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 Fin de Vie

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Sareth
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MessageSujet: Fin de Vie    Mar 22 Mar 2016 - 9:28

Bonjour à tous, je vous soumets une petite nouvelle que j'ai rédigée il y a quelques années et qui parle de la fin de vie du point de vue du mourant. N'hésitez-pas à me dire ce que vous en pensez ;-) et merci d'avance pour les commentaires ^^!

Fin de vie

L’infirmière entrait dans ma chambre. Elle était jeune et venait de finir ses études. Elle s’appelait Laetitia. Elle me dit bonjour dans son plus charmant sourire. Je l’aime bien. C’est une de seules infirmières qui ne me regarde pas avec pitié. Elle remonte le dossier de mon lit : doux réveil. Le soleil rase encore l’horizon, il me caresse de ses rayons. Je mesure la chance de savourer pareil instant. Laetitia me fait signe, je déboutonne ma chemise de nuit. J’essaye. Je n’y arrive pas alors elle m’aide. Elle doit me faire ma toilette, cela fait longtemps que je ne la fais plus seul. L’eau est trop chaude, je fais une grimace, elle me sourit en s’excusant. Malgré son jeune âge elle fait ses geste avec assurance, sans maladresse, sans peur de m’« abîmer ». Je suis vieux, la plupart du temps on ne me regarde plus comme un homme, peut-être même moins qu’un bébé… Cela m’a surpris au début, j’ai tenté d’y remédier en lançant çà et là quelques :
« Vous savez je ne suis pas encore un légume, ne me donnez pas l’impression de n’être plus rien » avec ironie.
Aucun des sourires qu’on m’a rendus n’était appréciateur. Je m’y suis habitué. Tout comme je me suis habitué à ne plus avoir la maitrise de mon corps : AVC et hémiplégie. Je m’étais toujours dis que si cela arrivait je me suiciderais. J’étais naïf et ne mesurais pas mes paroles car quel que soit le morceau qui vous retient à la vie, on ne veut pas la perdre. Jamais. J’ai toujours admiré les personnages dans les films qui acceptaient la mort ou encore les personnes réelles qui s’y résignaient pour de bon. Cela n’a jamais été mon cas, la mort me fait peur. Woody Allen disait qu’il préférait ne pas être là lorsque son heure aura sonné, je suis entièrement de son avis. Mais curieusement, alors que je n’ai jamais été aussi près de la toucher, que j’ai perdu ma mobilité et mon autonomie je ne désespère pas.

Ma famille me rend visite régulièrement, j’ai de la chance. Ils ne peuvent pas savoir à quel point cela me fait plaisir.
Je me souviens encore de leur première visite : c’était sinistre, ils faisaient tous une tête à effrayer un mort. Je leur ai dit :
« Hey ! Je ne suis pas encore mort les enfants, du moins je n’en ai pas l’impression. Alors si vous pouviez me donner l’impression que vous aussi vous êtes heureux, souriez un peu… »
Ma fille a ri, mon fils aussi. Seul mon gendre a affiché un sourire poli. Mon gendre est un homme riche, il boursicote et s’est spécialisé dans le marché financier. Je n’avais jamais eu aucune idée de comment cela fonctionnait, de plus j’avais un apriori péjoratif envers ces « trader ». Ma fille m’a fait changer d’avis. Il est marrant, il ne sait jamais si je plaisante ou pas. J’adore me moquer gentiment de lui et il l’accepte, non pas pour ne pas se fâcher avec ma fille, mais parce qu’il sait que je le respecte. Je pense qu’il m’a toujours respecté aussi… Ma fille, elle ressemble étrangement à sa mère tout en étant différente. Elle est plus sérieuse, plus superficielle mais tellement gentille… Quant à mon fils, je me rappelle comme si c’était hier du jour où il m’a avoué son grand secret. Il venait d’avoir vingt ans, il tremblait de la tête aux pieds. D’ailleurs je n’ai jamais su ce qui l’avait décidé à me l’avouer. A la fin d’un repas, alors que je finissais de nettoyer la table, il m’avait pris à parti :
- « Papa, je dois t’avouer quelque chose, je… Il déglutit avec difficulté. Je ne sais pas comment te dire ça… Tu sais, je n’ai jamais eu que des amies et… » J’essayais de voir où il voulait en venir, j’acquiesçais pour l’encourager à poursuivre. « Eh bien voilà je préfère les hommes… »
J’ai cru qu’il allait fondre en larme. Je l’ai pris par les épaule et lui ai affiché mon plus grand sourire :
« Tu sais, ce n’est pas une maladie. » Il a fondu en larmes, j’ai dû l’imiter.
Ce souvenir est l’un des plus forts que m’a fourni la vie : celui de voir mon fils faire preuve d’un courage que je n’ai jamais eu…
Cela fait maintenant quarante ans qu’il est pacsé avec Michael. Lui, je n’ai jamais pu le cerner, mais il rend mon fils heureux, alors je n’en demande pas plus… Laetitia a fini. Je la remercie avec mon sourire édenté, elle me le rend poliment
- « Élodie vient aujourd’hui ?
- Oui, lui répondis-je. » Elle vient chaque jour, me dis-je intérieurement.
Élodie est ma femme, celle qui a marqué ma vie, qui a fait d’elle la plus belle des choses. Je l’ai rencontré à la faculté, alors que je faisais mes études. J’ai tout de suite été sous son charme et elle aussi d’après ce qu’elle m’a dit. Il nous a fallu néanmoins quelques mois pour qu’on fasse le pas décisif. J’ai toujours été timide et impressionné par les jolies filles. Élodie n’était pas un stéréotype de beauté, mais elle avait des yeux magnifiques, et un cou à croquer. Mais plus que par son physique, j’étais irrémédiablement attiré par son esprit. Elle était si extraordinaire : intelligente avec un humour génial. Je n’ai jamais été un grand dragueur, mais en sa présence je n’avais envie que d’une chose : la faire rire. J’adorais son sourire. Lorsqu’elle passait près de moi je sentais sa présence et, si elle avait le malheur de rester très près je ne savais plus où me mettre : ne pas m’écarter pour l’apprécier et ne pas la toucher pour ne pas commettre une maladresse qui nous supprimerait ce contact.
Je l’ai aimé si fort et aujourd’hui encore je me surprends à éprouver le même désir en la voyant : un désir d’âme et non de chair. Un désir de présence, comme si elle dégageait une aura de bonheur. A ses côtés je me suis toujours senti heureux, j’ai toujours vue le côté positif de la vie et ce, même lorsque nos études nous ont séparé. Trois ans. J’ai cru que jamais on n’allait tenir. Pourtant cela a tenu. On n’est jamais rentré dans les détails, peut-être a-t-elle commis des infidélités, je n’en ai jamais rien su. Une voix au fond de mon cœur me dément une telle hypothèse…

Voilà le médecin. Il me fait rire lui-aussi avec sa panoplie « stéthoscope et stylo » dans sa blouse blanche. Il me parle comme à un enfant alors que j’ai près de deux fois son âge. Je m’amuse en réalité à lui répondre sur le ton enfantin qu’il aime tant apprécier. Un jour j’ai voulu tenter une expérience, j’ai voulu lui parler comme je parlerai à un égal : et bien j’ai peur qu’il n’ait pas voulu m’entendre ce jour-là. J’en ris encore… Tiens, il me sourit.
- « Comment allez-vous aujourd’hui monsieur Emmanuel ?
- Autant que peut l’être un homme dans ma posture cher collègue… »
Je n’ai jamais été médecin, mais l’appeler de cette façon, a le don de le faire sortir de la pièce plutôt rapidement. Il me fait un timide acquiescement et sort. Maintenant, je me sens mieux. Non pas que j’ai une dent contre ceux qui m’aident à ne pas souffrir, mais celui-là est particulièrement pédant, encore plus devant moi qui suis un vieillard à ses yeux. Je ne lui ai jamais dit que j’avais fait des études de médecine : à quoi bon ? J’avais échoué.

Midi arriva, je pris mon repas et en appréciais le goût : pâtes avec des légumes en purée… Heureusement qu’Élodie m’apportait toujours de quoi grignoter.
Je l’attendais durant tout l’après-midi ce jour-là. 17 heures et pas le moindre signe d’elle. C’est alors que quelques minutes plus tard arriva ma fille, en larme. Je n’avais pas besoin d’autres signes : ma femme était morte. Cette femme pleine de vie, avec qui j’avais passé soixante ans de ma vie… Je ne pus me retenir de pleurer, même si je n’ai jamais voulu le faire devant mes enfants. Ma fille me prit dans ses bras et, un instant, je crus qu’il s’agissait d’Élodie.
Cette fois, j’avais vraiment envie de mourir, de quitter cette terre et d’en finir. Pourtant, quelques jours plus tard, alors que je revoyais un à un des moments passés en compagnie de la plus extraordinaire des filles qu’il m’ait été donné de connaître, je me rendis compte que je ne devais pas mourir. Je devais perpétuer le souvenir de ma femme. À travers moi elle pouvait vivre encore, jusqu’à mon dernier souffle. Je me mis à rédiger l’ensemble de notre relation, de ses débuts jusqu’à la veille de sa mort. Je me suis souvenu de nos chamailleries de drague : je lui laçais des boules de neige et évitant soigneusement la tête, les filles détestent cela. A cause de leur coiffure… Elle par contre, m’en avait barbouillé dans tout le cou. Je me laissais faire car j’adorais la voir gagner. Je me souviens aussi que ce weekend-là j’avais fait semblant de mon fouler la cheville sur le verglas. Elle s’était penchée sur moi et j’en avais profité pour l’entrainer au sol, entre mes bras. Nos regards s’étaient alors croisés dans la plus grande des félicités. Je n’ai pu retenir aucune larme en pensant à elle. Mais elle méritait mieux que des larmes : depuis ce jour je ne pleurerais plus jamais en pensant à elle, mais sourirais en mémoire du bonheur qu’elle m’a fait connaître. Je fis alors part de mon dernier souhait à ma fille : qu’elle aussi ne pleure pas en pensant à moi, mais qu’elle sourit.
Plusieurs semaines s’écoulèrent et juste avant de terminer sa biographie, j’eus un infarctus…

Je me réveillais plus tard entre deux états, comateux, pouvant à peine discerner ce qui m’entourait. Il y avait néanmoins un bip caractéristique.
Je m’enfonçais peu à peu dans un sommeil que je ne comprenais pas mais qui semblait le bienvenu. Ma dernière vision ne fut pas celle d’un tunnel de lumière ou d’une décorporation, mais un visage souriant…

De l’autre côté de la vitre, la jeune femme était accompagné de son frère. Tous deux retinrent leur souffle lorsque le moniteur annonça la mort de leur père. La femme néanmoins, ne laissa échapper aucune larme. Elle pensa : « Bon voyage papa… »

Commentaires :
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« Si tes résultats ne sont pas à la hauteur de tes espérances dis-toi que le Grand Chêne a aussi, un jour, été un gland... »

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