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 Lettre sans timbre

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AuteurMessage
B. Atkinson
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Nombre de messages : 6
Date d'inscription : 30/08/2016

MessageSujet: Lettre sans timbre   Mar 30 Aoû 2016 - 2:01

Bonjour,
je poste ici un court texte, sans doute une ébauche, sous forme épistolaire. En le relisant, je n'arrive pas vraiment à avoir un avis tranché, et je me demande en particulier s'il n'est pas un peu ampoulé, surchargé ou confus ; d'un autre côté, l'aspect "éclaté" du texte était ce que je voulais produire, quelque chose comme une narration dévoilé par légers flashs plus qu'une véritable intrigue construite de manière linéaire par un langage assez rationnel.

Merci de votre lecture dans tous les cas !

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.
   Il y a une chose que j’aurais tant aimé te dire. Comme un écolier qui cache quelque temps à ses parents un secret connu déjà de toute l’école, pour le plaisir d’avoir quelque chose à révéler qui n’appartienne qu’à lui le soir venu, j’avais prévu de t'en parler, mais je n’avais jamais trouvé le temps, le temps des amoureux auquel j’ai tant pensé. Comme nous étions dans la même classe, mon souhait était de profiter du week-end de fin d’année que nous devions prendre, nous jeunes étudiants pressurés, dans un gîte qui n’aurait été, pour quelques jours à peine, qu’à notre groupe, en pleine montagne, au printemps. Lorsque j’appris de tes lèvres, la veille et sur un ton presque dérisoire, que tu n’y venais pas, je ne pus moi-même y aller que le cœur en berne. J’y allai pourtant, comme pour m’assurer que tu ne serais pas partie là-bas sans moi, comme pour donner corps à ma déception. Le soir au gîte, lorsque les visages commencèrent à être estompés par l’alcool et que la musique emplissait jusqu’aux chambres lambrissées du troisième étage, je quittai la salle commune, le front mol et les bras indolents, brusquement abattu par le désir nuageux de te rejoindre et dans le même temps de t’attirer à moi. Je montai dans le dortoir commun où j’avais jeté la toile de mon duvet, dès notre arrivée sur les lieux, et montrai à la lune pleine mes doigts de gypse. Avec eux je te dirai comment j’aurais voulu t’aimer, si tu étais venu.

   J’aurais essayé de m’asseoir à côté de toi dans le bus, et de te chuchoter à l’oreille toutes ces choses qu’on ne dit qu’à demi-mot. Toi, les yeux rieurs, la bouche boudeuse, tu aurais vivement tourné vers moi ta belle tête blonde, et tu m’aurais dévisagé, formant peu à peu une moue mi-incrédule, mi-amusée. J’aurais été tout tien en un tel moment ; j’avais imaginé cet instant tant de fois, mais cette fois-ci, tout était bizarrement tendre. Sans doute n’aurais-je même pas été consterné par l’aspect dérisoire de mes tentatives de séduction. Aujourd’hui, avec le temps, je trouve tout ça puéril ; mais alors, tout était juste à sa place. Je t’aurais dit tout cela, tout doucement d’abord, la voix un peu hésitante, cherchant mes mots, comme attendant de trouver la formule parfaite, aboutie, la plus à même d’exaucer mes grands vœux enamourés. Je t’aurais parlé des longs cheveux que tu arbores en triomphe, et qui te font la blonde couronne que j’aime tant ; je t’aurais dit à quel point j’adore ta mine solaire, ton teint d’albâtre et tes doigts de craie. Tout cela, je te l’aurais chuchoté. Puis à voix haute : comment j’aime tes yeux, deux oranges posées sur mon cœur. Et comme ta peau de reine te donne des élans altiers, ta peau qui trace, au fond de mon âme, comme un sillon. Enfin j’aurais crié, hurlé même : ton nom, suivi d’une syllabe étouffée, un borborygme violent mais si doux pourtant, presque tendre, du fait de l’amour pénétrant qui m’habitait sans doute, j’aurais hurlé cela et me serais effondré, sous les regards des curieux dans le bus. La fatigue m’aurait pris au ventre, une fatigue toute intérieure, toute naïve.

   Lorsque, réveillé, j’aurais pris conscience de l’ineffable abîme de ma candeur, me croyant perdu, condamné à la mort sociale, j’aurais eu la surprise de voir que, du lit voisin, dans la grande chambre où nous étions pourtant seuls, tu veillais mon sommeil. D’un coup d’œil furtif à l’horloge, alors que tu chanterais dans tes tresses, j’aurais appris que j’étais resté inconscient toute la journée, et que le soir seul avait pu m’apporter un peu de jour, alors qu’en bas, la salle commune était en fête. Le boum-boum sourd des enceintes aurait fait vibrer les murs : la nuit était avancée, et tous étaient lovés dans la chaleur moite et suave des nuits sonores. Alors, tout perdu dans ma songerie, tu m’aurais surpris, moi les yeux dans le vague et pourtant posés sur toi, sur tes chevilles minces et le commencement de tes jambes. Lorsque, sous le coup de la honte, un coup de sang m’aurait violemment irrigué les joues, tu aurais ravivé mes douloureux souvenirs par un toussotement inquiet, quoique je l’eusse trouvé, comme tous tes toussotements, charmant. Sans rien dire, tu aurais lacé tes chaussures, et serais partie, avec une lenteur et une solennité que je n’aurais pas pu pas ne pas considérer comme une invitation à te rejoindre – même si ce choix deviendrait de ce fait mien, et que tu t’en serais ainsi élégamment et aisément dédouanée. Pourtant, j’aurais agi ainsi, cédant aux accès de folie passagère qui faisaient ma conduite.

   Sur le perron, faisant mine d’allumer une cigarette, en réalité surveillant ma venue, tu te serais assise doucement, et aurais chassé d’un geste alerte les quelques phalènes qui émaillent ces nuits d’été pluvieuses. Dans le bois, tous deux nous aurions plongé nos regards, quand, adossé à quelque coussin, je t’aurais rejointe sur la pierre froide et droite de l’escalier. Postée ainsi, tu aurais été sévère et brillante, et la maison tout à toi. Sous l’odeur du bois mouillé par la pluie, je serais rentré en moi-même, et, l’humeur maussade, un demi-sourire en train de mourir sur le coin de mes lèvres, j’aurais commencé à te raconter, la tête négligemment tournée vers tes pieds rassemblés sous tes cuisses à cause du froid, pourquoi j’avais attendu si longtemps pour te trouver belle. Soudain, à la moitié de mon récit, toi, les joues bleutées par la nuit, tu m’aurais dit : je connais la suite. Peut-être, mais je ne sais pas bien, aurais-je murmuré quelques mots d’excuse. Alors, cœlacanthe effrayé, je me serais terré à la lumière sélène. C’est ici que j’aurais aimé que tu m’embrasses, sur ces marches et ce perron, ta cigarette encore éteinte répandue sur la pierre, et tes mains dans mes cheveux fous.


   Mais tu n’étais pas là. Le temps efface tout, et mon amour et moi sommes restés bons amis.
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Merci d'avoir pris le temps de me lire ! Le lien pour le commentaire est ici : http://ecrire.ingoo.us/t6455-lettre-sans-timbre
A bientôt,
B. Aktinson
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