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 Ophélie B

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Tairngire
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MessageSujet: Ophélie B   Ven 13 Mar 2015 - 13:23

Bonjour à tous

Ce texte est pour moi terminé ...3800 mots, 22400 SEC
c'est un peu long, du fantasteam avec un scénario coupé en trois parties

Ce que j'attend de vous c'est une critique (pas de correction, je n'ai pas l'intention d'y retoucher)
Mon souhait : avoir votre avis sur l'aspect qualitatif, mais également identifier les points faible (que ce soit à propos de la prose ou du scénario)

La genèse de cette histoire, c'est cette représentation graphique
http://tiphs.deviantart.com/art/The-fantastic-books-of-imagination-343380988#/art/Montre-moi-cet-horizon-422794252?_sid=b2cad7e
désolé j'ai du mal à copier l'adresse
sur la droite la 2eme oeuvre avec la raie manta dans le ciel, la jeune femme et les cordages ... datée du 28-12-2013

après, c'est mon cerveau "malade" qui s'est perdu dans la brume

Bonne lecture et j'espère que vous y puiserez du plaisir

Citation :
Ophélie B. journaliste au Times de Londres et dépêchée sur Madagascar, était la plus heureuse des retraités. Que de chemins parcourus ; elle avait su tirer parti des expériences de la vie et déjouer les embuches, les coups bas, les complots tous plus minables les uns que les autres. Elle avait également appris à regarder le monde d’un œil nouveau, à rejeter ses préjugés les plus secrets. Une vie pleine de surprises et de rebondissements. Quand elle avait un doute sur quelque chose, un évènement, un sujet dépassant les limites de l’entendement : elle regardait le cœur tatoué sur son avant-bras, l’effleurait du bout des doigts … elle devenait songeuse puis le cœur de nouveau empli de sérénité, à l’écoute, ouverte sur la vie.

Ses origines ? Cette gamine avait hérité de la beauté de sa mère, une peau blanche et nette ; la chevelure de son père, un rouquin qu’on appelait parfois barbe rousse au comptoir du café des pêcheurs. Née en France, d’une mère Écossaise et d’un père Breton, elle avait passé son enfance partagée entre ces deux cultures. Bilingue, elle vivait à Ker Machin près de Saint Malo et passait ses vacances sur l’île de Skye en Écosse. Sa mère avait hérité assez jeune de la maison de ses parents non loin d’un petit port; bâtisse qu’elle partageait avec son frère.

Ce dernier était un marginal. Tous les ans il passait quelques semaines avec eux dans leur maison de Ker Machin (ou sur Skye). Ophélie avait été bercée dès le plus jeune âge par ses histoires toutes plus rocambolesques les unes que les autres. Des pirates, des corsaires, des navigateurs au long cours, les pêcheurs de morues au large de Terre Neuve, mais aussi des récits de sirènes, de Neptune, de Namaka, de baleines en Antarctique, de requins en Californie, de crocodiles de mer en Australie. Le récit de ces aventures, très certainement romancés au fil des bières, des margaritas et des verres de rhums sur le zinc d’un comptoir douteux, était toujours un émerveillement pour ses yeux d’enfants à l’âme puérile.

Un jour, sur Skye, il lui avait montré une clé argentée, peut-être celle d’un coffre au trésor. Qui sait ? Elle était très particulière, avec deux pannetons et pas d’anneau pour la prendre en main. Elle su plus tard qu’il s’agissait d’une clé berlinoise dont le maniement est très particulier. En retirant la clé, la serrure se referme, il faut donc ouvrir la porte, faire passer la clé au travers de la serrure, refermer la porte à clé ce qui libère … ladite clé. Oui bref : une clé très spéciale.  « Le moment venu, lorsque je ne serais plus là, cette clé te reviendra et le trésor sera à toi » lui avait-il dit.

Encore une histoire, certainement. Aujourd’hui elle se souvenait dans les moindres détails de certaines d’entre elles, des odes à la vie, celle de son oncle, d’un enfant n’ayant jamais réellement grandi.

La mère d’Ophélie n’aimait pas trop le tonton et se disputait souvent avec. Elle se rappelle encore du soir où elle s’était emportée contre lui et l’avait sommé de sortir de sa maison et de regagner son bateau.

- Tu as trop bourlingué et à force d’écumer les bars des ports, tu t’es imprégné de ces ambiances vaporeuses explosives. Tes histoires sentent le mauvais alcool et les filles faciles. Tu n’es qu’un parasite, une influence néfaste pour ma fille !

Ce soir-là, le ton était monté, la gamine était envoyée se coucher plus tôt que prévu et du fond de son lit, elle entendit des bribes de discussions houleuses. Il avait fini par regagner son bateau amarré au port. Ophélie ne revit son tonton que plusieurs années après cet incident. Elle fit de brillantes études littéraires qui la menèrent jusqu’à l’école de journalisme de Paris, puis elle s’investit pleinement dans son travail. Entre-temps, les relations entre le frère et la sœur s’étaient améliorées.

Ophélie fit son petit bonhomme de chemin dans cette voie journalistique, jusqu’à cette fameuse journée d’automne, où son patron la fit venir à son bureau. Il avait sa tête des mauvais jours, celle des corvées, des mauvaises nouvelles, … allait-il la virer ? Elle avait pourtant l’impression d’être « sa chouchou ».
- Ophélie, assieds-toi. J’ai une grave nouvelle à t’annoncer. Le bateau de ton oncle a été retrouvé échoué sur la côte la semaine dernière. Je sais que tu l’aimes beaucoup. Il y a eu des recherches … mais elles n’ont rien données. Je pense être le premier à avoir eu l’information sur Paris et je voulais te prévenir.

Ophélie se leva, la tristesse se lisait sur son visage, mais aussi la peur. Elle consulta un calendrier sur le mur et … devint blême.
- Quel jour exactement ?
- Quoi ?
- Le bateau échoué. Quand a-t-il été retrouvé ?
- Jeudi 1er.

Une mauvaise nouvelle n’arrivant jamais seule, ses parents étaient avec lui. Ils avaient prévu de longue date une virée tous ensemble en mer. Ophélie n’avait pas réussi à se libérer (un article délicat à terminer) ; ce contretemps lui avait visiblement sauvé la vie. A contrario, elle venait de perdre les trois personnes les plus chères à son cœur.

Les autorités mirent deux jours avant de frapper à sa porte de façon officielle. Entretemps, elle avait commencé à faire son deuil, prit deux semaines de congé afin de regagner St Malo pour organiser les funérailles, … sans corps. Peu de personnes assistèrent à l’enterrement de … ces trois boîtes vides, laissant Ophélie seule au monde.

Dès le lendemain matin, elle voulut se changer les idées et entrepris un grand nettoyage de la maison de Ker Machin, y trouva des tas d’objets liés à des souvenirs d’enfance. Elle fit de même sur Skye et mit la main sur la fameuse clé berlinoise de son oncle accompagnée d’un poème écrit sur un papier imitant un vieux parchemin (comme s’il s’agissait d’une carte au trésor). Le moment était enfin venu.

Ce poème, ce papier, cette prose : une histoire sans queue ni tête ; il était comme ça son tonton. Elle allait jeter le pseudo-parchemin, mais finalement s’y refusa et l’épingla sur un des murs de la cuisine. Le lendemain matin, prenant son petit déjeuner, elle observait cette clé, si mystérieuse, le poème incompréhensible. Elle se replongea dans ses souvenirs d’enfance … pas si lointain que ça, se laissa bercer par ces instants puérils, pleins de rêves et de magies, puis soudainement : miracle, un déclic. « C’est ça ! » s’écria-t-elle. Elle venait de comprendre le sens du texte : un message codé.

Une heure plus tard, elle frappait à la porte de l’église du village. Après quelques renseignements glanés auprès du curé, elle trouva au fond du cimetière un grand caveau de famille … un « oublié » parmi les vieux noms familiers de l’île. Ouvrant la lourde porte à l’aide de la fameuse clé, elle entra et referma derrière elle. Suivant les indications du parchemin, elle poussa une statue et y trouva une cavité renfermant une boîte … qu’elle ouvrit : un livre.

Elle s’assit et commença la lecture avec assiduité. Au fil des pages, elle retrouva les vieilles histoires de son tonton : ces aventures qui l’avaient fait rêver. Elle frissonna en terminant la dernière page et en refermant l’ouvrage. Assise, sur cette tombe d’un inconnu, la faim au ventre, le froid, elle avait tout lu d’une seule traite, la nuit allait bientôt tomber. Elle s’effondra, en larmes, ses nerfs lâchaient, l’émotion étant trop forte.

Comme chacun sait : la nuit porte conseil. Dès le lendemain matin, après mures réflexions, elle prit sa plume et se lança. Ophélie demanda à son patron une année sabbatique. Ce dernier l’accepta, persuadé de son retour : la petite Ophélie aimait tant son métier, elle a ça dans le sang, c’est évident.

La succession se fit rapidement, Ophélie étant l’unique héritière de la maison bretonne et de celle de Skye, mais également d’une coquette somme d’argent qu’elle décida d’utiliser pour concrétiser un vieux rêve d’enfance, un fantasme inassouvi d’aventures aux couleurs de … son tonton.
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MessageSujet: Re: Ophélie B   Ven 13 Mar 2015 - 13:26

2eme partie : le ballon

Citation :
Quelques semaines plus tard, elle était dans un hangar du côté de Tour. Elle y passa six mois à apprendre le maniement des ballons dirigeable, les techniques de propulsions et particulièrement la complexité des machines à vapeur.

À la fin de sa formation, elle dépensa une petite fortune pour acheter la dernière née des bêtes de course tout droit sorti des usines Spirax et De Nemours. Lors de la livraison de l’engin sur le petit aérodrome, les techniciens étaient tous ébahis face à cet aéronef avant-gardiste. Jamais un tel appareil n’avait posé ses amarres ici, et le prochain ne se ferait peut-être pas dans la décennie à venir. Ils bavaient littéralement devant ce bijou de technologie : une formule un des airs ; une prouesse industrielle en provenance des bancs d’essais. Ce n’était pas un prototype, non ! Mais le tout premier à être construit pour commercialisation, et c’était elle qui se l’était offert (le prochain ne devant pas sortir avant douze à quinze mois).

Après quelques jours passés à étudier les notices d’entretien mais aussi celles des performances des machineries vapeurs, le staff entier était perplexe. Ils doutaient de cette machine. D’après les documentations remises, la légèreté de l’engin mais également l’architecture structurelle même de l’appareil et la vitesse de pointe pouvant être atteintes semblaient utopiques.

D’un commun accord avec Ophélie (l’heureuse propriétaire), ils firent quelques essais, de vitesse, d’ascension et de piqués, mais également de maniabilité, de montée en puissance des machines. Ils dépassèrent les limites du merveilleux engin. L’hélice elle-même semblait sortie d’une ère nouvelle de l’aérostation futuriste.

Aucun doute, Ophélie faisait des envieux. Au fil des semaines, elle s’était lancé à fond dans ce défit et de mémoire d’ingénieurs et de techniciens aéronautiques basés sur cet éminent aérodrome, jamais ils n’avaient eu affaire à un élève aussi assidu.

Ophélie venait d’apprendre à piloter un aéronef, un ballon dirigeable, mais également s’était mis à la météorologie, à la mécanique (tant des aérostats que des machines à vapeur). Elle était capable de réparer toutes les pièces de son appareil, de lire (grâce à l’observation des nuages) les couches atmosphériques isothermiques, choisissant ainsi la meilleure des routes à prendre pour profiter des vents porteurs et s’éloigner de ceux contraires. Cette femme était de loin l’élève le plus doué qu’ils aient eu à former. Et tout ça pour quoi ? Pour satisfaire un besoin d’aventure, une promesse faite à son oncle, un rêve d’enfant qui aurait ressurgi à la lecture de son journal intime, cette compilation des récits les plus extravagants qu’il avait vécus … ou inventés. Ophélie allait poursuivre l’aventure, mais cette fois-ci ce serait par la voie des airs.

Vint le moment de se quitter. Déjà neuf mois que son tonton et ses parents étaient décédés, ils lui manquaient et c’est en pensant à eux qu’elle s’était lancé dans cette aventure. Elle se rendait bien compte de l’instant présent. Elle venait de faire un pas-de-géant. Quelques arrangements avaient été réalisés afin de permettre des voyages longues-distances avec seulement deux personnes à bord.  Pour l’heure, elle n’avait aucun copilote en vue, la solitude était sa plus fidèle amie. Elle écrivit une longue lettre à son ancien patron et lui révélait son incroyable défi, sa folie, sa soif d’aventure. Le croirait-il ? Cet homme était son mentor, elle rêvait de lui souvent, un fantasme consistant à l’émerveiller de ses prouesses. Son plus ardent désir eut-été de voir dans ses yeux de l’admiration pour elle, son disciple en jupon.

Quand Mr Martin reçu et lu cette lettre, confortablement assis dans son fauteuil de rédacteur en chef du Times de Paris, Ophélie avait fait le plein en combustible, en eau, en nourriture, pièces détachées en tous genres, cartes … enfin pour résumer la situation : l’aéronef était plein à craquer et prêt à partir pour de folles aventures de par le monde.

Elle traversa d’abord la Méditerranée, puis remonta le Nil, suivi la côte africaine, et descendit le long de ce superbe continent. De temps en temps elle se permettait une escale plus ou moins longue. Le métier de journaliste lui manquait. Elle prit contact avec des autochtones qui la plupart du temps la prenaient pour une déesse, un messager des Dieux. Les échanges étaient limités à cause de la barrière de la langue. Souvent ce n’était que quelques gestes amicaux, des sourires, un troc de cadeaux : un foulard contre quelques fruits, une statuette en bois.

Personne n’avait la moindre idée de ce qu’était un aéronef, encore moins cette énorme baudruche, avec ces cordages, cette forme mouvante énorme qui crachait de la fumée blanche et d’où émanaient des bruits semblables à ceux des canons qu’ont parfois les soldats blancs, ceux au visage blême et portant la mort sur leur passage. Sauf que là, ça faisait du bruit, mais sans aucun projectile. Et pourquoi cette trompe d’éléphant qui reliait cette chose mouvante ? Pourquoi ce cordon qui trempait dans l’eau, faisant descendre le niveau du lac ? Cette déesse aux superbes formes, à la peau laiteuse et à la crinière rousse était sans nul doute une messagère envoyée par les Dieux ; c’était indéniable. Il fallait l’accueillir avec le plus grand respect et la dignité de rigueur.

Son voyage fut peuplé de rencontres merveilleuses. Elle fit une pause plus conséquente sur Madagascar. Il lui arrivait parfois de voler à basse altitude, suivant les rivières aux méandres gracieux serpentant dans des vallées encaissées. Au détour d’une montagne, elle prit de l’altitude pour atteindre un haut plateau. Quelle ne fut pas sa surprise en constatant qu’il s’agissait d’un ancien volcan à la circonférence énorme. Au fond, tout un écosystème s’était installé avec un village, une forêt. Du haut de son ballon, lorgnant ces habitants (à la longue vue), elle vit des enfants jouer dans un lac, d’autres chassant ou cultivant des terres, ramassant les fruits de la forêt. Sa première réaction fut vive et son cœur se remplit d’un violent sentiment de révolte : qui pouvait faire travailler des enfants ? Et les adultes, où sont-ils ? Quand tout à coup elle en vit deux forniquer, elle … en tomba sur son séant. Quoi ? Avait-elle bien vu ? Elle décida d’atterrir. Elle devait en avoir le cœur net.
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MessageSujet: Re: Ophélie B   Ven 13 Mar 2015 - 13:30

3eme partie et fin : l'île au volcan

Citation :
C’est alors qu’une surprenante rencontre se produisit : celle d’une tribu de personnes de petite taille. Surprenante situation. Des indigènes perdus dans les entrailles de cette montagne et n’ayant jamais eu contact avec la civilisation. Était-ce possible encore au vingtième siècle ? Elle resta quelques jours en leur compagnie, étudiant leurs us et coutumes, partageant leur quotidien, les aidants dans leurs tâches, jouant avec les enfants.

Elle commençait à s’attacher à eux et sentait s’éloigner ses rêves d’aventure. Aussi, un matin (tous dormaient encore), elle décida de quitter ce petit monde à part, cette oasis au milieu de l’île. N’aimant pas les adieux déchirants, elle prit le chemin de son aéronef, presque en cachette, seule dans les lueurs et les brumes matinales.

Habituée à la manœuvre, elle mit en marche sa puissante machinerie, libéra les amarres et décolla. Se retournant, elle entendit le son des tambours du village ; ils devaient s’être aperçus de son départ, elle sentait une certaine agitation. Afin de sortir du cratère géant, elle commença à décrire des cercles dans le ciel, prenant peu à peu de l’altitude, mais des vents violents et contraires l’empêchèrent d’en sortir. Le cyclone la força à redescendre et à rester clouée au sol de l’autre côté du village, une zone qu’elle connaissait mal. Elle amarra solidement son ballon et regagna le village à pied.

Chemin faisant, des cris lui firent quitter son chemin. Elle arriva à temps pour sauver un enfant des griffes d’un fauve. Par bonheur, Jojo (son plus fidèle amis) était avec elle, un Magellan 938 de 12 balles, elle fit mouche et tua la bête. Pas très bonne au tir, pas moins de 4 balles furent nécessaires pour avoir raison du fauve (dont une en plein milieu du front de l’animal). L’enfant, les yeux pleins de terreur, lui baisa la main et la guida jusqu’au campement. Heureuse rencontre car le chemin qu’il prit n’était pas du tout celui qu’elle envisageait. Sans lui, elle n’aurait jamais retrouvé son chemin.

À leur arrivée sur la place du village, l’alerte fut donnée et tous les habitants se rassemblèrent. L’histoire fit le tour de l’assemblée qui organisa une chasse immédiate. En fin de journée, les hommes revinrent avec l’animal. Mama M’Baralli (le chaman de la tribu) fit des incantations autour de la bête puis s’isola dans sa hutte. La nuit fut agitée et Ophélie resta au village. Le lendemain, les vents étaient de plus en plus violents ; elle avait peur que les amarres ne cèdent et que son aéronef soit perdu ou se brise. Le chef de tribu s’aperçut de son trouble et tenta de la rassurer. Ophélie en avait bien vu d’autres, mais cette fois-ci, les risques étaient importants et pouvaient la clouer à tout jamais dans cette contrée perdue et inaccessible.

La journée fut longue et angoissante ; puis tous se mirent autour du feu, une vive discussion eut lieu devant elle. Elle craignait en être l’objet, à moins que ce ne soit le cyclone ; elle avait raison. Mama M’Baralli apparut et claqua dans ses mains. Tous les hommes se levèrent et prenant les enfants avec eux, partirent dans la forêt en chantant. La soirée fut pleine de surprises.

Les femmes entourèrent Ophélie qui se laissa faire, la boule au ventre, elles la déshabillèrent et lui enduisirent le corps d’une sorte de peinture. Elles firent toutes le même rituel et s’installèrent dans la hutte du chaman. Puis s’asseyant autour du feu, une pipe circula et chacun en aspira quelques bouffées. Le chaman dansait et chantait autour d’Ophélie et des quelques femmes rassemblées. Petit à petit l’anxiété partie pour laisser place à un sentiment de bonheur, une quiétude. Les pensées se bousculaient dans sa tête qui était lourde, pesante, comme ses paupières.

La chaleur montait dans cette hutte, la fumée était partout, elle était blanche, opaque. Un bol circula et chacune s’y abreuva modérément. Ophélie hésita, regarda Mama M’Baralli qui acquiesça et l’encouragea à en boire une gorgée. À partir de cet instant, tout devint flou dans sa tête. Des vapeurs, des nuages, son esprit qui flotte.

Elle se souvient que Mama M’Baralli se mit à parler dans sa langue… à moins que ce soit elle qui comprit leur dialecte. Le toit de la hutte disparu, laissant un ciel étoilé, aucun bruit, pas de vent, une nuit sans lune. Puis vinrent les explications du chaman : Ophélie était apparue dans leur vie, alors qu’ils sont seuls au monde. Elle était repartie, mais les Dieux en avaient décidé autrement et l’avaient fait s’en retourner. Sa mission n’avait pas été remplie, ce qu’elle fit en tuant le fauve (l’esprit du mal qui rôdait autour du village depuis des décennies). Ophélie était sans aucun doute envoyée des Dieux, preuve en est : sa charrette volante et son arc sans flèche qui fait du bruit et tue les bêtes.

Toutefois, le chef du village avait demandé à Mama M’Baralli d’interroger les Dieux et leur réponse avait semé le trouble dans tout le village. Ophélie n’était pas leur messager. Mais pourquoi ? Qui était-elle ? D’habitude, les étrangers ne repartent pas d’ici. Enfin pas sous leur enveloppe charnelle d’origine. Au vu des évènements passés (le gamin sauvé et l’esprit du mal tué), mais également les vents violents qui ramènent l’étrangère au village, sans avoir demandé l’aide des Dieux, … la confusion planait sur le village. Un conciliabule avait alors décidé non seulement de la laisser partir, mais également avait autorisé Mama M’Baralli d’offrir à Ophélie un cadeau pour son acte héroïque.

- Ma fille. Quel animal aimes-tu le plus au monde ?
- Je ne sais pas
- Réfléchi. Lequel trouves-tu le plus majestueux, le plus envoutant ?
- Sur terre ?
- Comme tu veux. Choisie. Terre, ciel, océan.
- Dans la mer, peut-être. Mais j’aime aussi les airs. Difficile de répondre.
- Ma fille. Je dois savoir. En fonction de ta réponse, je choisirais les Dieux à invoquer.

Ophélie était indécise et Mama M’Baralli commençait à perdre patience. Elle continua sa cérémonie, des incantations, jetant des poudres et des feuilles dans le feu. Les souvenirs d’Ophélie ne sont pas très nets, sa tête était de plus en plus lourde, les femmes à côté d’elle la soutenaient et la forçaient à rester éveillée.

Après quelque temps encore, elle revoit Mama M’Baralli lui prendre le visage à deux mains, embrasser son front et lui piquer le bras avec une épine. Une douleur vive lui parcourut l’échine puis … le trou noir.

Enfin elle sent son corps en apesanteur, flotter et … elle se sent portée dans les airs sur … le dos d’une raie Manta. Pas un bruit, elles sont huit à voler autour d’elle. Ophélie est sur le dos de la plus grande, la chef de clan, elles volent ensemble, en V, comme les oies sauvages, la nuit est très étoilée, pas un bruit, une osmose entre elle et l’animal, de la grâce, de la beauté. Pas de vent, le cyclone a disparu, Ophélie regagne son aéronef, il est intact, les amarres ont été levés, les machines sont en marche, à pleine vapeur, le ballon décolle et se stabilise en vitesse de croisière. Ophélie se précipite à l’avant de son engin, près de la petite hélice de proue, debout sur le ponton, une main sur le bastingage, elle salue une dernière fois ses amies les raies qui lui montrent la route à suivre ; tout ce petit monde quitte le cratère, Ophélie a une pensée pour ses nouveaux amis au village et ... Soudainement : la lune se lève, les raies battent des ailes comme pour saluer une dernière fois leur nouvelle amie. Les reverra-t-elle un jour ? Elles disparaissent avec l’apparition de la lune…

Nouveau trou noir. Ophélie se réveille dans son lit, la gorge sèche, la langue pâteuse, un mal de crâne énorme, la migraine la plus infâme qu’elle n’ait jamais eut. Sa première gueule de bois ? Drôle de rêve. Elle est en nage, nue dans son lit. Elle se lève, le bruit de l’aéronef est régulier, tout va bien. Elle se dirige vers le cabinet de toilette et humidifie son visage. Se regarde dans le miroir, sa tête lui fait peur. Quel curieux rêve. Elle est nue devant ce miroir, se retourne vers le majordome afin d’y prendre ses vêtements. Une impression bizarre puis, rapide coup d’œil, et là … la terreur sur son visage. Elle se déhanche et tourne son postérieur vers … la vision, le reflet, mais … une raie tatouée sur sa fesse gauche, et un cœur sur son bras, à l’endroit de la piqure du chaman.

Son meilleur souvenir

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