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 A la recherche du Sommeil

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LoupBlanc
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Date d'inscription : 28/09/2015

MessageSujet: A la recherche du Sommeil   Jeu 1 Oct 2015 - 17:31

Le petit garçon n’avait pas sommeil. Malheureusement pour lui, il n’avait pas le choix : il devait dormir. Demain, c’était la rentrée, et il fallait qu’il soit en forme. Il se retourna dans son lit et poussa un soupir de désespoir.

« Papaaaaa ! »

Il entendit des pas dans le couloir, puis la porte de sa chambre s’ouvrit lentement, laissant un fin rayon de lumière pénétrer dans la pièce.

« Oui mon petit ?
- Papa, raconte-moi une histoire ».

La porte s’ouvrit davantage, pour permettre au jeune homme de rentrer. Il s’approcha du lit et tira un tabouret pour s’asseoir.

« Tu n’arrives pas à dormir, c’est ça ? ».

Le jeune homme sourit. Il se retrouvait dans son fils.

« D’accord, je vais te raconter une histoire.
- Mais tu n’as pas de livre.
- Les plus belles histoires n’ont pas besoin de livres, parce qu’elles restent gravées dans le cœur. »

Le petit garçon s’installa confortablement dans son lit, il aimait les histoires.

« C’est l’histoire d’un petit garçon à la recherche du Sommeil … »

***

Dans un village au milieu d’une forêt de conifères vivaient cinq familles. Les hommes étaient bûcherons, et récoltaient le bois pour construire des maisons et nourrir le feu l’hiver. Les femmes chassaient pour nourrir les enfants et les animaux. Le village prospérait et disposait de bien plus de bois et de nourriture qu’il n’en avait besoin, car la forêt était riche. Ils avaient des stocks si abondants qu’il fallait parfois se débarrasser du surplus. Cependant, bien qu’honnêtes et bons, les villageois furent un jour frappés par une malédiction : ils n’arrivaient plus à dormir, comme si le Sommeil avait décidé de les abandonner. Les hommes et les femmes étaient fatigués, si bien qu’au bout de quelques temps, il n’y avait plus assez de bois pour l’hiver et les villageois mourraient de faim.

Un jour, un petit garçon s’en alla voir le sage du village, pour apprendre comment retrouver le Sommeil. Ce dernier l’accueillit avec chaleur et lui dit :

« Le Sommeil est capricieux, il ne prend dans ses bras que ceux qui sont prêts à l’accueillir. Pour le retrouver, et apporter le repos à notre village, tu devras aller le chercher dans sa grotte, au centre de la forêt. Mais fait attention, les bois peuvent être dangereux. »

Après avoir remercié le sage, le petit garçon s’enfonça dans la forêt, le cœur rempli d’espoir.

Après une bonne heure de marche, le petit garçon entendit des pleurs sur le bord du chemin. Intrigué, il s’arrêta pour trouver la source des sanglots. Assis sur le sol, il vit un petit écureuil recroquevillé sur lui-même. Le petit garçon se rapprocha lentement et s’exprima d’une voix douce :

« Bonjour petit écureuil, je viens du village en bas de la colline. Pourquoi es-tu triste ? »

L’écureuil cessa de pleurer et leva les yeux pour observer le nouvel arrivant.

« Je ne suis pas triste, j’ai peur. Et la peur m’empêche de dormir. »

Le petit garçon s’assit en tailleur devant son nouvel ami.

« Et de quoi as-tu peur, petit écureuil ?
- J’ai peur du loup. »

Le petit garçon avait déjà entendu parler du loup. On disait des choses horribles sur lui. On disait qu’il mangeait les petits écureuils.

« Tu ne dois pas avoir peur, lui dit-il néanmoins, le loup ne sait pas monter dans les arbres. »

L’écureuil regarda le petit garçon dans les yeux.

« Tu as raison, le loup ne sait pas grimper, mais moi oui. »

Aussitôt, il se précipita sur un arbre pour en gravir le tronc à l’aide de ses petites griffes. Du haut d’une branche, il s’exclama :

« Merci, grâce à toi je n’ai plus peur du loup ! Il ne peut pas m’atteindre là où je suis.
- Tu vois petit écureuil, il ne faut pas avoir peur. La peur t’empêche de lever les yeux et de voir les arbres. »

Satisfait, le petit garçon poursuivit sa route. Lui non plus n’avait plus peur du loup. La peur ne fait que dissimuler la solution. Si jamais il voyait le loup, il n’avait qu’à sauter sur une branche, comme l’écureuil le lui avait appris.

Plus loin, il aperçut une forme sombre sur une pierre : c’était le loup ! Pris de peur, le petit garçon se précipita sur une branche. Mais la forme ne bougea pas. Etonné, le petit garçon s’approcha pour l’observer. Le loup était couché sur la pierre, une oreille levée et un œil ouvert pour écouter et regarder celui qui dérangeait son repos.

« Qui est-tu, étrange créature ?, dit le loup, que viens-tu faire près de ma pierre ? ».

Le garçon s’assis devant lui.

« Je suis un petit garçon à la recherche du Sommeil, le sage de mon village m’a dit d’aller le trouver dans sa grotte, au centre de la forêt. »

Le loup ricana :

« Pourquoi aller chercher le Sommeil dans sa grotte alors que tu peux l’attendre où tu es ? », dit-il.

Le petit garçon remarqua les cernes sur le visage du loup.

« Je ne pense pas que ton attente ai porté ses fruits, monsieur le loup, tu as l’air très fatigué. »

Le loup bailla.

« Eh bien, si je ne le trouve pas aujourd’hui, je le trouverai demain. »

Le petit garçon remarqua que le loup était très maigre.

« Tu devrais manger, monsieur le loup, tu as l’air affamé ».

Le ventre du loup gargouilla.

« J’irai chasser demain. Aujourd’hui, je suis trop fatigué, et ma pierre est confortable. En plus, le chasseur me vole toujours mes proies. »

Le petit garçon haussa les épaules.

« Le Sommeil est capricieux, il ne prend dans ses bras que ceux qui sont prêts à l’accueillir. Toi, monsieur le loup, tu n’es pas prêt. Tu as choisi la paresse. »

Le loup releva la tête, étonné.

Le petit garçon repris d’une voix sentencieuse.

« Le Sommeil récompense l’activité, c’est la gratification après l’effort. Si tu restes sur ta pierre toute la journée, le Sommeil restera dans sa grotte. »

Sur ces mots, le petit garçon continua sa route, laissant le loup perdu dans ses pensées. Le petit garçon avait lui aussi compris. On ne peut pas simplement attendre le Sommeil, il faut aller le chercher dans sa grotte. Et la recherche demande de l’effort.
Peu après il entendit des bruits de mastication. Le petit garçon suivit un sentier à travers les branches et arriva dans une clairière. Au milieu de la clairière, il y a avait un gros chasseur, le fusil dans le dos. Et le chasseur mangeait.

« Le loup m’a parlé de toi, monsieur le chasseur. Il m’a dit que tu lui volais ses proies. Pourtant, tu es bien dodu et tu pourrais lui laisser de quoi se nourrir. »

Interloqué, le chasseur laissa tomber son gigot par terre. Il s’essuya la bouche pleine de graisse avant de s’écrier :

« Et qui est tu, petit morveux, pour me donner des leçons ?
- Je suis un petit garçon à la recherche du Sommeil, le sage de mon village m’a dit d’aller le trouver dans sa grotte, au centre de la forêt. »

Le gros chasseur éclata de rire.

« Quel intérêt de chercher le Sommeil lorsqu’on peut manger ? Manger est agréable, on ne s’ennuie pas. Dormir est lassant. »

Le petit garçon fronça les sourcils.

« Si tu mangeais moins, le loup pourrait chasser, et il ne serait plus aussi paresseux. Comme ça, il pourrait lui aussi partir à la recherche du Sommeil. Il ne serait plus obligé de se nourrir de petits écureuils pour subsister, et les écureuils n’auraient plus peur. Comme ça, ils pourraient eux-aussi partir à la recherche du Sommeil. »

Le gros chasseur paraissait perdu dans toutes ces histoires de loup, d’écureuils et de sommeil. Il n’avait pas réalisé que ses actions avaient tant de conséquences sur la vie des autres habitants de la forêt.

Le chasseur entreprit de regarder le bout de ses chaussures avec attention. Il rougit légèrement.

« Maintenant, je n’ai plus faim… »

Le petit garçon bomba le torse.

« Si tu ne cherches pas le Sommeil, au moins n’empêche pas les autres de le trouver. Mais de toute façon, tu manges beaucoup trop pour qu’il te prenne dans ses bras, tu es trop gros. »

Le petit garçon repris son chemin. Il était content de ce qu’il avait appris. Toutes les actions d’un habitant de la forêt avaient un impact sur la vie des autres. En plus, trop manger nous empêchait d’être prêt pour que le Sommeil vienne nous enlacer. Après tout, le Sommeil est capricieux.

Enfin, quand le petit garçon arriva au bout du chemin, il la vit enfin : la grotte du Sommeil. Tout excité, il pressa le pas.

Dès qu’il entra dans la grotte, il fut surpris par le silence qui y régnait. C’est seulement alors qu’il prit conscience des bruits de la forêt qui l’avaient accompagné tout au long de son périple : le chant des oiseaux, le bruit du vent contre les feuilles et de l’eau des rivières. Il demanda pardon intérieurement de ne pas les avoir remarqués et les remercia de l’avoir porté jusqu’à sa destination. Puis, il s’aperçu de la fraîcheur de la grotte. Elle était accueillante, relaxante.

Le petit garçon se sentait bien. Il marchait lentement maintenant, parce que la lenteur permet au calme de s’installer. Et on ne peut espérer rencontrer le Sommeil sans être calme.

Au bout de quelques minutes de marche, le petit garçon déboucha sur une salle baignée d’une lumière douce. Et au centre, sur un fauteuil, était assis un jeune homme. A la place de ses oreilles, il avait deux ailes de colombe, déployées majestueusement. Il prit la parole d’une voix sereine et chaleureuse.

« Ton compagnon m’a dit que tu étais à ma recherche ».

Surpris, le petit garçon affirma qu’il n’avait pas de compagnon, qu’il était venu seul.

Le jeune homme sourit.

« Peu en effet s’aperçoivent de sa présence, mais il est là, autour de nous, constamment. Il nous chante à l’oreille, si nous sommes prêts à l’écouter.
- Qui est-ce ?
- Le vent. Mais les hommes sont capricieux, ils n’écoutent que ce qu’ils veulent entendre. »

Le petit garçon réfléchit, il cherchait à comprendre.

« Le sage de mon village a dit que c’était toi qui était capricieux, que tu ne prenais dans tes bras que ceux qui étaient prêts à t’accueillir.
- C’est vrai, dit le jeune homme, bien nombreux sont ceux que je pourrais embrasser s’ils tendaient simplement les bras. »

Le jeune homme marqua une pause, il respira calmement avant de poursuivre :

« Je sais pourquoi tu es venu, tu veux aider les membres de ton village à dormir. Tu penses que je les ai privés de repos. Mais tu as dû t’apercevoir que les habitants de ton village ne sont pas les seuls à être fatigués. Toute la forêt est fatiguée. »

Soudain, le petit garçon comprit. Il se rappela des paroles du sage du village, qui avait affirmé que la forêt était dangereuse. Les villageois ont peur de la forêt. Or, la peur empêche de voir les arbres, la peur empêche d’écouter le vent. Et le vent transporte le message du Sommeil. Les villageois avaient choisi de combattre leur peur par le confort. Ils avaient abattu des arbres et construit des maisons pour se protéger du froid. Et avec le confort s’était installée la paresse. Les villageois avaient oublié de remercier les bruits de la forêt et la fraîcheur de la nuit. Ils avaient oublié de remercier les arbres pour leur bois et les animaux pour leur viande. Et ainsi, ils avaient oublié que tous leurs actes avaient un impact sur les autres habitants de la forêt. Leurs stocks surabondants et la destruction des surplus privaient les autres habitants de leur part, épuisant la forêt. Et naturellement, puisque les villageois faisaient partie de la forêt, ils avaient fini par s’épuiser eux-aussi.

Le Sommeil n’avait pas abandonné le village, c’est le village qui avait exilé le Sommeil dans sa grotte.

Le jeune homme sourit de nouveau :

« Tu as compris. Tu m’as trouvé. »

Le petit garçon s’allongea sur les pierres fraiches, dans le silence paisible de la grotte. Il ferma les yeux. Il avait tendu les bras.

***

Un rayon de soleil éclaira le visage du petit garçon, et il ouvrit les yeux. Etourdi, il regarda autour de lui. Il ne se souvenait pas s’être endormi. Il ne se rappelait que de son père, au bord du lit, qui lui contait une histoire. Visiblement, l’histoire avait fait son effet.
Le petit garçon sortit les pieds de sa couverture et s’assis sur son lit. Il se frotta les yeux et s’étira.

Puis, il rit. Un rire de bonheur, un rire d’émerveillement.

De ses cheveux était tombée une plume. Une plume de colombe.

Les plus belles histoires n’ont pas besoin de livres, parce qu’elles restent gravées dans le cœur.




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