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 Un Homme à la Mer

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MessageSujet: Un Homme à la Mer   Jeu 10 Mar 2016 - 19:13

Un Homme à la Mer

Un Homme à la Mer

« -Hissez la voile, nom de nom ! Qu'est-ce que vous attendez ? Que les vagues nous renversent ? … Tu m'entends Alph ? Il faut se sortir de cette foutue tempête ! Pense à ta femme, elle s'attend à ce que tu rentres. Tu vas pas flancher, dis ? Tu ne peux pas lui faire ce coup-là quand même ! C'est pas deux trois grosses vagues qui vont te faire peur ! On en vu d'autres ! …  Alph ! Tu m'entends Alph ? Réponds si tu m'entends, c'est un ordre ! »

Un embrun vint lui fouetter le visage, le faisant redoubler en vocifération.

«-Et toi, petit ? Qu'est-ce que tu fous bon sang ? Si tu attends le déluge, c'est plus la peine ! Il est juste là le déluge, tu le vois pas ? Hé Alph ! Pourquoi il bouge pas le petit ? Qu'est-ce qu'il lui arrive ? Secoue-le nom de nom ! Alph ! …  Plus la peine d'essayer de sauver la marchandise. Jetez tout par-dessus bord ! Ça nous allégera. Allez ! Poussez ! C'est bien Pep ! C'est bien ! Reprends-ton poste maintenant. Alph ! Viens tenir la barre Alph, je n'en peux plus. Tu crois qu'on va s'en sortir vieux frère ? Mais bien sûr qu'on va s'en sortir ! J'ai promis de tous vous ramener sain et sauf ! C'est ce que je ferais ! Foi de capitaine ! … Il faut aider le petit, peut-être. Tu crois quand même pas qu'il est… Nom de dieu ! Il manquerait plus que ça ! Je l'avais prévenu avant de l'engager, qu'être matelot ça rigolait pas tous les jours ! Que ça pouvait être dangereux. Que c'était pas toujours aussi plat que le jour du départ. C'est toujours plat le premier jour. C'est fait pour pas effrayer les bleus ça ! Comment elle se nourrirait, la mer, si elle nous appâtait pas un peu, pour nous faire lever l'ancre ? Hein ? Ça ira, y m'a répondu le môme. J'ai pas peur. Mais la mer, elle est vicieuse la mer, elle vous fait espérer la mer, elle est belle, elle vous tend ses bras, vous croyez que vous l'avez dompté, que ça y est, elle vous appartient, et VLAN ! Elle se jette contre vous, elle trahit toute votre confiance, se moquant de votre prétention, ah ! Elle rigole bien la mer ! Hein ? Elle rigole bien ! »

Une larme coulait le long de la joue de l'homme, tandis que ses yeux fixaient l'horizon, droit devant.

«-Elle se moque de moi ! Bien sûr ! Tu ne m'as jamais aimé pas vrai ? Avoue ! Tu m'as laissé croire que je te possédais. Que, pour moi, tu serais prête à renoncer à ta fierté, à ta réputation, tu m'as chuchoté de doux contes à l'oreille, pas vrai ? Et tout ça, ce n'était que mensonges ! Pures fadaises ! Et moi, pauvre imbécile, pauvre homme oui, juste un homme. »

Le sel lui brûlait la gorge, qu'il crut faire éclater lorsqu'il hurla au ciel :

«-Mais tu vois ce que tu fais ?! Tu vois toutes les vies que tu prends ? Qui te donne le droit ? Qui ? Réponds-moi ! Sois forte jusqu'au bout au moins ! Ne fuis pas ! Ah ! La violence c'est tout ce qui te parle pas vrai ? Frapper la coque, submerger le pont, rompre les mâts, ça tu sais faire ! C'est peut-être bien tout ce que tu sais faire ! Et le petit, là, tu l'as vu ? Tu n'auras donc aucune pitié ? Lui aussi tu le veux ? Il va aller rejoindre le par-terre de cadavres qui décore ton antre ! … Espèce de folle ! D'insensible folle ! Mais pour qui tu te prends, hein ? Tu crois que tu peux détruire une vie comme ça ? Tu crois que tu peux détruire ma vie ? À moi ? Vas-y, prends-mon bateau si ça peux te faire plaisir ! Oui,vas-y ! … Ah ah ! Tu ne t'attendais pas à ça, pas vrai ? Tu croyais que j'allais me battre, jusqu'au bout, que je ne renoncerai pas. Que tant qu'il y aurai encore un peu de force dans mon vieux corps, je te tiendrai tête ? Mais tu pensais que tu gagnerais quand-même, hein, avoue ! C'est bien ce que tu pensais ? Malgré tout mes efforts, malgré tout ce que je donne, tu gagnerais canaille. Et moi, tu me laisserais mourir. Honteux, perdant, ruiné, sacrifié. Vain ! Oui, parce que face à toi, quoique je fasse, je suis vain ! Alors je reconnais. Tu es plus forte. Tu l'as toujours été. Je suis un imbécile, un idiot, un homme. Je m'abandonne à toi. Fais de moi ce qu'il te plaira, mais de grâce ! Pour le petit, pour Pep, pour Alph, pour tout les autres. Laisse-les ! Laisse-les vivre, tu entends ! Ils n'ont rien demandé ! Ils m'ont juste suivi. Ils ne sont pas prêts au destin qui m'attends. Ils ont peur eux. Pas moi. … Allez ! Prends-moi qu'on en finisse. … Prends-moi ! … Prends-moi ! … Prends-moi, par pitié, prends-moi ! Est-ce que je mérite de vivre ? Est-ce qu'un homme qui conduit son équipage à la mort mérite de vivre ? Prends-moi !! Prends-moi !!! »

L'homme, seul face au ciel d'un bleu parfait, vide de tout nuage, de toute ombre, allongé sur le sable fin de la plage, continua de hurler. Longtemps. Ce qu'il attendait ne semblait pourtant pas prêt à se manifester. L'air était calme, les oiseaux chantaient, les bouts de bois imbibés d'eau qui l'entouraient séchaient peu à peu au soleil.
Une vaguelette vint lui lécher le bout des doigts. Ses cris redoublèrent.

« Prends-moi ! » s'égosillait-il. « Prends-moi ! »

Il pleurait pour de bon maintenant. Et ses larmes glissaient jusqu'aux vagues qui se retiraient en les emportant avec elles.
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