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 Apocalypse bébé de Virginie Despentes

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Sylviana
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MessageSujet: Apocalypse bébé de Virginie Despentes   Jeu 13 Avr 2017 - 16:26

Apocalypse bébé de Virginie Despentes

Je ne comprends pas la réputation sulfureuse dont il me semble me souvenir qu’on a affublé Virginie Despentes. Est-ce parce qu’elle est lesbienne, femme et qu’elle parle un peu de sexe ? Dans « Apocalypse bébé » une seule scène pourrait être choquante pour les âmes sensibles, une partouse lesbienne assez peu ragoûtante, mais franchement, du point de vue de se qui peut choquer, Virginie Despentes, à côté de Houellebecq, c’est une rigolote. Dans « Les particules élémentaires » de Houellebecq, la scène ou un des héros, au chevet de sa mère mourante, la traite de vieille pute en la regardant dans les yeux et entame ensuite une séance de chant obscène en hurlant « la Mama » de Charles Aznavour est bien plus choquante, dans le sens de « traumatisante ».
C’est le premier livre de Despentes que je lisais. L’histoire est déprimante, personnellement je n’y crois pas trop, mais ça n’a pas vraiment d’importance car ce qui fait pour moi toute la saveur de ce livre c’est l’intelligence aigue et douloureuse qui se dégage de son écriture.
Quelques extraits :
Une bande d’informaticiens déjantés :
« Dans l’équipe de Rafik, en général, ils sont pour le libéralisme, ils sont joyeusement proaméricains et envisagent de devenir prochinois, et ils alignent tout ça sur le ton du gars qui n’a pas peur de se mettre à l’écart, qui n’a pas peur d’assumer ses opinions. Toujours du côté du pouvoir, ils ont l’impression d’être à l’avant-garde de la subversion […] Quand au courage de dire à voix haute ce que personne d’autre n’ose dire, ces jeunes gens ne peuvent même pas prononcer les mots « heures sups » quand ils passent trois nuits blanches d’affilée au rez-de-chaussée, et lorsqu’ils se font engueuler, la faible lueur de haine au fond de leurs yeux n’a de chance de se muer en grand incendie que le jour où la pyromanie sera inscrite au programme scolaire. »
Sur les riches :
« […] Le vrai luxe, n’en avoir jamais bavé, être ce dont on a l’air, quelqu’un à qui rien ne coûte, jamais, que la vie n’oserait même pas effleurer de peur de faire une rayure sur la carrosserie du bonheur. Être riche, c’est avoir confiance. Même à tort. Se sentir protégé. Le corps. Jamais mis en danger. Protégé par la maison, protégé par le nom, protégé par l’histoire, protégé par la police. Les accessoires, ça s’achète, ça se porte, on peut mentir avec. Mais la mémoire, elle, ne se change pas. »
Encore sur les riches :
« Et le peuple du 16e arrondissement n’a pas l’habitude qu’on lui parle comme ça. Ca ne lui plaît pas beaucoup. C’est pour ça qu’il dépense tant de fric à prendre des vacances en Russie, en Roumanie, en Thaïlande, contrairement à ce qu’on croit, ça n’est pas uniquement pour baiser des petits culs d’adolescents sans que ça se sache. Les français ont besoin de voir des pauvres qui ne les insultent pas. Ils savent que s’ils montent dans un bus blindé pour s’extasier sur les conditions de vie des pauvres dans leurs banlieues, ils vont se faire brûler le bus. Ca les met dans la détresse : toute cette pauvreté sur laquelle ils pourraient s’attendrir, lâcher une petite pièce et donner leurs vieilles fringues. Mais ces pauvres-là sont méchants. Ca complique les choses, pour la charité chrétienne. »
Sur une jeune femme :
« Elle parlait de sa mère morte dans des souffrances interminables, avec une froideur de jeunesse, quand on court encore assez vite pour distancer les émotions »
Sur le don :
« Voilà exactement ce dont je vous parle. Ce « pas très compliqué », chère enfant, est un casse-tête pour le commun des mortels. Le don n’est pas une plaisanterie. C’est un ordre de mission. Je vous conseille de l’assumer, en temps et en heure. »
Sur les parents qui laissent leurs enfants emmerder le monde en toute impunité :
« La plupart des touristes sont venus avec leur enfants, sans qu’on comprenne bien le plaisir qu’un gamin de trois ans pourrait ressentir dans ce genre d’endroit. Ils pleurent ou cavalent en pétant des trucs, sous l’œil attendri des mamans. Les enfants sont les vecteurs autorisés de la sociopathie des parents. Les adultes geignent en faisant mine d’être dépassés par la vitalité destroy des petits, mais on voit bien qu’ils jouissent d’enfin pouvoir emmerder le monde, en toute impunité, au travers de leur progéniture. Quelle haine du monde a bien pu les pousser à se dupliquer autant ?

L’histoire est celle-ci : Valentine, une ado « problèmes » petite fille riche paumée et distroy a disparu. Elle était surveillée depuis quelques mois par Lucie, une privée trentenaire mal dans sa peau, à la demande de la la grand-mère, richissime mégère et de son fils, écrivain ringard, superficiel et lâche.
Lucie est chargée de retrouver Valentine et, complètement paumée, à l’idée de faire appel aux services de « la hyène », une privée réputée, connue comme le loup blanc dans le milieu. Le vrai héros du livre, c’est la hyène, une femme de caractère, une femme redoutable et affranchie.
La mère de la gamine qui ne l’a quasiment plus revue depuis sa naissance vit en Espagne et les deux privés suivent cette piste. Grace au réseau lesbien de la hyène, qui lui est également bien utile dans ses enquêtes, Lucie va trouver l’amour en la personne de Zoska, une polonaise.
Les deux femmes vont retrouver Valentine, mais bien sûr, ça finira mal. On s’en serait douté…
Je n’adhère pas à la fin, que je trouve complètement invraisemblable. Mais bon, le reste du temps on est assez passionné par l’histoire et l’on suit les dérives de la pauvre Valentine avec dégoût et pitié.
La Hyène prend toute la place et durant la majeure partie du livre, Valentine apparaît « en creux » : les protagonistes parlent d’elle, racontent des anecdotes à son sujet, on découvre avec consternation l’horrible vide affectif dans lequel évolue cette pauvre jeune fille qui a disparu et dont personne ne s’inquiète. A la fin du livre on se rend compte que personne ne connaissait Valentine.
Les personnages de Despentes font penser à une petite faune humaine. La hyène est bien sûr un grand prédateur, Lucie est quelque chose comme un petit lapin, certains sont des chiens, des cafards…Je verrais volontiers une adaptation en dessin animé avec des personnages à gueules animales, type destroy, genre « Fritz the cat ». Mais c’est moins triste que ça n’en a l’air, car son écriture est tellement vivante et intelligente qu’elle fait oublier que ce n’est pas bien joli tout ça. Mais on a l’impression, une fois le roman lu, qu’on a appris quelque chose sur le monde, et là, c’est rare.
Moi, quand je lis : « avec une froideur de jeunesse, quand on court encore assez vite pour distancer les émotions » ou : Le don n’est pas une plaisanterie. C’est un ordre de mission »,
je m’incline….
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Salut
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MessageSujet: Re: Apocalypse bébé de Virginie Despentes   Jeu 13 Avr 2017 - 22:44

Hey Sylviana!

Moi j'ai lu Vernon Subutex de Despentes! J'ai pas mal aimé, c'est prenant et je ne peux que te rejoindre sur les portraits de personnages qui sont souvent aussi beaux que malaisants x)
Et de fait, cela en dit long sur notre société, même si parfois, elle tombe dans la caricature.

Il me semble que l'histoire que tu as décrite est évoquée dans Vernon Subutex, mais je ne me rappelle plus bien. En tout cas, le personnage de la "hyène" est bien présent!
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Sylviana
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MessageSujet: Re: Apocalypse bébé de Virginie Despentes   Ven 14 Avr 2017 - 6:08

Ravie de rencontrer (informatiquement) quelqu'un qui trouve que Virginie Despentes a un talent fou ! !   Je vais essayer de lire "Subutex" et ce qu'elle a écrit d'autre....
Dis-moi (je me répète sans arrêt, mais étant une "dinosaure", je ne suis pas une "cyberwoman"), peut-on poster des critiques de film sur ce post, où sur un autre dans le forum ?
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