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 Les Zénothes

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Rima68
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Féminin Nombre de messages : 5060
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Date d'inscription : 16/01/2010

MessageSujet: Les Zénothes   Dim 22 Jan 2017 - 15:06

Bon on dirait que je me motives à poster dans les galeries aujourd'hui, mais j'ai peut-être besoin d'un ou deux avis sur un début de texte.
C'est un projet qui m'enthousiasme assez mais dont avec lequel j'ai parfois quelques difficultés. Pour l'instant la première partie est presque achevée.
Bon je ne suis pas douée pour les titres, celui-ci est provisoire sans aucun doute.
(Ah euh, l'extrait est peut-être un peu long, dites-le moi si jamais je ferais plus court alors)

Partie 1 :
Chapitre 1 :



La porte se ferme derrière lui, Léo rentre à peine de sa longue journée de travail, son dur labeur. Une journée à creuser dans la mine pour des gens qu’il ne verrait plus jamais de sa vie. Le jeune homme se sentait épuisée, dans un corps bien plus vieux que le sien, usé par l’intensité de l’effort, ses longues heures de labeur quotidiennes. Enfin, il pouvait espérer rentrer chez lui, dans le petit appartement qu’il occupait, au quatrième étage d’un bâtiment blanc, aux fenêtres épaisses qui laissaient assez peu entrer le froid extérieur. Celui-ci n’était pas spacieux, ni jolis, un peu décoré, certes, mais encombré. Composé d’une vaste pièce centrale servant à la fois de cuisine, de salon et de salle à manger, de deux chambres de petites tailles, si petite qu’un lit rentrait à peine avec une petite commode, et une salle de bain.
En passa la porte, Léo vit la tête de son garçon se tourner vers lui, un sourire aux lèvres, ses cheveux châtains en bataille, ses yeux marrons rieurs, un teint légèrement hâlé. Assis à table, il était penché sur une tablette. « Salut, dit l’enfant d’un ton enthousiaste. Tu es rentré ? »
Léo contourna la table, fouilla prendre une bouteille dans le réfrigérateur et s’effondra dans le canapé en soupirant. « Dure journée ? demanda-t-il.
— Oui, répondit Léo. Beaucoup de travail, peu de trouvaille, on va finir par aller nous faire creuser ailleurs, j’en ai marre. Et toi ? L’école ?
— Génial, le prof est devenu chèvre parce que quelqu’un a envoyé un message groupé à tout le monde en plein milieu du cours, indiquant qu’il y avait des traces de pneu au plafond. C’était marrant de voir tout le monde lever les yeux au ciel après l’avoir lu ! Même le prof, quand il a vu ça, j’ai pas pu m’empêcher d’éclater de rire… Du coup je suis collé ce week-end. »
Léo le fixa. « Enovan ! Sérieusement ! Tu trouves ça marrant ? J’imagine que c’est toi qui en a eu l’idée. »
Le jeune homme tentait de sembler énerver, mais il ne l’était pas réellement, comment aurait-il pu, après tout, il en avait causé, des torts dans son enfance. Au fond, il ne se trouvait pas sur cette planète minable pour rien. Cependant, Léo devait jouer le jeu, celui du parent qu’il n’était pas, et Enovan, lui, jouait le jeu de l’enfant gêné par sa propre bêtise. « Désolé, souffla le garçon. Je ne recommencerai plus. Je vais aller m’enfermer dans ma chambre, sans dîner, et réfléchir seul à ma conduite.
— Mouais, c’est peut-être pas si grave que ça, tu sais. »
Enovan sourit, vint s’asseoir près de lui, et Léo passa son bras autour des épaules du garçon. « Dis-moi, tu penses que mon père m’aurait plus engueulé ? S’il avait… été là ? »
Léo déglutit, il ne s’attendait pas à cette question, au fond, Enovan lui avait, jusque-là, assez peu posé de question sur son père. « Je ne sais pas, ton père était quelqu’un de droit, je pense, prêt à aider les gens, il m’a beaucoup aidé quand je suis arrivé ici.
— Oui, je me souviens. Tu jouais tout le temps avec moi quand tu avais fini le travail. Je me demande juste, ce qu’il penserait… de moi… maintenant. »
Léo inspira profondément, se donnant le temps de réfléchir à ce que l’enfant lui demandait. « Ça fait longtemps qu’il est parti, murmura-t-il ensuite. Mais je pense qu’il t’aurait beaucoup aimé, tel que tu es, tu n’as pas à changer. Tu sais, il savait s’amuser, et des farces il en a faites à la mine, bon Dieu ! Et des pires que la tienne ! Je pense que, pour reprendre ton expression, beaucoup de contremaîtres sont devenus chèvre avec lui. Tu dois tenir ton côté taquin de là.
— Peut-être, papa m’a déjà dit que maman aussi avait ce côté-là, mais tu ne l’as pas connue.
— Non, on ne vit pas vieux dans ces mines, répondit Léo.
— Je sais, mais moi, je n’ai pas envie de travailler ici, j’aimerai aller sur Terre. Ça doit être beau, plus beau qu’ici, non ? »
Léo sourit, Enovan lui posait de temps en temps des questions sur son monde natale, lui y avait passé son enfance, mais le garçon n’y avait jamais mis les pieds. « Magnifique, il y a des paysages à couper le souffle. Du vert, du bleu, du blanc, du gris. Ici tout a ces teintes ocres, mais là-bas, là-bas, tout est beau.
— Et on voit vraiment le ciel, directement, sans dôme, ni rien ? »
Léo acquiesça, doucement, repensant à ce temps où il avait été un terrien. Tout lui semblait remonter à une éternité, comme s’il avait vécu plusieurs vies depuis. « Tu penses qu’on pourra y aller un jour ? demanda le garçon.
— J’ai été exilé, répondit Léo. Je ne pense pas en avoir le droit, quand on est exilé, c’est pour la vie. Ma propre mère est membre du Gouvernement, mais elle a laissé le Conseil m’exclure de leur monde, alors je suis ici, à trimer pour les minéraux et les cristaux qui vont dans leurs robots, leurs machines et je ne sais quoi, pendant qu’eux vivent tranquillement sur Terre où l’air est pur, les paysages magnifiques et le soleil chaud. Ici tout est froid, montagneux, désertique, toujours le même paysage, c’est déprimant. Sans parler de ces dômes, et la gravité artificielle, un calvaire pour s’y habituer. Toi tu es né ici, tu ne t’en rends pas compte. »
Enovan baissa les yeux, sans que Léo ne le remarque réellement, celui-ci se remémorait son arrivée ici, sur Mars. La façon dont il s’était retrouvé là, suite à ses égarements de jeunesse. Comment pouvait-il oublier, sa propre humiliation, sa solitude. « Désolé, finit-il par dire. Je ne suis pas de bonne compagnie ce soir. Tu sais, lorsque je suis arrivé ici, j’étais vraiment mal, et c’est ton père qui m’a tendu la main ? Je ne pourrais jamais suffisamment le remercier pour ce qu’il a fait pour moi, veiller sur toi, c’est pour moi aussi un moyen de lui rendre hommage. »
Le garçon hocha la tête, Léo lui, soupira à nouveau. « Ça te dirait de sortir ? On pourrait aller manger dans le bar en face, celui dans lequel tu aimes tellement la musique. »
Le visage d’Enovan s’éclaira alors. « Oh, oui ! Ce serait tellement bien. Mais j’ai école demain, on ne doit pas rentrer tard.
— Ne t’en fais pas pour ça, je commence très tôt demain. »

* * *

« Maman ! »
La voix de sa fille, Furina la reconnut tout de suite et se sentit immédiatement tendue par son ton, le relent de reproche qu’elle entendait toujours lorsque sa fille s’adressait à elle depuis quelques années déjà. Sarah apparu dans son bureau, les jambes écartées, les poings sur les hanches. « Qu’y-a-t-il ? demanda Furina à la jeune femme.
— Tu as parlé à Mathias ! Comment as-tu pu ?
— Tu te trompes, ma chérie, je n’ai rien fait.
— Ouais, t’as envoyé Ludwig à ta place, mais c’est pareil, je sais que tu es l’instigatrice, c’est toujours toi. Mon frère est juste trop aveugle pour s’en rendre compte. »
Furina fixa sa fille, un instant, ses cheveux roux encadraient son visage parsemé de taches de rousseurs, ses vêtements lui parurent négligés, surtout pour se présenter ainsi à son bureau. C’en était presque humiliant. « Tu devrais penser à mettre autre chose, le marron fait vulgaire, c’est la tenue des bagnards, des travailleurs, pas celle que nous portons, nous sommes plus évolués que ça.
— Ne change pas de sujet, on parlait de comment tu envoies mon frère faire la morale à mon petit ami. J’ai passé l’âge de faire ce que bon te semble, et Ludwig n’est pas mon père.
— Grand Dieu, non ! Bien sûr, ton père se retournerait dans sa tombe en te voyant ainsi. Dépravée, à faire la fête sans arrêt, rien d’autre ne t’importe et tu revêts ces couleurs des travailleurs alors que tu n’as jamais rien apporté à ce monde ! »
En terminant sa phrase, Furina se rendit compte qu’elle se tenait debout, les mains appuyées sur son bureau, et sans doute rouge de colère. Il n’y avait que Sarah pour la mettre dans un état pareil, enfin, ses enfants. « Parce que tu te crois mieux, avec tes airs, ta politique. Tu aimes juste être vénérée, c’est tout.
— Ça suffit, répliqua Furina. Je te signale que j’ai tout donné pour toi, pour vous, tes frères et toi. En particulier depuis la mort de votre père. J’ai sacrifié tant de chose ! Jamais il ne vous est venu à l’esprit que j’avais souffert et que je pourrais avoir besoin, de temps en temps, de remerciement et de reconnaissance. »
Sarah la foudroya du regard. « Mais le monde ne tourne pas autour de toi, et puis tu n’as qu’à rester en dehors de ma vie, je n’ai pas besoin de toi ! »
Sur ces mots, la jeune fille tourna les talons et quitta le bureau de Furina, laissée là, rouge de colère. Mais pour qui se prenait-elle ? Avec ses grands airs, ses habits d’ouvrière juste là pour l’énerver ! « J’ai été trop gentille avec eux, j’aurais dû les envoyer dans un internat au lieu de les laisser rentrer à la maison tous les soirs. Si Sam voyait comment ses enfants ont tourné, il n’y a que Ludwig qui fasse un effort », s’écria Furina pour elle-même.
Elle poussa un profond soupir, ferma les yeux, les rouvrit, espérant faire disparaître toute trace de colère de son visage, des choses plus importantes l’attendaient à présent. Elle devait faire une déclaration qui serait relayée partout au sein du Gouvernement Uni.

* * *

Hawk avança très doucement sur le ponton de son engin de guerre. Il devait soigner son effet pour que les siens le trouvent à leur goût, pas trop excité, mesuré, mais juste aussi, suffisamment éloquent pour provoquer l’enthousiasme. Il fixa en contrebas les membres de son peuple, tous semblables, leurs yeux remplis de ferveurs tournés vers lui.
« Amis Zénothes ! s’écria-t-il. Après des siècles d’errance dans l’espace froid et désertique, je pense que nous pouvons faire face à une nouvelle ère. Nos arrière-grands-parents ont quitté jadis la planète Zélus devenue inhabitable, nous avons voyagé au sein de ce même vaisseau-mère à la recherche d’un monde pouvant nous servir d’hôte. Nous avons voyagé de système en système, de galaxie en galaxie, sans jamais trouvé d’endroit propice pour notre constitution.
« Et voilà quelques décennies, nous sommes rentrés en contact avec une espèce intelligente, les Terriens, au sein de leur galaxie, la Voie Lactée, dans leur système solaire. Nous avons tenté de nous installés sur une planète, ici, mais sans résultat. Eux possèdent la technologie pour rendre habitable des planètes qui ne le sont pas, mais ne désirent pas partager avec nous ces connaissances.
« Nous, sommes des guerriers, puissants, terrifiants. Nous avons fait face à d’autres espèces dans l’espace, et même auparavant, sur Zélus, nous avons connu nos guerres. Il est temps à présent d’aller de l’avant, et leur Terre pourrait être le siège d’un nouveau monde pour nous. Si nous parvenions à conquérir leur système, nous n’aurions plus à nous soucier de rien. Leur technologie est stupéfiante, ils ont pu s’installer sur Mars, avec nos vaisseaux, nous pourrions coloniser plus loin encore, en alliant nos forces. Construire un grand empire galactique dans lequel les Zénothes règneraient sur les Terriens. »
Des cris de joies retentirent dans l’assemblée. Une ovation soudaine émut le chef Zénothe, Hawk manqua de laisser couler une larme, une larme de fierté. « Les Terriens sont peut-être plus nombreux que nous, ils se reproduisent vite, mais nous sommes plus habiles et mieux armés, rien ne pourra nous arrêter. De plus, nous sommes foncièrement unis, depuis tous ce temps passé à errer, nous sommes animés d’un but, d’un désir de vaincre. Eux sont divisés, ils se trouvent sur deux planètes différentes, se sont construits des castes, des niveaux sociaux qui les divise plutôt que de les unir.
« Nous pourrions nous servir de ces faiblesses, et nous attirer les faveurs de ceux qui vivent sur la Planète Rouge qu’ils appellent Mars. »
D’autres cris de joie retentirent, Hawk sourit en regardant tous son peuple ainsi le soutenir, il leur promettait la fin de l’errance, l’édification d’un empire qu’on leur avait un jour promis, il y a des siècles de cela, lorsqu’ils étaient partis. Il leva alors la main pour saluer son peuple, et l’un d’eux leva le poing en criant : « Hawk ! Hawk »
Très vite, les autres l’imitèrent. Très vite, le chef rappela le silence, et reprit la parole. « Ravis que tout cela vous plaise, mes chers amis, car c’est exactement tout ce que nous sommes en train de faire. Bientôt, les habitants de Mars se rallieront à notre cause. »

* * *

En poussant la porte du bar, Léo sentit tout de suite que quelque chose était différent à l’intérieur. Il ne s’agissait pas de l’odeur, ni de la lumière tamisée, mais plus de l’ambiance. À la place du lieu enfumé, à la musique trop forte, auquel il s’attendait, le jeune homme avait presque l’impression d’être dans une réunion politique de conspiration. Une femme se tenait debout sur le bar, les clients la fixaient, et écoutaient son discours avec des murmures d’approbation. « Eh ben, souffla Enovan qui était entré juste après lui. Qu’est-ce qu’il se passe ici ?
— Je me posai la même question.
— J’aurais bien écouté de la musique en buvant une bière », souffla le garçon.
Léo ne releva pas tout de suite, puis il se tourna vers le garçon. « Sans alcool alors, tu es encore trop jeune.
— Tomak en boit bien, et Rama aussi elle boit de l’alcool, personne ne leur dit rien.
— Normal, personne ne veille sur eux, je t’assure que ton père n’aurait pas aimé que tu deviennes un ivrogne. Sur Terre on consomme rarement ce genre de choses. »
Enovan haussa les épaules. « Ça aide à oublier qu’on vit sur un caillou stérile et triste j’imagine, la Terre est belle.
— Pas partout, et il y a des cons aussi là-bas.
— Du coup on rentre ? Ou on va voir ailleurs ? Peut-être le café central, proposa le garçon.
— Attends, je veux voir ce que dit la dame. »
Le garçon soupira de désespoir, ce qui fit sourire Léo, il s’approcha un peu pour écouter la femme qui attirait l’attention par ses discours assez vindicatifs. Ses cheveux coupés courts, elles portaient des vêtements marrons, ressemblant aux leurs, mais elle s’exprimait trop bien pour que ses mots soient ceux d’un Martien, elle venait de la Terre, à coup sûr. « Ils nous asservissent, ils nous font trimer jusqu’à la mort pour leur propre confort. Nous ne sommes pas des esclaves ! Il est temps que nous nous affranchissions de ces chaînes !
« Ils nous croient dangereux, mais ce sont eux, les habitants de la Terre qui ont fait de cette planète un bagne, sans possibilité de retour. Des peines à perpétuité, sur plusieurs générations, voilà ce à quoi ils nous condamnent ou ont condamné vos ancêtres. Combien d’entre vous ont réellement été jugés ? Combien d’entre vous sont nés ici et ne verront jamais le ciel bleu de notre planète mère ? Combien d’entre vous n’ont jamais entendu le véritable aboiement d’un chien ou le cri d’un oiseau ?
« Ici nous sommes condamnés à la nuit, au travail dur et physique, à une espérance de vie réduite, à une mauvaise éducation pour nos enfants et pour finir à noyer nos malheurs l’alcool, le sexe et la drogue.
« Mais, mes amis, il y a des solutions, il y a un avenir pour nous, une lumière au fond du tunnel. Nous pouvons être guidés, Dieu nous sauvera tous en temps voulu ! Dieu nous aidera et nous ramènera sur Terre où nous appartenons tous. Car sachez qu’il nous accueillera dans son royaume de Lumière. »
Léo ferma les yeux, soupira puis se tourna, Enovan fixait le plafond d’un air exaspéré. « Autant rentrer, non ? On pourrait regarder un film, proposa Léo.
— Tant qu’on quitte cet endroit. »
Ils sortirent du bar, laissant les quelques personnes que ces paroles intéressaient écouter. « Dieu nous sauvera tous ! » s’écria Enovan en une mauvaise imitation de la femme.
Puis il éclata de rire, suivi par Léo. « Nan, mais elle est sérieuse, qui va vraiment la suivre ? demanda le garçon.
— Beaucoup de gens sont désespérés, j’imagine que lorsqu’on n’a rien ni personne, on peut trouver du réconfort dans la religion. Des croyances ancestrales.
— Ouais, bref, elle avait surtout l’air tarée, et je ne vois pas ce que ça change de toute façon. Pareil, l’autre fois à la sortie de l’école, un type nous a abordé en disant des trucs du même genre.
— Je te connais, tu n’es pas du genre à suivre ce type de discours, tu es un esprit fort, répondit ironiquement Léo.
— Oh, oui, très fort ! Tellement fort que malgré les heures de colles je continue les blagues idiotes que mon prof déteste et lui hérissent les poils de la nuque. »
Léo sourit, passa son bras autour des épaules du garçon, et cette fois, de manière spontanée, il se demanda en effet comment son vieil ami Léandre réagirait en voyant son fils tel qu’il était à présent.

* * *

« Tout est prêt ? » demanda Hawk.
Le Zénothe du nom de Trial qui se tenait près de lui sursauta et se tourna vers lui avant de s’incliner. « On est nerveux ?
— Non, bien sûr que non, grand Hawk. Nous… oui, enfin c’est presque prêt. Quelques-uns des nôtres ont rejoins Mars. Nous ne sommes pas des complets inconnus, ni là-bas ni sur Terre, ils ne prendront pas peur puisque la plupart d’entre eux connaissent notre existence. Alors nous leur soumettrons vos arguments. »
Hawk poussa un grognement avant de hocher la tête, il ne voulait pas paraître désagréable, même si les muscles de sa nuque s’étaient tendus subitement lorsque Trial lui avait lancé des explications inutiles, tout ça pour lui révéler qu’aucun d’eux n’était encore prêt. « Bien, finit-il par répondre d’une voix mesurée. Ne traînez pas trop non plus, nous devons être prêts bientôt, j’aimerai que trois des nôtres soient sur Mars à compter de demain, ainsi nous pourrons mettre en place mon plan.
— Bien sûr, grand Hawk, dit Trial en s’inclinant légèrement. Nous nous assurons simplement que tout soit prêt pour mettre en place le plan, ton plan grand Hawk. Bien sûr, aucun de nous ne voudrait qu’il tombe à l’eau à cause d’une mauvaise organisation de notre part. Mais tous sera prêt demain, grand Hawk. Nous nous assurons de l’efficacité des discours et des arguments. Les humains sont des êtres intelligents, grand Hawk, mais ils peuvent être manipulés.
— Je ne veux pas non plus les décevoir, l’honneur d’un Zénothe est important, il faut les convaincre simplement qu’il est dans leur intérêt de nous suivre, pas leur faire de fausses promesses.
— Ça ne sera pas trop difficile, ceux qui vivent là-bas son des parias, des exclus de la société. Promettons leur l’égalité de traitement avec leurs semblables, ça devrait suffire grand Hawk.
— Bien, cela semble être convenable, nous pourrions toujours gérer d’autres de leurs requêtes, ou leur promettre qu’on les écoutera si nous prenons le pouvoir. Pour rappel, nous ne voulons pas tuer les humains, juste pouvoir s’installer sur leur planète, partager leur technologie. Je suis sûr qu’ainsi nous pourrions nous étendre sur toute la galaxie assez rapidement. »
Trial s’inclina à nouveau. « Nous ferons ainsi, grand Hawk, c’est notre désir à tous. »

* * *

Furina traversa le Palais du Gouvernement, rejoignit l’aile sud, monta sur la plateforme pour prendre le transport privé qui devrait la ramener chez elle. Depuis le matin même et la confrontation avec sa fille, elle n’avait plus repensé à sa rancœur à l’égard de celle-ci, mais à présent, alors que la pression de la journée retombait, elle l’événement lui revenait en mémoire. Pour qui se prenait cette peste ? se demanda alors Furina. De lui parler ainsi. Elle, sa mère, qui avait tout donné, tout sacrifié pour elle. La politique n’avait été qu’un choix par défaut après la naissance de ses enfants, elle aurait pu faire de la recherche, devenir une grande scientifique, mais le décès de son mari avait tout gâché. Alors elle avait dû assumer.
De quel droit ses enfants la jugeaient, elle sur ses choix à elle, déjà son fils ainé avait tout fait pour l’irriter au point de se faire exiler sur Mars, à présent la benjamine s’y mettait, en fréquentant des garçons peu recommandables, au lieu de suivre la voie toute tracée à ses pieds. Sarah était intelligente, elle pouvait faire des études, comme Ludwig d’ailleurs. Devenir reconnue pour ses connaissances, son intellect. Tout ce à quoi elle, Furina, n’avait eu droit.
En entrant chez elle, après que son transport l’y ait déposé, elle remarqua que la lumière était allumée. Depuis l’entrée elle voyait le halo jaunâtre en provenance de la pièce centrale de la maison. Elle suivit le couloir, rejoignit l’immense salon qui s’étendait devant elle, parfaitement éclairé, un feu artificiel brûlant dans une cheminée de verre au centre de la pièce près de laquelle un jeune homme était installé. Il portait des cheveux blonds coupés assez courts, une barbe de quelques jours. Ses vêtements d’un blanc parfaitement pur lui allaient à merveille. Furina sourit. « Tu es beau, mon fils, mais tu devrais te raser, la barbe ne te va pas, tu es comme ton père. »
L’intéressé lui lança un sourire contrit. « Maman, dit-il. Je viens ici par rapport à ma sœur, ne me demande plus de faire quelque chose pour toi à son sujet. Je l’aime, je n’ai pas envie d’avoir une mauvaise relation avec elle. »
Furina sentit les muscles de son dos se tendre. Même lui se mettait à lui faire ce genre de reproches. Son sourire se crispa, elle haussa les épaules. « Tu fais ce que tu veux, si tu préfères ta sœur à moi.
— Ça n’a rien à voir avec ça, je vous aime toutes les deux, et je ne veux perdre aucune d’entre vous. Justement, c’est pour ça que je suis là. La prochaine fois, ne m’envoie pas parler à ses petits amis, reste en dehors de tout ça. En plus Mathias n’était pas si mal, honnêtement. »
Furina haussa les épaules, sans répondre. Ludwig se leva, contourna la cheminée, passa devant sa mère qui se tourna sur son passage. « Où vas-tu ? demanda-t-elle.
— Je rentre chez moi, répliqua froidement son fils. Ça te pose un problème ?
— Tu devrais dormir ici, Ludwig. Il est tard, tu as toujours ta chambre ici, tu sais. »
Il se tourna vers elle, poussa un soupir. « Non, je peux rentrer chez moi, Marie m’y attend, c’est ma petite amie, et je te préviens, tu n’as pas intérêt à me faire la même chose qu’à Sarah, ou je te promets que je ne t’adresserai plus jamais la parole. Et si tu n’es pas contente, tu n’auras qu’à me faire envoyer sur Mars, moi aussi.
— Je n’ai jamais voulu ce qui est arrivé à ton frère ! protesta Furina.
— Non ? Eh bien tu n’as rien fait pour l’empêcher non plus. »
Il quitta l’appartement sans rien ajouter, Furina se sentit alors hors d’elle-même. Elle contempla le salon, saisit le vase posé sur une commode près d’elle et le jeta sur le sol, de toutes ses forces. Celui-ci ne se brisa pas. « Je ne sais pas ce que j’ai fait pour avoir des enfants pareil, de vrai calamités, des enfants indignes ! » marmonna-t-elle avant de donner un coup de pied dans le vase à terre.
Celui-ci roula quelque peu, mais ne se cassa toujours pas. Des larmes coulèrent sur les joues de Furina, elle se sentait en colère, hors d’elle, tout son corps hurlait de rage et ce maudit vase ne voulait pas se casser. « Saletés d’enfants ingrats pour qui j’ai acheté des ornements incassables ! Je ne sais même pas pourquoi je les ai élevés ! »
Elle se retourna, l’appartement était vide, bien sûr son fils était parti et elle se retrouvait seule. « Je ne peux pas rester comme ça, souffla-t-elle alors pour elle-même. Mais me trouver quelqu’un, qui saura m’apprécier alors que mes enfants ne se rendent pas compte de ce que je fais pour eux. »
À peine arrivée, elle fit alors demi-tour, plus aucune envie de passer la soirée seule dans son appartement ne l’habitait. Non, il lui fallait quelque chose de neuf, et vite.

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Dernière édition par Rima68 le Jeu 16 Fév 2017 - 21:17, édité 1 fois
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Rima68
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MessageSujet: Re: Les Zénothes   Dim 5 Fév 2017 - 15:19

Bon, ben voilà la suite, je poste plus court cette fois-ci, la moitié du chapitre (environ) et je mettrais la suite plus tard.

Chapitre 2 :

Léo passait une autre journée sur les rotules, à force de creuser la terre de Mars, il se sentait épuisé, tous les muscles de son dos criaient, ses genoux le tiraillaient eux aussi et sa nuque restait raide comme un piquet. Le temps était long, pour lui comme pour ses camarades de travail, ses compagnons d’infortunes, ses miséreux bagnards dont il faisait partie, mais aussi leurs descendants qui n’avaient jamais l’occasion de quitter la Planète Rouge.
La fatigue le tenait, et ce midi-là, juste après avoir avalé son déjeuner rapide, il ferma les yeux, décidé à récupérer un peu d’énergie en faisant une sieste express adossé au mur de la grotte dans laquelle ils étaient installés pour la pause. Max s’approcha de lui et s’installa à côté de lui, sur un rocher. « La pêche, Léo ? demanda-t-il.
— Je comptais faire un somme, répondit celui-ci. Et toi ?
— Pareil. »
Léo referma les yeux, se laissa bercer par son épuisement, le bruit léger des éclats de voix de ses camarades. « Parfois, commença Max. Je me demande ce qui me retient ici. »
Sans ouvrir les yeux, Léo répondit d’une voix lasse. « Pareil pour moi, s’il n’y avait pas Enovan, je pense que je ne serai plus ici depuis longtemps.
— C’est vrai, tu prends soin du fils de Léandre et Sylvie, pauvre gamin. »
Max se tut à nouveau, Léo se laissait peu à peu envahir par la douce torpeur du sommeil, lorsque son compagnon lui demanda soudain. « Tu ferais quoi si le gamin n’était pas là ?
— Je ne sais pas, soit je tenterais de me cacher dans un des vaisseaux qui nous amène les nouveaux, en espérant rentrer, soit je me laisserais doucement aller. Tout ça est trop dur à vivre pour continuer sans but, sans motivation. Tu ne trouves pas ?
— Te laisser aller ? »
Léo ouvrit les yeux et soupira, résolu au fait qu’il ne trouverait décidément pas le sommeil ce midi-là. « Je ne sais pas, je ne voudrais pas d’enfant pour ne pas faire subir ça à ma descendance, et je pense que je ne vivrais pas longtemps, l’espérance de vie ici est assez limitée. Je ne sais pas si c’est uniquement dû aux conditions de vie, mais peut-être aussi à la planète elle-même. Je veux dire, nous sommes nés sur Terre à l’origine, on ne peut que vivre idéalement sur cette planète.
— Sous les dômes, l’atmosphère de la Terre, sa gravité, sa température, tout est reproduit, souffla Max.
— Ouais, sauf les paysages, il n’y a pas d’animaux ici, pas de verdure, pas de fleuve, pas de poésie. Il n’y a rien, que des humains qui travaillent ou qui boivent pour oublier, et des contremaitres qui nous font travailler et qui sont relayés tous les six à douze mois. On bosse pour des clous, d’ailleurs, il n’y a même pas d’argent qui circule ici.
— On peut boire à volonté, souffla Max.
— Ouais, c’est pour qu’on se taise. Tu ne sais pas comment c’est sur Terre, tout est tellement différent. Mais pourquoi tu viens me parler de tout ça ? »
Max haussa les épaules. « On est ami.
— Bien sûr, mais en général, on ne parle pas de ce qu’il y a ailleurs qu’ici. D’ailleurs, Léandre m’a toujours dit d’éviter de parler de la Terre.
— Ouais, écoute, en fait j’ai entendu un type parler ce matin en sortant de chez moi. J’étais faire un tour dans un café, prendre un petit déjeuner, tranquillement, et ce type a pris la parole, nous disant qu’ils allaient nous délivrer de notre esclavage. »
Léo cligna des yeux, dubitatif. « Qui ça, ils ? Des dieux ? Des mages ?
— Non, non, les Zénothes ! Tu sais, ils vivent pas loin de chez nous, en fait on peut même parfois voir leur station. Ils veulent conquérir la Terre et nous promettent l’égalité.
— L’égalité, avec eux ? demanda Léo perplexe.
— Non, entre nous, je pense qu’ils se considéreront comme les chefs s’ils gagnent, mais nous on peut gagner aussi si on est égaux vis-à-vis de nos semblables. Parce qu’on ne l’est clairement pas. Je veux dire, la majorité des gens vivant ici ne sont pas de grands criminels, la plupart sont des descendants de forçats. Je ne sais même pas depuis combien de générations les miens sont là. Toi tu es un des rares à avoir connu la Terre. Même ce nom m’est étranger. Je n’ai jamais vu un chien ou un cheval autrement que sur des films.
— Pas dit que les Zénothes soient sincères, ils pourraient très bien nous tuer après, prendre la Terre et tous nous exterminer.
— On est trop nombreux pour ça. »
Léo haussa les épaules. « On n’a plus l’habitude de se battre, nous sommes tous fatigués, comment les aiderons-nous ?
— Peu importe, répondit Max. On pourrait monter un groupe, aller les voir, peut-être négocier de meilleures conditions avec les Zénothes, ou au moins s’assurer de ce qu’ils nous promettent. Toi je sais pas, mais moi j’ai pas envie de rester sur ce caillou. »
Le contremaître arriva à l’entrée de la grotte, tapa dans les mains. « C’est la fin de la pause, au boulot ! »
Léo fixa Max qui se levait. « Réfléchis-y. Pense au petit, il serait mieux sur Terre qu’ici, à trimer comme un esclave. Pense à Léandre, n’aurait-t-il pas voulu que son fils ait une vie meilleure que la sienne ? »

* * *

« Tout est en place, grand Hawk »
La voix de Trial, fluette et agaçante, arriva aux oreilles du chef Zénothe. Celui-ci hocha la tête, il savait depuis un moment que certains des siens étaient déjà en place là où ils devaient être et que, de fait, tout se passait comme il l’avait prévu, en fin de compte. Pour l’instant, il s’agissait surtout d’insuffler l’idée parmi les humains, la laisser macérer quelque peu. Hawk connaissait suffisamment bien les êtres humains pour savoir qu’il fallait leur laisser du temps et il n’était pas pressé. Après avoir passé des siècles à errer dans l’espace, leur espèce avait acquis de la patience en plus de la résistance que requiert cet exploit.
L’univers, l’espace était froid et lui n’avait aucune envie d’y rester encore des siècles. Bien sûr, eux, Zénothes, n’avaient pas découvert tout ce qu’il y avait à découvrir, toutes les planètes, les mondes, et il devait y en avoir d’autres habités, peut-être par des espèces intelligentes. Cela dit, les Terriens représentaient la solution de facilité. Ils se ressemblaient assez et, avaient assez facilement réussi à assimiler leur langage.
« Que faisons-nous ? » demanda Trial.
Hawk prit soudainement conscience que celui-ci n’avait pas bougé et se tenait toujours là. « On attend, on laisse l’idée se diffuser. Il ne faudrait pas précipiter les choses, nous perdrions notre avantage. Patience, mon garçon. »
L’intéressé s’inclina face à lui et se retira, Hawk soupira, resta seul un moment, savourant le silence, la détente.

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MessageSujet: Re: Les Zénothes   Sam 18 Fév 2017 - 13:37

Voilà la fin du chapitre 2 :

Léo avait pensé tout l’après-midi au discours de son ami Max, et surtout à sa dernière phrase, parler ainsi de Léandre lui avait paru étrange. Comme un rappel de son décès, si soudain. Le jeune homme s’en souvenait comme s’il s’agissait de la veille, un tragique accident. Ici, personne ne se souciait plus des morts, aussi étonnant que cela pouvait paraître, personne ne mentionnait ceux qui étaient partis. Il n’y avait pas de cimetière, pas de mémorial, rien. On brulait les corps et puis plus rien, comme si les disparus n’avaient jamais existé. Pour Léo c’était tellement dépaysant, lui qui avait grandi sur Terre où l’on honorait les morts des années après, où l’on pleurait sans pudeur ceux qui nous avaient quittés, où l’on sortait des images des défunts proches à la moindre occasion. Il se souvenait des repas de famille pendant lesquels sa mère amenait à table les vieilles photos de son père. Comme pour rappeler qu’il manquait à leur monde
En rentrant chez lui, le jeune homme ne cessa de cogiter, après le travail, son esprit restait plus embrumé, à cause de la fatigue, du manque de sommeil. De plus, Enovan lui prenait du temps et de l’énergie. Il fallait vérifier les devoirs, le sermonner lorsqu’il se faisait trop remarquer en classe et que Léo recevait un mot voire la visite du professeur. Ensuite, il y avait le repas à préparer, puis ils s’installaient dans le salon, soit pour lire, soit regarder un film ou alors, chacun vaquait à ses occupations. Souvent, ce n’était qu’à ce moment-là que Léo avait le loisir de penser, réellement. Ce soir-là en particulier, tout ce qu’il avait vécu depuis son arrivée sur Mars lui revint en mémoire.
Assis dans son canapé, à l’aise, une tablette dans les mains, il pensait, regardait l’écran sans le voir et se remémorait ces quelques années passées dans ce qui ressemblait le plus à l’enfer. Cinq ans, cinq ans sans voir le ciel bleu, sans sentir la pluie sur son visage, sans humer une fleur ou caresser un chat. Léo le savait, il ne pouvait pas infliger à Enovan de rester ici, sur cette planète à finir comme esclave dans les mines. Non, ils devaient partir, trouver un moyen de quitter Mars pour la Terre, mais au fond, le jeune homme n’était pas certain de suivre les Zénothes. S’ils voulaient faire une guerre, très bien, si les choses changeaient, pourquoi pas, au fond la situation telle qu’elle était ne pourrait durer éternellement, Léo en était conscient.
Il se demandait à présent comment tirer avantage de la situation, comment réussir retourner sur Terre. Si quelqu’un parlait pour les Zénothes, en leur nom, c’est qu’ils étaient là, quelque part sur cette planète. L’espoir qu’il y ait un vaisseau spatial ici qui ne soit pas piloté par des humains lui donna du baume au cœur. Soudainement, il se sentait comme plus joyeux, comme si le poids de la dure journée de travail s’était subitement envolé. D’un bond, il se leva, rejoignit la chambre d’Enovan qui lisait. Le garçon l’avait entendu arriver et leva la tête. « Ça va ? » demanda-t-il.
Souriant, Léo hocha la tête. « T’as pris un coup sur la tête ou quoi ? Pourquoi tu souris comme ça ?
— Parce que j’ai eu une idée brillante. Une idée lumineuse, et j’en suis fier.
— Et tu veux la partager ? » demanda le garçon.
Léo secoua la tête. « Pas tout de suite, je veux d’abord m’assurer de certaines choses, mais ne t’en fait pas, c’est rien de grave. »
Enovan acquiesça, retourna à sa lecture, Léo resta un moment debout, pensa à Léandre, le revit presque dans le garçon assis à son bureau et il secoua la tête à cette pensée. « Tu devrais éteindre, tu as école demain.
— T’inquiète, lui répondit l’enfant avec un sourire. Je gère, tu n’as pas à t’en faire.
— Je te croirais lorsque tu n’auras plus d’heures de colles parce que tu fais le clown en classe, répondit Léo avec un sourire. Je te laisse dix minutes, encore, d’accord. Dans dix minutes tu te couches et tu éteins.
— Ok, d’accord, répondit le garçon. Promis, dix minutes. »
Le garçon se reporta encore sur son livre, Léo retourna dans le salon, s’assit sur le canapé, tranquillement, cherchant à mettre en place son plan dans sa tête. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas été enthousiaste pour quelque chose à ce point. Depuis qu’il avait quitté la Terre. Il se sentait vivant à nouveau, rempli d’un but, d’un objectif autre que celui de simplement élever un garçon sur un monde aride sans s’effondrer.
Maintenant, il devait simplement trouver quoi faire pour quitter cette planète, comment exploiter la présence Zénothes sur Mars. Ensuite, il devrait aussi figurer ce qu’ils feraient, lui et Enovan, une fois sur Terre. Car on allait savoir ce qu’il avait fait et d’où il venait.

Le lendemain, à la pause de midi, ce fut Léo qui trouva Max pour lui parler. « Salut, lui dit-il en s’installant près de lui.
— Alors, tu as repensé à ce que je t’ai dit ? demanda Max.
— En fait, oui, j’aimerai assez bien voir ce que les Zénothes proposent comme conditions, précisément. Tu sais s’ils sont ici, sur Mars.
— Je suppose, oui, le gars qui a fait son discours disait qu’il leur avait parlé.
— Il est ici ? »
Max haussa les épaules. « Je crois qu’il travaille aux fermes, tu sais, la culture hors sol pour nos repas, en fait je ne l’avais jamais vu dans une mine.
— Mais il y en a plusieurs, des mines, non ?
— Écoute, ce soir on n’aura qu’à aller se balader dans le même coin, tu pourras lui poser tes questions. Après, si des Zénothes se baladent sur Mars on le saura bientôt, ils sont pas difficiles à repérer avec leur peau grise… et ils sont tellement grands et maigres. »
Léo acquiesça d’un signe de tête et lui sourit. « Merci, Max. On se voit ce soir alors. »

* * *

Furina passa sa journée de libre à la salle de sport située au-dessous de son appartement. Il n’y avait pas grand monde à cette heure-ci et elle profitait de la tranquillité du lieu. Sautait des barres parallèles, au mur d’escalade, puis aux haltères, et termina par la piscine. Un bassin de près de vingt-cinq mètre d’eau fraiche pour faire des longueurs. Un homme toujours habillé, était installé sur le bord, le pantalon retroussé, les pieds dans l’eau. Elle trouva ça bien étrange. Ses cheveux châtains grisonnaient légèrement, et il fixait ses jambes sans rien dire.
Visiblement il semblait embêté. Furina nagea vers lui, l’étage sportif n’était pas uniquement réservé aux habitants de l’immeuble, mais ils représentaient la majorité des usagers puisque pour eux, l’accès était gratuit. D’autant qu’il s’agissait d’un service courant dans les appartements de ce standing. « Vous avez oublié votre maillot ? demanda-t-elle se sentant bête à peine les mots sortis de sa bouche.
— Euh, répondit l’homme un peu étonné. Oui, en réalité, j’ignorai qu’il y avait une piscine ici. Et vous ?
— Quoi moi ? Je n’ai pas oublié mon maillot, je ne serai pas dans l’eau.
— Oui, pardon, je voulais dire, que faites-vous ici ?
— J’habite l’immeuble, je viens là pour me vider la tête en fait. »
L’homme hocha la tête. « Vous avez des soucis ? demanda-t-il sur le ton de la conversation.
— Mes enfants, ils sont grands, mais vous savez comment c’est, plus ils grandissent, plus ils posent de problème. »
Elle s’installa près du bord, pour ne plus avoir à lutter contre la profondeur. « Je n’ai pas d’enfant, admit l’homme. En fait, je n’ai jamais été marié. Je m’appelle Gaspard, et vous ?
— Furina. Que faites-vous ici, Gaspard ?
— Je réfléchis.
— Les pieds dans l’eau.
— En fait, je cherche un nouvel appartement, je suis venu voir les services qu’offre cet immeuble. C’est du haut standing, même une piscine, ça ne m’étonnerait pas qu’il y ait un spa également.
— Au troisième étage, répondit Furina.
— Un golf ?
— Sur le toit.
— Pas de parc d’attraction ?
— Ici ? Non, vous êtes fou ! Tout le bruit que cela ferait voyons ! »
Gaspard se mit à rire. « Il y a un café ou un restaurant ? Dans l’immeuble je veux dire.
— Pourquoi ? Vous avez faim ?
— Non, j’aimerai vous inviter, pour un verre ou pour un déjeuner. Ça vous tente ? »
Furina le fixa, elle l’évalua un instant. Gaspard ne paraissait pas être un canon, mais il avait un charme incontestable, un sourire enjôleur et ses yeux marrons brillaient. « Très bien, mais vous devrez attendre que je me sèche et que je m’habille.
— Aucun problème, je suis un homme patient. »
Elle sourit et sortit rapidement de l’eau pour rejoindre les vestiaires.

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