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 Wild and high [roman]

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Anja
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MessageSujet: Wild and high [roman]   Mar 2 Mai 2017 - 15:34

J'aimerais beaucoup avoir des avis sur le début de mon roman de SF que voici.
Pour les commentaires c'est ici : http://ecrire.ingoo.us/t6952-wild-and-high-commentaires#166246



Chapitre 1 :

Natalie. J’ai décidé de t’écrire. Je préfère adresser cette histoire à quelqu’un. A toi. On ne se connait pas. Je m’appelle Jade. Un nom comme un autre, n’est-ce pas, mais celui-ci fut le mien. Et à présent il résonne en moi comme la seule chose qui m’appartienne encore.

Dans cet espace confiné, je n’ai rien à faire si ce n’est écrire. Ma capsule silencieuse et hermétique atteindra bientôt ce monde que je crains autant que j’attends. Ces monstres. Ce peuple de l’eau. Mais laissons l’avenir. Il viendra bien assez tôt. Cette vie que j’aurai eue m’aura au moins portée jusqu’ici. Enfermée certes, condamnée, certes. Mais libre de laisser enfin mon imaginaire m’envahir. Une folie que j’aurais trop longtemps attendue.
Je fus la danseuse étoile du ballet de Gortmaïm. Une ville portuaire, Gortmaïm, une capitale. L’empereur lui-même venait m’applaudir et son cœur battait, lui-aussi, au rythme du staccato de mes jambes. Que fut tout cela ? Un rêve. Natalie. Ce courrier est stérile, qu’importe. Je sais pourquoi je suis bannie. Je sais pourquoi l’empire m’aura essorée comme une éponge pour mieux reconstruire son aura et sa popularité en chute. Je sais tout cela.
Qu’importe. Je suis condamnée, Natalie. Non pas à la mort mais à l’exil. Et qu’est-ce que l’exil si ce n’est la mort ? Rejoindre ces profondeurs sombres des océans. Ces brutes, les Grapteurs, ces êtres maritimes immenses, massifs, depuis longtemps insoumis. Certains les appellent les loups, à cause de cette mâchoire carrée, à la dentition épaisse, brutale.

Tu n’as pas connu tout cela, Natalie. La terre, avant, ne se questionnait pas sur les fonds marins. Quand as-tu vécu déjà ? Je ne sais plus. Au 21ème siècle il me semble. Je confonds les époques. Mais je sais que vous étiez nombreux. Trop sans doute. Tu n’auras pas ces lettres, et comment le pourrais-tu ? Depuis longtemps ton siècle est passé, de même que passera le mien un jour.

Tu as imaginé, sans doute, l’avenir du monde comme une vaste exploration de l’univers. Il n’en fut pas ainsi. Nous ne sommes pas allés nous installer sur des exoplanètes lointaines. Non pas que ce soit impossible. Mais notre science actuelle ne le permet pas, et plus que ça : notre société ne l’envisage pas. Nous sommes parvenus, on peut le dire, à un équilibre qui se perpétue depuis trois siècles. L’Empire a permis de réguler les naissances, les morts, la santé et la science. Rien ne se fait, rien ne se sait, rien n’aboutit sans l’Empire. Il sait tout, il contrôle tout, il voit tout, et pourtant, nous sommes infiniment libres. Comprends-tu cela, Natalie ? Nous sommes libres d’écouter ou non l’endoctrinement de masse que les écrans-pulseurs nous déversent dans les yeux et les oreilles. Nous sommes libres d’accepter ou non les lois permettant à l’empire de savoir tout de nos vies. Nous sommes libres de choisir de mourir avant que les rides ne nous atteignent afin de correspondre toujours mieux à l’éternelle jeunesse des slogans publicitaires. Mais nous écoutons, nous acceptons, nous choisissons tout cela.
C’est cela, l’Empire.
J’appartiens à l’Empire. Nous appartenons tous à l’empire. Et je n’ai jamais été au-delà de ses frontières : les rives des océans grandioses et mystérieux. Les rares à avoir été forcés à le faire ne sont dans tous les cas jamais revenus. On envoie dans ces contrées marines les révolutionnaires ou les fous.

Moi.

Ce n’est pas facile d’être différente, Natalie. Je vais te raconter cette histoire-là peu à peu. Une histoire folle. Une histoire belle, malgré tout. Tout ne s’est pas vraiment passé dans la réalité. Tout ne s’est pas vraiment passé non plus uniquement dans ma tête. Quelque-part entre les deux. Comme la courbe fine d’un pont entre réel et imaginaire. Cette ligne mince où j’ai marché. Où j’ai ri. Où je suis allée vers l’ailleurs. Un ailleurs plein de force et d’effroi. Quelque-chose d’à la fois grandiose et sombre.
Un voyage étrange qui a été le mien. Un monde désirable et beau, mais dangereux. Des horreurs tapies dans l’ombre. Des idoles pleines de charme et à la voix de velours. Des lumières douces, des ombres sauvages. Des précipices. Un monde à part, le mien, du moins, celui qui s’est donné à moi. Et ces personnages qui étaient dans ma tête et dans ma réalité ont quelque-part existé, pour moi.
Un pont, fin, entre deux mondes. Un pont où j’ai avancé dans la brume et d’où je suis tombée un jour. Le jour atroce du revirement au réel. Le jour où les médicaments ont pris le dessus et m’ont ramenée dans la société concrète et froide qui est la nôtre. Je veux t’amener là-bas, Natalie. Je veux repartir aussi un peu. Rétablir le pont, au moins par écrit puisque la folie n’est plus totalement mienne.

Gortmaïm… C’est dans cette ville que je me suis émancipée. Une capitale qui m’aura permis de devenir la personne que je suis. Je me souviens de mon arrivée, à douze ans à peine, par les gorges des montagnes d’El’Sila. Ballotée sur les flancs d’une mule, somnolant déjà sous la nuit qui tombait, j’ai vu enfin le Tel Nahid. L’empereur, peut-être, se trouvait aux fenêtres et observait en silence la lente ligne de notre peuple s’avançant dans la lumière rouge et ocre. Bâtim : cet empereur-enfant qui avait neuf ans et qui déjà connaissait les ressorts des armées de l’Empire. C’était en l’an 364 de la nouvelle ère. Il y a dix ans.


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Anja
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MessageSujet: Re: Wild and high [roman]   Mar 2 Mai 2017 - 16:23

(suite)



****

Par la fenêtre : une jeune femme au manteau rouge, aux cheveux blonds. Sa beauté frappe avec une telle intensité que l’on a du mal à ne pas l’observer, à ne pas remarquer son passage. Finn a l’impression qu’elle va se rendre compte de ses yeux affamés scrutant la vitre, il aurait voulu détourner le regard. Il n’y arrive pas.
Mady s’arrête alors, près des arcades blanches de pierre mate formant l’entrée de la clinique. Elle baisse les yeux. Elle doit se trouver tout au plus à cinq mètres de lui, de l’autre côté du verre froid des carreaux. On pourrait croire qu’elle a fermé les paupières mais Finn peut voir qu’elle observe et vérifie sa tenue, ses collants, sa jupe. Elle fait ensuite quelques pas supplémentaires vers la porte, se retourne un instant vers l’impressionnante façade puis rentre.
Le spectacle prend fin.

Il s’agit de la première rencontre entre Finn et Mady. La clinique est silencieuse. Finn y est hospitalisé depuis environ cinq semaines.
Il est sorti de sa chambre, il s’est assis sur un banc, face aux grandes vitres qui donnent sur le parc.
Un homme entre dans ce couloir. Il est accompagné de la jeune-femme au manteau rouge, à présent habillée de blanc. Ils se dirigent bizarrement vers Finn. Du moins, c’est ce qu’il imagine dans un premier temps, mais ils le dépassent, s’en vont.
« Bon week-end ! » réussit à articuler Finn, au hasard. C’était un jeudi.
- Vous êtes en avance, dit l’homme en se retournant.
Profitant du fait qu’ils se sont arrêtés, Finn tente de se présenter. Sa voix, vacillante, s’empêtre dans des phrases trop longues, inabouties.
- Comment vous appelez-vous ? coupe la jeune-femme.
- Finn.
Elle se rapproche. L’homme semble s’impatienter. Il s’agit du Dr Beaumont. Elle vient, dit-elle à Finn, d’être recrutée comme infirmière. C’est son premier jour, on lui montre le service avant qu’elle ne commence son travail.
« Je m’appelle Mady, dit-elle en riant.»
- Vous habitez la région depuis longtemps ? Vous venez d’arriver peut-être…
Le Dr Beaumont répond.
« Elle nous vient de l'Ouest… maintenant, il faudrait peut-être y aller… nous avons… »
- L'Ouest ? s’étonne Finn.
- Oui, répondit Mady, de Gortmaïm »
Il ne peut pas détacher ses yeux de ce visage. Des traits voluptueux. Elle a des yeux verts, des sourcils doux, une bouche bien dessinée. Sa voix est assez grave, une voix d’alto, plutôt amusée.
« Vous êtes hospitalisé ici ? On ne pourrait pas croire… »
Le docteur regarde sa montre. Finn juge bon d’écourter la conversation.
- Je vous raconterai...
Ils s’en vont.

Elle vint le lendemain, vers six heures. Une infirmière passait chaque matin, elle effectuait apparemment sa première garde.
« Vous êtes interné depuis un peu plus d’un mois ?
- On vous a hospitalisé rapidement, ajouta-t-elle. C’est une bonne chose. Elle laissa un silence. Vous avez peur ?
Elle souriait.
- Un peu, dit Finn. J’essaie de ne pas trop réfléchir.
Elle le regarda un instant en silence mais n’ajouta rien.
« Je pensais sortir d’ici après seulement deux jours, reprit Finn, je pensais à une erreur. Avez-vous… avez-vous une idée du temps que ça prendra ?
Elle ne savait pas. Elle ne le lui cacha pas.
« Vous vous ennuyez ici. Vous voulez de la lecture ? » proposa-t-elle finalement.
Il pensa un court instant qu’il voulait bien tout et n’importe quoi venant de sa part. Cela faisait une éternité qu’il n’avait pas ouvert un livre.
- Vous avez du théâtre… Enfin…»
- Je vais voir, je vous en apporterai si j’en trouve. »
- Quand reviendriez-vous ? »
Elle jeta un œil sur l’horloge, au mur, puis sourit.
- Je viendrai »
Elle adressa un dernier regard au parc, à travers la fenêtre : les arbres devaient être centenaires. La vue était magnifique. Elle partit.
Tout l’après-midi sembla à Finn une éternité. Le silence avait repris sa place. Les secondes, lentes, éternelles, ne semblaient pas passer. Elle ne revint pas ce jour-là. Finn s’endormit vers minuit, l’œil appesanti, luttant contre le sommeil.



Dernière édition par Anja le Dim 16 Juil 2017 - 6:58, édité 1 fois
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Anja
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MessageSujet: Re: Wild and high [roman]   Ven 5 Mai 2017 - 22:27

(suite)

Le voyage pour Méphreïque dure quatre semaines. La capsule est en conduite automatique. Pour le moment elle frôle le sable et les algues, comme si je marchais dans le fond de cet océan sombre et froid. Des poissons passent comme des sous-marins lents et prudents, les phares de ma machine les éclairent et les font fuir sous les roches marines.

Je suis moi-même tapie dans cette petite cellule que je nomme « home ». Un cocon où j’écris, où je pense, où j’écoute ce silence. Il fait froid. Il se peut que j’hiberne finalement, comme les hérissons ou les loirs, mais d’une autre façon. Le sommeil lent et pensant d’un monstre au sein des rêves qui le font espérer.
Que trouverai-je à Méphreïque ?
Question insoluble, pour le moment. Mais sans nulle doute trouverai-je bientôt une réponse, quelle qu’elle soit. Natalie. Je connais la raison pour laquelle on m’envoie dans ces eaux profondes. Je suis différente. Trop sans doute. J’ai saisi l’horreur de la chose, l’horreur de qui je suis, parfois : ce monstre impossible à réellement comprendre. Et pourtant. Pourtant les monstres tels que moi ne sont pas des monstres. Ils sont, eux aussi, capables d’aimer. Et dans mon passé les miroirs ne sont pas brisés. Les tableaux ne sont pas déchirés. Les photos ne sont pas perdues. Dans ce passé il y a un être étrange, certes, mais il y a aussi la promesse d’un nouveau départ. Et les reflets dans la glace ne tuent pas. Ils ne viennent pas broyer en silence nos entrailles. Ils ne déchirent pas en nous quelque-chose de notre identité. Nous ne sommes pas eux.

Gortmaïm me manquera. Je sais que je ne reviendrai pas. Il n’y a pas de retour possible. Il n’y a pas d’échappatoire à cet exil. Je me souviens. Je me souviens de ces ballets dans lesquels je dansais. Je me souviens de ce port, de ces oiseaux de mer, de ces navires. Je me souviens de tout cela.
Je suis arrivée à Gortmaïm avec les réfugiés de la guerre de Balm. Cette lente marche sur les sentiers des montagnes d’El’Sila. Notre arrivée à la capitale. J’étais alors suffisamment âgée pour pouvoir encore aujourd’hui me souvenir de notre vie avant la fuite. Je dansais déjà, bien sûr. Les danseuses de Balm étaient même réputées pour la pureté de leur gestes. A peine arrivés à Gortmaïm, ma mère m’amena devant les marches de l’opéra dans lequel l’empereur avait ses habitudes. Il assistait régulièrement aux représentations. Là, sur les marches de la haute bâtisse de pierre blanche, alors que nous étions arrivés la veille d’une marche longue de plusieurs semaines, elle me regarda un instant, essuya la poussière sur mes joues. « Danse ! ». Son ton n’attendait pas de réplique. Je m’exécutais. Bientôt des badauds s’arrêtèrent. Un petit groupe se forma. On m’observait. On me regardait. Jamais jusqu’alors je n’avais dansé pour d’autres. La danse était chez nous à Balm quelque-chose de naturel, comme la respiration. Il n’y avait pas de représentation de danse.
Ici, à Gortmaïm, c’était différent. Le groupe, qui ne m’avait pas quitté des yeux, grossit autour de moi et commença à gêner la circulation des passants, qui s’arrêtaient eux-mêmes. Gênée, et malgré le regard de ma mère, je m’arrêtais. Un homme sortit alors d’un vaisseau-sable qui était en arrêt devant l’opéra. Il s’approcha de moi.
- Qui t’a appris à danser ? demanda-t-il d’une voix ferme mais chaleureuse. « Es-tu… » il hésita. « Es-tu arrivé hier ? de Balm ? »
Sa question ne m’étonna pas. Je pensais bien que notre groupe n’était pas arrivé inaperçu, malgré la taille de la capitale et le nombre colossal de ses habitants. J’hésitais sur la conduite à tenir.
- Oui, dis-je. Je jetais un regard dans la direction de ma mère. Elle s’était effacée dans la foule, je la vis s’éloigner rapidement, à la manière des gens de mon peuple, agile et souple comme une onde. Ainsi commença ma vie d’adulte.
- Pourquoi danser… pourquoi ici ? » Continua l’homme. Sa voix était grave, bien plus que la plupart des gens, ce qui lui donnait à la fois cette chaleur et cette dureté. Mon regard s’éleva vers lui.
- A vous de me dire si ce fut inutile. » dis-je d’un ton presque tranchant. Je savais que les miens ne me reprendraient plus. J’étais livrée à moi-même. Je devais trouver une place, quelle qu’elle fut.
L’homme sourit. Il m’attrapa par l’épaule.
- Viens.
Et sans rien me demander de plus, il se dirigea avec moi vers les grandes portes de l’opéra de Gortmaïm. On lui ouvrit facilement et nous entrâmes dans un long corridor. Un robot-sphère sur la droite prenait les réservations. Je n’osais parler.
- C’est à quel nom ? demanda doucement l'automate qui flottait à mi-hauteur dans la pièce.
- Le Régent Flot. Répondit-il, avec cette même voix forte qui m’avait jusqu’alors frappée. Je compris alors qui était cet homme : le bras droit du royaume. L’automate comprit également et nous proposa de nous avancer jusqu’au salon des invités, où l’on nous rejoindrait. Nous nous exécutâmes. A peine arrivés dans le salon, les doubles portes nous faisant face s’ouvrirent et laissèrent entrer une jeune femme brune, mince, les cheveux soigneusement tirés. D’après les premiers échanges entre eux, elle et le Régent semblaient se connaître.
- Nous ne prenons pas les nouveaux élèves à cet âge-là, dit-elle en me voyant.
- Celle-ci est particulière, dit-il simplement. Ils échangèrent un regard.
- Nous verrons. » Elle m’emmena vers elle, me dévisagea. « Je n’hésiterai pas à vous la ramener si l’on n’en tirait rien ». Son ton était sec.
- Faites donc comme bon vous semble. » Il me sourit mais n’ajouta rien.
- Dans six ans elle aura déjà atteint l’âge, continua la jeune femme. Vous pourrez alors la récupérer. Si nous l’avons toujours chez nous, bien entendu.
Ils se quittèrent alors. C’est ainsi que je fis partie du ballet de Gortmaïm…


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MessageSujet: Re: Wild and high [roman]   Sam 3 Juin 2017 - 15:31





****

Dans cette clinique, Finn se souvient de son adolescence. Il songe à son passé.
Il repart en arrière.
Le ballet de Gortmaïm.
Cette dure école de la vie, cet internat froid et rigide.
Les heures à travailler la souplesse de ses muscles, la beauté de ses gestes.

Une seule à cette époque lui faisait espérer que l’âge adulte serait beau malgré tout.
Jade.

Une fille peu ordinaire. Elle était incroyablement douce de caractère, et disait avec acuité des choses vraies mais imperceptibles. Avec le recul Finn se rendait compte qu’elle était simplement un peu différente de tous. Elle passait pour bizarre chez certains, pour asociale chez d’autres. Certaines de ses phrases avaient le don de déstabiliser. Elle avait toujours l’air heureuse, apaisée, candide. Quelque-chose en elle était incroyablement pur et beau. Et pourtant, ils se moquaient d’elle avec une certaine voracité.

«  Jade ! »
Elle regarda alentour et aperçut Finn.
« Oh, c’est toi… »
- Je voulais m’excuser » Et il ajouta : « on pourrait un peu discuter si tu veux, enfin, j’espère… »
Finn avait alors douze ou treize ans, tout comme elle. Jade avait des yeux verts ou gris selon la luminosité et cette assurance étonnante pour leur âge. Ses cheveux étaient longs et roux, bouclés, fins. La plupart du temps, elle déambulait dans le vaste jardin de l’opéra, ramassant des galets qu’elle mettait dans ses poches, observant les autres.
« Eh bien, vient… » lança-t-elle d’une voix calme mais forte.
- C’est dommage que les autres... tu sais... » commença Finn maladroitement. Elle le regarda. Le groupe d’enfants qui l’avait prise en haine l’avait de nouveau insultée, un peu plus tôt dans la journée, et lui avait jeté des pommes-de-pin au visage. Finn avait assisté à la scène, sans rien dire, les mains dans les poches, incapable encore d’affirmer une opinion différente des autres. Pourtant, il aimait bien cette fille solitaire et sûre d’elle.
- Je sais. Avec le temps nous apprendrons à mieux vivre ensemble. C’est stupide mais nous commençons par le plus dur. Ce sera plus simple quand nous serons adultes. »
Elle avait douze ans mais semblait déjà prête à affronter le monde, sans doute parce qu’elle avait en elle cette force largement impressionnante pour la plupart de ceux qui la croisaient.
«  Je ne savais pas que tes parents étaient de Balm, dit Finn. Elle ne réagit pas.
- Moi je suis de Trompto, ajouta-t-il face au silence qui s’était imposé.
Jade ne répondit pas directement, mais leva les yeux vers l’horizon clair où le soleil lançait encore ses rayons. Elle semblait observer les couleurs froides de ce mois de novembre. Finn n’osa pas relancer la conversation une seconde fois et le silence perdura. Jade tourna enfin son visage vers le sien.
- Il faut croire au-delà des déceptions, dit-elle étonnamment. "Les choses ne sont pas figées" ajouta-t-elle, comme pour expliquer sa précédente phrase.
Il ne répondit pas, gêné de montrer qu’il n’avait pas tout saisi. Jade était de ces enfant précoces, surdouée peut-être même, une maturité certaine germait déjà en elle malgré ses douze ans.
- Toi, par exemple, tu seras un jour adulte et tu prendras tes propres décisions" continua-t-elle. "Tout comme moi…" elle baissa les yeux un instant et soupira, avant de fixer Finn avec une profondeur déconcertante. "Tu en as envie, toi, d’être adulte ?"
Un groupe d’enfant les dépassa et Finn en profita pour observer leur marche enjouée, leurs expressions, leurs rires. Il n’osait plus regarder Jade.
- Non, finit-il par répondre. » Et c’était sincère. « Mais quand je t’entends parler, je me dis qu’être adulte, ça peut être très beau »
Elle sourit légèrement et leurs regards se croisèrent.
« Être adulte, c’est beau ? » Lui demanda-t-elle, étonnée.
Finn fut surpris de voir qu’elle non plus n’avait pas vraiment envie de continuer à grandir.
- Avec toi, oui, c’est beau » répéta-t-il sans parvenir à s’expliquer.
Elle se mit à rire doucement, puis : « on court ? »
Et ils avaient alors commencé une course improvisée et légère.



Dernière édition par Anja le Sam 29 Juil 2017 - 11:04, édité 2 fois
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Anja
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MessageSujet: Re: Wild and high [roman]   Lun 5 Juin 2017 - 10:12

(suite)


****


Devant la grille du parc, une voiture-sable attend. Sur les pavés blancs elle détonne un peu, apporte une couleur inattendue. Un homme brun arrive, écrasant de son pas régulier le gravier qui crisse. C'est Finn. À ses côtés marche Mady, l'infirmière. Ses cheveux blonds frôlent par instants l'épaule de son patient silencieux. Les ormes centenaires sont hauts comme des colonnes, nus, inaccessibles. Leur beauté écrasante donne une impression majestueuse et lourde, apporte quelque chose de froid. On se croirait dans une demeure de luxe avec chambres d'hôtes, un hôtel privé faisant portes ouvertes, un musée d'art nouveau installé dans un ancien château. Les colonnes blanches encadrant l'entrée et soutenant le porche ont elles-mêmes quelque-chose de lisse, de parfait. Les deux jeunes gens finissent par atteindre la voiture. Mady s'assoit au volant, Finn à ses côtés, la voiture-sable démarre.


Enfin arrivés, Mady descend la première, fait le tour de la voiture, aide Finn à se lever, à marcher jusqu'à la haute grille du cimetière. Ici les saules sont bas, laissent entendre une chanson dans le vent, subtile et glissante, comme la parole oubliée des morts. Ils entrent doucement, se dirigent vers une tombe éloignée les mains chargées de fleurs bleues aux courts pétales arrondis, aux longues tiges, précieuses comme une bouffée d'air.

Ils sont allés voir Nino. Se recueillir un peu sur sa tombe. Une courte prière.

Nino avait tant souhaité voir Finn une dernière fois que celui-ci avait dû quelque-part entendre. Il est venu.
C'est Mady, l'infirmière, qui l'a amené là. Elle a su. Elle a compris quelque-chose. La peur est une bien jolie histoire d'amour, pour Nino du moins. Sombre et ténébreuse, elle aura charmé ses nuits autant qu'elle l'aura rendu fou d'elle. Lent à l'agonie, il crut que le vase n'était qu'à demi plein. Il s’est dit : aie la patience de vaincre. La peur l'aura aimé jusqu'à la fin.

Finn est venu avec Mady. Elle a quelque-chose d'artistique dans sa façon de concevoir la vie et l'être. Elle aime chez lui ces dessins qu’il garde enfermés dans des cahiers quadrillés. Elle aime son regard rêveur. Pleinement consciente de ce sentiment s'insinuant chez elle, elle ne lutte pas, parle avec son cœur, joue avec ses jambes.
On l’aurait crue trop belle pour Finn et trop naïve, mais la voilà avec lui dans ce cimetière. Elle lui prend la main. Ils se dirigent vers Nino. Ce marbre noir qui le recouvre.
Nino… cet ami d’enfance.
Le passé.

Et Finn se souvient…

« Jade ! »
Elle s’arrêta près du haut mur formant l’enceinte de l’opéra, devant Finn.
- On attend le vaisseau-sable ensemble ? Proposa-t-il. Elle sourit.
- Non, Finn, pas aujourd’hui. » Mais elle rit et ajouta de sa voix claire : "Aujourd’hui, on va marcher tous les deux jusqu’au bâtiment D. On aura du temps, comme ça"
L’école de l’opéra, communément appelée école d'Amagira, possédait un vaste parc séparant l’internat de l’opéra lui-même. Un vaisseau-sable permettait aux élèves, deux fois par jour, de se déplacer plus rapidement et de façon plus sure. Il n’était pas rare que des mercenaires réussissent à enlever des jeunes danseurs, et le parc, bien que surveillé par la garde personnelle de l’opéra, n’était pas sûr. Le vaisseau-sable évitait aux danseurs d’avoir à traverser à pieds les deux kilomètres qui séparaient les salles de cours de l’internat comprenant les bâtiments C et D.
Un danseur du ballet de Gortmaïm valait cher sur le marché au noir de l’Empire. Les danseurs de l’école de l’opéra, encore jeunes, étaient des proies faciles.
Finn suivit Jade. C’était juste à la fin de l’hiver, l’air était encore frais mais il faisait beau.
- Tu vois le gars là-bas ? »
C’était un des garçons de la classe, un de ceux qui se moquaient ouvertement d’elle.
- Je l’ai croisé l’autre jour seul à seul, dans un couloir. Il semblait avoir pleuré, je ne sais pas. Quelque-chose dans ses yeux. Il m’a vue, il m’a souri. On s’est même dit bonjour. Je crois que les comportements changent quand les gens sont en groupe, ajouta-t-elle. C’est pour ça qu’il ne faut pas prendre les moqueries au sérieux.
Elle rit. "Du moins j’essaie."
Sa phrase fit réfléchir Finn un instant.
- Tu pleures des fois toi, Jade ?
Elle se retourna vers lui, s’arrêta de marcher. Ils longeaient un bosquet d’arbrisseaux, tout était bruissant de bourgeons, de fleurs et d’eau.
- Tous les soirs, finit-elle par dire.
Il se tut, interloqué.
- Tu as l’air si forte, pourtant… Eh, Jade…
- Quoi ? dit-elle doucement.
- On pourrait mémoriser cet instant et en faire un refuge. Tu sais, pour pouvoir y revenir, quand tout va mal.

Elle le regarda fixement, puis observa le parc, devant eux. Elle réfléchissait.
- Non, Finn, nous n’allons pas créer un refuge. » Elle sourit comme s’il s’agissait là d’une bonne nouvelle. "Nous allons créer une capsule."
Elle semblait réellement heureuse, comme si elle venait d’avoir une idée merveilleuse. Devant son air dubitatif elle expliqua :
- Nous allons créer un moyen de sortir du réel. Quelque-chose d’imaginaire qui nous propulse ailleurs.
- Vers un autre monde ?
- Exactement, vers tout un monde que l’on pourrait rejoindre en un instant.
Le vent se levait doucement, on voyait les branches des arbres ployer légèrement. Quelques bourgeons perçaient déjà. Des jonquilles poussaient par paquets près des troncs mais restaient encore fermées, dans l’attente des prochains rayons de soleil.
« En un instant, ailleurs. » Ses yeux brillaient d’excitation, elle semblait folle de joie, pleine de cet enthousiasme qu’elle avait du mal à cacher.
- Finn ? » Elle riait. "C’est beau la vie, le monde, Finn, quand on peut tout changer…"
Il la fixait des yeux.
- C’est vrai, dit-il, et il sentait à son tour en lui cette émotion pleine, forte, de pouvoir tout faire, tout construire, tout créer. "Quand on sera adultes, Jade, on fera quelque-chose de bien" il réfléchit un instant avant d’ajouter "comme aimer".
Elle l’observa, sourit en coin, et il sentit ce tremblement en lui, dans la poitrine.
- Jade ? » Le soir approchait. Il aurait fallu se dépêcher. Tout était calme, autour. Sa propre voix semblait sortie du vent tant elle était posée et douce. "J’aimerais vivre jusqu’à la fin des temps comme ça, comme cet instant."
- On verra bien » c’était à peine un murmure.
- Tu aimerais que l’on invente quoi comme monde imaginaire ? » demanda Finn en sautillant derrière elle, le pied gauche pris dans une branche tombée au sol. Il parvint à s’en défaire. Jade s’était arrêtée. Elle le regardait, l’air soudain sérieux. Elle inspira alors profondément, d’un coup sec, comme pour se donner du courage à elle-même et jeta un regard sur le soleil disparaissant derrière les platanes. Puis elle le fixa de nouveau, l’air étrangement égaré. Elle répondit dans un seul souffle :
- Un monde adulte qui nous ressemble enfin, Finn. »
Elle ne bougeait plus et le regardait, les yeux profonds, fixes, comme incapable soudain du moindre mouvement. L’instant était palpable, silencieux, lourd, et Finn se demandait, figé dans la pénombre, pourquoi il avait l’impression de ne pouvoir rien faire.
- On trouvera une issue » dit-il doucement et il lui prit fermement la main pour l’amener finalement vers le vaisseau-sable qui arrivait quelque-part dans l’ombre. Elle serra ses phalanges de ses doigts glacés et Finn l’entendit murmurer derrière lui :
- Sans doute


****



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MessageSujet: Re: Wild and high [roman]   Mar 6 Juin 2017 - 20:49



(suite)

Le soir était arrivé si vite qu’ils ne l’avaient pas senti venir. Le vent, doucement, bruissait sous les platane. Finn sentait son cœur qui lui aussi faisait des siennes. Jade.
Ils avaient rejoint les couloirs silencieux des hauts bâtiments de l’internat. Quelques murmures glissaient par-ci par-là. Quelques élèves. Jade et lui marchaient doucement le long des hautes fenêtres. Il semblait que ce moment était précieux comme les trésors enfouis au fond des épaves marines, silencieuses, mystérieuses, profondes. Un trésor à garder à jamais au creux du cœur. Une amphore de grâce et de volupté. Jade.
-  Demain Mme Amagira nous portera nos convocations, Finn.
Il se tourna vers elle. A contre-jour derrière elle flottait une lumière douce et pourtant ténébreuse, celle du soir. « Je sais » répondit-il simplement.
- Il ne faut pas y penser, continua-t-elle. Tout cela n’a pas d’importance. Nous vivons. Nous sommes vivants. Tu comprends ? insista-t-elle. On nous fait croire à des choses irréelles. La vérité, Finn, c’est que le monde se trouve derrière ces barreaux, ces murs, ces grillages.
Il était vrai que depuis leur entrée à l’opéra de Gortmaïm, ils n’avaient pas pu mettre le nez dehors. Les entrailles de cette école qui détenait les prémices des grands danseurs de ce monde étaient gardés jour comme nuit par une centaine de gardes armés, des drones, des barbelés-flammes et bien sûr des caméras flottantes, qui les suivaient parfois de loin, lorsqu’il ne suivaient pas les allées balisées.
- Pourquoi tout cela, Finn ? Pourquoi la danse fait-elle tant rêver ? Tant de…
Elle s’arrêta.
- Avant, il a des siècles, on n’y accordait pas tant d’importance.
Il réfléchit un instant.
- Le cinéma, dit-il.
- Quoi, le cinéma ?
- Et bien, le cinéma n’a plus sa place dans l’Empire, depuis la loi 527.
- Oui je sais bien.
- Alors, dit Finn, peut-être que la danse a pris cette place laissée vacante.


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MessageSujet: Re: Wild and high [roman]   Dim 18 Juin 2017 - 23:08



(suite)

- Tu te rappelles, dit Jade, cette discussion qu’on a eue. A propos des murs d’Amagira. » Elle s’arrêta un instant. « On pourrait partir. »
L’école de l’opéra était nommée « Ecole de l’Opéra d’Amagira Brath », du nom de sa fondatrice.
Finn la regarda, gêné.
- Tu sais, Jade, tout ça… Finn n’acheva pas sa phrase. Jade s’était assise au dessus de l’eau, sur ce petit pont qui enjambait le remous calme de la large fontaine de la cour intérieure d’Amagira. Les lumières-bulles éclairaient l’eau de l’intérieur et Jade les regardait évoluer lentement. Finn l’observait. Il avait commencé sa phrase en espérant la voir se retourner vers lui, curieuse, attentive, mais devant son impassibilité il ne sut comment poursuivre et les mots s’étranglèrent dans sa gorge. Les jambes de Jade, passées au travers de la rambarde, effleuraient l’eau. Le bruit régulier des éclaboussures rythmaient le silence d’une musique capricieuse. Finn, sérieux comme une tombe, n’osait plus reprendre la parole.
- Jade ? hasarda-t-il finalement. Elle ne se retourna pas mais ses jambes cessèrent de jouer avec l’onde.
- Je sais, dit-elle alors. Tu sais Finn, ces jours ci, j’ai compris. J’ai vu. C’est dans tes yeux.
Elle se retourna enfin. "Pour une amitié, ça en vaut la peine, Finn. Ça vaut la peine d’essayer."
- Jade, c’est trop pour moi. Ces murs… Tu sais, ces murs sont hauts, ils nous encerclent, ils nous enferment, et même dans nos têtes, Jade, ils nous étouffent de l’intérieur, nous poussent à désespérer d’un jour pouvoir sortir. Je n’espère plus. On restera là Jade, enfermés. Jusqu’à l’âge requis, tu vois. Encore trois ans. Ça passera vite… Jade l’interrompit.
- Non. »
Ses yeux semblaient déterminés, arrêtés sur une décision dont ils ne vacilleraient plus.
- Finn. Nous partirons. Avant.
La caméra flottante qui les suivait s’approcha sensiblement d’eux à cet instant. Les caméras flottantes ne disposaient pas de micros, mais suffisamment proches elles pouvaient lire sur les lèvres de façon instantanée. Jade se tu. Finn reprit.
- On danse ? Ces pas, tu sais, les écho-loupes. Je n’y arrive jamais, c’est tellement saccadé.
- C’est facile, Finn, tu dois sentir la musique dans tes pieds, ne plus penser, suivre le fil.
- Pour toi, c’est facile oui, mais moi si je ne pense pas alors je ne sais plus.
- Regarde...
Elle se leva et commença quelques mouvements de jambes. Ses pas semblaient comme en apesanteur, légers, arrondis, mais pourtant rapides comme des flèches.
- Tout le monde danse comme toi à Balm ? demanda Finn.
- Il n’y a plus personne à Balm, répondit Jade. Et elle se tu. Puis, lentement, ses pas glissèrent de nouveau en une danse lente, mélancolique, majestueuse.
- Balm fait partie du passé, murmura-t-elle les yeux fermés, la bouche crispée par l’émotion, dansant toujours au rythme des remous de l'eau qui semblaient soudain transformés en une mélopée envoutante. Les bras souples, levés, les mains gracieuses, le corps entraîné par cette mélancolie qui était la sienne, Jade faisait s’exprimer les silences qu’elle gardait enfermés en elle comme des trésors trop lourds. Elle s’arrêta soudain, se tourna vers Finn.
- Je pourrais passer ma vie à danser, dit-elle, mais toi, tu t’ennuierais…
- C’est beau, Jade, quand tu danses. Ça fait oublier ces murs. Ça fait tout oublier.
Un silence.
- Comme si  tu avais des ailes qui se déployaient, comme ça, et qui faisaient s’ouvrir en moi quelque-chose.
Jade sourit.
- Il y a des poignards cachés dans mes plumes, Finn, et quand je danse ils me lacèrent de l’intérieur.
- Jade…
- C’est vrai, Finn. Des poignards. Des couteaux. Tu ne peux pas comprendre.
- Je comprends Jade. Moi, quand tu danses, ça me déchire aussi un peu le cœur.
Finn se tu. Il observait Jade. Elle s’était tournée vers les larges terrasses sous lesquelles se déployaient l’horizon gris. Dans les montagnes, à droite, on apercevait au loin le Tel Nahid, le palais de l'empereur, bien au-delà des murs d’Amagira, surplombant la vallée. Des arrêtes rectangulaires, des tours hautes et étroites, blanches, contrastant avec la forêt sombre envahissant les flancs de la montagne d'El'Sila. Les fenêtres du palais étaient elles-mêmes rectangulaires, mais noires, étroites comme des meurtrières. Elles fendaient les murs du palais comme des coups de lance ayant crevé la pierre. Cette pierre claire importée des hauts lacs du Nord. Le palais était à la fois majestueux et colossal. Quelque-chose de fort et de brutal s’exprimait dans ces hauts murs droits, et en même temps le contraste entre la pierre blanche et la forêt sombre donnait une impression de poésie et d’éternité. Le combat du monde entre lumière et ténèbres s’exprimait dans cette force claire accrochée à la montagne, persistant à défier les ombres de la forêt qui s’étalait à perte de vue sur les hauteurs de Gortmaïm.
- Tu as entendu parler de l’Esbraal ? dit soudain Jade.
Finn jeta un œil inquiet sur la caméra flottante qui avait pourtant pris ses distances.
- Bien sûr, dit-il en un soupir. Mais il ne faut pas parler de ça ici. Jade… Tu sais bien… Ces forces sombres sont partout. Partout, répéta-t-il.
- Mais pas en moi, dit Jade.
- Alors garde-toi de trop en parler.
- De l’Esbraal ?
- Tais-toi… lança Finn dans un souffle. Ils sont partout, Jade. Il vaut mieux pour tous de ne pas prononcer ce nom.
- C’est juste un nom, dit Jade.
- Non. C’est une force. Sombre. Glaciale. Malsaine. Et elle prend sans prévenir.
- A Balm, il n’y avait pas l’Esbraal.
- Mais Balm a brûlé, Jade, et tu es ici. Et ici, les forces sombres de l’Empire se rassemblent.
- Je les sens, dit simplement Jade. C’est comme un vide autour. Ils avancent. Ils s’emparent de tout peu à peu.
Finn resta interloqué. Il était rare que l’on puisse « sentir » l’Esbraal. La plupart des gens se contentaient simplement de ne pas en parler, par méfiance ou par habitude, mais beaucoup ne croyaient qu’à peine à son existence.
Finn, lui, y croyait bien plus qu’il n’aurait voulu. Sa bouche se crispa.
- Jade, parlons d’autre chose. A ce moment, la caméra flottante s’approcha de nouveau. Jade lui tourna le dos et s'approcha de Finn.
- Je sais, dit Jade. Ton passé. Ton errance. Et puis... Nino.
Il se tourna vers elle. Il n'avait jamais parlé de tout cela, pas avec elle. Pas encore.
- Je sens les choses, Finn. Je sens tout. Comme un éponge. Comme un monstre.


FIN DU CHAPITRE 1




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MessageSujet: Re: Wild and high [roman]   Mer 21 Juin 2017 - 12:57




CHAPITRE DEUXIÈME






Dans cette clinique trop blanche, Finn est rentré cet après-midi-là dans sa chambre. Mady était là. Elle l'attendait sans doute. Ils n'ont pas parlé, Finn s'est assis, ils n'ont pas souri. Il a compris. Il a compris la rupture née en elle quelque-part. Elle a vu son désarrois profond, il a perçu les désirs brûlant encore quelque-part sous sa peau.
Elle l'a enlacé, tendrement, l'a pris dans ses bras, elle lui a soupiré : « c'est parti ». Ils sont sortis par la grande porte.
Ils sont sortis et Finn savait, quelque-part, qu’il assistait à sa naissance étrange et inattendue, en ce jour de mai. Il savait que tout cela aurait une fin dont il ignorait la beauté ou l'horreur, mais il voulait bien choisir le tout. Il voulait bien prendre le risque.

La voiture-sable de Mady attendait dehors. Ils sont partis comme ça, de manière si naturelle et si simple qu'il était pour lui étrange de se dire que tout commençait là. Les grilles que Finn croyait tenir fermées dans son cœur s'étaient tout à coup ouvertes et au lieu des corbeaux qu’il pensait abriter, des parfums profonds et suaves s'étaient échappés avec douceur. Mady était belle. La vie était belle. Enfin.



****

Dans cette voiture-sable, sur cette route, quelque-chose sentait la liberté et l’audace. Un vent d’éternité soufflait, quelque-part, dans leurs cheveux.
Finn se souvient… Jade...

Jade était là. Finn l’observait du coin de l’œil. Jade… Prostrée contre la vitre, au fond de la classe…  Jade ce jour-là était songeuse, dans cette classe silencieuse où la professeure de mathématiques surveillait ses élèves durant un contrôle.

Leurs regards s’étaient croisés, dans cet instant oublié. Jade avait souri. Un sourire doux témoignant d’une affection certaine et signifiait à Finn qu’elle y croyait, encore, à la vie, au bonheur, à l’avenir. Elle n’avait pas renoncé, pas encore. Jade… Si simple et pourtant, déjà si belle. Finn lui avait souri en retour, l’instant était déjà lourd d’émotions et de sensations nouvelles. « Jade… » chuchota-t-il « Jade… »

- Vous deux ! avait tranché la voix forte de Mme Ballay.
- Vous deux ! répéta-t-elle tout en s’approchant de leurs tables, en fond de classe.
Elle observa Jade, puis Finn.
- Ce sera une note divisée par deux » annonça-t-elle brutalement. Puis, revenant à son bureau, elle nota sans doute la sanction prise. Elle se rassit.
Finn n’osait plus tourner la tête.
Jade, sur sa gauche, non loin, n’avait apparemment pas réagit. Elle semblait imperturbable. Lui fixait sa feuille à présent incroyablement blanche, vide, mauvaise.
Ses yeux le brulaient, il sentait en lui des larmes monter en silence.
Jade…

A dix-sept heures, alors qu’il sortait penaud de ce contrôle infiniment douloureux, elle lui avait pris la main, doucement, en arrivant  à sa hauteur.
- Finn ? Elle souriait, étonnamment joyeuse. "Merci" dit-elle en détournant les yeux. Cette timidité étonna Finn qui la voyait jusqu’alors comme un rocher inébranlable. Il sentait la main de Jade dans la sienne, ils avançaient dans ce couloir désert, vers la sortie. Les autres élèves s’étaient enfuis à peine la porte ouverte, alors que la sonnerie lançait encore son appel à la liberté.
- Je ne sais pas pourquoi tu me dis merci, Jade, dit-il maladroitement. Jade s’arrêta de marcher, ils se retrouvèrent immobiles, face à face, dans ce silence doux et rassurant.
- Merci d’être différent, dit Jade. Elle tourna la tête vers la vitre à travers laquelle on voyait les hautes branches d’arbres de la cour et, au loin, les montagnes d’El Sila.
- Comme moi, ajouta-t-elle. On pouvait entendre, clairement, son amertume.
Finn garda sa main dans la sienne, elle le regarda de nouveau.  
- Jade, je… Jade… Il hésitait. "C’est bien d’être différent, Jade."
- Non, Finn, c’est horrible de ne pas être un peu plus…
- Normal ?
- Oui, voilà, normal.
- On fera avec, je crois. Le monde, enfin… la vie, tu sais…
Il se tu. Le silence s’installa de nouveau. "Le monde n’est pas aussi bien que ce que l’on croyait, tu sais… les métiers qu’on aura ne seront pas ceux dont on rêve. Et même…" Jade l’écoutait si attentivement que cela le déstabilisait. Il lâcha sa main et enfouit les siennes dans les poches de son blouson. "On ne sera pas forcément heureux, Jade, c’est évident. Tout ça est une belle blague. Et il faut faire avec…"
- Il faut faire avec ? dit Jade.
Elle semblait désemparée, inquiète. "Non, Finn. Je ne crois pas qu’on puisse faire avec. Moi je veux le bonheur."
Ce fut Finn, le premier, qui se mit à rire. Doucement.
Jade le regarda, d’abord étonnée puis amusée.
Elle rit à son tour. Finn semblait soudain joyeux, insouciant même.
- Tu prendras le vaisseau-sable aujourd'hui ?
- Oui, aujourd’hui, oui.
- On la trouvera, Jade, la capsule. Celle qui mène vers le bonheur.
- Je sais.
- Promets-moi de me le dire, quand tu l’auras trouvée.
Elle le regarda.
- On la trouvera ensemble, Finn.

Dans la voiture, Mady observait Finn. Il semblait rêver. Il observait la route, absent, ailleurs.
Qui pouvait dire ce à quoi il pensait ? Les rescapés des Grandes Inquisitions étaient rarement ancrés dans la réalité, comme si les pressions mentales subies avaient à jamais endommagé leur capacité à vitre dans le présent.
Il semblait évident pour Mady que Finn avait subi une Grande Inquisition de type C, une de celles décidées par l’empereur lui-même. Son dossier ne mentionnait rien de spécifique, mais Mady, elle, savait reconnaître les symptômes. Un traumatisme aussi sévère ne pouvait avoir qu’une seule origine. Et Mady se demandait bien quel secret avait pu détenir Finn pour avoir été mis ainsi à l’épreuve.
Avait-il finalement faibli ? Avait-il failli ? Ou bien jusqu’au bout avait-il maintenu ce secret caché au plus profond de lui-même ?

Quoi qu’il en soit, Mady savait, profondément, qu’elle ne pouvait le laisser plus longtemps dépérir dans cette clinique.
Il fallait que Finn retrouve la vie. Il lui fallait repartir sur les lieux ayant marqué sa jeunesse. Sans cela, il ne retrouverait jamais tout à fait la valeur du présent, il s’enfoncerait doucement dans les mystères de ses rêves éveillés. Il ne reviendrait bientôt plus, semblable à ces fous vacillant sans cesse entre deux mondes imaginaires.
Mais Finn n’était pas fou. Il avait encore quelque-chose à vivre. Sa vie de danseur d’Amagira reprendrai. Il ne pouvait en être autrement.
Et Mady saurait bien le faire revenir à la vie.
Il le fallait. Elle en avait besoin.

Les danseurs étaient une denrée chère à Gortmaïm.

Il se tourna soudain vers elle, comme revenant à la réalité.
- Où allons-nous, Mady ? Ses yeux clairs étaient pour elle une déchirure. Comment pouvait-elle en arriver là ? Elle haïssait son propre mensonge, sa facilité à tromper, à manipuler, à trahir. Pourtant, il le fallait. Cet argent. Une liberté certaine. La promesse d’une nouvelle vie.
- En voyage, répondit-elle simplement. Étonnement, cette réponse suffit à Finn. Il ferma les yeux. Il sourit.
- Oui, un voyage, répéta-t-il.

Et sous ses yeux Jade dansait encore, quelque-part, entre le ciel et la terre, sur la rambarde des terrasses d’Amagira.

****




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MessageSujet: Re: Wild and high [roman]   Mer 21 Juin 2017 - 13:00



(suite)

****



Natalie, les visions sont maintenant précises : Jimmy est en prison et Linda, elle, s’amuse de cette histoire.

Je ne t'ai pas encore parlé de tout cela. Cette histoire.
Le passé de Finn.

Ses amis d'enfance, Nino, Jimmy, et Linda... Et Nino qui fut tué, assassiné même. Reste Jimmy et Linda. Ce duo étrange qu’ils forment.

Les 24 ans de Linda lui suffisent déjà, et elle a l'impression d'avoir vécu mille ans. Les clients la prennent et la ramènent. Elle sait qu’elle n’est que cette chair désirée. On ne la regarde pas, on la déshabille. Elle se dégoûte. Elle se hait, et pourtant... Elle a choisi cette existence sordide, car rien n'est suffisamment noir pour elle, pour lui ressembler un peu, pour s'allier à l'abîme de son cœur.
Elle a revu sa sœur, Alice, la veille.
Elles ont parlé. Sa sœur a senti dans le regard de Linda, sans doute, une souffrance audacieuse, car elle lui a parlé du chaos et de la paix. Son sourire léger a paru ridicule à Linda, mais son rire narquois s'est étranglé dans sa gorge. Alice a parlé de la lumière car elle a perçu en elle cette ombre et ce néant qui l'habitent. Linda lui a dit amèrement : tu ne sais pas. Alice l'a regardée... Son regard silencieux a duré un long moment.
Viens nous voir, a-t-elle fini par répondre doucement.

Linda ne sera jamais rien d'autre que ce petit démon aux allures d'ange, et derrière ses sourires se cache une âme bien noire... Ses jupes racontent l'histoire de la séduction, ses sourires celle du mensonge. Elle hait le monde, elle hait tout court, et dans cette violence destructrice qui la berce elle détruit le monde autour d’elle, jusque dans ses propres désirs.
Elle brise des vies.

Elle est bien payée pour tout cela, pour cette luxure. Sans compter les à-côtés de ceux qui tombent sous le charme de ses jambes, de ses cils, de son cœur. Car certains pensent encore qu’elle en a un.

Linda cherche à vider le monde, crois-le Natalie, Linda cherche à vider le monde de sa beauté car il ne mérite pas tant de lumière.

L’Esbraal l’a envahie.



Bien sûr, Natalie, tu te demandes ce que tu as à voir avec tout ceci.
Rien.
Il ne s’agit ni de ton histoire ni de ta vie.
Ce sont simplement des phrases, Natalie, et si je les adresse à toi c’est que je me dis que tu pourrais comprendre.

Que tu pourrais entendre.




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MessageSujet: Re: Wild and high [roman]   Dim 9 Juil 2017 - 16:16



***

C’était la toute première fois que l’enfant allait s’assoir sur Le siège. Les premières fois étaient souvent incomplètes, maladroites.
-Comment faut-il faire, Maam ? demanda l’enfant.
La mère se pencha, assit son fils sur le siège des prophéties, et recula de quelques pas. Le temple était vide à cette heure. Au-dessus d’eux, les immensités de l’océan se déployaient, sombres, au-delà de la coupole transparente de la cité.  
-Ferme les yeux, mon fils. Et parle. Laisse venir.
L’enfant se concentra alors, et monta en lui les phrases qu’il allait prononcer. Son ventre était chaud et c’est de ces profondeurs que lui venaient les mots qui sortaient de sa bouche.
Comme une mélopée oubliée, un poème venu d’ailleurs.
-Dans rochers jaillissent (l’enfant respirait difficilement)
Dans ces cailloux, dans ces (il s’arrêta un instant)
Rocs
La valeur de l’or (il inspira profondément)
La lumière…
A peine un refrain, une
Ombre avance
S’éternise, se (ses sourcils frémirent)
Corrompt
Mais la jeune fille, la
Danseuse aux pieds de fer
Apporte quelque-chose d’elle
Vacillante (il laissa s’installer un long silence)
Elle arrive.

Les mots cessèrent d’affluer dans sa gorge et l’enfant rouvrit les yeux. Sa mère l’observait. Elle avait recueilli le moindre de ses souffles dans un enregistreur. L’enfant frémissait encore d’émotion.
- C’est bien, c’est fini, dit-elle, vient.
L’enfant se leva.
Au-dessus du temple, bien au-delà des murs transparents, la coupole de la cité marine séparait le peuple des Grapteurs des profondeurs de l’océan. On voyait, parfois, passer des poissons des profondeurs, des créatures ressemblant à de petits monstres blancs.
L’enfant avait cinq ans. Comme tous les Grapteurs, sa peau était plutôt grise et sa mâchoire déjà carrée. Derrière ses oreilles, ses branchies étaient visibles, même si dans la coupole il n’en avait pas besoin. La fine membrane reliant ses bras et son côté était à peine visible puisque, les bras le long du corps, il marchait pour le moment sans s’en servir. Tout comme lui, sa mère portait un sari-toile rouge.
- Viens, dit-elle. Allons nager. Cela te détendra et fera sortir l’émotion.
Ils se dirigèrent vers un des ascenseurs les plus proches. Actionnant le bouton d’appel, la mère profita des quelques secondes d’attente pour caresser délicatement son sari-toile au niveau de son avant-bras gauche. Les détecteurs cachés dans les fibres s’enclenchèrent aussitôt, les fibres se resserrèrent et le sari-toile devint en un instant une combinaison souple, imperméable. L’enfant l’imita aussitôt.
L’ascenseur arriva, la porte s’ouvrit. Ils entrèrent. Les portes se refermèrent derrière eux et l’ascenseur s’éleva doucement. Au travers des parois entièrement transparentes, ils pouvaient à présent observer la cité de Mephreïque. La vue était splendide. Puis, ayant atteint le sas, l’ascenseur s’arrêta. Les portes s’ouvrirent. Une fois l’ascenseur reparti, le sas se mit automatiquement en route, et l’eau commença à remplir l’espace étroit dans lequel ils se trouvaient.
L’enfant n’avait pas peur. Il avait déjà utilisé ses branchies de nombreuses fois, et cela était devenu une habitude comme une autre. L’eau monta jusqu’à envelopper leurs épaules, puis recouvrir leur visage et emplir la totalité du sas. C’était une sensation agréable que de de sentir l’eau circuler dans leurs branchies. La mère attendit encore quelques instants, vérifia que son fils respirait correctement, puis activa l’ouverture de la porte extérieure. Celle-ci s’ouvrit en silence. Ils s’élancèrent alors dans la noirceur de l’océan, deux ombres s’éloignant dans l’immensité marine entourant la coupole.
La porte extérieure se referma alors, le sas se désemplit jusqu’à redevenir entièrement vide. La mère et le fils, déjà loin, nageaient côte à côte, la membrane reliant leurs bras et leur côté à présent déployée, large, et ils semblaient alors être deux raies manta nageant dans l’ombre.

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MessageSujet: Re: Wild and high [roman]   Dim 9 Juil 2017 - 17:10



Le temple était redevenu silencieux, vide, après leur départ. Des lumières brillaient doucement, reproduisant à merveille la clarté de bougies mais sans en être.
Une ombre se détacha alors des immenses colonnes. Un Grapteur assez grand, aux sourcils longs et fins. Son visage était bien dessiné, ses muscles saillaient légèrement sous son sari-toile gris. Il s’approcha doucement d’un des côtés du temple, s’assit sur un des bancs. Le silence l’enveloppait.
- Ephraïm, prononça-t-il distinctement. Ephraïm, où que tu sois désormais, accompagne ma route, guide-moi de ton esprit.
Ses paroles, chuchotées doucement, emplissaient la pièce silencieuse. Les lumières orangées et blanches vacillaient légèrement.
- Ephraïm, dit-il encore. Tu me manques. Ta mort, ton départ… Sa voix chargée d’émotion devint encore plus rauque, comme éraillée.
- Ne m'abandonne pas.
Il releva la tête. Il n'arrivait pas à se concentrer. Les paroles qu'il venait d'entendre ne le laissaient pas en paix. Il se releva puis repartit derrière une des immenses colonnes. Là, dans la pénombre, il ramassa ses affaire abandonnées au sol, et se dirigea vers l’immense porte. Au dehors, la ville commençait doucement à s’éveiller.
Pelsyn, car tel était son nom, repensa à l’enfant, assis sur le siège des prophéties quelques minutes plus tôt. Il avait assisté à la scène bien malgré lui, et les mots de cet enfant restaient gravés dans son oreille.
« La danseuse aux pieds de fer »  se remémora-t-il. Les prophéties étaient réservées aux enfants-lumière. Il était rare d’en entendre de vive voix.
- Qui es-tu jeune fille ? Murmura-t-il alors.
Une danseuse vacillante… Tout cela n’avait pour Pelsyn que très peu de sens.
Allons se dit-il enfin, laissons ces paroles aux sages qui en sont les gardiens.
Et il s’avança dans la foule qui commençait déjà à prendre place dans les rues de Méphreïque.
Ephraïm aurait aimé entendre lui aussi cette prophétie, se dit Pelsyn. Il aurait voulu la comprendre, la traduire.
Jeune-fille, murmura-t-il comme en prière, l’Empereur c’est vrai a bien besoin de lumière. Si tu peux éclairer sa route, fais-le, car bientôt l’Esbraal aura pris sa vie entière. Il frissonna à ces propos. Au-dessus de lui, la coupole impassible protégeait la cité de Méphreïque des immensités de l’océan.
Au-delà encore de ces profondeurs marines, sur la terre ferme, quelque-part, Gortmaïm trônait entre mer et montagne. L’empereur, là-bas, dormait sans doute encore. Il devait faire nuit dans la capitale. Il était étrange pour Pelsyn que tant de gens sur le continent ignorent l'identité réelle des Grapteurs. La volonté du pouvoir en place était bien entendu de diviser les peuples. Beaucoup de personnes, à Gortmaïm ou ailleurs sur la terre ferme, prenaient encore le peuple de l'eau pour de gros poissons ou des bêtes marines. Bien sûr, la réalité de toute façon ne serait acceptée de personne, ou presque. Les mentalités n'étaient pas encore prêtes à accepter l'origine humaine des Grapteurs, et l'Empire avait de toute façon bien trop brouillé les pistes. Pelsyn savait tout cela. De même qu'il savait que les enfants-lumière faisaient peur à l'Empire.

Pelsyn songea à cet empereur si jeune, si malléable, si sombre.
A Méphreïque, nombreuses étaient les prophéties annonçant sa chute. L’Esbraal n’échappait en rien aux enfants-lumière. Ils sentaient sa présence lointaine mais sombre. Et beaucoup d’entre eux déjà avaient perçu la dépendance de l’Empereur à ces forces noires.
Il sourit. La prophétie qu'il avait entendue était étrange à ses oreilles. Comme s'il ne s'était pas trouvé dans le temple par hasard, comme si ces mots lui étaient quelque-part destinés.
-Vacillante... elle arrive..." répéta Pelsyn, avant de disparaitre dans la foule


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