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 [Roman historique / polar] Sans titre

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Kitsun
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MessageSujet: [Roman historique / polar] Sans titre    Jeu 14 Juil 2016 - 16:14

Les commentaires, c'est par là !



- Moi vivant, jamais ! Jamais !
La voix gutturale de Charles de Palandine rebondissait sur les murs en pierre de taille du salon, son écho faisant tinter entre elles les gouttes du magistral lustre de verre. La jeune fille qui servait le thé s’esquiva sans demander son reste, laissant la cible des cris seule face à l’imposante stature du comte. Olivia de Palandine esquissa un sourire en coin. Assise négligemment sur la grande table en chêne trônant au milieu de la pièce, elle inspectait nonchalamment ses ongles.  Les colères de son père étaient considérées dans le milieu, non sans crainte, comme les plus terribles de la capitale, mais elle était y habituée depuis l’enfance. A vrai dire, elle en était à l’origine plus souvent qu’à son tour, et malgré les années, elle en ressentait toujours un certain amusement.
Charles de Palandine poursuivit sa diatribe avec fracas, son visage carré rouge de colère. Avait-il remarqué le regard narquois de sa fille ? Rien n’était moins sûr, emporté tel qu’il l’était, allant jusqu’à prendre les cieux à témoin.  
- Tu m’entends Olivia, je te l’interdis ! Grands dieux, d’où t’es encore venue une telle idée ? Mais je vais vous le dire moi ! Cette enfant a décidé de ma perte, voilà tout ! Mais je refuse ! Il faudra m’enterrer avant, tu m’entends ?!
- Dans ce cas Père, contrecarra gaiement la jeune fille, sachant que je n’ai nullement l’intention de changer d’avis, quelle conclusion logique en tirez-vous ?
Le visage du comte se figea et se crispa au point que les veines de son front semblèrent sur le point d’exploser. Mais avant qu’il ait eu le temps de reprendre ses hurlements, une nouvelle voix, calme, s’éleva de l’autre côté de la pièce.
- Olivia, je t’en prie, un minimum de respect tout de même…
Tous deux se tournèrent vers le lourd fauteuil de cuir trônant fièrement devant la cheminée. Comme insensible à la tempête qui déferlait à quelques mètres d’elle, Adelaïde de Palandine y lisait paisiblement le journal. Emportés par leur joute verbale, ils en avaient presque oublié sa présence. Si son mari était connu pour ses accès de fureur - entre mille autres choses - elle était pour sa part d’un calme olympien en toutes circonstances, un caractère qui lui avait permis de traverser avec stoïcisme les tragiques épreuves des dernières années. Sans être d’une beauté à couper le souffle, elle avait gardé de ses jeunes années un charme sans fard. Ses longues boucles s’échappaient de son chignon coiffé à la va vite, entourant son visage délicat d’un halo blond. Ses hautes pommettes rosées lui conféraient l’image d’une jeune jouvencelle s’en revenant d’une longue promenade à l’air frais. Seuls ses yeux bleus, dont avait hérité Olivia, avaient perdus de leur éclat, aujourd’hui teintés d’une langueur mélancolique.
- Pardonnez-moi, Mère, s’excusa la jeune fille. Père, ma décision est prise, je marcherais dans vos traces. Sans doute laisserais-je de moins grosses empreintes - mes pieds sont quand même bien plus petits que vos énormes paluches.
Adelaïde leva les yeux au ciel d’un air amusé, tandis que Charles reprenait ses vociférations. Avec la prestance de ses seize ans, Olivia se leva d’un bond.  Elle écarta de son visage des mèches qui lui chatouillaient le nez. Hormis la couleur de ses yeux, elle tenait de son père. Ses cheveux bruns avaient la même légère teinte rousse que la délicate moustache de Charles. Elle frôlait le mètre soixante-quinze quand sa mère était menue ; et son visage rond, en forme de cœur, contrastait avec celui plus anguleux d’Adelaïde.
- Je monte maintenant préparer mes affaires, si cela vous convient, annonça-t-elle sans prêter en apparence la moindre attention aux cris.  Je dois être là-bas dans deux jours.
De la paume de la main elle envoya en l’air un baiser imaginaire, effectua une petite révérence moqueuse et quitta la pièce en trottinant.
- Que sommes-nous parvenus à traverser toutes ces terribles épreuves pour que notre fille ingrate décide de nous tourner le dos ainsi ! Hurla son père dans son dos tandis que retentissaient déjà ses pas dans les escaliers.
- Allons Charles, tempéra Adelaïde tout en se levant et s’approchant avec grâce. Je ne comprendrais jamais pourquoi vous vous emportez ainsi, alors que vous savez pertinemment qu’elle n’en fera qu’à sa tête, quoi que vous lui disiez…
Elle embrassa tendrement son mari sur la joue.
- Laissez-la faire ses propres choix, tout comme vous avez fait les vôtres jadis - et il n’y a pas si longtemps encore. Cette enfant a l’air fragile, mais vous savez aussi bien que moi qu’elle est plus forte qu’elle y parait.
Charles se renfrogna quelques instants, mais les muscles de son visage finirent par se relâcher.
- Je le sais, concéda-t-il finalement dans un soupir.
Il enserra les mains de sa femme entre les siennes avec précaution.
- Après les épreuves que vous avez traversées toutes les deux, je ne rêve plus que d’une vie tranquille. Pour nous tous.
- Ce sont justement ces mêmes épreuves qui légitiment ses choix, Charles. Alors cessez donc de crier ainsi, et donnez-lui votre bénédiction.
Il inspira et expira longuement.
- C’est d’accord, vous pouvez le lui dire… Vous savez, ajouta-t-il après une pause, je pousse ces cris uniquement pour entrer dans son jeu.
Adelaïde sourit avec tendresse. Elle déposa un dernier baiser sur la joue de son mari avant de quitter la pièce, et ajouta en franchissant le seuil :
- Je sais.


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