond vertige et ne put s’empêcher de vomir. Retombant sur les genoux, gisant dans sa propre bile, il laissa s’échapper un effroyable hurlement de désespoir. Cette fois, c’était sûr, ils n’étaient définitivement plus de son côté.

Les poings serrés, lacérés sur les graviers, le visage ruisselant de larmes poussiéreuses, de sang et de fluides gastriques, il releva sa tête vers le ciel d’un noir d’encre et hurla à nouveau de toute sa colère :
- Pourquoi ? J’ai toujours été loyal envers vous ! J’ai tout sacrifié, TOUT ! Et maintenant, qui va vous louer ? Les morts !
Il s’arrêta soudain, secoué d’un spasme. Il retomba sur le sol, le visage entre ses mains. Il pleurait encore, mais la fureur avait remplacé peu à peu la tristesse. Il se releva brusquement et lâcha :
- Je vous pisse dessus !
Son cri se perdit dans l’immensité du ciel, résonnant entre les pierres. Seul son écho et le son lugubre d’un vent léger et chaud lui répondit. Il cracha.

Le silence était absolu. Il avait survécu, mais c’était inutile. Il était seul à présent. Okh, Ahj et les autres étaient sûrement tombés et ses protecteurs étaient partis, trop lâches pour se mettre en danger. Il bouillonnait de colère. Par habitude, il tendit son bras droit en avant et serra le poing. Un liquide s’en écoula en un mince filet. Il se reprit aussitôt. Il n’utiliserait pas l’impulsion noire que les protecteurs lui avaient appris à maîtriser. C’était humiliant.

Soudain, le ciel fut illuminé par un flash d’une incroyable intensité. Scrutant le ciel, ses paupières n’avaient pas protégé la cornée de ses deux yeux, qui avait commencé à fondre sous la puissance de l’explosion de lumière. Quel idiot il faisait ! Trop occupé à laisser sa colère le submerger, il en avait oublié le danger qui le traquait. En un instant, il se jeta dans la crevasse tête la première et s’enfonça dans les profondeurs. Son corps heurtait chaque affleurement de roche dans sa chute. Les dents serrées, il se laissa tomber dans l’abysse comme un patin désarticulé pendant plusieurs dizaines de secondes qui lui parurent des heures. Il s’écrasa enfin sur un rocher, écorché vif.

Cette fois la douleur de ses os brisés à nu était insupportable. Il désirait mourir plus que tout au monde. Il savait avant de se jeter dans la faille qu’il n’y avait aucune chance qu’il périsse de la violence de la chute, et ce, quel que soit l’état de son corps après l’atterrissage. Vivant mais méconnaissable, il était pris au piège. Il était découvert, c’était certain, et dans quelques instants on allait lui faire cracher ses dernières gouttes de vie. A la surface, loin au-dessus, il entendit un sifflement suraigu de plus en plus fort. Il n’avait plus le choix. Sa carcasse sanguinolente qui gisait sur un rocher au plus profond de la faille se liquéfia, et dans un bruit sourd, elle disparut dans un halo plus noir et plus profond que la nuit. Quelques instants après, le tunnel fut envahi d’une lumière si intense qu’elle semblait engloutir la pierre. Un vacarme cataclysmique accompagnait la tempête qui s’était levée soudainement entre les parois rocheuses. Une voix puissante résonna alors, tonnant plus fort encore que le vent qui arrachait de gigantesques morceaux de roches :
- NOOOOOOOOOON !!!


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Dernière édition par Triton le Lun 9 Mar 2015 - 18:03, édité 2 fois
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Triton
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MessageSujet: Re: Le Tertre [Roman]   Ven 6 Mar 2015 - 10:51

Extrait 2 : Début du chapitre 1




« La puissance n’est rien sans le sacrifice, la mort n’est pas une fin en soi.
Le corps subit mais ne disparaît pas. La pensée immatérielle vit comme une onde sur l’eau, elle n’est que l’effet d’une cause primordiale.
L’œil s’ouvre et à jamais pourra voir ce qui doit être vu.
L’œil s’ouvre et alors tous, nous verrons. »
Tels sont les commandements de l’Oeil. Ceux qui s’imposent à tous ceux qui ont trouvé une main tendue pour les relever de la poussière de leurs os. Le néant absurde a laissé des traces sur leur peau et dans leurs cœurs, mais jamais l’œil ne cessera de scruter. C’est ce qu’on leur souffle, dès les premiers instants de leur initiation, dès leur première bouffée d’oxygène. L’œil est un élu et non le porteur d’un fardeau.
Aveugle clairvoyant, il est une bête, une arme au sein d’un tout qui ne sert que le rien du vide.






C’était un endroit calme et verdoyant. Le murmure de la brise entre les feuilles des arbres camouflait presque le clapotis incessant du ruisseau qui prenait naissance ici même, comme miraculeusement relâché d’entre les pores d’une vieille racine noircie. L’onde limpide avait cette teinte bleutée qui narguait le ciel de reflets scintillants. C’était une belle soirée, et le soleil couchant inondait la clairière d’une lueur d’or à nulle autre pareille. Le temps lui-même n’avait aucune prise sur la beauté immuable et ancestrale des lieux.  Des orchidées sauvages enchevêtrées de mousses épaisses recouvraient les troncs millénaires de l’orée du bois, formant un cratère vermoulu absolument impénétrable. Les trèfles et les blés dansaient joyeusement au vent et les insectes se gonflaient de pollens dans un ballet de voltige haut en couleurs.
Au centre de cette clairière trônait un étrange monolithe parfaitement lisse d’où émanait une brume voluptueuse. La pierre émeraude était subtilement nervurée et semblait appartenir à un univers inconnu. En son cœur, sous une épaisse couche minérale, on croyait pouvoir imaginer la silhouette d’une créature fantastique. Créature oubliée, emprisonnée ou encore endormie, nul n’aurait pu en supposer la nature car personne n’avait jamais été amené à sonder les profondeurs du cristal. Le Tertre, sommet du monde, n’avait jamais été foulé par un être humain. C’était la demeure d’un Dieu.

Sous les lumières changeantes du soleil au déclin, les oiseaux commençaient à se chercher une branche où passer la nuit et se laisser engloutir dans leurs songes brumeux. Le Tertre se faisait peu à peu silencieux, si bien que quand l’astre solaire disparut derrière la canopée, on n’entendait plus que le vent dans les feuilles des arbres. Les lieux étaient d’une tranquillité surnaturelle. Au loin, un hibou lâcha un hululement mélancolique qui résonna longtemps.

Soudain, le temps se figea et au pied de l’étrange monolithe semblait apparaître un minuscule globe d’un noir si intense qu’il engloutissait le peu de lumière qui restait du crépuscule. L’air semblait se déformer autour comme sous l’effet de la chaleur mais les lieux étaient peu à peu envahit d’une fraîcheur inattendue. Le globe noir était suspendu à quelques centimètres du sol recouvert de trèfles et grossissait rapidement. Sa surface d’aspect liquide paraissait retenir une légère brume argentée dans ses profondeurs. Quand elle atteignit la taille d’une grosse citrouille, la forme se mit à ruisseler d’un liquide visqueux et épais comme un goudron. Dans un halo plus noir et plus profond que la nuit, une silhouette sanguinolente apparut sur le sol et laissa exploser un gémissement à glacer le sang qui retentit entre les murs d’écorce moussue de la clairière. Alors, la forme noire disparut soudainement et la lumière crépusculaire refit scintiller comme à l’accoutumé la grande pierre émeraude. Les choses n’avaient absolument pas changé, comme si rien ne venait de se produire. Pourtant, Kuhj continuait à gémir, sans un mouvement. Baignant dans une flaque sombre, sans doute son propre sang, les douleurs de sa chute dans la crevasse lui irradiaient encore le corps. Sa peau n’était plus déchirée et aucune cicatrice ne venait ternir le grain parfait de sa peau. Il était nu et donnait le sentiment d’être venu au monde en cet instant. Il se mit sur les genoux, haletant, et commença à réinvestir son nouveau corps.
Kuhj était un être frêle et avait les os saillants. Il n’avait jamais appris à manier les armes, et ne s’était jamais battu avec les autres enfants de son âge. Même durant son adolescence, rien ne l’avait jamais poussé à développer sa musculature et il était resté trop maigre. Il déplia son dos osseux dont les vertèbres lui donnaient un air reptilien. Du bas de son cou jusqu’au coccyx, on distinguait nettement une fine bande continue de couleur sombre, seule marque visible sur ses chairs duveteuses. Il étira un à un chacun de ses muscles, comme un papillon faisant sécher ses ailes après s’être extirpé de sa chrysalide avant son premier envol. Patiemment, le visage fermé et silencieux, il réapprenait méticuleusement à se servir de son enveloppe charnelle.



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