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 Une rencontre bis

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Monica20
Mouais, moi, je m'y connais déjà pas mal


Nombre de messages : 75
Date d'inscription : 12/07/2015

MessageSujet: Une rencontre bis   Mer 6 Avr 2016 - 1:04

Hello hello ! Very Happy

Voici un chapitre qui fait partie d'une histoire plus développée. Je serais heureuse de savoir ce que vous en avez pensé. Personnellement, il y a plein de moments qui ne me convainquent pas et je trouve qu'il ne se passe pas grand chose d'énorme mais je me demande si ça arrive à prendre vie un petit peu quand même. Merci d'avance ! (et désolée d'avance pour la longueur).




« Qu’avez-vous ? Ferdinand répondez moi ! Regardez-moi ! Vite que l’on apporte un médecin, qu’on aille cherchez de l’aide ! »
« -C’est bon Sébastien, c’est bon, je vais bien…cela m’a pris comme ça d’un coup, une faiblesse, rien de plus, rien de grave. » articula l’homme essoufflé, toujours à moitié allongé par terre. « Je vais bien…je vais bien… »répétait-il à force de regagner son souffle. « -Aide-moi plutôt à me relever veux-tu ? »
Sébastien, soulagé, saisit la main de son vieil instituteur et le releva à la force de son bras vigoureux, de la moquette pourpre, droit sur ses jambes.
« -C’était si soudain Ferdinand…quelle frayeur vous m’avez fait endurer. »
« -Tu m’en vois désolé…mais je ne l’avais pas prévu. » lui dit-il par ses yeux verts et amusés. « C’est que je me fais vieux mon ami…les voix du ciel commencent à se rappeler à moi, il le faut bien. »
« -Ne dites pas de sottises Ferdinand. Tel que je vous ai toujours connu, c’est-à-dire depuis que j’ai l’âge de me souvenir, vous êtes la parfaite incarnation de la vitalité. Et que l’on me pende si je suis pris en ce moment à mentir. » lança Sébastien plein d’ardeur et de force dans sa voix, comme Ferdinand le lui avait appris, lors de ses séances de rhétorique.
Ferdinand observa avec bonté son cher élève qui avait grandi en jeune homme fort et délicat, mais sans que jamais il ne soit parvenu à le défaire de ces élans de passion qui avant amusaient les dames et aujourd’hui faisaient fondre les cœurs des demoiselles. Sébastien avait été l’un de ses meilleurs élèves, le meilleur de tous aux yeux de son entourage, mais Ferdinand seul voyait, que cette force qui envoutait l’auditoire, dominait entièrement son cœur sensible.
« -Ce serait à toi plutôt de ne pas t’égarer en bêtises. Je mourrai un jour, tu le sais. N’es-tu pas assez grand pour le supporter ? » lui demanda t il avec bienveillance, le bras saisissant le dos du fauteuil duquel il s’était effondré et la main passant sa barbe blanche et touffue.
« -Ce ne sont pas des choses qui m’occupent l’esprit Ferdinand. Et puis, que savons-nous de ces choses là, vous pouvez tout aussi bien nous survivre tous. » lança-t-il sur la rigolade, comme il savait si bien faire pour détendre l’atmosphère.
Ferdinand se contenta de sourire, avec dans ses yeux, une  envoûtante malice.  


« - Nous avons tout le temps pour terminer cette partie dans ce cas. » et Ferdinand se rassit dans le fauteuil, devant la table d’écailles qui supportait le jeu d’échec.
« -Ou alors, vous pouvez avouer que mon coup audacieux vous a coupé le souffle. » renchaîna Sébastien qui se rassit à son tour.
« -Audacieux oui, mais pas seulement. Tu as bien protégé ta reine qui arrivera à la rescousse si jamais mes cavaliers franchissent la ligne. » et il avança son cavalier.
Sébastien s’amusa de ces paroles, et quelque peu abattu, dit :
« -J’ai utilisé plusieurs de mes soirées pour monter ce coup, à ce niveau du jeu, il est imparable. Depuis que je le joue, jamais aucun adversaire ne m’a battu. » il rigola, épris de ce sentiment de contentement qui se rappelait à lui, à chaque fois que la victoire lui semblait proche. « ceci dit » continua-t-il calmé « vous êtes le seul à avoir lu aussi tôt ce que j’allais faire. J’espérais gagner sur ce plan là aussi, il faut croire que j’ai quand même un peu perdu. » Conclut-il pensif. Il engagea son fou.
« - Tu as fait beaucoup de progrès. Je pensais qu’après mon départ, tu te désintéresserais de ce jeu pour lequel tu n’as jamais nourri un grand intérêt. Je me souviens d’à quel point cela avait été compliqué de te faire sacrifier une pièce. » Son cavalier recula.
« -Oui. Je voulais gagner sans perdre aucune pièce. Mais à présent je n’hésite plus. » Et sa tour s’avança au fond des lignes de Ferdinand. « Ce n’est qu’un jeu après tout. Echec ! »
« -Oui, ce n’est qu’un jeu après tout… » murmura Ferdinand dont les sourcils blancs se plissaient.


«-J’ai ramené ça Ferdinand ! » lâcha Emmanuel en rentrant dans le salon feutré, un plateau à la main. Comme il avait ouvert la porte, la musique électrique de l’autre salon pénétrait l’ambiance calme et réflexive du salon.
« -Ferme Manu ! Ferme ! » rétorqua Sébastien énervé.
« -Un s’il te plaît t’écorcherait la bouche Bast’ ? » dégaina-t-il en guise de réponse, en même temps qu’il donna un coup de pied dans la porte en bois vernie d’époque pour la claquer fermée.
« -J’ai dû lutter pour sauver ce que j’ai pu du buffet. » reprit Emmanuel en présentant à Ferdinand un festin miniature, qui rassemblait tout à la fois des rôtis de diverses volailles, des fruits travaillés et des petits fours, tous plus appétissants les uns que les autres.
Ferdinand remercia chaleureusement le frère de Sébastien et prit la coupe de champagne du plateau.
« -Tu n’es plus très échec quant à toi ? » demanda Ferdinand à Emmanuel.
« -Si, si. Toujours, et puis beaucoup même. Mais il y a un temps pour tout. Pour l’instant c’est celui de la fête. Nous avons des invités à honorer et si je ne reste pas ici, ce n’est pas pour vous faire offense, mais si vous aviez pu prévenir de votre arrivée, peut-être aurions nous pu déplacer cette réception. »
« -Comment tu lui parles ! Gare à ce que tu dis ! » lâcha en se levant vivement Sébastien de colère à son frère.
« -Ce n’est pas tabou de dire les choses Bast’ ! »
« -Ce n’est rien. Rassieds-toi Sébastien. Ton frère a le sens pratique, c’est primordial pour des gens de votre rang de savoir recevoir, sinon essentiel. »
« -Peut-être, mais il faut aussi saisir les moments rares quand ils se présentent, quitte à bouleverser ses plans. » lui lança Sébastien, avec un semblant de défi dans ses yeux.
Ferdinand sourit.
« -Bon…Le devoir m’appelle ! » et Emmanuel ressortit.



« -Vous êtes complémentaires. » soupira Ferdinand.
« -Oh non ! Vous n’allez pas me bassiner encore avec vos histoires comme quand on était enfants ! Ce temps est passé maintenant ! Nous avons chacun notre personnalité entière et l’une comme l’autre ne saurait se trouver être la part manquante de l’autre ! Ca suffit ! » s’énervait Sébastien.
Ferdinand ne dit mot pendant un moment. Il se contentait de sourire calmement en enroulant le bout de sa barbe autour de ses doigts fins ridés, le menton collé à son costume croisé vert sombre, les yeux rivés sur son roi.
« -Tu ressembles à ton père. » lâcha-t-il enfin.
Sébastien sembla un temps décontenancé, avant de se reprendre. Ses mains tenaient fermement le rebord de la table et les tremblements qui les parcouraient étaient le témoin qu’il expulsait dans cette pression toute l’émotion qui s’élevait en lui en cet instant. Il avait baissé la tête, les yeux sur les genoux puis lentement la tourna à droite pour y voir un homme âgé, qui somnolait dans un fauteuil au fond.
« - Ne me faites pas peur, par pitié. » pesta-t-il dans un souffle rance de rancœur. Il ne détourna plus ses yeux de l’homme endormi.
« -Seulement mon jeune apprenti, tu n’y es pas tout à fait. » lâcha Ferdinand au bout d’un moment, et il déplaça vigoureusement sa reine. « - Tu es bien plus bas que lui. »
A ces mots, les yeux de Sébastien furent embués de colère.
« -Comment vous permettez vous de dire cela ? » lui asséna-t-il. Sa tour mangea le pion.
« -Tu peux me faire ces yeux. Ils ne sont rien comparés à ceux qu’il m’a tenu. » Il avança son pion.
« -Je ne vous permets pas. D’aucune façon je lui suis inférieur. Je ne suis inférieur à personne d’ailleurs, j’ai un nom et un rang, moi. » s’emporta-t-il et sa tour dévora le fou. « Et quand bien même ce serait vrai, cela n’aurait pu l’être qu’au début, lorsque j’étais jeune et faible. »La tour mangea la reine. «  Mais après vous, je ne le suis plus, ne le serais jamais plus. » lui lança un regard qui à lui seul aurait pu mettre à genoux une armée de fantassins, tant la confiance et la conviction y siégeaient en maîtres. Mais Ferdinand ne plia pas. Il se pencha en avant au-dessus du jeu et lui susurra à l’oreille.  
« -Echec et mat ! »




Sébastien baissa les yeux sur le damier et considéra son roi piégé de tous côtés. Il ne lui aurait suffi que d’un tour pour de son côté mettre son adversaire en échec et mat aussi, mais ce tour, il ne l’aurait précisément pas.
« -C’est pas possible…encore…j’y étais presque pourtant… » lâcha-t-il soufflé, après les deux heures qu’ils avaient passé à jouer aux échecs.
C’est alors que la porte s’ouvrit d’un coup et la musique avec entra, en même temps qu’une jeune fille en robe de bal mauve pailletée aux extrémités qui fonça sur Sébastien.
« -Te voilà enfin ! Je t’ai cherché partout ! » lui lança-t-elle en l’enlaçant de ses longs bras voilés de gants noirs transparents. « Tu es vilain. Vraiment vilain. » fit –elle semblant d’être énervée.
« -Isabelle ! Tu fais quoi ? Tu m’avais dit que tu viendrais pas si je te disais où il était ! » cria au-dessus de la musique Emmanuel, la tête saupoudrée de confettis de toutes les couleurs.
« -Parce que tu la crois encore ? » rétorqua Sébastien.
« -Tu n’es pas content de me voir peut-être ? C’est ça ? » lui dit Isabelle en lui pinçant les joues et le regardant de ses yeux sombres desquels du mascara avaient pleuré en larmes.
« -C’est pas ça. C’est juste que là je suis occupé. » lança Sébastien, rendu bougon autant par cette intrusion que par sa défaite.  
« -Tu auras toute la vie pour être occupé. Allez viens maintenant ! » et Isabelle tenta, malgré l’ivresse qui la prenait, de faire passer un Sébastien réticent dans l’autre salon.
« -Allez viens ! Bast’ ! » dit Emmanuel, en soulevant quasiment entièrement son frère et l’emportant avec Isabelle.
« -Bon, bon… » concéda Sébastien au visage duquel un sourire amusé se dessinait progressivement. «  A tout à l’heure Ferdinand ! » avant de disparaître derrière la porte qui referma le salon en un antre de silence.



Ferdinand avait regardé la scène avec cette malice qui ne le quittait jamais et il restait maintenant dans le fauteuil, plongé dans les fumées de ses songes.
« -Ils ont bien grandi. Vous en avez fait de beaux jeunes hommes. Vous devez en être fier. »
« -Tu peux t’épargner cet effort avec moi. » lui rétorqua le vieil homme qui quelques instants plus tôt, semblait plongé dans un silence des plus imperturbable. Cet homme qui avait paru si fatigué, si las et avachi, s’était relevé droit debout et regardait Ferdinand avec un regard sévère. « -Pourquoi cette mascarade ? »
Ferdinand ne répondit rien. Avant qu’un léger rire ne le secoua.
« -Allons, la vieillesse te va mal. Il fut un temps où je t’ai connu plus enclin à serpenter autour de tes semblables. »
« -Pas avec les miens ! » dit-il sèchement.
« -Non mais est-ce que tu t’entends ? »  il se releva et s’avança vers l’homme « surtout avec les tiens. »
« -Qu’est-ce que tu veux ? » dit l’homme sans pouvoir masquer le tremblement de sa voix.
« -J’ai besoin que tu renoues avec de très vieilles connaissances. Il me faut les résultats des tests menés à l’époque. »
« -Tu es fou. Je ne les ai pas. Je ne connais personne qui les a. Tout le monde est mort. Tout cela est fini et n’aura bientôt plus jamais existé. »
« -Jean…ne seras-tu donc jamais raisonnable ? » dit l’homme d’un air faussement attristé. « Il me les faut je te le dis. »
« -Tu ne peux plus rien m’obliger à faire. Regarde moi. Je ne suis plus que la loque de moi-même. Mes enfants, penses-tu comme cela pouvoir m’atteindre ? Ils sont déjà tout à toi. Depuis ces années où je t’ai laissé nicher près d’eux. Tu leur as diffusé ton venin dès le biberon et aujourd’hui, les deux sont tout à toi et me haïssent. »
Ferdinand s’approcha tout près de l’homme qui restait droit et fier sans sourciller. Il posa lentement sa paume contre le cœur du vieil homme.

……

L’homme se retrouvait à terre, incapable de se relever ou de n’émettre qu’un seul petit son. Il avait le visage d’un homme en pleine suffocation, mais il respirait normalement. Ses yeux étaient écarquillés comme s’il voyait les enfers, mais devant lui ne se tenait que le pied incurvé du fauteuil. Puis cela cessa. Il se releva, le corps couvert de sueur.
« -Il me les faut. » se contenta de répéter doucement Ferdinand.
« -Tu les auras. » consentit l’homme à bout de souffle.
Ferdinand se délecta de ces paroles et se dirigea vers la porte, satisfait de sa besogne accomplie.
« -Tu ne gagneras pas toujours ! » lui lança dans le dos l’homme agenouillé. «  Tout à l’heure, quand tu t’es écroulé…tu essayes encore une fois…mais tu ne fais que gagner du temps…un jour pour toi aussi tout s’arrêtera. Ton heure arrive aussi. » et un sourire se dessina sur son visage affaibli.
« -Ce ne sont plus tes affaires Jean. Il semblerait que je doive m’intéresser à un autre que toi. Espérons qu’il ait un goût moins rance. Contente-toi de renifler les derniers souffles qui te sont encore permis de respirer. » Il ouvrit la porte de la fête et sans un regard, indiqua : « -Et bon anniversaire. »
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