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 UNE OEUVRE MONUMENTALE

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Sylviana
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Nombre de messages : 29
Localisation : Paris
Date d'inscription : 10/04/2017

MessageSujet: UNE OEUVRE MONUMENTALE   Ven 14 Avr 2017 - 6:35

Bon, je vous livre là le SEUL texte dont je soit vraiment contente. Je l'avais posté sur un autre forum (maintenant fermé aux nouveaux membres). L'inspiration part d'une photographie de Robert Doisneau que voici :




Ce fut son unique création, la seule dont il put être fier. Sa folie se cristallisa dans la forme parfaite de cette réalisation d’un naturalisme jamais égalé.

  L’ascension de Slotan Papaonesku fut foudroyante. Il passa en quelques années du statut de petit fonctionnaire obscur à celui de chef de l’Etat, sous les yeux stupéfaits du monde entier et de nous même, son peuple.

  Notre minuscule pays était trop pauvre pour être ni envahi, ni même mis sous tutelle par nos puissants voisins. Alors quand un tyran fou fut assez habile pour s’installer à sa tête, avec le soutien de l’armée, le monde resta immobile à contempler de loin le naufrage grotesque de notre pauvre petite République.
  Quelques chefs d’états protestèrent pour la forme, puis notre modeste nation, dont les frontières se refermèrent sur nous comme les portes d’un tombeau à ciel ouvert, sombra dans l’oubli jusqu’à sa libération par cette même armée qui nous avait livré à Slotan et à sa folie des grandeurs.
 
 Nous allons maintenant entrer dans l’ancien bureau de Slotan Papaonesku.
 Suivez le guide, mesdames et messieurs ! Vous allez découvrir maintenant la fameuse maquette. Il était si fier de son œuvre qu’il en a fait installer une reproduction exacte dans son bureau même, pour l’avoir toujours sous les yeux. Cette maquette occupe 100 M2 environ et avec les photos, c’est tout ce qui reste de cette œuvre monumentale.
  Une gare grandeur nature avec ses quais, ses trains, ses employés, ses voyageurs. Une gare prise sur le vif, copiée sur la véritable gare de Kopcheck, dans l’année 1958.

  Le 13 décembre 1958 à 15h30, deux escadrons de l’armée de terre bloquèrent les issues et la milice, accompagnée d’une nuée de photographes, patrouilla tout le bâtiment, ordonnant à chacun de cesser de bouger, de rester dans l’habitude qu’ils occupaient, exactement.
  Les photographes mitraillèrent la gare et tous ses occupants. Ils mirent tout cela en boite, fixant à jamais les modéles des futures statues. Les voyageurs et les employés furent surpris, terriblement inquiets. Voilà pourquoi ils ont tous un air un peu stupide, un peu abrutis. En ce temps-là, on ne savait jamais à quoi s’en tenir. Ils allaient peut-être tous être accusés de je ne sais quoi par la milice d’Etat. Ca faisait quand même beaucoup trop de monde à arrêter, c’est ce que pensait ma mère, en ce 13 décembre 1958.

  Car je figure moi-même dans cette œuvre, du moins dans ce qu’il en reste. La petite fille assise sur une valise, un fichu sur la tête, c’est moi à trois ans. Maman m’avait promis une boite de sucettes si je ne bougeais pas, parce que j’étais trop petite pour comprendre. Alors je suis restée parfaitement immobile, posant comme une petite starlette accomplie.

  Quelle ironie, n’est-ce pas ! Une armée d’artistes travailla sur ce projet et quelques jours seulement après que la « Gare pétrifiée » fut achevée, Slotan Papaonesku fut renversé par un coup d’état. Je pense que dans la fièvre de la création, il négligea trop l’exercice du pouvoir. Cela permis aux comploteurs de conspirer à tout loisir.
  Détruire est beaucoup plus rapide que construire. La construction de la gare sculptée de Kopcheck avait nécessité six longues années. Sa destruction fut achevée en quelques mois par les soins du peuple enfin délivré.
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