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 Roses et Lilas

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Fenrajis
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MessageSujet: Roses et Lilas    Mer 20 Avr 2016 - 10:09

Bonjour à tous!
Ca fait bien longtemps que je ne suis pas revenu ici, mais je n'ai pas chômé les enfants ! Je vous présente en exclusivité, le tout nouveau, le magnifique, l'incroyable ( la modestie, la modestie) Wink
Roses et Lilas

Ecris à la cigarette et au scotch, mûri depuis quelques temps à l'ombre des cerisiers, voici les chroniques de ce que nous appellerons le temps des fleurs. Tout y est rouge, mûr, et fâné.

Vos conseils et vos avis, me seront bien précieux, et si vous aimez bien je vous ferai un gâteau au chocolat Cool

A vous les gars !


http://ecrire.ingoo.us/t6380-commentaires-roses-et-lilas
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Fenrajis
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MessageSujet: Re: Roses et Lilas    Mer 20 Avr 2016 - 10:11

1-

Perdue dans ses pensées de vieille femme, Lucile révassait. Au balcon, sa cigarette à la main, se consummait lentement. Elle, dans le nuage de fumée à l'odeur douce, comme dans un autre monde. A l'intérieur la petite dormait, à vrai dire la petite avait bien grandi. Quinze ans, elle dormait sur le canapé emittouflée dans ce vieux châle rouge,délavé. Le chien à ses pieds. La pauvre bête, vieille et usée, fatiguée, la geule entre les pattes, les yeux mi-clos comme nostlagique du temps où elle était encore un jeune labrador. Lucile observait tranquillement les voitures et les passants, le ciel était blanc-gris comme ses cheveux. La nuit, dans une heure peut-être, effacerait son visage ridée, son teint pâle laissant place à la beauté de l'obscurité, aux visages polis par la lumière des lampadaires. Le temps l'avait bien amochée, elle qui avait toujours pensé vivre une vie de célibataire, de liberté parfaite, sans enfants, une vie extraordinaire. Mais elle le reconnaissait sa routine n'était pas banale. Combien avaient été, comme elle, grand-mère, sans être mère? Peu, très peu. Adélie, c'était un joli prénom. Elle ressemblait tellement à sa mère, elle en avait les yeux et l'audace. Lucile se rappelait, elle se rappelait le tout début. L'origine de cette histoire. Et maintenant avec les années de recul, elle comprenait une chose qu'elle n'avait jamais réalisé auparavant : rien n'aurait pu être autrement. Ce n'était pas une question de destin, Lucile n'y croyait plus depuis longtemps, ce qu'ils étaient, tous les acteurs de sa vie, l'avaient conduits à ce dernier jour. Légitime et seul fruit de leurs actions, et surtout de tout ce qu'ils n'avaient pas faits. A presque soixante-dix ans, elle était enfin heureuse. Tout dans sa vie était allé là où elle désirait que cela aille, elle ne regrettait plus rien désormais.
Il ne restait plus que le mégot à fumer, Lucile jeta ce qu'il en restait, le regardant tomber sur le pavé trempé de Nevers.
— C'est pas bien de jeter les mégots dans la rue!
Adélie s'était réveillée, et se tenait contre la porte vitrée une tasse de café à la main.
— C'est pas bien de boire trois litres de café à ton âge, sers moi donc une tasse.
Adélie sourit et rentra, remplit la tasse pour Lucile. Lucile l'observait, elle ne pouvait s'empêcher de la regarder. Avec ce châle sur ses épaules, elle ressembalit tellement à Lili. Elle attrapa la tasse et senfonça dans le fautueil qui était devant la cheminée. Une photo était posé sur la poutrelle qui retenait la hotte. C'était Lili et Vlad.
C'était octobre. Le sol était jonché de feuilles mortes, le tapis aux milles nuances d'ocre semblait d'étendre, autant que la forêt, à l'infini. Leurs mains étaient serrées, accrochées, comme nouées à la corde éternelle. Lili était brune, grande et mince, enfin faut-il dire mince ? Disons que son corps respectait à merveille les proportions idéales qu'imposerait la société des années plus tard. C'était une Birkin au visage plus rond, avec le cœur du Che abreuvant ses veines de sang brûlant. Ce même sang qui lui laissait les joues rougies et les mains un peu bleues quand le vent d’automne, déjà frais, les lui brûlait. On aurait facilement pu croire qu'elle n'avait jamais appris à se coiffer, mais quiconque se permettait cette réflexion l’oubliait bien vite en croisant ses yeux. A les voir de loin, ou même de près d'ailleurs, ils n'avaient rien de particulier. Sinon, un brun étonnamment vert. Mais quand elle souriait, une histoire s'y dessinait. Un bal, à minuit, les lampadaires autours de la place, les jeunes couples qui dansent, le vin qui s’agite dans les verres, la nuit étoilée de juillet. Ses yeux conteurs, émerveillait Vlad. Vlad comme une ombrelle à sa main, accessoire, et heureux de l'être. Ce jour là, Lili portait de bottines rouges, un peu abîmées et un châle de la même couleur. C'est l’image qu'il lui restera, à chaque fois qu'il fermerait les paupières. Dans le noir artificiel, c'était Lili, tout ce qu'elle était
Lucile avait pris cette photo, il y a longtemps, si longtemps, pourtant elle se souvenait parfaitmeent du jour. Comme de chaque jour qu'elle avait vécu aux cotés des amoureux. Elle était un peu comme un grand livre à souvenirs, dernier vestige d'une histoire d'amour qui se perdrait dans les méandres du temps et de la foule nouvelle des générations à venir. Bien sûr il resterait Adélie, mais jamais elle n'avait connu ses parents, elle ne ferait que relayé les souvenirs d'une vieille dame. Lucile avait pensé éccrire cette hsitoire, le roman de leur vie, mais le trnasmettre oralement était plus doux. Chacun serait libre d'embellir ce conte tragique, de faire en sorte que chacun ait plaisir à
l'écouter. Cette histoire était dure à écrire, car elle n'avait pas de fin. Elle continait de s'écrire comme s'écrit l'histoire du monde, jour après jour. Et si ils étaient depuis des années sous terre et déjà poussière, le cerisier qui les avait vu grandir fleurissait encore, et aprs lui un autre fleurirait. Leur amour était si grand, si étrange, qu'il ne mourrait pas. Adélie n'avait jamais entendu cette histoire, jamais en entier. Il en surgissait quelues bribes quand Lucile forçait sur la vodka mais la vieille dame avait voulu la preserver encore un peu. Les enfants doivent savoir mais il y aune heure pour cela, et Lucile sentait que cette heure arrivait. Non pas qu'elle l'avait programmé, pensé, réfléchi, non. Cet après-midi d'hiver était semblable au premier, et son corps lui avait fait comprendre il y a déjà quelques mois que le dernier jour était proche.
Adélie fixait encore la photo, elle ne pouvait s'empêcher d'imaginer la suite :
— Raconte moi, raconte moi depuis le début.
Lucile pris une grande inspiration et commença à parler.
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Fenrajis
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MessageSujet: Re: Roses et Lilas    Jeu 28 Avr 2016 - 19:11

2-

Lucile avait foulé la terre française pour la première fois un après-midi d'octobre. Elle avait
traversé en train toute l'Europe pour gagner ce qu'elle ne voulait être son nouveau chez-soi. A peine avait-elle été installée dans la wagon que déjà sa Russie lui manquait. Derrière le carreau s'étendait l'immensité des choses, la plupart des grandes histoires se trouvaient derrière une fenêtre. Comme sur un écran parfait, le paysage défilait. Les forêts et les rivères, les lacs, les ponts, les routes, les hommes. A contempler le bord du long chemin elle avait l'impression de l'avoir parcouru à pied. Elle avait vu son père pleurer, il quittait non seulement son pays mais aussi sa femme abandonnée aux soins de l'état. A cette époque Lucile ne comprenait pas très bien. Sa mère était quelque part en Sibérie certainement, un peu trop différente aux yeux du gouvernement. Bien qu'elle ne fût pas au courant de tout, il y avait en son coeur comme un étrange sentiment. Une peur mêlée à la fatalité. Il ne restait du sourire et des yeux clairs de maman, qu'une photo et un carnet. Elle lui avait donné un soir avant de l'embrasser, au matin même des hommes entraient en fracas dans la maison qu'ils paratagaient à trois familles. Lucile n'avait pas eu le temps, encore, de tourner la couverture en cuir rouge. Quand elle le fit, elle découvrit quelques pages noircies par les lettres cyrilliques. Comme un prémabule aux aventures que sa fille pourrait ici relater. Elle lui demandait de ne jamais oublier la scnadinave qu'elle était, de n'accorder d'importance qu'à la vie, qu'à l'amour, et de ne jamais renoncer à sa liberté, et à ses idées. Ici elle pourrait noter chaque rencontre, chaque lieu visité, chaque verre partagé. Là était le seul héritage qu'elle lui offrait, et c'est ainsi que s'achever l'écriture, laissant place à un nombre suffisant de pages blanches pour l'amener jusqu'à sa mort.
Quitter l'URSS n'avait pas été simple, ils avaient eu recours à ce qu'on appelait déjà un passeur et il avait fallu économiser pendant des années, cacher au Kremlin quelques richesses ici et là. Ils avaient réussi. Un homme accepta de loger la petite famille au prix de quelques bons services rendus par son père. C'est à Nevers qu'ils s'installèrent. Dans une maison modeste sur la rive de la Loire. Une ancienne auberge, abandonée aux ravages de l'âge. Son père trouva un emploi au journal local et la petite paye à force d'économie permit de louer un appartement en centre ville. Lucile resta une année entière à étudier dans sa chambrette, elle voulait intégrer le lycée l'an suivant mais elle avait pour cela bien du travail à rattraper. Ce qu'elle fit admirablement. Tout fût repris depuis le commencement, les notions enseignées au sein de l'union lui semblèrent alors dépassées. Franchir le rideau de fer, fut semblable à franchir les portes du temps. En quelques jours, un siècle s'était écoulé.
Et puis la vie française commença, elle fit rencontre d'un groupe de jeunes gens. Ceux-là s'habillaient de rouge et parlaient forts, revendiquant le désir de former le monde à leur idée, de le changer profondément. Certains étaient plus radixaux que d'autres, mais une idée les rassemblaient, celle de tout mettre en oeuvre pour faire fleurir le bonheur. C'était le temps des utopies, des bouquets de lilas et des premières soirées. Lucile s'intégra très vite, pour une simple et excellente raison : elle avait beaucoup à raconter. Et ces gens étaient de ceux qui écoutent, de ceux qui apprennent et qui transmettent. Peu de temps après sa rentrée au lycée, Lucile se trouvait déjà comme un pilier légitime de la petite bande, et chaque samedi soir ils se retrouvaient. Le lieu était toujours le même, un grenier poussièreux et étroit, où la fumée des cigarettes flottait comme un nuage de brume sur le soir de la fin d'automne. C'est là d'ailleurs que pour la première fois elle goûta aux plaisirs de l'alcool et du tabac. Les discussions s'étalaient jusqu'au matin, ryhtmées par les allers incessants de celui qui se sentait le courage de changer le disque. A la fin la seule musique qui résonnait était celle des crépitements final du seul viynl qu'ils possédaient. Et le silence, le silence de la soirée qui se termine, comme conclusiosn de toutes les belles choses qui avaient été dites.
Le grenier appartenait à la mère de Paul, un des plus fervents marxistes de tout les communsites qu'elle avait entendu et croisé. Elle aimait ce manteau long beige qu'il portait chaque jour de pluie, et le chapeau assorti qui ne le quittait que pour la saluer. Lui et Marie formaient le couple du colloque, c'était la fin des années soixante et ils étaient jeunes et beaux. Les deux amoureux lui faisaient penser à cette histoire merveilleuse qu'elle avait lu et déclamé, celle d'Aragon et d'Elsa. Et Paul ne cessait pas de chanter les vers du poète, et Marie de l'écouter, ses yeux clairs comme enfouis dans le regard de celui qu'elle aimait tant. Alors il passait la main dans
ses cheveux chatains, mi-longs, qui lui tombaient sur les épaules, et il l'embrassait. Lucile gardait au fond de son coeur cette image si troublante de l'amour, et chaque fois qu'elle y pensait cela lui procurait un étrange sentiment de bonheur. Mais ce qui lui donnait encore plus le sourire était une scène antérieure à ce rituel, au tout début, à la première soirée où elle fût invitée.
De la même manière les verres se remplissaient et se buvaient. Ils étaient dix, cinq jeunes hommes et cinq jeunes femmes. Ils avaient fait de leur folie légère, le trait dominant de leur caractère. Et les femmes qui étaient là, et dont Lucile ne se sentait pas encore si proche, avaient toutes quelque chose d'extraordianire.
Elles étaient douées d'une remarquable intelligence, d'une certaine grâce dans les mots et dans les gestes. Et quelle élégance, c'était un peu le propre des dix personnes attablées, elles savaient mêler élégance subtile et par la même occasion briser les codes qui régissaient le pauvre monde qui les avaient vu naître. Un défaut notable les rendaient tout autant plus attirantes, leur sale caractère. Une volonté de contrôler le sens de la direction, d'avoir le dernier mot en toute circonstances, de ne laisser paraître aucune faiblesse, ni larmes ni sanglots. Un ton grave toujours porté sur des notes sonores qui donnaient à leur discours un ton mélodique et envoûtant, ces sirènes étaient de véritables harpies.Et nul n'aurait osé braver ces jeunes dames quand celles-ci s'engageaient sur le terrain rocailleux, le sujet épineux du féminisme et si autour d'elles, à boire le vin, les hommes réunis partageaient leurs avis, elles se sentaient l'obligation de leur rappeler l’injustice quotidienne et le sexisme environnant. Paul semblait adorer le paradoxe qu'elles étaient, bien qu'une le touchait très particulièrement, et cela pour milles évidentes raisons.
Marie, et tout d'abord ce fût ce qui la distingua du groupe qui désarma le pauvre guerrier bien sot devant cette femme aux allures d'insurgée espagnole à l'accent bien français. Marie avait cette capacité étonnante à la modération, elle accordait une importance capitale à ce que ses propos soient toujours nuancés, pesées et purement objectifs. Jamais elle ne se laissait emporter par la vague de radicalisme que l'alcool et la réunion des partisans entraînait à chaque rendez-vous. Paul était pourtant connu comme quelqu'un qui n'accordait aucune importance à ses amours, un homme qui enchaînait les relations avec une liberté et une insouciance qui attirait les foudres du ciel – certainement - mais surtout des autres. Et là, simplement, sa courte vie de liberté amoureuse arrivait à sa fin, il devait le savoir et cela ne semblait pas lui déplaire. La fin n'a jamais vraiment quelque chose de désagréable, elle garde toujours ce ton nostalgique, cette douce tristesse qui ressemble au bonheur.
Ce soir-là, le jeune homme n'avait pas détaché une seconde son regard de Marie qui s'agitait son verre à la main. Ses mains, ses mains. Ses yeux parcourait toute la finesse de ses mains, des mains fortes et douces à la fois. C'était là tout l'enjeu de la symbolique, toute l’histoire de la femme était là dans les mains de Marie. Des mains discrètes au pouvoir immense, au dessein mystérieux, à la couleur changeante, rougies l'hiver et dorée quand le soleil s'y frottait. Un univers de secrets caché ici, sous les projecteurs du monde, sous le yeux de l'humanité. Des mains qui sauraient éveiller la plume, des mains qui feraient couler l'encre autant qu'elles feraient couler le sang et jaillir l'absinthe. Des mains, force tranquille, comme le fleuve qui se repose.
Elle soutenait haut et fort que la mort n’effraie pas en soi :
— C'est un pur égoïsme que de se dire terrifié de la mort, c'est faux et ridicule ! Les gens n'ont
pas peur de la mort, ils ont peur du changement et plus encore de perdre ceux qu'ils aiment. Peut-on vraiment appeler cela aimer, c'est plutôt un jeu malsain de possession et une guerre sans fin entre l'un et l'autre qui s'accrochent et s'écorchent.
— Et si tu étais condamnée ? Tu penses que ton idée bien belle, tu l'aurais toujours ? Arrête de te moquer du monde, au fond de toi tu as peur comme tout le monde !
Celui qui s'opposait à elle, prenait un ton condescendant, et Marie détestait cela plus encore chez l'homme que chez la gente féminine.
— Je suis condamnée, nous sommes tous condamnées, et il n'y a pas de quoi en faire toute une histoire. Sans la mort, la vie ne vaut rien, et si tu n'es pas capable de comprendre ça, tu ne seras pas capable de vivre pleinement les jours que la chance t'a offert. Non, je n'ai pas peur de mourir, au contraire cela me rassure et me rends plus heureuse encore. A mourir, nous
vivons. Cette société idiote nous a appris depuis des années à distinguer une chose de son opposé, mais les choses qui s'oppose sont tellement liées que l'on ne peut les dissocier. L'un n'existe pas sans l'autre. Et c'est bien un truc occidental que d'attacher tant d'importance à séparer mort et vie, nuit et jour. Il faudra bien à un moment admettre que tout fonctionne ensemble et que tout n'est rien sans l'unité qui le maintien.
— Marie...
L'homme se retrouva soudain comme un jeune garçon devant les réprimandes de sa mère, il ne savait pas quoi dire. Le raisonnement de Marie était très affûté et sa démonstration des plus logiques, ne pouvaient qu'être contré par des banalités ridicules. Il ne s’abaisserait pas à cela et il s'avouait vaincu sans prononcer un mot. Paul ,lui, observait attentif l’attitude de la jeune femme qui au lieu de pavoiser et de se féliciter, souriait comme celui qui a gagné sans le vouloir. Elle semblait triste de voir qu'il ne se défendait pas, qu'il n'avait pas le cran d'avouer son erreur ou celui de se battre pour son idée. Elle remplit son verre.
Ce fût d'ailleurs ce qui déclencha en Lucile une profond respect pour Marie, et très certianement posa les fondations mêmes de ce qui serait une histoire bien complexe.
Pour l'occasion, elle portait un grand châle en laine rouge très fine, peut-être du cachemire, il couvrait ses épaules et descendait jusque dans le milieu de son dos. Ses lunettes rondes et colorés en rose étaient accrochés, comme laissées-là au cas où, à la poche de son chemisier en lin. Un pantalon assorti à sa cape et à la barrette qui tenait ses cheveux, une ceinture en cuir des Chelsea en daim crème-gris. Ce style à la fois simple et atypique était le pure symbole de tout ce qu'elle était, et ces belles parures ne faisaient que grandir son charme traquenard.
L'homme vaincu qui se trouvait être l'hôte de ces jeunes gens se leva et mis en place sur le tourne-disque, la chanson des Beatles qui était sortie il y a quelques semaines. La première de ce genre, entre le slow et autre chose, Yesterday résonnait dans le salon. Marie se mit debout avec grand peine, elle vacilla plusieurs fois et une fois qu'elle fût certaine de pouvoir danser, elle tendis les mains vers Paul. Il se leva pour la rejoindre, et ils dansèrent l'un contre l'autre, tandis que les lumières avaient été éteintes et que la musique diffusait dans l'air cette mélancolie propice, ô combien, aux baisers les plus doux. Et cela ne manqua pas, Lucile eut à peine le temps de boire une gorgée de Pouilly que le couple était déjà formé, enlaçé, l'amour ammorcé.
C'était un beau spectacle, et il s'étala, il dura. A cette époque, et si l'on prends compte de la mentalité, de l'insolent désir de liberté, voir deux adolescents se jurer fidélité sans serment, sans papier, sans mots, simplement un regard ; était plutôt curieux. Lucile était fasciné par le lien qui les tenaient, elle qui avait connu une histoire semblable, celle de sa mère et de son père. Tout était fait de simplcité dans ce genre de relations, extravagance sans exhubérance, pas d'emprise. Ce n'était pas deux, c'était un et un. Chacun respectait l'autre dans ses besoins, dans ses attentes, dans ses aspirations, et il n'y a qu'une réelle volonté d'aimer qui permet de maintenir alors la vie, à deux. Vivre ainsi suggérait de comprendre le principe de la communauté, il y a-t-il de plus belle communauté que celle qui est composé de deux êtres seulement? Lucile ne le pensait pas.
Pourtant les années, et la vie telle qu'on la prétendait choisir, imposa une multitude de notions et de comportements tous plus malsains les uns que les autres. La société fit pire que la religion. Elle comprenait, elle, qui avait eu la chance d'observer, de subir, la véritable définition du verbe aimer. A l'heure où Adélie se questionnait, le sens avait déjà été éclipsé par le mensonge permanent. Peu d'ailleurs se souvenait qu'aimer était un verbe, qu'il necessitait en conséquence une action. Aimer était bien plus que le concept qu'avait acheté, bon marché, Hollywood et servi à la populasse pendant des décennies. La science n'avait pas fait mieux, bien malgré elle. Durant les années qui suivirent la volonté mondialiste de démocratiser la science avait fait de tous des scientiquues en herbe, qui de tout connaissait le centième et qui n'avait finalement rien compris à ce qu'elle était. Aimer n'était pas quelque chose qui pouvait s'expliquer par cette pseudo-science, il n'y avait rien à expliquer. Naturellement, Lucile se sentait l'obligation d'utiliser quelques mots pour éclairer, parce que les années avaient filés à vive allure, emportant avec elle le peu d'espoir de voir le silence tomber, et le regard dévoiler. C'était encore plus terrible pour elle de le reconnaître que
pour quiconque qui ne l'avait pas vécu, l'amour avait changé. Concrètement c'était faux, la manière avait changé, ou plus précisément et plus simplement, l'homme n'aimait plus qu'occasionnellement. Quand la fatigue lui arrachait la dernière once de contrôle incessant, de retenue aristocratique, quand il n'avait plus rien de suffisament cher pour enfin se consacrer au vrai des choses. L'homme moderne aimait à la dernière seconde de son heure la plus sombre. Et tout s'éclairait, et revenu de son calvaire cessait de prendre le remède. Ainsi se répétait le cycle vicieux dans lequel le monde d'avoir l'avait plongé.
Lucile se souvenait comme elle aimait, elle aimait sans complément, ça semble bien curieux aux têtes blondes, aux enfants de la rationnalité détournée. Ils s'aimaient tous, Marie, Paul, Lucile, elle avait oublié la suite de la longue liste, mais le coeur était là. Ils aimaient et s'aimaient, c'était partout le même amour, c'était l'amour. Marie souriait souvent, ses dents blanches imppecablement désordonées étaient un véritable salut. Elle disait presque chaque jour, qu'elle voulait constuire une roseraie, elle parlait des roses à longeur de journées. Tant dans le symbole que dans la fleur, de l'églantier au rosier Ronsard, tout ce qui était "rose" était en elle. Et puis il y avait les clins d'oeil de Paul, l'accolade de l'un, les volutes de l'autre, les bouteilles vides et pleines, les fleurs, le soleil et la pluie, le rêve, leur amour était là-dedans. Le matin ils se retrouvaient tous les trois dans un bistrot, très tôt, la couleur se dissipait au fil des minutes. Avant de commencer la journée, trois cafés, deux cigarettes et un cigare. Et ils parlaient, discuter sans rélféchir à la suite, leurs soirées, leurs journées qui commençait. Ils rêvassaient un peu, une livre de bonheur avant le jour. Le patron terminait la vaisselle accumulée la veille, accompagnait de sa voix de docker la radio. Dès qu'il avait terminé l'ouvrage il s'asseyait à leur table, allumait une blonde et écoutait sans commenter. Avec le recul, Lucile comprenait que le silence de cet homme en disait long, à son souvenir, son regard racontait l''histoire d'un homme qui voyait en eux,un brin d'éspèrance. Le café ferma quelques mois après qu'il l'aient investi, le dernier jour le vieil homme avait apporté un rosier pour Marie.
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Fenrajis
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MessageSujet: Re: Roses et Lilas    Mar 28 Juin 2016 - 19:07

3.
La jeune brune avait enfin gagné sa destination. Tout en frottant ses pieds sur le tapis qui gardait l'entrée, elle secouait ses cheveux trempés. Assis à la table juste à côté d'un aquarium mal nettoyé, il lui adressa un sourire. Elle était en retard, fidèle à elle-même, mais il aimait attendre, il aimait l'attendre. Et à vrai dire, elle aimait le faire attendre. Adélie meneuse de la danse. Elle le rejoint sans un mot.
Ils attaquèrent de ces conversations un peu banales, les standards du premier rendez-vous. Son jeu de séduction aussi aiguisé et fin qu'une hachette rouillée, plaisait pourtant à la jeune fille. Adélie appréciait tout particulièrement ce qui était maladroit, mal amené, peu discret, cette subtilité barbare.
Un peu plus de seize printemps, et des yeux qui paraissent avoir vu l'éternité. Après avoir terminé son verre, elle se leva. C'était de ces filles aux cheveux longs, fantasme des poètes, brillante et exécrable, douce et indépendante. Le pas léger, châle sur l'épaule, une voix calme et claire, des propos qui redonne foi en l'humanité. Mégot teinté de rouge à lèvres, odeur de rhum sur le col d'un caban pourpre. Le vice et la vertu, unis pour le meilleur. Adélie, comme échappée d'une photo qui n'a jamais été prise, jolie peinture du temps des cerises.
Il voulut la suivre :
— Je ne vais pas me perdre, je reviens dans cinq minutes ! — D'accord, je t'attends.
Elle passa la porte vitrée battante et alluma une cigarette. Ce n'est pas que le tabac était forcé- ment un plaisir solitaire mais ce soir la sensation de voir affublée de ce gamin, chaine, poids aux chevilles, qui déjà tombait amoureux, la gênait. Et cette ignorance du silence, comme s'il n'existait, comme s'il n'était que le triste interlude des paroles dépourvues de sens. Celui-là parlait, parlait en- core, à jamais, comblant chaque instant du vide. Si le vide avait été vide, très certainement aurait-elle apprécié ses mots source intarissable, mais le silence était plein de tout. Il y avait dans le silence tant à apprécier, de quoi faire frémir chacun des sens. Voilà pourquoi les animaux ne parlent pas, ils savent apprécier le vrai de la vie, bien loin du bruit. A la longue, les phrases qui s'enchainaient n'étaient plus qu'un affreux grésillement. Seuls les fumeurs connaissaient cet instant si privilégié, où l'on écoute le monde et sa musique muette.
Elle ne voulait pas y retourner, pas du tout. Elle n'était pas à sa place, là devant un garçon qui jamais ne pourrait comprendre, qui éveillait en elle une colère folle. Adélie repris la route, sous la pluie, sous les lampadaires. Elle était heureuse, le doux plaisir de la liberté. Et ce gamin n'en souffrirait que quelques heures, et ce n'était que pour mieux trouver l'âme qui lui conviendrait. Le vent chargée de gouttes d'eau, soufflait dans son dos. Elle se sentait légère, prête à s'envoler, comme un grand oiseau qui aurait dormi trop longtemps. Un peu maladroit, mais aux ailes déjà dépliées, étendues. Elle voulait marcher la nuit entière, danser seule dans les rues désertes, courir sous les trente nuances du ciel de vingt-deux heures. Elle voulait vivre.
Se laissant porter par le vent glacé de l'automne, elle partit errante à la conquête du monde nocturne. On croisait toute sorte de gens à cette heure, très peu de putains contrairement aux idées reçues. Des anges déchus, un peu partout, mendiaient en silence, et des diables repentis pleuraient sur les bancs. Adélie imaginait. Dans l'obscurité tout est imaginable, les couleurs disparaissaient. Et alors elle comprenait le vers de Verlaine : "pas la couleur, juste la nuance". Il ne restait que la nuance et tout ce qu'elle instillait au monde personnel. Le cœur battait plus vite, il y avait le danger et surtout l'amour du danger, le goût du mystère. La beauté des choses sombres. La nuit était comme une cape qui couvre le dos des accablés. La curieuse intuition populaire qui poussait les foules à craindre le noir était résolument fausse. Il n'arrive jamais rien de malheureux dans l'obscurité, c'est à l'instant où revient le jour que tout, en tous lieux, même les plus cloisonnés, perds saveur et prends aigreur. Adélie était née avant l'aube, avant la lumière, peut-être était-ce la raison pour laquelle elle était la fille de la nuit.
Elle arriva sur le pont, il n'était pas haut, elle le savait. Mais se penchant, elle entendait l'eau coulait en bas. Comme sur un champ de bataille, à l'instant des premiers pas de la cavalerie. Qui s'en
va à l'amble, et finit comme le torrent qui dévale la montagne. Tout était silencieux, sans l'éternel vacarme de l'homme, tout était silence. Silence musical, silence qui chantait, silence fait de bruits. Le téléphone vibra. L'harmonie était rompue, brisée par l’insolent qu'elle avait abandonné il y a une demi-heure et qui revenait à la charge. Comme le gamin qui pourrait brailler plus fort qu'un porc qu'on égorge pour avoir sa glace. Adélie regarda le message. Comme toujours, banalité affligeante. Elle jeta son téléphone par-dessus le muret qui bordait le pont. Le bruit de l'impact fut libérateur.
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MessageSujet: Re: Roses et Lilas    Dim 13 Nov 2016 - 23:24

la suiiiiiite!!!!
suis impatiente de lire moi!!!!
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