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 L'épée des Opreygnac [nouvelle fantasy - AT Sword & sorcery - dead line 30/4/16]

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Eponine
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MessageSujet: L'épée des Opreygnac [nouvelle fantasy - AT Sword & sorcery - dead line 30/4/16]   Sam 19 Mar 2016 - 22:00

Post 1 - Acte I
Je candidate avec cette nouvelle à l'AT Sword & Sorcery, pour le 30 avril 2016. J'ai le temps et à la fois, ça va passer très vite, surtout s'il y a du travail. Dans cet optique, tous les points de vue m'intéressent, surtout les plus critiques. Mon objectif étant d'être sélectionner, mais aussi de progresser.
Merci de votre temps et de votre aide.
Consignes :

Spoiler:
 

———


Imaginez-vous qu’une arme puisse entendre ? Le conseiller Tarquin de Puyvalon, lui, le croyait. Il le croyait si fort que sa maisonnée finit par s’en convaincre. Lorsqu’il regagna sa chambre avec une épée, sa servante s’interrogea cependant sur sa santé mentale. Il tenait l’arme comme s’il eût porté un bébé et quand il la déposa avec mille précautions, sur son siège préféré, la jeune femme décida qu’elle n’en verrait pas davantage. Elle le salua à la hâte, trottina jusqu’à la porte qu’elle franchit avant de la refermer sur l’homme, qui n’avait même pas perçu sa présence. Les mains derrière le dos, Tarquin arpentait la pièce, qui résonnait du martèlement rageur de ses talons.
— Ton frère est l’unique responsable ! explosa-t-il en agitant l’index en direction de l'épée. Moi, je n’ai jamais voulu en arriver là.
Le conseiller était plus exaspéré qu’il en avait l’air. Elle, bien sûr, ne répondait pas. Par « bien sûr », je n’entends pas « l’acier ne parle pas », mais davantage « l’espadon ne voulait pas. . » Son silence n’avait, en effet, pas tout à voir avec son état d’arme. Il remontait à leur enfance, peut-être d’au-delà, bien que les derniers jours auraient suffi à l’expliquer.
— Nos noces nous offraient le moyen de mettre fin à cette querelle ! La population de Fosse s’en serait sentie rassemblée et le gouverneur soulagé. Mais non ! Une fois de plus, il a fallu qu’Amias me défie et toi... À ton habitude, tu l’as imité.
— Et toi, tu l’as tué ! gronda une voix féminine, qu’il était seul à entendre. Tu l’as abattu en lâche. Et regarde ce que tu m’as fait.
Des reproches, enfin ! Tarquin ne redoutait rien plus que son silence. Ses paroles étaient dures et partiellement justifiée. Amias d’Opreygnac conduisait les troupes de Fosse. À en croire ses soldats, il valait, à lui seul, cinq chevaliers. Puyvalon savait se battre, mais avec bien moins d’instinct et de talent qu’il en mettait pour modeler la magie et plier la matière à sa volonté.
— C’est vrai, Séraphine, mes hommes le tenaient. Qui suis-je pour l’affronter en combat singulier ? Ne t’y trompe pas ! Je ne l’ai pas défié, je ne me suis pas immolé au nom d’un vague code, je l’ai éliminé. Quant à toi, au lieu de te jeter à mes pieds, au lieu de supplier, il a fallu que tu me braves.
Il la revoyait, penchée sur le corps d’Amias, qu’elle berçait sans s’en rendre compte. Elle avait levé sur lui une face bouffie, brillante de larmes et malgré ses imperfections, il l’avait trouvée belle. Puis elle avait parlé. Elle lui avait lancé au visage son odieux : « je vais fondre sur toi, et telle l’épée de la vengeance, au nom des miens, je jure de réduire ta vie en cendres. » Elle avait tout gâché.
Tarquin avait alors attrapé sa chevelure d’ébène pour la traîner jusqu’à sa chambre. Sa main libre avait ramassé l’arme du dernier des Opreygnac. Puisque Séraphine s’imaginait comme l’épée de sa lignée, l’enchanteur allait l’aider à se réaliser. À ce moment encore, la jeune femme aurait pu l’apaiser, mais la colère l’avait submergé. Elle s’était déversée en bordées d’injures qui avaient alimenté le besoin du mage de la soumettre. Alors, comme il en avait en partie le pouvoir, il l’avait fait. Avec les larmes de la jeune femme, il avait lié son cœur à l’acier. D’une blessure causée par l’un de ses sbires, il avait tiré du sang pour sceller le corps féminin. À partir du souffle de la Belle, il avait capturé son âme. L’arme de son frère décédé avait servi de réceptacle. Du métal désormais enchanté, le mage avait seulement prélevé un peu de substance pour forger un anneau et enchaîner à lui, sa belle fiancée. Dès lors, il avait tout su d’elle, de ses mots, de ses pensées. Elle, en écho, avait perçu, sans certitude, ce qu’il faisait.
— Et Sylas ? A peine en ville, il te provoquait déjà ! souligna-t-elle.
— Montauvent ? C’est différent.
Son regard se troubla tandis qu’il se remémora la façon dont les derniers jours avaient bouleversé leur existence et le rôle qu’y avait joué l’étranger.
Las des querelles qui opposaient ses politiques, le gouverneur se montrait irritable. Il tenait à ce que ses proches montrassent un front uni au regard de la cité. Les désaccords entre Puyvalon et Opreygnac, ses conseillers les plus estimés, sapaient les fondations de la confiance qu’il s’efforçait d’obtenir de la population. Aussi, leur avait-il très clairement signifié que la prochaine incartade leur coûterait plus qu’ils étaient prêts à payer. L’importance qu’un dirigeant accorde au regard du peuple, est une donnée qu’il ne faut jamais négliger. Amias le savait. C’était la raison pour laquelle il n’avait pas désigné le protecteur de sa soeur parmi les fines lames de la cité. Il avait fait venir un homme du nord, dans l’idée que ses actes pourraient passer pour des élans de chevalerie spontanée. Bien qu’elle considéra cette précaution comme inutile et qu’ils ne se furent jamais rencontrés,  Séraphine avait fini par accepté de rencontrer le mercenaire. Mais le reître ne devait arriver que trop tard.
Montauvent s’était révélé un parfait agent du hasard.
Avant qu’il soit arrivé chez Opreygnac, la milice savait qu’il s’y rendait. Tarquin n’avait rien eu à faire ! De lui, le conseiller n’avait d’ailleurs appris qu’ensuite les quelques détails qu’on lui avait rapportés. Ils lui venaient de la garde, d’un tavernier à qui l’homme avait demandé sa route, et d’elle avec sa décevante naïveté. Le combattant, un mercenaire à la solde du conseiller Opreygnac, avait agi de son propre chef et était allé au-delà de ce que le mage espérait.
Au sorti d’un amoncellement nuageux, la lune frissonnante suivait l’insensé qui bravait les intempéries et ce que la nuit cachait de plus sombre.
Il était passé devant l’hôtel des Puyvalon sans remarquer le porche magnifiquement sculpté. La bruine le harcelait et il était pressé. De plus, le peuple restait, la plupart du temps, insensible à la pierre, sauf lorsqu’elle l’écrasait. Une centaine de souffles plus tard, il était arrivé au palais. Il ne s’était pas arrêté davantage, malgré la façade illuminée, visible à travers les grilles du parc. Puis, un millier de pas plus loin, le temple de la déesse de la justice, lui, l’avait incité à ralentir. S’était-il découvert devant l’effigie de la divinité ? Avait-il murmuré son nom avec ferveur, pour que de lui, ensuite, elle se souvienne ? Peut-être son cœur lui avait-il paru plus léger, lorsqu’il avait repris sa marche. Peut-être. Ce qui était certain, c’était que du parvis du temple, même par temps de brouillard, on voyait l’hôtel des Opreygnac.
La perspective de se soustraire à l’assaut persistant de la pluie l’avait alors incité à forcer l’allure. Il avait enfoncé sa tête dans ses épaules, par réflexe, dans l’idée enfantine de protéger son cou, puis ses doigts maladroits avaient tirés sur la chaîne. Sans doute avait-il insisté, pour finir par comprendre que le gardien n’ouvrirait pas. Il avait donc poussé la porte et une fois dans le parc,  avait découvert une forme au bord du chemin. L’homme était déjà mort, bien que son corps ait préservé autant de chaleur que l’on pouvait en retenir sous cette pluie gelée. Là, le mercenaire avait sorti son glaive et observé la nuit. A ce moment, Tarquin avait entendu ses bottes faire crisser les graviers. On avait beau y être préparé, la certitude, que ce que l’on devait éviter, venait de se produire générait de l’anxiété. Sylas Montauvent avait été engagé pour protéger Séraphine d’Opreygnac. Il se trouvait à Fosse depuis moins de deux heures et déjà, il avait échoué.
Cette prise de conscience progressa rapidement dans son esprit. La gorge et les mâchoires contractées, il rejoignit le bâtiment principal. Il avait enjambé les corps des molosses et n’entendait que le son rauque de sa respiration. La porte, entrebâillée sur la pénombre, alimentait ses pressentiments. Malgré son expérience, il hésita, quelques secondes, puis entra. La lune compatissante traçait sur le sol un rectangle lumineux qui ne réussissait pas à chasser l’angoisse qui rampait en lui. Lorsque ses yeux s’habituèrent à l’obscurité, il perçut un escalier, au fond de la salle. Une silhouette inanimée était étendue sur les marches. Il avança la tête vide, s’accroupit et retourna l’homme. Sylas ausculta instinctivement la base du cou. En vain. Le corps était devenu dépouille. Il monta à l’étage, dépassant d’autres infortunés qui n’avaient pas trouvé le moyen de survivre. Aucun n’avait été volé. Leur vie semblait avoir été le seul bien, que l’on avait cherché à prendre.
Amias d’Opreygnac était couché dans sa chambre. Tarquin avait souhaité donner l’apparence du sommeil à l’éternité qu’il lui avait offerte. Il venait de lui rendre l’épée, qu’il avait posée près de lui, avec autant de précautions que s’il eût été question d’une femme, ce qui désormais était vrai. Sylas le devinait-il ? Nul n’aurait su le dire. L’enchanteur salua cependant l’instinct de l’étranger. L’entendant approcher, il avait mêlé les mots qui le dissimuleraient. L’intrus ne le voyait pas, et, pourtant, une part de lui le cherchait. Le conseiller perçut néanmoins que le regard du guerrier revenait constamment vers la lame et que l’émotion qu’elle lui causait éclipsait presque la contrariété d’être arrivé trop tard. Ce détail et sa clairvoyance l’avait incité à se méfier. C’étaient eux qui d’une certaine manière l’avaient poussé à vouloir le neutraliser. En attendant d’en découvrir le moyen, il décida de lui laisser la place.
Alors que Sylas tendait une main hésitante vers l’épée, Tarquin rejoignit le couloir, la porte, les jardins puis l’entrée. La pluie s’était arrêtée. L’huissier reposait sur le sol, à quelques pas.
— Toi, tu ne garderas plus rien ni personne, murmura-t-il à son intention. Plus jamais tu ne donneras l’alerte. Plus jamais…
Et tandis qu’il prononçait ces mots, le désir qu’il en fut autrement germa dans son esprit. Il s’accroupit. Lentement, il laissa son imagination dissoudre son corps. Lorsqu’il devint brume, il dirigea la vapeur jusqu’au nez du défunt où elle s’engouffra. Bientôt, son intention animait les muscles sans vie, sa volonté dictait ses émotions et ses paroles. Le mort s’appelait Dilias. Il était le portier des Opreygnac. Sentant ses maîtres menacés par l’incursion d’un soudard étranger, Dilias allait informer le gouverneur qu’un reître inconnu assaillait l’un de ses conseillers.
Mais à ce moment-là, Sylas ne se préoccupait pas de Tarquin. Ses doigts avaient atteint la lame. Ils avaient frémi sous sa chaleur. De peur ? D’étonnement ? Puyvalon avait transformé cet endroit riant en un luxueux charnier et Montauvent y avait découvert la vie. Avait-il compris tout de suite qu’elle avait trouvé, à travers ce fer, le moyen de continuer ? Certainement pas. Le guerrier appartenait à ces hommes pour lesquels une chose était possible ou ne l’était pas et selon ses critères, celle-là ne l’était pas. Il s’en était fallu de peu qu’il sortît et changeât la maison en feu de joie. Il aurait ainsi tout purifié d’on ne savait quelle présence maligne. Tout, sauf l’épée, qui ne brûlait pas. Séraphine le comprit et mesura la vanité du geste. L’arme ne fondrait pas. Elle ne la libérerait pas, et puisque son essence demeurerait captive, Damoiselle Opreygnac sentirait ses chairs fantômes se calciner. Ça aussi c’était une première. De la Séraphine d’hier, il restait des pensées, des volontés, pas de corps. Comment les mettre en œuvre ? Comment communiquer ? Elle hurla de désespoir, du moins l’aurait-elle fait, si elle en avait connu le moyen. La main, qui de nouveau s’était tendue, recula vivement. Délaissant l’espadon, la paume s’empara du pommeau du glaive qu’elle maniait d’ordinaire tandis que l’homme se levait d’un bond. Il allait disparaître. Déjà, il courrait vers la porte. À défaut de pouvoir suspendre ses gestes, Séraphine immobilisa ses pensées et l’instinct prit le dessus.
— Tu m’entends, s’exclama-t-elle d’un ton vibrant d’espoir.
— Tu… Tu me parles ?
L’échange avait coupé l’homme dans son élan. Il continuait néanmoins à reculer, lentement.
— Une épée, ça ne parle pas, murmura-t-il, hésitant, donc j’entends des voix. Je… Je reviens avec un prêtre.
— Plus tard ! Là, j’ai besoin de toi.
Le guerrier s’arrêta un instant, puis poursuivit son repli.
— Toi, plus tard ! rugit-il en repoussant le battant. Je ne traite pas avec les choses comme toi. Il me faut un homme de prières.
— Tu avais promis à mon frère !
De nouveau, il s’immobilisa. Il resta si longtemps sans bouger qu’elle pensa qu’il était parti. Puis le plancher se remit à grincer.
— Tu es là ? souffla-t-elle.
— Tu es Séraphine ? Mais que s’est-il passé ?
Elle lui raconta tout, de la rivalité politique qui opposait les deux familles à la façon dont l’enchanteur l’avait emprisonnée, et cette sensation, que Tarquin, sous l’apparence de Dilias, parlait à Polycarde de Sartagne. Le maître de la cité apprenait par sa bouche que des brigands avaient pénétré chez elle, derrière un mercenaire étranger. Ce dernier avait les traits de Sylas. La garde allait arriver.



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Dernière édition par Eponine le Mar 29 Mar 2016 - 21:14, édité 6 fois
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Eponine
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MessageSujet: Re: L'épée des Opreygnac [nouvelle fantasy - AT Sword & sorcery - dead line 30/4/16]   Mer 23 Mar 2016 - 21:58

Eponine a écrit:
Post 2 - Acte II - Première partie.

———


— À présent, il faut partir, conclut-elle. Le palais se trouve à moins de temps que nécessaire pour finir une chanson et le guet est en route.
— Je ne peux pas te laisser.
— Ça, non ! Tu ne peux pas, mais tu es fort et j’ai perdu du poids, tu devrais pouvoir me porter.
Il sourit brièvement. Malgré l’amertume que trahissait sa voix, la demoiselle d’Opreygnac puisait dans son énergie pour lutter contre le désespoir.
— Tu devais être une sacrée guerrière, dit-il.
Il la saisit d’une main ferme, apparemment insensible à sa chaleur et à ses frémissements. Apparemment. On prétend qu’un combattant ne peut rester indifférent devant une telle lame. Pas un homme ne saurait résister au moindre geste de Séraphine.
— Tu lui as fait tes adieux, poursuivit-il. Ils vont enlever le corps et plus rien ne sera possible. Veux-tu que je pose sa paume sur toi ?
— Non, pas d’adieux, s’étrangla-t-elle, j’en suis incapable. Je veux seulement que le mage paie !
— Je suis là pour ça, ma Belle, répliqua-t-il sans remarquer la familiarité du ton. Ton marmonneur de nuits sans lune croit que nos actes dépendent du fil qu’agitent ses doigts déliés. Il va apprendre qu’il se trompe. Faisons le tour des victimes avant de décamper. Je dois savoir si l’un des tiens a sauvé sa peau.
Incapable de hocher la tête, elle acquiesça d’un frémissement.
Sylas avançait dans les couloirs, s’immobilisant près de chaque corps, qu’il lui montrait avant de poursuivre.
— Je n’étais pas une guerrière, murmura-t-elle. Amias, lui, l’était, depuis toujours.
— Eh bien, tu en as la trempe. Maintenant, il faut m’aider. Souviens-toi de tout ce qui s’est passé. Y avait-il quelqu’un d’autre chez toi ?
— La nuit était tombée, expliqua-t-elle d’une voix dont l’émotion éraillait le timbre. Amias s’était attardé avec ses amis, tous membres de la garde du palais. Moi, je m’étais retirée avec Ormina, ma servante. Nous ne leur prêtions aucune attention, ces rassemblements étaient fréquents. Mon frère estimait que l’on parle mieux avec un verre à la main, quand la chère a été bonne. Et puis les bruits ont changé. Le ton s’est modifié. Des gens couraient, Ormina a lâché ma brosse et m’a regardée, les yeux noyés de terreur. Cauvin a martelé le battant. Il criait que la maison était attaquée et qu’Amias m’ordonnait de fuir.
Séraphine marqua un instant de silence. Le mercenaire pouvait suivre le fil de ses pensées aux tremblements du pommeau dans sa paume.
— Je ne pouvais laisser mon frère, Sylas, poursuivit-elle. Nous n’avons jamais été séparés, pas même dans le ventre de notre mère. Non, je ne le pouvais pas. Ormina, elle, n’avait aucune raison de rester. Je lui ai demandé de fuir et d’aller chercher de l’aide. Cauvin n’avait pas le temps d’insister. Si ma servante devait sortir, il devait l’escorter jusqu’à la poterne, avant que des bretteurs s’interposent. Il posa sur moi un regard terrible, et entraîna la jeune femme, qui si elle se pressait, pouvait nous sauver. Tous les autres, y compris Dilias, sont restés.
Dilias, ils l’avaient compris, constituait une énigme, qu’ils devraient résoudre après s’être mis à l’abri. Rien ne les retenait plus ici, si ce n’était, pour Séraphine, des souvenirs aujourd’hui douloureux. Elle demanda au mercenaire de prendre son jeu de clés pour refermer chaque porte. Née dans cette maison, elle refusait de la laisser aux mains des pillards. Ensuite, ils partiraient. Montauvent savait que le guet fouillerait chaque pièce. Le respect, qu’ils portaient aux Opreygnac, pousserait les soldats à préserver les lieux et à verrouiller soigneusement chaque battant trouvé clos. Le temps qu’ils perdraient à chercher un trousseau, à ouvrir, puis à refermer, offrirait à Sylas de précieuses secondes. Ils refirent donc, le tour de la maison et opérèrent un dernier contrôle. Lorsqu’ils eurent acquis la certitude que seule Ormina manquait, ils rejoignirent le parc.
Dans le ciel parsemé d’étoiles, la lune les couvrait de son regard candide.
Le mercenaire leva la tête.
— La nuit est claire, remarqua-t-il en courant jusqu’au premier arbre. Tu sais où en est le guet ?
— À moins de cent pas de la grille, souffla-t-elle. Sous les traits du portier, Tarquin les guide.
Elle sembla hésiter un instant puis reprit.
— Pourras-tu éviter le combat, Sylas ? Ces gens font ce qu’ils doivent faire et certains étaient proches d’Amias.
— Je ferai ce que je pourrai, ma Douce, répondit le mercenaire. Ce soir, les amis de ton frère ne m’aiment pas beaucoup et je crains qu’ils n’acceptent pas qu’on leur dise qu’ils ont tort. Guide-moi vers la poterne.
D’arbres en buisson, Sylas progressa, à demi plié, au gré des directives de Séraphine. Il profitait autant que possible de l’abri que lui offraient les ombres. Lui aussi préférait éviter l’affrontement. Il avait déjà eu à venger des frères d’armes et la motivation de ces gens lui semblait louable. Mais la vraie raison n’était pas là. Le mercenaire avait rengainé son glaive. Depuis qu’il avait quitté la chambre d’Amias, c’était l’espadon des Opreygnac dont le manche faisait vibrer sa paume. La jeune femme avait dit que l’arme ne la retenait que depuis quelques heures, et le guerrier ignorait comment elle vivrait son baptême du sang.
— Veux-tu que je te range ? murmura-t-il en observant les hommes d’armes se presser dans l’allée en direction de la bâtisse.
Un feulement, parfaitement relayé par une vibration, répondit à sa demande. Le guerrier s’immobilisa, puis le bruit d’une porte que l’on claque l’incita à reprendre.
— Ils sont entrés, annonça-t-il, deux seuls restent dehors. Nous devrions tenter une percée. Ils auront vite fait le tour et ensuite, nous serons coincés.
— Je comprends que tu aies pu l’ignorer, grogna-t-elle, mais je ne suis pas de celle que l’on range !
— Calme-toi, répondit-il avec douceur, je ne l’ignore pas. Je voulais seulement éviter que ton premier sang soit celui des compagnons de ton frère.
Il courut de l’arbre qui le protégeait à la paroi.
— Où est Puyvalon ? s’enquit-il.
— À la fenêtre de la chambre d’Amias, susurra-t-elle, inquiète. Je ne sais pas s’il nous voit.
— Ça n’a aucune importance, murmura Sylas, en s’appuyant contre le mur. Il n’usera pas de sa magie en présence des soldats. Contre nous, il ne peut rien. Connaissait-il l’existence de la poterne ?
— J’en serais étonnée. Comme tu l’as constaté, il ne s’entendait guère avec mon frère. Quant à moi, je n’évoque pas les défenses d’une place forte sans y être obligée.
— Dans ce cas, allons-y. Nous n’aurons peut-être pas à nous battre, répondit-il en laissant son pouce glisser sur le pommeau, avant de se décoller de la paroi. Tu restes dans ma main.
Tandis qu’il prenait le trousseau de la jeune femme, la lune détourna son regard, pour se perdre sur la façade. Elle erra un instant puis s’immobilisa sur une fenêtre.
De la chambre d’Opreygnac, Puyvalon, sous les traits du portier guettait à travers les carreaux. Le défunt ne lui avait pas confié où se dissimulaient les défenses, mais Dilias, lui, le savait. Par ailleurs, l’anneau de chair et d’acier qu’il portait l’avait renseigné sur tout ce qu’avait perçu sa Belle.
— Toi, tu vas payer ! grinça-t-il. Pour le « tu », qu’elle emploie lorsqu’elle te parle. Pour les moments où elle vibre sous tes doigts. Pour la pulpe de ton pouce qui s’égare sur le fichu manche de cette saleté d’épée et pour le trouble qui se répand en elle, et du coup, en moi !
— Que dis-tu ? demanda l’un des gardes qui s’étaient attardés devant le corps.
— Je dis que j’en rage, que mon maître a laissé sa peau pour une fichue épée. Je dis que le fils de chienne qui a fait ça, il doit payer. Je dis que j’ai entendu son nom et que je connais son visage.
Son interlocuteur hocha la tête et posa une main apaisante sur son épaule.
— Ne t’en fais pas, répondit-il. Le scribe a noté tout ça et il n’éternuera pas à Fosse sans qu’on lui tombe dessus.
Lorsque l’attention se fut détournée de lui, Tarquin décida de vérifier s’il pouvait faire usage de sa magie en présence des gardes. Il porta son regard dans la pénombre, sonda l’air humide jusqu’à la muraille chargée de lierre et s’insinua à travers les feuilles. De là, la conscience de l’enchanteur glissa, de pierre en pierre, jusqu’à l’huis. Il y sentit les doigts de Sylas, puis la clé. Il lui fut facile d’imaginer que l’outil mal ébavuré résistait dans la serrure et le claquement mat, léger, mais perceptible qui précédait le déclic.
Il eut une pensée pour Séraphine. Ce qui allait suivre la changerait, mais la situation semblait déjà tellement irréversible.
Intrigué, l’astre nocturne remonta le regard du Puyvalon, fil invisible, dont les ondes magiques bouleversaient ce qu’elles croisaient.
Au-delà du muret, les gardes se figèrent. Le son avait été ténu. Ils l’avaient cependant entendu l’un comme l’autre. Quelqu’un ou quelque chose tentait de franchir cette issue. Le plus âgé fit signe au plus jeune et se plaqua contre la pierre. Son compagnon se rendit parfaitement visible de la porte. Si l’ennemi l’attaquait, l’ancien l’immobiliserait par-derrière. Les adversaires ne pouvaient être nombreux, un, deux tout au plus. Davantage, ils n’auraient pas été assez discrets pour échapper aux miliciens qui fouillaient l’intérieur.
— Sylas, il se passe quelque chose !
Séraphine avait sursauté si fort qu’elle avait failli lui glisser des mains. Devant lui, la porte entrebâillée restait immobile. Si quelqu’un se trouvait au-delà, il ne bougeait pas et l’angle d’ouverture était trop aigu pour que le guerrier puisse voir.
Dans l’arme, la jeune femme retenait ce qui lui semblait être son souffle, mais Sylas ne s’en préoccupait pas. Seul son pouce, qui de nouveau caressait le cuir qui gainait le manche, indiquait qu’il avait conscience d’elle.
D’un coup de botte, il heurta le battant pour élargir son champ de vision. Des sédiments ralentirent la course de la porte, qui épargna le vieux soldat. Le second adversaire se trouvait néanmoins devant Sylas, et l’appelait d’un signe.
— Allez, approche, misérable ! s’exclama-t-il. Je t’attendais pour te régler ton compte.
Montauvent n’avait pas franchi le seuil et observait les lieux. La poterne donnait dans une ruelle. Il serait desservi par l’espadon dont la longueur dépassait les deux mètres. En face, l’homme brandissait une épée de guerre, deux fois moins encombrante que la sienne. Sylas pourrait le maintenir à distance, mais si le milicien réussissait à se rapprocher, le mercenaire perdrait.
— Viens, continuait son opposant. Je constate que tu as trouvé une belle arme, on va voir si tu peux la garder.
Il reculait toujours.
— Que se passe-t-il ? demanda Séraphine.
— Sieur Lame de bois veut que je me risque dans la ruelle, répondit calmement Sylas. Si je l’écoute, je ne le laisserais pas faire un pas. Je l’embrocherais peut-être. Il le sait, mais il veut quand même.
— Lame de bois, il t’emmerde. Maintenant, tu la fermes et tu viens là !
— Pardonne-moi, reprit Sylas, à l’attention de sa protégée.
— Qu… bredouilla le milicien.
Le mercenaire lâcha l’espadon. D’un coup de botte, il le fit glisser au loin. Le raclement du métal sur les pavés attira l’attention de son adversaire, qui tourna la tête. D’une roulade, Sylas approcha. Il se releva à quelques centimètres de son adversaire, trop près pour que l’autre puisse faire usage de son arme.
— Et maintenant, on fait quoi, Lame de bois ? demanda le mercenaire.
Une hésitation passa dans les yeux du milicien. Durant une fraction de seconde, moins peut-être, il chercha le regard de l’ancien. Ce dernier avançait vers eux, aussi silencieux qu’il pouvait l’être. Montauvent comprit. Avant qu’il ait réfléchi, sa main gauche avait saisi le col de son adversaire et la droite son poignard. Il tourna, Lame de bois contre lui, et lança son fer en aveugle. Moins d’un souffle plus tard, l’arme vibrait au centre de la pomme d’Adam du vieux soldat. Son compagnon lâcha son épée et rugit de douleur.
— Va voir, cria Sylas en le poussant en avant.
Il rejoignit Séraphine, la ramassa et s’éloigna en courant.
— Pardon, répéta-t-il.
Elle ne répondit pas, mais maudit le mage.

Suite en cours de rédaction.



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MessageSujet: Re: L'épée des Opreygnac [nouvelle fantasy - AT Sword & sorcery - dead line 30/4/16]   Lun 4 Avr 2016 - 11:33

Eponine a écrit:
Post 3 - Acte II - Seconde partie.

———


Le mercenaire s’était fondu dans la nuit. Pendant d’interminables instants, il avait fait des tours et des détours, en déployant ses sens. Le son de ses pas n’avait pas d’écho et l’obscurité absorbait jusqu’à son ombre.  
– Je ne voulais pas, chuchota-t-il. Je n’ai même pas sorti d’arme. Ça n’aurait pas dû arriver.
– Je sais, murmura-t-elle. Quand tu as ouvert les doigts, j’ai cru tomber. J’ai tenté de me retenir et je me suis retrouvée assise.
– Assise ?
– Assise. J’ai tout vu. J’allais te dire de prendre garde, mais tu as compris seul.  
Elle observa un moment de silence avant de reprendre.
– Je suis fatiguée, Sylas. Le sort joue contre nous. Je me sens découragée et totalement démunie.  
Il hocha la tête et regarda ces rues qui se ressemblaient toutes, ressassant l’idée qu’il ne pouvait regagner son auberge avec elle.  
– Je vais trouver un abri où nous allons dormir. Nous réfléchirons demain.
– Il n’y en a pas, soupira-t-elle. Pas à Fosse. Pas pour nous. Le mieux serait de rejoindre le temple. Même si on te voyait y entrer, personne ne t’y délogerait. Les prêtres appliquent la protection de la dame de justice.  
Bien sûr. La ville honorait la déesse de l’ordre. La règle qu’évoquait Séraphine était ancienne, mais tous la connaissaient et peu de combattants ou de légistes oseraient la contourner.
– D’accord, ma Douce, murmura-t-il. Je t’emmène au temple.
Il leva les yeux et se dirigea vers la flèche visible de n’importe quelle rue. Lorsqu’ils furent à proximité, le guerrier ralentit et se rapprocha des parois aux ombres protectrices.
— Nous y sommes, dit-il. La chapelle est fermée. Je vais la contourner.
Les habitants de Fosse avaient soufflé leur chandelle et la nuit régnait, incontestable
Sylas s’immobilisa devant une porte, saisit le heurtoir et frappa. Il n’eut pas à patienter longtemps. Un individu au visage blême fit coulisser le guichet dans le battant.
— Que veux-tu ? s’enquit-il.  
– Parler à l’officier du culte. Je suis l’envoyé des Opreygnac. Le conseiller et sa sœur attendent aide et soutien et moi, je demande asile et justice.
L’homme baissa les paupières, semblant chercher un sens à ces paroles.
— Resterait-il quelque chose à faire pour le conseiller et sa sœur ? souffla-t-il.
– Pour lui, accomplir ses dernières volontés et lui apporter la paix. Pour elle, tout doit-être tenté.
Le guichet claqua, puis la barre quitta ses arceaux pour libérer l’accès. Le vantail de bois s’écarta sur un couloir, où l’éclat anémique de la chandelle du prêtre rivalisait avec les ténèbres. Leur hôte s’appuya contre la paroi pour que Sylas puisse entrer.
– Que la déesse t’entende, murmura-t-il.
Une fois dans le presbytère, les deux hommes s’observèrent. Ils cherchaient, l’un en l’autre, le détail qui leur permettrait de se faire confiance.  
– Ce que j’ai à vous dire est difficile à croire, mon père, risqua le mercenaire.
– C’est sans doute la raison qui t’a mené à moi, fit-il avec un sourire fugace. Je suis un homme de foi.
– Séraphine m’a mené à vous.
– Où se trouve-t-elle ?
– Là, répondit-il en tendant vers lui le pommeau de l’arme.
L’incrédulité perça à travers le silence et emplit la pièce.
– Il ne m’entend pas ! s’exclama Séraphine affolée, je lui parle depuis que nous nous trouvons face à lui et il ne m’entend pas.
– Alors il te sentira, répondit Sylas, puis replongeant dans le regard inquisiteur du prêtre, il poursuivit. Elle ne réussit pas à établir le contact. Elle est épuisée. Touchez là, elle a besoin de votre aide.
Ce qu’il lut sur le visage de l’étranger convainquit le religieux. Il avança une main tremblante, s’immobilisa à quelques millimètres de la garde, puis y déposa l’index. Comme le guerrier avant lui, il retira vivement son doigt, pour l’approcher de nouveau, effrayé, mais fasciné par la chaleur corporelle que retenait l’épée.  
– Déesse ! s’exclama-t-il en levant les yeux vers la voûte, mais que lui est-il arrivé ?
– Puyvalon, maugréa Sylas, voilà, ce qui lui est arrivé. Son frère a été assassiné et ses gens massacrés.
– Je sais, souffla le religieux, comme s’il craignait qu’on les entende. Je suis allé à l’hôtel des Opreygnac. Je rentre à peine.
Il marqua un moment d’arrêt, le regard perdu dans un lieu où l’horreur régnait en maîtresse. Il frissonna et resserra sa bure contre son corps maigre avant de reprendre.
– La nuit a guidé, vers moi, ses égarés. Je vais devoir les protéger et si votre accusation est fondée, que toutes les divinités nous viennent en aide.
Il se dirigea vers une petite porte et l’ouvrit.
– Entre, ma fille, tu ne crains rien.
Des pas légers approchèrent. Une jeune femme franchit le seuil. Elle avait le visage d’une biche aux abois et hésitait sur l’endroit où elle devait se mettre. Puis, ses traits s’éclairèrent, son minois chercha quelque chose qui aurait dû se trouver à proximité de l’étranger.
— Ma Dame ! s’exclama-t-elle entre pleurs et espoir. Où êtes-vous ?
La réponse qu’elle reçut ne dut pas la satisfaire. Elle se précipita vers Sylas, fondit en larmes et se laissa tomber devant l’épée.
– Par la déesse, mais, que vous ont-ils fait ? Les bandits… Les misérables…
Son confesseur la dévisageait. Il avança et posa la main sur l’épaule de la jeune femme.
— Tu l’entends ? demanda-t-il en tendant l’index vers l’arme. Dis-moi, ma fille, tu es sûre que c’est elle ?
La demoiselle de compagnie répondit d’un hochement de tête et se pencha vers la lame.
– J’ai couru jusqu’au palais, expliqua-t-elle. Non ! Je n’avais jamais vu ces gardes. Pourtant, je les connais ! Ne dit-on pas « joli cœur comme un homme du guet » ? Ils m’ont, tous, tourné autour, mais ceux-là, j’ignore d’où ils sortaient. Ces malfaisants m’ont empêché d’entrer et à cause d’eux, je n’ai pas vu le gouverneur.
– Mais ils étaient bien du palais, intervint le mercenaire.
– Bien sûr qu’ils en étaient ! s’offusqua la suivante. Je sais reconnaître l’uniforme de la cité.  
Il tourna la tête vers le prêtre et se pencha vers lui.
– Puyvalon est conseiller, chuchota-t-il, ses hommes peuvent avoir infiltré la garde.
– Alors je suis venue au temple, poursuivit la jeune femme à l’attention de l’épée. Comme de juste, il n’y avait pas âme qui vive. Je dois pourtant que révéler à notre seigneur le nom de l’assassin !
– Notre hôte t’en donnera l’occasion, affirma le mercenaire en sondant le regard du prêtre, n’est-ce pas mon père ?
Il acquiesça sans chercher à se dérober.
– Bien sûr. La vérité est fille de ma déesse, je mettrais tout en œuvre pour qu’elle l’emporte. Je me rendrai au palais demain. J’apprendrais ce que les gens disent et je verrais si je trouve le moyen que le gouverneur vous reçoive. Mais, j’insiste sur ce point, nous devons rester prudents.
– Bien sûr, répondit Sylas.
– Justement non ! protesta le prêtre. Ça ne me semble pas si sûr. Un homme est mort, mon garçon, à ce que l’on prétend, de ta main. Ce n’est pas la façon de s’y prendre. Je ne veux pas que tu te promènes dans Fosse, le temps que cette affaire n’est pas tirée au clair. Quant à moi, ce n’est pas le chef de la ville, mais son directeur de conscience que je souhaite rencontrer. Il m’obtiendra une entrevue et je négocierai la vôtre.
Sylas s’accroupit et plongea le regard dans celui de la demoiselle de compagnie.
– Si je te la confie, tu sauras veiller sur elle, demanda-t-il d’une voix douce.
Elle hocha la tête.
– As-tu déjà tenu une arme de cette taille.  
Elle indiqua que non. Il prit alors ses mains qu’il posa sur le métal, prenant soin de les maintenir de ses paumes le temps qu’elles découvrent cette chaleur inhabituelle. Quand le contentement chassa la surprise sur son visage, il la lâcha et se redressa.
– Tu sais t’y prendre avec les jouvencelles, remarqua Séraphine.
Il répondit d’un demi-sourire et rejoignit le prêtre.
– Le garde, c’est moi, soupira-t-il. Je ne voulais pas. Je me doute de ce que vous pensez et mon point de vue vous rejoint, mais je me suis engagé à défendre Séraphine. Pouvez-vous la sortir de là ?
Son interlocuteur secoua la tête.
– Qui le peut ? reprit-il.
– Je le saurai demain. D’ici là, tu vas te reposer. Je vais te conduire à une cellule. Le confort en est sommaire, mais pas au point de t’effrayer. Je serai de retour avant ton réveil, avec des nouvelles.
– Elles seront bonnes ?
– Si vous m’avez tout dit, elles pourraient l’être. Les Opreygnac ont leurs partisans. Amias était proche du gouverneur, on peut même parler d’amitié. Sa sympathie s’étendait à Séraphine. Seulement, nous devons faire vite. Puyvalon ne se laissera pas faire. Prie, mon fils. Prie et fais ce qui doit l’être.

Suite en cours de rédaction.



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MessageSujet: Re: L'épée des Opreygnac [nouvelle fantasy - AT Sword & sorcery - dead line 30/4/16]   Ven 15 Avr 2016 - 13:19

Eponine a écrit:
Post 4.

———


Le prêtre tint sa promesse. Lorsque Sylas ouvrit les yeux, il perçut le claquement des sandales et le pépiement de la suivante qui donnait la réplique au timbre grave du confesseur. Il riait, ce qui semblait de bon augure.
— Tu les entends ? demanda-t-il en s’étirant.
— Il faudrait être sourd, marmonna Séraphine, j’ai froid. Rapproche-moi de toi.
Il baissa les paupières sur la lame, puis hocha la tête en la ramenant à lui.
— J’apprécie que les femmes sachent ce qu’elles veulent, déclara-t-il. J’aurais aimé…
— J’aurais aimé aussi.
— Allons, soupira-t-il, tu ne m’aurais pas accordé un regard. Je suis un homme simple, Séraphine, un gueux et tu es une belle dame. Je ne te reproche rien, mais il ne faut pas mentir.
Elle se mura dans le silence et c’est lui qui reprit en l’approchant encore.
— Tu ne veux pas savoir ce que ton confesseur a à dire ?
— Si.
Il décida d’ignorer la brièveté de sa réponse, sauta du lit et s’habilla. La cellule communiquait avec un déambulatoire, donnant sur un cloître noyé de soleil.
Le prêtre le vit sortir, sourit et vint à lui, entraînant la suivante.
— Les nouvelles sont bonnes ?
— Je rencontre le gouverneur en fin de journée, expliqua-t-il, mais le massacre de la nuit t’est totalement attribué. Déjà, le guet se rassemble autour d’une sorte de faction, qui jusque-là, passait inaperçue. Ses membres, bien que réguliers, n’ont pas été recrutés par Amias, mais ils brandissent douleur et indignation pour fomenter la colère, qui leur sera utile.
— Ils n’ont pas perdu de temps, grogna le mercenaire. Les alliés d’Opreygnac scandent mon nom. Bientôt, ils me mèneront à la potence et lèveront leur coupe à la santé de Puyvalon.
— Non, Sylas ! Nous ne les laisserons pas faire. Un primat de la juste inquisition s’est arrêté à Fosse. Il appartient à un ordre prescient de ma déesse et le gouverneur le reçoit. Il viendra tout à l’heure et je compte qu’il vous entende. Si Séraphine se trouve dans cette arme, il la verra. S’il la voit, tout est possible, y compris qu’il la délivre. Dès lors, la vérité éclatera.
Le même soir, le ministre du Culte observait la façade du palais. Les passants le bousculaient, et il ne réussissait pas à chasser le pressentiment qui s’immisçait en lui. Le primat ne pouvait que se prononcer en faveur de Montauvent. Seulement, en face, il y avait la ville, représentée par le gouverneur. L’homme, bien que jeune, n’était pas de ceux que l’on abuse et tous avaient à cœur, qu’il perçoive leur bonne foi. Le portier des Opreygnac qu’appuyait l’influence de Puyvalon l’avait convaincu de la sienne. Les témoins du temple étaient une suivante qui avait quitté les lieux avant que l’attaquant se dévoile et… une épée. Il soupira et se mit en marche. Devant la poterne, deux gardes croisèrent leur hallebarde pour lui signifier que si la justice fossienne étendait son pouvoir sur tous, on n’y accédait pas comme ça.
— Je suis le prêtre qui entend la milice en confession, expliqua-t-il, le seigneur-gouverneur m’attend et vous, vous devriez me connaître.
La plus âgée des sentinelles émit un grognement que son compagnon dut comprendre puisque les deux armes se séparèrent. Le visiteur se fit indiquer le bureau du maître de la cité. Il franchit le seuil et traversa la petite cour pour rejoindre le bâtiment de justice. L’huissier l’annonça sans qu’il eût à se présenter. Certains, malgré la modernité des temps, continuaient à fréquenter les temples ou restaient capables de déduire à sa bure qu’il était le religieux qu’on attendait.
Par la fenêtre, le dirigeant observait les gardes qui s’entraînaient à l’épée. L’avant-veille, Opreygnac les encourageait. Rigide dans son siège pourtant confortable, le juge ecclésiastique détaillait le nouvel arrivant d’un œil froid. Tarquin faisait le troisième.
— Assieds-toi, demanda le maître de Fosse sans se retourner. En plus du vénérable primat, qui, comme toi, représente l’église, j’ai convié le conseiller Puyvalon à nous rejoindre.
Le prêtre observa l’enchanteur sans chercher à dissimuler sa gêne.
— Allons ! insista le gouverneur en désignant une chaise, ne te fais pas prier, ça ne sied guère à ta charge et m’agace.
Cette irrévérence força le sourire du mage et augmenta la confusion du religieux. Il s’exécuta sous le regard du légat.
— Mon Père, demanda le conseiller, voulez-vous vraiment plaider la cause du mercenaire qui a assassiné Amias d’Opreygnac ?
— Il prétend être accusé à tort et un témoignage confirme ses dires, s’exclama maladroitement le prieur du temple.
— Quel feu ! J’imagine que vous le croyez. Si un de mes proches n’y avait pas laissé sa vie, la candeur de votre engagement m’amuserait.
— L’engagement est cousin de la foi, souligna l’inquisiteur à l’intention du mage. Par lui, la déesse reconnaît ses défenseurs.
— Notre bon père en est donc un, rétorqua Tarquin. Pourquoi, dans ce cas, n’a-t-il pas convaincu cet individu de se rendre ?
— Il ne le souhaite pas, conseiller, répondit le prieur. Il craint qu’on le force à se taire alors que ce qu’il a à dire est accablant.
— Continue, soupira Puyvalon.
— Cet homme vous accuse d’avoir tué Amias d’Opreygnac.
Le gouverneur et son conseiller se levèrent, indignés. Le primat, lui, resta assis, ses yeux enfoncés plongés dans ceux du prêtre, qui avait reculé sur son siège, effrayé.
— Il prétend que vous avez emprisonné sa sœur Séraphine dans l’épée de sa famille, poursuivit-il néanmoins d’une voix forte. Et bien que je ne puisse le confirmer, je sais que l’arme est enchantée. J’ai aussi rencontré la suivante de demoiselle Opreygnac et je crois que notre gouverneur devrait l’entendre.
— Dans ce cas, je le ferai, répondit le dirigeant. Primat, pourrez-vous nous fixer sur cette magie ?
Le légat acquiesça.
— Non seulement je le peux, mais je suis en mesure de libérer la jeune femme si le prêtre, ici présent, dit vrai.
— Parfait. Il est donc inutile de traîner. Pouvez-vous être là demain avec vos protégés et l’épée ?
Le religieux hocha la tête. Son hôte le congédia d’un signe, puis posa le regard sur son conseiller.
— Je veux que cela cesse, Puyvalon, déclara-t-il d’un ton las. Rapidement. Je refuse que la population se défie de ceux qui les gouvernent. Puyvalon promit de faire le nécessaire.
La prescience du juge ecclésiastique représentait la meilleure chance du mercenaire, mais le prieur, qui ne réussissait pas à communiquer avec Séraphine, doutait. L’opinion se prononçait contre l’étranger. Le sang répandu appartenait à une des plus anciennes dynasties fossiennes. On murmurait que, quel que soit le sort de Séraphine, les Opreygnac resteraient, désormais, sans héritiers. Le prêtre rejoint le presbytère inquiet et Sylas ne pouvait laisser la rumeur le condamner. Il décida de s’assurer de l’aide du prélat avant de rencontrer le gouverneur.
L’inquisition se souhaitant indépendante, son représentant ne séjournait pas au temple et ne résidait pas au palais. Il était descendu à l’auberge du glaive, qui se trouvait à mi-chemin des deux institutions.   La lune était haute quand la suivante de Séraphine entra dans l’établissement, sa cape sur ses épaules, le mercenaire sur les talons. Elle se présenta comme la demoiselle de compagnie d’une dame que l’homme d’Église avait visitée et demanda à lui parler. Le tenancier réfléchit, exigea des précisions, qu’elle improvisa et lorsqu’elle glissa une pièce dans sa direction, il posa le regard sur Sylas, se fit prier, mais finit par leur indiquer une chambre.  
L’inquisiteur ouvrit dès qu’ils eurent frappé.  
— Je vous attendais, dit-il. Entrez, et toi, approche. Laisse-moi examiner l’épée.  
— C’est donc une arme, que vous voyez ? s’enquit le mercenaire.  
— Je vois l’arme, je vois la femme, murmura le religieux. C’est si récent que les deux sont dissociables. Je les distingue séparément.  
— Et vous pourrez la sauver ?  
— Je m’y suis engagé.
Sylas déposa Séraphine sur le lit, dont il se tint à moins d’un pas. L’inquisiteur plaqua sa paume sur la lame en frémissant à peine.  
— Raconte-moi, mon enfant. Que s’est-il passé ?  
Le silence tomba en guise de réponse. La suivante s’était approchée du mercenaire et portait sur le juge ecclésiastique un regard superstitieux. Ils restèrent ainsi, l’homme et la femme ignorant ce qu’échangeaient le religieux et la dame.
Lorsque l’attention du primat revint à eux, son visage trahissait l’intensité de ses réflexions
— Je vous aiderai, affirma-t-il gravement. Le conseiller Puyvalon nous rendra raison. Vous pouvez regagner le temple.
Ils rapportèrent au prêtre les paroles de l’inquisiteur et s’endormirent apaisés.
Leur hôte s’attarda devant l’autel. Depuis deux nuits, ses visiteurs perturbaient ses habitudes et il avait besoin de se retrouver. Il n’était pas le seul que le sommeil dédaignait. Alors qu’il recouvrait la paix que ne lui procurait que le silence de ces lieux, il entendit frapper. On ne heurtait pas à la porte du presbytère, mais à la chapelle. C’était à la divinité qu’on souhaitait parler. Comme il se sentait bien, oubliant la prudence, il ôta la barre qui condamnait l’issue. Il recula, sans crainte, laissant venir à lui la silhouette encapuchonnée que lui envoyait la nuit.


Suite en cours de rédaction.



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Dernière édition par Eponine le Lun 18 Avr 2016 - 9:00, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'épée des Opreygnac [nouvelle fantasy - AT Sword & sorcery - dead line 30/4/16]   Ven 15 Avr 2016 - 13:21

Eponine a écrit:
Post 5.

———


Le lendemain, la demoiselle de compagnie des Opreygnac se réveilla la première. Le crépuscule s’annonçait et ses compagnons dormaient. Elle se souvint que ce jour, elle tiendrait sa parole. Elle parlerait au gouverneur. Sa dame allait être libérée et ni l’une ni l’autre n’avait de quoi s’habiller. Elle avait promis de ne pas quitter le temple seule, mais personne n’était éveillé et l’hôtel des Opreygnac s’élevait à quelques pas. Rien ne pouvait arriver.
Forte de cette certitude, elle ouvrit la porte de la cure et glissa dans la ruelle. Au-dessus de sa tête, une aube rose éclairait le ciel, sans réussir encore à s’étendre sur le monde. La suivante serra sa cape autour de ses épaules et avança rapidement dans les voies désertes. Dans moins d’une heure, les commerçants déambuleraient dans les artères obscures. Leurs cris et leurs rires encombreraient l’espace autant que leurs machines à bras. Ils étaient déjà à l’œuvre dans les quartiers plus populaires, mais si elle se pressait, elle éviterait la foule.
Les chemins qui partaient du parvis s’attardaient dans une léthargie qu’encourageaient l’absence de lumière et le froid. Une poignée de spadassins s’y tenaient pour suivre des yeux la silhouette qui quittait la maison de la déesse. Peut-être l’un d’eux songea-t-il qu’elle avait un joli minois. Quoi qu’il en fût, aucun ne s’émut du cri qu’elle poussa lorsqu’ils l’encerclèrent. La terreur dans sur son visage ne les immobilisa guère. Les poignards surgirent hors de leur gaine et frappèrent sans que la jeune femme pensât à se défendre ou à fuir. Le seul geste qu’ils eurent pour elle fut pour s’assurer que la vie ne faisait plus battre sa jugulaire.
Deux heures plus tard, le prêtre posait sur Sylas un regard atterré. Le combattant allait courir à sa perte, comme, durant la nuit, l'inquisiteur l'en avait informé.
— J’y vais, Sylas. Je ne risque rien et on me parlera. J’apprendrais ce qui est arrivé à cette petite.
— Inutile d’insister, répondit le guerrier. Vous n’êtes pas en sécurité. Vous avez entendu trop de choses et vous ne savez pas vous battre.
— Mais Séraphine ? soupira le prieur.
— Justement, Séraphine. Avec vos relations, vous trouverez comment l’aider.
Il posa l’espadon sur la table et le fit glisser vers lui.
— Gardez-la jusqu’à mon retour, mon ami, reprit-il. Cachez-la et ne sortez pas.
— Tu ne comptes pas partir sans moi ! siffla l’épée.
— Si. Pour ce que j’ai l’intention de faire, mon glaive conviendra.
— Tu es conscient de ce qui va se produire ? grogna-t-elle. Tu sais qu’en quittant la cure, tu m’abandonnes ?
Il éclata de rire et pressa la paume contre le manche de l’arme.
— Tu me manqueras, mais elle a besoin de moi.
Il sortit sans attendre de réponse.
Glaive au clair, il avança vers l’auberge où était descendu le primat. Quelque chose avait poussé la suivante de Séraphine à ignorer des consignes qu’elle comprenait. Ça ne pouvait avoir de rapport qu’avec l’entretien qui devait avoir lieu ou avec le religieux étranger. Autour de lui, les commerçants le couvraient de regards hostiles, dont ils ne se préoccupaient pas. Bientôt, il entendit le claquement de bottes. Les habitants prirent leur distance. Six miliciens se dressèrent sur sa route. Une seconde patrouille coupa sa retraite.
— Voyez-vous ça ! s’exclama-t-il avec un sourire amusé. Vous espérez que je vous affronte ? À un contre douze ?
— Je t’arrête, Montauvent, répondit le sergent du guet, pour le massacre de la famille Opreygnac et de sa maisonnée. Jette ton glaive, tu rejoindras le palais sans dommage.
— Sans dommage, répéta le guerrier.
Il s’accroupit, déposa son arme et recula.
— Je vous suis.
À l’aube, le geôlier ouvrit la cellule du mercenaire et s’écarta sur la silhouette du prieur. Sylas se leva pour retomber aussitôt.
— Déesse, que t’arrive-t-il ? s’exclama l’homme du temple en se précipitant pour le soutenir.
— Ils pensent que j’ai tué leur capitaine, grimaça le prisonnier. Vous n’auriez pas dû venir. Ne prenez plus mon partie, mon père. C’est dangereux et inutile. Consacrez-vous sur ce qui mérite votre attention.
— Je viens te donner les derniers sacrements, expliqua le confesseur. Le gouverneur a son aumônier, mais le palais dépend de moi
Sylas hocha la tête et se laissa retomber sur sa paillasse souillée et malodorante.
— Séraphine ? murmura-t-il.
— Je l’ai confiée à Puyvalon. Je n’ai jamais vu dans cette arme ce que tu y mettais et vous, morts ou sur le point de l’être, je devais sauver ma peau.
Le pouls du mercenaire envahit sa gorge tandis qu’il rassemblait les forces qui lui restaient pour se jeter sur son visiteur. Avant qu’il ait pu l’atteindre, le geôlier poussa la grille et le fit reculer à coup de chaîne.
— Restez pas trop près, mon père, c’est pas un homme, c’est une bête. Les sacrements, il les mérite pas. Il est pire qu’un chien !
— Alors, mets-le en laisse, murmura le religieux. Allons, obéis et reste à proximité. Je n’ai pas envie que cet imbécile m’étrangle avant de rejoindre la déesse.
Le gardien attacha le captif, poignets reliés aux chevilles, dans son dos, de façon à ce qu’il ne puisse se lever.
— Vous êtes sûr…
— Oui.
Lorsqu’il fut sorti, le confesseur s’agenouilla près du condamné.
— Qu’est-ce que tu croyais, Sylas ? murmura-t-il, que Puyvalon ne viendrait pas la chercher ?
Le prisonnier lui cracha au visage. Le prieur soupira avant de s’essuyer et de poursuivre.
— C’est ce qu’il aurait fait si je ne l’avais devancé. Et moi, j’aurais dû me battre pour l’empêcher de l’emmener. Et il m’aurait tué, puis même s’il avait dû soulever toutes les pierres du temple, il l’aurait trouvé. Séraphine nous aurait perdu tous les deux et il aurait gagné.
— Ce que tu pourras dire n’effacera pas que tu n’es qu’un lâche.
— Et toi, un imbécile. Tu crois pouvoir de sacrifier ta vie dès que l’occasion se présente ? Tu n’en as qu’une, mercenaire ! Qu’une parole également et tu l’as donné à Opreygnac. Je ne pourrais pas libérer Séraphine et je n’aurais pas pu la protéger. Toi tu le peux. Si tu t’en tires, tu le peux.
— Je vois pas comment, grogna Sylas.
— Échange ta vie contre la mienne.
— Mais…
— Sylas ! Il me faut ton accord.
— Vous mourrez.
— Je le ferai en connaissance de cause, soupira le prieur. Tu peux l’aider. Moi pas. Tu dois comprendre ça !
Seul le bruit des bottes du geôlier rompait le silence. Le mercenaire réfléchissait. Le prêtre disait vrai. Il avait le droit de décider de sa fin. C’était ce qu’il avait fait lui même.
— D’accord, souffla-t-il.
Le prieur retira la chaîne qui pendait à son cou et l’accrocha à celui du condamné.
— Merci, murmura-t-il. Je prierai près de toi jusqu’à l’aube, ensuite, tu devras la retrouver et rejoindre l’inquisiteur sur la route de l’est. Il lui rendra sa liberté. Je m’appelle Tybalt de Sartagne.
A l'aube, le maître de Fosse se tenait sous le dais. Ses doigts martelaient l’accoudoir de son siège, sa tête restait droite et ses yeux ne quittaient pas le guerrier en chemise, devant le gibet, près l’homme en noir et du prêtre.
— L’imbécile ! grinça le gouverneur. Ne mesure-t-il pas ce qui lui arrive ?
— Faudrait-il qu’il le fasse, mon seigneur ? demanda Tarquin. La déesse, dans sa bienveillance, lui aura épargné d’anticiper sa mort.
— Et à la population le spectacle qu’elle exige ! Si les gueux se mettent à croire le châtiment facile, je devrais faire doubler la garde. Non, vraiment je veux que cet homme sue la peur !
Ce genre de remarque s’adressait d’ordinaire à Opreygnac. Inconsciemment, le regard du mage se posa sur le siège situé, au-delà de celui du maître de Fosse. Amias aurait eu quelque chose à répondre.
— Moi aussi, il me manque, soupira le dirigeant. Je devine les sentiments qui vous liaient.
— Qui me liait, rectifia le conseiller. Lui m’a refusé Séraphine.
Le gouverneur éclata d’un rire triste.
— Vraiment ? Vous l’avez cru ! Eh bien, non, Puyvalon, il ne l’a pas fait. Son veto attendait une surenchère. D’ailleurs, sa sœur vous voulait, et je ne sais comment Amias aurait eu gain de cause.
Il soupira. Sa mine s’assombrit lorsque le bourreau passa la corde autour du cou du mercenaire.
Dans la foule, l’inquisiteur s’était approché de l’estrade. Il gardait les yeux sur le visage fatigué du prêtre. Quand ce dernier hocha la tête, le regard du juge rejoignit celui de l’homme du nord. Il y lut confiance, respect et gratitude. Alors, puisque tous étaient d’accord, il bénit le prieur et demanda à sa déesse d’échanger les enveloppes des deux mortels. Bientôt, l’expression de Sylas passa par la curiosité, l’étonnement puis l’extase. La colère avait envahi le faciès de l’homme de robe. Le primat soupira. Autour de lui, la multitude appelait le sacrifice d’un innocent. Il décida de ne pas en être et s’éloigna.
— Vous verrez que nous n’aurons pas droit au moindre hoquet, grinça le dirigeant. Quoi qu’il en soit, je partage votre chagrin. A-t-on des nouvelles de votre fiancée ?
Tarquin secoua la tête. Au moment où les pieds de Sylas basculèrent dans le vide, son interlocuteur se tourna vers lui.
— Voilà, pas un cri ! Retrouvez Séraphine, voulez-vous ? Son joli minois me manque.
De retour à l’hôtel Puyvalon, le magicien s’enferma avec l’espadon de son rival.
— La boucle est bouclée, Séraphine, tu es seule à présent et tu dois choisir entre moi et cette épée.
Elle ne répondit pas.
— Tu avais accepté de devenir ma femme ? Je renouvelle ma demande. Réfléchis. Je te libérerais de cette arme.
Il n’entendit pas la fenêtre s’ouvrir.
— Nous pourrions vivre dans la maison de ton frère.
Les épais tapis absorbèrent le bruissement de la bure sur le sol.
— Notre premier enfant s’appellerait Amias et tu régnerais sur Fosse.
Tarquin prit conscience de l’intrusion quand l’acier brûla sa gorge.
— Tentant, murmura une voix d’homme à son oreille, mais on t’attend en enfer ! Séraphine reste avec moi et toi, tu ne cries pas.
Les mains du conseiller essayèrent de retenir le sang qui perlait de son cou. Il se débâtait, mais une poigne ferme le ceinturait et le métal avait déjà entamé ses chairs. Montauvent était mort. Son adversaire se montrait trop habile pour qu’il s’agisse du prêtre. Privé de la possibilité d’imaginer son assaillant, l’enchanteur ne pouvait user de magie. Son regard se posa sur l’épée, en quête d’un reflet sur sa lame.
— Tue-le. Maintenant ! hurla-t-elle.
L’importun lâcha le poignard, et Puyvalon qu’il maintenait contre son torse. Ses paumes enserrèrent la tête du conseiller avec une rapidité stupéfiante. Un claquement annonça la rupture de ses cervicales.
— Sylas, souffla-t-elle.
— Oui, ma Douce.
— Tu m’entends ?
— Moi, je reste Sylas, répondit-il. Quant au prêtre, la justice voulait qu’il décide de son sort hors de ton influence.
— Je ne lui aurais pas demandé un tel sacrifice, murmura-t-elle.
— Je sais.
— Sylas, il faut que tu prennes l’anneau.
Le prieur se pencha sur le mage, il récupéra la bague, puis sa main saisit l’épée.
— Nous restons jusqu’à la nuit, puis nous quittons Fosse. On nous attend à l’est.
Il approcha de la fenêtre et regarda dans le jardin, en jouant avec la chaîne qu’il tenait du prieur.



Fin  Very Happy .



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Sarahfee
Mouais, moi, je m'y connais déjà pas mal
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MessageSujet: Re: L'épée des Opreygnac [nouvelle fantasy - AT Sword & sorcery - dead line 30/4/16]   Jeu 28 Avr 2016 - 17:31

J'adore ses genial,j'ai vraiment envie de te dire que t'a un don, moi je suis encore une debutante hélas, mais merci d'avoir partagé ton texte s'est captivant et en plus tu as toujours envie que sa continue plus loin.
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MessageSujet: Re: L'épée des Opreygnac [nouvelle fantasy - AT Sword & sorcery - dead line 30/4/16]   

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L'épée des Opreygnac [nouvelle fantasy - AT Sword & sorcery - dead line 30/4/16]
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