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 La domestication de l’Art - Laurent Cauwet

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Maze_n
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MessageSujet: La domestication de l’Art - Laurent Cauwet   Lun 4 Déc 2017 - 2:07


Printemps 2006, le Palais de Tokyo expose sur le thème « Ultra Peau ».  Des étudiants de l’ENSAAMA (école nationale supérieure des arts appliqués et des métiers de l’art) sont invités à présenter une œuvre collective. Nivea sponsorise l’évènement, et son implication est énorme dans la communication autour de ce dernier.
Les étudiants décident alors de réaliser une œuvre à même d’améliorer le quotidien des employés de l’usine de Savigny-le-Temple de Nivea. Idée charitable. Les étudiants transmettent à Nivea un questionnaire que devront remplir les employés de l’usine concernant leurs conditions de travail, qu’ils retrouveront quelques jours plus tard remplis. Visiblement il fait bon travailler chez Nivea. Puis les étudiants réfléchissent, et passent une journée dans l’usine (vidée de ses employés) à monter leurs installations : pelouse, chaises longues… L’opération est un succès médiatique ! Tout le projet est ensuite documenté au Palais de Tokyo. On y voit en photo les ouvriers profiter du dispositif pendant leurs horaires de travail.
Oui mais voilà, les choses ne sont pas vraiment si roses. On apprendra plus tard que les questionnaires sur le bien être au travail chez Nivea n’ont jamais été transmis aux employés de l'usine (qui les a donc remplis ?), que le dispositif mis en place par les étudiants en art n’a été utilisé que le temps des photos, et puis finalement, que durant le temps où les étudiants réfléchissaient à l’amélioration du quotidien des employés, en coulisse se discutait la revente de l’usine, jugée trop faiblement compétitive… Le coup est superbe ! Nivea ferme l’usine, et parallèlement reçoit le prix Phénix (catégorie relation publique) par l’Union des annonceurs pour sa campagne réussie !

La domestication de l’Art est un essai récent, dont la lecture est plus que jamais nécessaire. L’auteur ne cache pas son parti pris en puisant allègrement dans le vocabulaire marxiste (notamment pour la notion d’aliénation) bourdieusien (pour la notion de domination symbolique) ou encore situationniste (pour la notion de spectacle), mais il n’y a guère besoin de connaître ces auteurs pour comprendre les critiques qu’il développe.
Ses thèses, les voici :
1-l’Art n’a jamais autant été dominé par les logiques néo-libérales.
2-l’Art ne s’est jamais autant fait l’outil de la domination néo-libérale.
A la fois dominé et dominant, l’Art fait l’objet de nombreuses censures insidieuses, de manipulations politiques ou médiatiques en tout genre. Et malgré tout le contenu des musées est figé, il n’y a plus aucune avant-garde dans ces décors arpentés par ceux qui prétendent incarner la Culture. Tout est désespérément lisse. Les quelques œuvres « scandaleuses » ne le sont au fond que rarement, elles sont là pour la forme. L'art contemporain s’accommode très bien de ce fonctionnement. Il devient un marché financier comme un autre.

Derrière ce constat amer il y en a un autre : celui de la contestation sociale et des discours qu’elle produit. Le constat que lors de la loi travail, comme en mai 68, des mots, des slogans, des discours nouveaux et des images nouvelles sont apparus. Un art sauvage, contestataire. L’essai ne l’évoque malheureusement pas, mais il serait nécessaire de rajouter qu’on a pu assister au même phénomène dans les quartiers populaires pendant les émeutes de 2005. Car voilà…

Vous l’aurez compris, cet essai je l’aime beaucoup. Il touche à mes convictions et son discours critique me paraît au poil, à ceci près qu’il lui reste encore des points aveugles. Et ce plus gros point noir c’est une analyse de l’art contestataire des quartiers populaires, hélas condensée à une seule phrase vers la toute fin du livre. Nuit Debout n’a pas vraiment réussi à mobiliser ces mêmes quartiers populaires, il serait nécessaire de se demander pourquoi. Une phrase c’est un peu court. Cette fracture entre la gauche critique et les jeunes de banlieue n’est pas vraiment exploitée. Non, dans cet essai on s’attarde sur l’ennemi commun : le grand capital ! Mais voilà, on manque un peu de recul sur nos positions. L’analyse est très juste, mais encore incomplète… Et le capital gagne toujours plus de terrain. Il serait temps d’apprendre à nous unir, et pour cela commencer à comprendre ce qui nous désuni encore...

En bref, je recommande cet essai. Juste, nécessaire, bien qu'encore incomplet.

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MessageSujet: Re: La domestication de l’Art - Laurent Cauwet   Lun 4 Déc 2017 - 18:46

Ça a l'air super intéressant dis-moi!

J'ai eu un cours de philo l'année dernière sur les effets d'une société de masse sur la culture (culture de masse) et l'idée que l'art pouvait combattre le phénomène était quand même présente (Adorno et Horkeimer)! J'avoue que ça m'étonne que ton auteur affirme que l'art est un outil de domination néo-libéral!

Dans ton exemple même, l'objectif de l'oeuvre a été détourné, l'intention première des étudiants n'était pas de faire un coup de pub à Nivea. Je ne pense pas que toutes les œuvres puissent être manipulées ainsi, ou si elles le sont, elles peuvent l'être dans les deux sens.

J'aimerais beaucoup le lire mais le temps... trist
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Maze_n
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MessageSujet: Re: La domestication de l’Art - Laurent Cauwet   Lun 4 Déc 2017 - 23:06

Salut a écrit:
J'ai eu un cours de philo l'année dernière sur les effets d'une société de masse sur la culture (culture de masse) et l'idée que l'art pouvait combattre le phénomène était quand même présente (Adorno et Horkeimer)! J'avoue que ça m'étonne que ton auteur affirme que l'art est un outil de domination néo-libéral!

Entendons nous bien, l'auteur ne dit pas que l'art est "intrinsèquement" un outil de domination neo-liberal. Il fait le constat qu'à l'heure actuelle, ce que la classe dominante promeut comme "contenu artistique" est largement au service de sa domination, et sous sa tutelle. Il analyse comment l'art a été "domestiqué" par les élites.
Mais l'art peut toujours combattre le phénomène, et c'est précisément ce que l'auteur affirme lorsqu'il s'intéresse aux contenus générés par les contestations sociales. C'est ici que se joue l'avant-garde, pas dans les musées.
Les thèses sont finalement très proches de celles de Adorno et Horkeimer. D'ailleurs eux mêmes reprenaient Marx en leur temps.

Salut a écrit:
Dans ton exemple même, l'objectif de l'oeuvre a été détourné, l'intention première des étudiants n'était pas de faire un coup de pub à Nivea. Je ne pense pas que toutes les œuvres puissent être manipulées ainsi, ou si elles le sont, elles peuvent l'être dans les deux sens.

Oui mais par qui est-ce que l'objectif a été détourné ? Et pour servir quels intérêts ? Que penser du rapport de force qui s'est joué ici ? Quand on parle de domination de l'art, de sa mise sous tutelle, c'est précisément de ça dont il est question.

J'ai cité cet exemple par qu'il me semblait assez représentatif, mais tu en as un paquet d'autres dans le bouquin, peut-être moins compliqués, plus "grossiers". Des artistes auxquels on refuse la présence à divers évènements car ils abordent la question Palestinienne, comment certaines expos rendent service à la gentrification, les collusions en tout genre entre le monde de l'art, la sphère politique et la finance... j'en passe

Je t'invite à lire le truc oui, ça reste assez court. Sans aller jusqu'à dire que c'est passionnant, c'est une arme critique à ne pas négliger.



SHIT, je viens de voir dans le règlement que les messages à caractère politique sont pas tolérés sur le forum.
Est-ce qu'on a le droit de s'en foutre si ça reste un dialogue respectueux ? Parce que merde la littérature ça peut être sacrément politique quand même.

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MessageSujet: Re: La domestication de l’Art - Laurent Cauwet   Mar 5 Déc 2017 - 0:57

Hm, personnellement je vois plus dans ton message le côté philosophique et une invitation à réfléchir qu'un réel débat politique. Donc ne t'en fais pas, ton post ne craint rien. (à part si vraiment quelqu'un se trouve offensé par ton topic et fait une demande de suppression, là on en rediscutera)
En tout cas très intéressant ton article, à l'occasion j'achèterai le livre car ce sont également des sujets qui m'intéressent ! Je n'ai pas l'habitude de lire à propos de politique ni d'art, mais tu as réussi à m'intriguer  Wink

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