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 Solène - Extrait

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BrunoMDeSousa
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Date d'inscription : 25/09/2016

MessageSujet: Solène - Extrait   Mar 4 Oct 2016 - 6:27

Bonjour tout le monde,

Voici un petit extrait de Solène, livre de science-fiction que je mets actuellement en financement participatif.

Solène, une geek, se rend en train à une convention de jeux de stratégie. Durant son voyage, elle rencontre une étrange petite fille. Bientôt, elle se retrouve confrontée à une menace assez particulière, qui prend la forme d’entités flottantes qui ont le pouvoir de modifier et manipuler à volonté tout ce qu’elles ont sous la main. Curieusement, celles-ci, dont la puissance et la technologie peuvent décider du sort de l’humanité, ne sont visibles que par les joueurs assidus de jeux vidéo…

Dans cet extrait, tiré de la première partie « Jeux de trains », Solène se réveille d’une vision assez particulière et se retrouve au bord de la voix ferrée, en compagnie d’autres personnages.

NB : Le style d’écriture utilise des termes assez techniques afin de mieux rentrer dans une ambiance « geek » et donc de coller au personnage ; c’est pourquoi j’utilise -impossible de les mettre ici- de nombreuses notes de bas de page (agrémentées d’informations sur l’histoire de l’informatique, ses termes, les jeux vidéos et ses artistes) pour les expliquer aux profanes.


"Les freins du train crissèrent, longue plainte d'ongles sur un tableau noir, et Solène se releva de sa couchette, les cheveux en bataille, serrant les dents pour résister à cette agression suraiguë. Elle pressentait cet instant, elle aurait dû s'en douter : voyager à Paris ne pouvait jamais se faire avec sérénité, y pénétrer c'était aller dans une ruche où chaque abeille vivait dans une alvéole, avec la peur constante de la voir envahie par des frelons asiatiques. Paris, dont le bordel ambiant de la surface, faisait écho, dans les sous-sols, à une cacophonie de silences torturés et nerveux. Paris, l'aimant, dont les tunnels exerçaient leurs charmes, parfumés aux fers et aux pneus du réseau métropolitain.
Et le compartiment était vide. Elle remit sa chevelure rousse dans une configuration plus acceptable. Les vitres étaient poussiéreuses, comme le muret tagué qu'il y avait dehors. Le train s'était tu. La scène était plantée, Solène attendait que le script se déclenche. Elle tira son grand sac de sport vert, qui n'avait jamais servi à l'usage qui lui était destiné, de sous sa banquette. Elle le défit. Il était bourré de vêtements maladroitement pliés, avec des strings et des chaussettes qui s'y baladaient chaotiquement. Elle souleva d'une pichenette la pile de gauche et farfouilla sous les t-shirts vieux de cinq ans en admirant les impressions de logos : « Blizzard Entertainment » était toujours en haut de la pile, malgré ses lettres bleues presque illisibles, car il était un objet historique provenant d'un ECTS de Londres de la fin des années 1990, acheté pour une bouchée de pain sur EBay et qu'il avait fait des nuits de jeu en réseau chez ses amis, où le processus de semi-rêve s'était si souvent enclenché pour crucifier la vie réelle.

Tâtonnant, elle saisit le petit ordinateur portable, Graal rectangulaire en coque bleutée, et l'alluma. Il ronronna, puis s'éteignit. Elle avait laissé la batterie de rechange à la maison.
– Votre attention, s'il-vous-plaît, entendit-on des haut-parleurs grésillants, un accident de personne a été signalé à Évreux. Toutes les lignes de transport allant vers Paris vont accuser un retard de minimum deux heures. Vous êtes priés de ne pas descendre du train avant son redémarrage. Nous vous prions de nous excuser pour la gène occasionnée. Si vous le souhaitez, le service de bar est ouvert dans le train. Vous pouvez bien sûr vous y restaurer.
Solène poussa un juron étouffé, puis :
– Il va falloir que je me sociabilise, soupira-t-elle.
Deux fois sur le même trajet, cet accident de personne. Ce n'était pas un jour très favorable, n'y avait-il donc aucun respect envers les malheureux passagers ? Se suicider deux fois le même jour, et puis quoi encore ? Ne pouvaient-ils pas se concerter d'abord ? Elle réajusta sa veste grise et ouvrit ses magnifiques cheveux longs et roux pour laisser apparaître tout son visage. Comme si elle répétait un numéro, elle attendit un petit instant de silence avant d'entamer la simulation :
– Bonjour madame, ou monsieur, pensa-t-elle en hochant la tête, ils choisissent bien leurs moments pour se suicider, n'est-ce-pas ?
– Oui, répondit l'autre Solène à Solène -enfin du moins, celle qui se réveille quelquefois dans la tête de la seconde-, oui ils font ça généralement en fin de semaine. Tant de vanité pour la gloire, l'espace d'un soir et d'un journal.
Solène reprit, on ne sait pas laquelle mais peu importe :
– L'esthétique, doit être d'une rare poésie, avec simplement une musique midi et des civils qui hurlent et prient devant une locomotive qui les écrase en ligne sur la voie. Les textures doivent avoir ce grain sombre, pixelisé. Organiser sa mort, c'est aussi savoir ajuster le décor pour savoir comment le petit bonhomme qu'on habite va rapporter un maximum de points lorsqu'il va morfler et laisser les spectateurs multiplier les points de vue pour mieux l'admirer.
Il n'y a pas de hasard, que des liens de causalité qui s'emmêlent, chaque paysage est produit de l'humain, tout comme ses machines. Et les textures tristounettes qui se laissaient percevoir par les vitres poussiéreuses étaient tout de même richement texturées, tout comme les émotions des humanoïdes qui flânaient devant étaient bien faites. Là-bas, Solène pouvait percevoir cette touffe d'herbe qui rebiquait dans un chemin. Mais à quoi pensait-elle ? Elle devait se sociabiliser, so-cia-bi-li-ser. Oh, bon, elle allait encore devoir faire un petit effort. Ou pas. Elle se gratta le menton en regardant la purée de cheveux qui gigotait aux abords du train. Qu'est-ce-qu'ils pouvaient bien foutre dehors ?!

Ce deuxième désespéré qui avait sauté devant un train était un terroriste, de toutes façons, mais ils camouflaient ça en accident de personne :
Le fait qu'il fût las de son existence n'était qu'une couverture, avec un solide alibi. Personne pour l'interroger, pas besoin de se justifier. Le genre d'idées qu'on a qu'une fois dans sa vie.
Deuxio, Évreux étant sur le trajet de Paris, il y avait donc volonté de bloquer sans doute une personne particulière qui se trouvait dans le même train qu'occupe Solène, ceci afin de l'empêcher de rentrer. Qui donc ?
Se jeter sur les rails aux heures de pointe, vers midi quarante, permettait d'en déduire qu'il fallait couper l'envie des usagers présents, pour peu que le suicide ait lieu sur les quais d'Évreux, de manger et donc leur faire dégobiller leurs petits déjeuners sur le sol. Conséquence : manque à gagner pour les serveurs, perte d'argent pour les terrasses, opération visant à leur provoquer un traumatisme temporaire. L'un des serveurs s'engueulera avec ses enfants le soir à cause d'une sale journée, et ça c’était peu pardonnable.
Appel en urgence de l'agence de nettoyage la plus proche, avec le matériel dans le plus mauvais état possible et des agents de maintenance fantômes, ce qui était courant dans ce milieu. Leurs produits détergents auraient blanchi une partie du sol où se trouvaient les tâches de vomi des usagers. Logique, puisque c'est la journée de travail du moins futé des nettoyeurs qui se sera trompé de produit.
Solène interrompit le raisonnement de Solène :
– Et pourquoi pas une dépression nerveuse qui aurait mal tourné ?
– Je ne me suis jamais foutue en l'air à cause de ça, moi. Je me suis soignée avec Carmageddon.
– Au fait, n'es-tu pas sensée te sociabiliser ?
– Ah oui, ça…

Le PC reposait sur la banquette, ouvert, il réclamait son courant. Elle le dorlota puis le rangea dans ses affaires, sortit quand-même du compartiment, les jambes légèrement tremblantes, des pulsations dans les tempes. Un remugle de nicotine transformée lui picota la gorge et les poumons. On en avait profité pour aérer le train arrêté, à son plus grand désespoir.
– Je vous rappelle pour votre sécurité qu'il est strictement interdit de descendre du train, récita la voix électronique avec l’enthousiasme d’un hardcore gamer PC auquel on aurait proposé un party game console…
Un homme se mordillait les lèvres, vaguement ahuri, puis lui sourit de toutes ses dents, lorsqu'elle passa devant lui. Elle l'ignora superbement et descendit du train.

Un petit bois bordait les voies. Le froid dévorant, comme une infâme réalité qui saute au visage, vint la fouetter. Elle laissa échapper une quinte de toux, étouffée par les remugles acides du tabac coupé. Les badauds traînaient, affairés dans leurs écrans de poche, hypnotisés. Solène eut peu d'allant pour aller étaler ses théories causales sur le suicide, c'est bête, elle avait au moins un sujet valable sur le bout de la langue. Entendre les craquements sinistres des hêtres, la sonate solitaire des chênes qui bordaient la voie avait plus d'intérêt que d'assister au spectacle de cette humanité décadente. À côté d'elle, une femme pianotait fébrilement sur une tablette, perdue au milieu du troupeau silencieux de ses semblables d'où, de temps en temps, s'échappaient des mélis-mélos phatiques sans substance. Vides comme les pensées des écorces inanimées. Solène y prêta bien peu d'attention pour mieux se concentrer sur l'ambiance sonore.
Des arbres dissertaient, ouvrant de leurs branches un champ de conversations devenus incompréhensibles aux morts qui errent de nos jours. Les murs cherchaient à leur répondre ; Solène écoutait avec attention et délice l'un de ces arlequins silencieux et tentait l'une de ses trop nombreuses conversations de type humain/PC, avec une révérence marquée, elle, cherchant l'accroche, sans pouvoir faire autre chose que de déglutir d'incongrus phonèmes, pour le fun. Sous les voiles de nicotine flottant mollement dans l'air, l'araignée aux mille têtes étalait ses membres au bout desquels les mêmes écrans pendaient. Solène suivait ses lancinantes gesticulations réalisant encore que son visage ne compléterait pas le tableau de famille, la peinture de l'évolution finale de l'humanité. Elle était une vraie geek, elle, et ne faisait pas semblant de l'être, comme toutes ces personnes. Plus d'une bonne vingtaine d'années à glaner des points d'expérience par ses interactions avec les PNJs  ou PJs de la vie réelle ne pouvait égaler la durée qu'elle avait passé dans ses jeux vidéo. Pour l'heure, son avatar réel, répondant au doux nom de Solène, dissertait silencieusement avec des pans de mur gonflés au bump-mapping…
Soudain, une rangée se délogea du mix de têtes. Voyant que Solène s'acharnait à disserter silencieusement avec les tags, elle se dégagea en rampant sur la matière arachnoïde à la façon d'une île flottante sur de la glace pilée, pour venir la rejoindre. L'hydre longitudinale perdit un à un ses morceaux jusqu'à ce que Solène se retourne. Des mains sortirent du monstre informe et vinrent se poser sur le mur afin d'y écrire des inepties ponctuées de « lol ».
Quelqu'un venait d'écrire sur son mur.
Processus : Elle distingue d'abord ces peintures anthropomorphes, puis en prend une, place la chair sur les os, texture la chair, s'improvisant animatrice et programmeuse magique d'un battement de cil. La créature prend forme d'un souffle, rauque parce qu'il commence à cailler, modèle 3D réaliste. Hélas, le décor planté et l'animation de ce dernier outrepasse sa volonté, le délire imaginatif est terminé, et la voici de nouveau dans le monde ouvert réel… et putain il caille, accessoirement, parce qu'on est en Normandie et que l'humidité relative est là pour le rappeler.
– D'ordinaire, fit remarquer le P.J., on disserte mieux avec soi-même qu'avec des pierres, ça paraît moins suspect.

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