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 Les Gamins

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Fenrajis
Je commence à m'habituer
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Localisation : Entre le rêve et la réalité...
Loisirs : Chanter sous la pluie.
Date d'inscription : 12/06/2013

MessageSujet: Les Gamins   Mer 22 Avr 2015 - 20:00

Voilà c,'est une version retravaillée du texte posté précédemment, n'hésitez pas à commenter ici : http://ecrire.ingoo.us/t6025-commentaires-les-gamins#156236


Il ouvrait les yeux lentement et ceux-là se perdaient dans le bleu indescriptible de l'océan céleste. Il les ferma et les rouvrit et qu'importe le nombre de battements de cils, il s'étonnait toujours de cette couleur délicate, nuancée d'un ton différent en chaque point du ciel. Il laissa aller ses paupière pour encore se plonger dans cette obscurité lumineuse, ressentir tous les frissons de la vie, de la brise sucrée qui passait à l'abeille qui le frôlait. Ç’aurait été l'hiver que tout en toute chose aurait été semblable. Les cœurs amoureux ne connaissent pas le froid. Et au contraire, sans même la toucher il ressentait toute la chaleur, et l'amour de la jeune fille qui était allongée à côté de lui. Il déplaça à peine sa main, pour frôler la sienne. Et à cet instant, lui comme elle, eurent l'impression qui tout était ici et maintenant, des premiers mots de l'univers à la chute malheureuse des grandes étoiles. La vie et la mort, le jour et la nuit, ce qui s'opposait dans l'esprit traditionnel se mêlaient dans les leurs, plus farouches et révolutionnaires que jamais. Elle se rapprocha pour se blottir contre lui, et la mésange étonnée sifflait une mélodie rythmée par le métronome du cœur qui frappait à l'unisson dans leurs corps. Même le plus sceptique des docteurs en quelconque sciences aurait admis dieux et sorcellerie devant le mystère qui les tenait bien mieux que vivants, heureux.
Elle s'appelait Lili, et il s'appelait Vlad. Et déjà leurs noms les rassemblaient, ils racontaient une histoire qui n'était pas inconnue aux gens de l'est, celle d'un poète et d'une insurgée. Lili, jeune femme brune, à l'audace des souveraines et à l'humilité des femmes de l'ombre. Elle portait les cheveux longs toujours à peine coiffés ou sinon d'une barrette pour garder cela dans un ordre anarchique. Vlad la connaissait par cœur, de ce qu'elle avait été à ce qu'elle était, et si la femme qui gardait secrète son destin lui restait inconnue, il passait des heures à l'imaginer, à la dessiner, à peindre chaque infime partie de son âme, à semer une forêt de Lili et à l'observer se lever, et envahir son monde. L'armée d'occupation de Lili installée dans la vie de Vlad, prisonnier volontaire.
Le cerisier aux fruits lourds laissaient retomber ses branches usées à quelques mètres du matelas d'herbe qui portait les deux enfant. Les feuilles agités par un souffle doux qui venait du sud, couvrait leurs visages d'un panache d'ombre et de lumière en mouvement incessant. Une lumière qui éblouit sans blesser, une ombre qui rafraîchit sans geler. Vlad avait rêvé depuis qu'il avait l'âge de se perdre dans les méandres oniriques des songes... Vlad était un rêveur et longtemps il avait pensés esquissé, son temps des cerises. Aujourd'hui qu'il y était, il constatait que ce n'était pas ce qu'il avait prévu, c'était beaucoup plus beau.
Lili se redressa doucement et lui donna un baiser, un baiser vif et bref, mais rempli de tout ce que les lèvres innocentes d'une combattante sont pleines. Et Vlad la fixa longtemps, ses cheveux dans la vent dansaient au-dessus de ses épaules. Un frisson la parcouru un instant et tout son corps vacilla, chancela comme une barque surprise par le courant. Elle remonta son châle d'un rouge délavé sur ses épaules nues, et le froid soudain ne devint plus qu'un démon pétrifié. Lili regardait au loin, vers le soleil qui bientôt se coucherait sur le campagne. Vlad se demandait à quoi elle pensait, mais il n'arrivait pas à se concentrer, qu'elles que soient ses idées, cela le ramenait toujours à ses yeux, les yeux profonds magnifiques de Lili. Il aurait pu en parler des jours durant, en écrire cents romans, les yeux de Lili, comme ceux d'Elsa, demeuraient partout en tout lieu et en tout temps que ceux de Vlad effleurait, parcourait. Mais ce n'était pas quelque chose de nouveau, depuis la nuit des temps, les yeux des femmes fascinent et suscitent un bien étrange engouement. C'est la magie, c'est ainsi.
Vlad se leva à son tour et la rejoignis, elle alluma une cigarette et la fumée mentholée s’éleva peu à peu au dessus de leurs têtes. Lili engagea la marche, pour une petite balade à travers le jardin, laissé aux mains de la nature. Elle attrapa quelques cerises au passage :
Les cerises sont mûres, sucrées comme il faut.
Elle en tendis une à Vlad qui croqua dans le fruit rouge et elle reprit :
Je vais sûrement faire un clafoutis demain, on invitera Paul ?
Oui c'est une bonne idée. Ma mère aimait les clafoutis... J'en ai ramassé un saladier ce matin ça devrait suffire, et oui, ça fait longtemps qu'on ne l'a pas vu.
Ils continuèrent vers la bordure de rosier qui montait haut, mal-taillés. Le buisson s'étalait sur toute la longueur de l'arrière du terrain, et les fleurs si rouges, aux pétales de velours faisaient le bonheur des papillons et du couple enlacé enlacé devant.
Lili crapota sur les dernières bouffées de sa royale menthol et jeta le mégot dans un pot en terre cuite. Elle se laissa tomber dans un des fauteuils en teck de la terrasse et se servit un verre de vodka. Vlad détestait la voir boire, et depuis longtemps déjà Lili nourrissait un certain vice pour l'addiction. De l'alcool à la cigarette en passant par le cannabis, il faut avouer que cela faisait partie d'elle et de ce qu'il aimait malgré tout. Quelques fois, cela le blessait, cela le blessait vraiment au plus profond de lui-même. Il avait l'impression quand sa main tremblante cherchait son verre presque vide, qu'une autre femme se tenait là, que ce n'était pas, plus, sa Lili. Mais Vlad l'aimait et il l'aimait vraiment, ce n'était de ces histoires ridicules de sacrifices et autres choses comme ceci. Non, il aimait de façon globale le monde tout entier à travers elle, ensemble ils créaient le bonheur. C'est ce qu'il aimait penser et c'était son seul désir.

Paul avait fait la connaissance de Lili et Vlad lors d'une soirée de voisinage, c'était comme une coutume que les gens du quartier avaient instauré au fil des années. Dès le retour du printemps, à la mi-mai, une petite fête était organisée pour présenter le nouveaux venus. C'était de ces soirées où les gens parlent pour ne rien dire, où l'on boit parce que l'on à rien d’autre à faire et où l'alcool bon marché nous laisse à l'estomac des aigreurs jusqu'au matin. Lili était Installée sur une chaise en plastique qui sans les taches de vin et de moisissure aurait à coup sûr été d'un blanc éclatant. Une quinzaine de personnes étaient réunis autour de deux tables ovale serrés entre-elles. Monsieur Pierre, le propriétaire de la maison et l’initiateur de la garden party, était un homme chaleureux et accueillant. Féru de jardinage, il avait disposé trois énormes bouquets fleuris sur la table, une composition florale d’une finesse rare, un mélange de lilas, de roses et de fougères. Une œuvre d'art que Lili s'amusait à dépecer, arrachant un pétale par ci et par là, caressant la texture satinée des feuilles. Chose que monsieur Pierre surveillait d'un œil attentif et l'homme si tolérant et calme d'apparence, bouillaient en réalité du massacre subit par son travail. Et très brusquement il se leva pour déplacer le pot. Lili croisa le regard de Vlad qui retenait un rire enfantin, les yeux de la jeune fille pétillaient de malice.
Le champagne premier prix qu'on avait servi aux amoureux, tournait la tête et détruisait l'estomac de Lili. Un verre lui suffirait et plus jamais elle n'avalerait cet immonde mélange gazeux. Quand madame Pierre vu son verre vide elle s'empressa de saisir la bouteille redoutée mais Lili esquiva montrant du doigt le whisky à peine ôté d'une dose. C'est un verre de scotch à la main qu'elle écoutait patiemment les autres discuter de choses plus ou moins graves. Elle se resservit trois ou quatre fois seule, sans aucune gêne envers ses hôtes parce qu'elle trouvait leurs vêtements et leurs attitudes bien assez brillants et dorés pour qu'elle puisse en profiter un peu. Plus l'alcool abreuvait son cœur et plus la rancœur qu'elle avait pour ces vieux bourgeois grandissait à l’intérieur d'elle. Et elle sentait la colère lui montait à la bouche et elle savait que de dans peu de temps elle prendrait la parole dans un fracas assourdissant si elle ne s’éclipsait pas.
Vlad s'agitait avec une vieille femme à l'accent étrange, sa partenaire de beuverie lui racontait son engagement dans la révolte et la douceur du printemps 68. Quand le gentille dame aux cheveux gris quitta la table pour raconter son histoire à d'autre, Vlad se sentit perdu. Il avait beau tourner sa tête dans tous les sens, regarder à droite et à gauche, ses yeux couraient sur tout le jardin mais Lili était introuvable. Il aurait pu la distinguer même dans le noir complet, il aurait reconnu son parfum à des années-lumière, sentit sa chaleur au plus profond de l’abîme. Pourtant à cet instant il était incapable de savoir où était sa moitié. La panique s'empara de lui comme elle prends un enfant perdu dans la foule, Vlad était un enfant.
Depuis toujours, un enfant, un enfant frêle et peureux qui avait trouvé refuge dans les jupons d'une jeune aventurière aux reflets matriarcal, aux couleurs rebelles. Vlad, homme amoureux, victime du cruel malheur d'aimer, Vlad homme qui devait tout à la femme. Vlad un homme comme les autres en soi. Aimer et plus encore, ne signifiait pas être faible et l'amoureux n'était pas l'esclave de sa douce. Ce serait tellement ridicule de le penser, honteux de l'imaginer et de comparer les valeurs féministes à une idéologie radicale qui veut la mort des hommes. Vlad le savait et il jouait de cela devant les grands bûcherons, travailleurs, qui n'osaient prendre un balai ou repasser une chemise. Heureusement, Lili n'était pas perdue.
Elle s'était retirée pour fumer, les gens font ainsi, comme si une honte insupportable les frappaient à chaque latte qu'ils soufflaient, l'usage voulait que l'on fume en dehors du cercle qui buvaient. A croire que chaque dépendance avait sa place propre et qu'il ne fallait surtout pas les inverser pire encore les mélanger. Paul lui avait choisi de faire la même chose pour respirer tranquillement l'odeur brute de ses cigares. Et comme les gens qui fument discutent entre-eux, Lili et Paul commencèrent à parler de la nuit qui était étonnamment claire ce soir-là. Ils en vinrent aux étoiles, à la mort, à la vie et elle vit en ce vieil homme, un être sensible et très touchant. Paul avait perdu sa femme l'an passé, et de ce qu'avait compris Lili, il ne supportait plus vraiment la vie.
« Tout prenait son sens dès qu'elle souriait, un ciel gris sous ses mots se transformait en une nappe de velours aux couleurs du printemps, l'hiver n'existait pas et j'étais heureux. » Lili eut envie de pleurer, elle se demanda comment elle réagirait le jour où Vlad s'en irait. Elle réfléchit longtemps dans un silence qui n'était pesant ni pour l'un ni pour l'autre. Le futur défila dans sa tête, et chaque émotion vibra dans son cœur, elle vit ses enfants, ses petits enfants, sa maison au fil des saisons. Son corps qui vieillirait, ses cheveux gris puis blancs. Et secrètement elle espéra, que Vlad mourrait avant-elle, non pas parce qu'elle tenait à lui survivre mais cela sonnait comme une évidence. Elle se sentait une responsabilité de l'accompagner jusqu'au bout, jusqu'à qu'ils ferment les yeux. Alors, elle porterait contre elle le glaive et s’endormirait à ses côtés.
Lili n'était pas du genre douce et délicate, elle brûlait d'une envie irrésistible de demander à cet homme la raison pour laquelle il ne s'était pas encore suicidé. Mais elle préféra s'abstenir, au moins pour l’instant. Elle lui répondit finalement ce qu'une femme et certainement la plus importante de sa vie lui avait dit un jour alors que l’orage s’abattait dans son cœur «  Ne perds pas espoir, c'est lui qui te maintiens vivant, c'est lui qui fait que tu vis et que tu ne survis plus. Il donne à ton cœur l’envie de battre encore un peu, il donne à tes yeux le courage de voir plus loin. Il n'est peut être qu'une illusion du bonheur qui n'arrivera pas mais il te rends heureux tant qu'il est avec toi. Et seulement pour cette raison, ne perds pas espoir. » Lili croyait en ces mots, même si jamais elle ne les appliquerait à sa propre vie. Et Paul entendait sans écouter et il ne mesura pas toute la sincérité de le jeune fille. C'était de sa nourrice, Lucile, qu'elle tenait ces phrases, ou plutôt de son carnet. Un carnet qu'elle avait ouvert par hasard et dont elle avait appris par cœur la première page. Elle avait quinze ans à peine.




Dernière édition par Fenrajis le Lun 25 Mai 2015 - 12:55, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les Gamins   Lun 25 Mai 2015 - 12:56

La version ci-dessus est toute nouvelle, dites moi ce que vous en pensez!
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