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 Huitième concours : la finale

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Texte n° 1
12%
 12% [ 2 ]
Texte n° 2
47%
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Texte n° 3
24%
 24% [ 4 ]
Texte n° 4
17%
 17% [ 3 ]
Total des votes : 17
 

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Iron
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MessageSujet: Huitième concours : la finale   Dim 20 Avr 2008 - 9:04

Bonjour,

Voici la second et dernier tour de ce huitième concours.

Les votes sont ouverts jusqu'au dimanche 4 mai 2008, 20h00.




Texte n°1

Enfin.
Après toute une vie d'attente, une vie sombre et emplie d'un élan profond d'une mélancolie abstraite, je le trouve enfin. Quelle sensation étrange que de savoir, au fond de soi, au plus loin de sa pensée et de ses troubles, que le sujet de tant de recherches, de temps, d'efforts, de joie et de peine, est à portée de main.
Une vie entière à la recherche de cette perfection. La rencontre, enfin, d'un signe de bonheur dans une vie plongée dans la tourmente et dans le fracas d'un esprit troublé.
Comment y suis-je parvenu ? Pourquoi l'ai-je tant recherché ? Je ne pourrais vous le dire. Certaines choses, parfois, ne s'expliquent pas. Où du moins, ne demandent pas d'explication. Je ne suis qu'un homme qui, seul, se lamente dans un besoin immense d'une reconnaissance infime. Et je me sens, ici, en ce moment même, comblé d'un manque qui, toute ma vie durant, a pesé comme un poids, comme une chaîne autour de mon cou ou des cordes autour de mes poignets.
J'aimerais tellement savoir pourquoi. J'aimerais savoir pourquoi je n'ai pas profité de la vie avant aujourd'hui. Je me suis laissé transporté par l'onde de ma propre cupidité, plongé dans l'ombre dans ma propre image.
Dois-je le regretter ? Je n'en sais trop rien. Le regret, c'est retourner dans le passé. Et moi je ne recule jamais, je ne regarde jamais en arrière. Non. Moi, j'avance, sans un regard pour ceux que je laisse derrière-moi. Le regret ne sert à rien, car on ne peut modifier des actes du passé. Alors, non, je ne regrette rien. Mais l'amertume, aujourd'hui, me consume. Je suis aussi solide qu'un roc. Vous savez, vous pouvez lancer un rocher contre un mur et il ne ressentira rien. Faîtes-le dégringoler d'une montagne, et il sera comme neuf. Je suis comme un roc. Je suis trop fort pour ressentir les choses, trop dur pour encaisser des coups. Mais, comme un roc, je souffre de fissures. Prenez le même roc, celui qui peut survivre au choc et qui est trop fort pour être vaincu, et plantez-y une aiguille fine dans une fissure. Alors le roc se brisera en mille morceaux.
L'amertume qui me ronge est aujourd'hui l'aiguille fine. Je sens que je peux me briser. J'ai vécu dans la honte, dans ma propre prison. En réalité, je n'ai pas réellement vécu jusqu'à aujourd'hui. La quête de ma vie est terminée, j'ai rencontré ce que je rêve de rencontrer depuis toujours. Et maintenant ? Dois-je me briser ? En aurai-je la force ?
Je me demande, en ce jour, si réellement je n'ai vécu que pour cette rencontre. Je me pose cette question alors que, jamais auparavant, je n'avais eu le courage de me le demander. Alors, tentez un instant de comprendre ce que je ressens. Imaginez-vous seul durant toute une vie, à la recherche d'une chose dont vous ignorez la réelle nature. Et dont vous ignorez le but.
Et lorsque vous le trouvez, enfin, après toute une vie, vous ne savez plus vraiment si cela en valait la peine.
Qu'ai-je donc rencontré ? Vous vous le demandez certainement. Ce n'est pas une personne, sachez-le. Je n'aurais pas gâché ma vie à trouver quelqu'un, car les gens n'en valent pas la peine. Ce que j'ai cherché, durant tant de temps, c'est…
Attendez ! Un instant. Quelqu'un je crois frappe à la porte de mon esprit. Il tente de me dire quelque chose. Oui, je crois qu'il souhaite me troubler. Il me demande de regretter, il me dit que j'ai gâché ma vie afin de combler ce manque qui me bouleversait. Il me dit, avec fermeté s'y j'en crois la dureté de sa voix d'argent, que la vie vaut davantage que l'importance que je lui ai donné durant tout ce temps. Il me dit aussi que je n'aurais jamais dû perdre mon temps afin de rencontrer cette sensation que je ressens aujourd'hui. Il me dit...
Peu importe ! Je ne l'écoute plus. Vous savez quoi ? Je crois qu'il ne souhaite que gâcher mon plaisir. Il est jaloux, voilà tout.
Attendez… qu'ai-je dit, là, à l'instant ? Gâcher mon plaisir ? Alors… je ressens du plaisir ?
Mais… alors… c'est merveilleux.
Ce fut, chers amis, le récit de ma rencontre. Oui, je sais, cela ne ressemble pas à une rencontre. Mais c'en est une. J'ai rencontré en ce jour cette sensation, ce sentiment si beau. Je vis un rêve, je crois, car j'ai enfin trouvé ce que je cherchais tant.
Quelle drôle de rencontre, avez-vous dit ? Certes. Je dois bien l'avouer. Et, si vous avez écouté mes murmures avec un brin d'attention, vous avez certainement remarqué que cette rencontre fut trouble, fut presque… triste, sans joie ni plaisir réel. Je suis troublé moi-même.
J'imagine que vous souhaitez à présent savoir ce que j'ai tant recherché, ce qui m'a pris tant de temps, ce que j'ai, en ce jour, rencontré.
Et bien, c'est tout simple… J'ai rencontré…
Attendez ! Un instant. On frappe à nouveau à la porte de mon esprit…





Texte n°2

One summer’s day


Ce serait un jour d’été.

Un début d’après-midi, sous le bleu profond du ciel et le soleil étouffant. Il planerait dans l’air un parfum de fin de vacances, ce sentiment un peu étrange de transition, où les journées imprécises s’écoulent sans but, où les émotions sont diluées. Il ferait chaud.
Je monterais sur mon vélo et je prendrais le sentier en bas de chez moi. Le chant des cigales et les ombres des frondaisons m’accompagneraient un bout de temps. Je pédalerais jusqu’au village, transpirant sous le joug du zénith, pour acheter une baguette à la boulangerie, près de la grande place. Après les vignes et le violet des champs de lavande, après les graviers et la garrigue omniprésente, je traverserais l’avenue principale du village, longerais les vieilles maisons de pierres, aux jardins coquets et aux barrières rouillées.
Il y aurait le marché : les carrés colorés des étalages, l’odeur de la tapenade, et celle du poulet qui rôtit sur la broche. Je slalomerais entre les gens, leurs paroles aux accents chantants. Au loin, j’entendrais le clocher de l’église qui sonnerait la première heure de l’après-midi. Et j’arriverais à la boulangerie.

Ou peut-être, ce serait un jour de pluie. Toujours l’été, toujours la chaleur, mais un ciel gris et larmoyant. Toujours ce sentiment d’être figé entre deux époques, cette errance spirituelle au coin des pensées.
Je mettrais un K-way par-dessus mon T-shirt, avant de prendre le vélo. Sur le sentier en bas de chez moi, ce serait le silence des escargots sortants qui m’accueillerait, et le chant des cigales aurait fait place à celui des gouttes qui tombent. Je pédalerais jusqu’au village, sous le crachin, sans voir les vignes et la lavande. Le marché ne serait pas là, les volets seraient clos, et les ruelles du village désertes. Ce serait un peu triste. Je slalomerais entre les flaques, et j’arriverais à la boulangerie.

Ou peut-être, cela se passerait autrement. Je ne prendrais pas le vélo mais la voiture, je n’entendrais pas les cigales mais le bruit du moteur et la chanson qui passerait à la radio, j’écraserais les escargots sous mes gros pneus. Ce serait toujours un jour d’été, parce que décidément, j’aime cette idée, et j’arriverais au village, parce que j’aime ses ruelles, mais je ne ferais sans doute pas attention au paysage ni au temps qu’il ferait. J’arriverais à la boulangerie, et je descendrais de selle, ou de voiture.

Et je te verrais. Je ne serais pas séduisant, dans mon short trop court ou mon K-way trempé. Il ferait trop chaud, ou trop humide, pour que je ne fasse pas une grimace. Je sentirais la transpiration. En fin de compte, ce serait une rencontre sans poésie et sans romance. Une rencontre ordinaire, comme on n’en fait pas dans les romans.
Tu serais là. Tu viendrais m’aborder. Je ne te trouverais pas spécialement beau : tu serais un peu maigrelet, avec des pommettes osseuses. Bizarrement, je retiendrais ton visage. Toi non plus, tu ne serais pas sous ton meilleur jour : un début de barbe inélégant, les cheveux en bataille, et un cil égaré au coin de l’œil sur lequel je ferais une fixette.
Je ne me souviendrais plus de tes premiers mots. Je ferais attention à la musicalité de ta voix, et j’y sentirais quelque prétention. Je ne t’apprécierais pas. J’aurais l’impression que tu ne me regarderais pas dans les yeux, mais à côté. Je ne serais pas à l’aise, comme chaque fois que je discute avec un inconnu.
Tu me dirais ton nom, et je le trouverais commun. Notre discussion serait sans profondeur, teintée de cette même saveur de perdition qui planerait dans l’air. Tu me poserais des questions, sur moi, sur le pourquoi de ma venue au village. J’y répondrais, te les retournerais par politesse. Nous discuterions peut-être de nos vies, du temps qu’il fait, de nos projets, de notre ennui.
Puis nous nous quitterions, parce que j’aurais acheté mon pain à la boulangerie. Et dans les minutes qui suivraient, j’aurais déjà oublié notre conversation.

Plus tard, parce que le hasard, le destin, l’univers, ou les trois à la fois, l’auraient décidé, nous nous retrouverions.

Et plus tard encore, nous y repenserions, installés sur le balcon de notre appartement. Nous ririons de cette première rencontre qui nous avaient paru si anodine.

Et dans nos meilleurs moments, je me rappellerais. Dans tes yeux, je reverrais le bleu du ciel, ou les coquilles mouillées des escargots, les murs du village et le marché. Dans ta voix, j’entendrais le chant des cigales, ou le bruissement de la pluie sur le dos des feuilles. Je sentirais les olives, la lavande, le soleil, et surtout l’odeur du pain qui cuit dans les fours de la boulangerie. Je revivrais ce jour d’été. Et je saurais que cette rencontre, avec ses fausses notes qui sonnent si juste, aura été celle dont j’ai toujours rêvé.


Dernière édition par Iron le Dim 20 Avr 2008 - 9:06, édité 1 fois
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Iron
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MessageSujet: Re: Huitième concours : la finale   Dim 20 Avr 2008 - 9:04

Texte n°3


Le soleil inondait les ruelles, les parcs, et les avenues. Je marchais lentement, voulant saisir chaque instant de ce temps clair et lumineux qui s'était fait trop longtemps attendre. Avec bonheur, je sentais l'air printanier emplir mes poumons et ma peau qui se délectait de la chaleur. Je souriais, j'étais heureuse, je me laissais doucement envahir par la plénitude. J'avais la nette impression que ce sentiment de béatitude atteignait aussi les passants que je croisais. La joie irradiait des visages d'enfants, heureux de pouvoir courir, toujours plus vite, portaient par leurs innocences. On lisait dans les yeux de certains, le délice que procure le temps passé, simplement à être là et se sentir vivant, sans demander plus. La fusion des âmes sœurs n'était que plus évidente, l'envie d'être ensemble n'était que plus forte.
J'avais donné rendez-vous à une amie dans notre café favoris : Le palais des anges. J'étais en avance, j'allais donc m'assoir seule au fond de la salle. Cet endroit est idéalement placé, on a une vue panoramique sur l'extérieur, assez ombragé, avec beaucoup de passage. Il n'y avait que quelques tables occupés, l'endroit étaient plutôt désert, la plupart des clients s'étant installés dehors. Au coin opposé du mien, il y avait un jeune couple qui discutait avec animation, une vieille dame aveugle, au centre, sirotait une menthe à l'eau, et au comptoir, un homme fumait, tenant un verre de limonade. Je ne voyais pas son visage, seulement sa main libre qui tapotait machinalement sur la plaque marbrée. Après quelques minutes, je commandai un Schweppes, et feuilletai un magazine féminin acheté quelques heures plus tôt. J'étais bercée par les bruits alentours : cris, éclats de rire, ventilateur... Je respirais profondément. Paix.
Après cela, pourtant, je ressentis comme des picotements dans la nuque, une gêne. Presque imperceptible. Lentement, je levai les yeux de ma lecture, cherchant la source de mon dérangement. Le couple était partis, laissant deux verres à moitié plein. La vielle dame, elle, se tenait à la même place, sereine. Je posai mes yeux sur l'homme du comptoir. Il semblait agiter, nerveux. Il venait d'allumer une cigarette, la dernière sans doute, le paquet vide jonchait le sol. L'homme tira une longue bouffée, mis sa tête entre ses mains, cela sembla le calmer. Il avait des cheveux mi-long, ébène, parsemés de quelques mèches grises. Sa chevelure souple suivait ses mouvements d'épaules, frénétiques. Elle tombait sur une veste de costume, noire, elle aussi, plutôt cintrée pour un homme. Il devait être assez fin. Son pantalon assortis, finissait impeccablement sur ces chaussures de cuirs, brillantes. Un homme d'affaire. Un cadre peut être. En somme, quelqu'un d'important. Je me mis à imaginer sa vie, coincer entre les embouteillages, son bureau au dernier étage, ultra design, son sandwich avalait vite fait pendant la pause. Son salaire royal. Et la routine, omniprésente. Quelle vie plate. Que pouvait-on envier à un type pareil ? Rien.
Alors que j'étais encore plongée dans mes pensées, l'homme en question tourna la tête, vers moi. Il me dévisagea quelques secondes, avant de me transpercer d'un regard profond, sombre, presque vulgaire. Ces sourcils droits accentués l'effet produit. Je plongeai instinctivement la tête dans l'article, consacré aux rougeurs passagères et sentis le sang affluer dans mes joues. J'essayais de prendre un air naturel, désinvolte, hélas, mes efforts se révélèrent infructueux. Je croisais et décroisais les jambes, tournais les pages avec vigueur, me passais la main dans les cheveux. Pourtant, son regard de me quittait pas. Je me hasarda à regarder ailleurs, je crus voir un faible sourire sur son visage et il se détourna. Je fus soulagée, je n'aurais pas supporter ce manège longtemps. Lorsqu'il m'avait observer, j'avais senti une vague de stresse m'envahir, me submerger, m'engloutir. Comme si cet homme avait pu comprendre le fond de mes pensées. Connaître mes a priori, mon mépris à l'égard de sa vie, alors que je ne connais rien de lui, pas même son prénom. Seulement, cet être m'intriguait, il avait l'air si distant, arrogant aussi. Même sa façon de fumer m'agaçait. Ce geste furtif et précis afin de se débarrasser de la cendre, lorsqu'il replaçait le poison entre ces lèvres, soulagé d'avaler les toxines qui le tenaient en vie. Portrait peu glorieux en effet. Et pourtant... Je veux notre rencontre. Je scrutais ses attitudes, le deviner par ses faits. J'attends, me désespère, mais rien, pas à un signe. Heureusement, après un quart d'heure, il enlève sa veste, la pose sur un siège près de lui, desserre son col. Il semble à nouveau distrait, impatient, sa main vient de jeter le mégot dans le cendrier. Il cherche, vainement, la nicotine lui manque déjà. Soudain, il se retourne, je le vois arpenter la pièce du regard, il a l'air déçu. Enfin, il me regarde, de ses yeux infinis, intenses, beaux. Je soutiens son regard, il prend sa veste, et viens s'assoir en face de moi. Silencieux. Je discerne clairement son visage pour la première fois. Hélas, je n'arrive pas à me concentrer, ni me détacher de ses yeux. Son silence m'enchante. Il n'y a rien à dire, se taire est la meilleur méthode pour s'apprendre. Il émane de lui quelque chose d'impénétrable, mystérieux, déroutant. Lui, je ne sais pas ce qu'il pense. Mais, est-ce que je veux réellement le savoir ? Non. Sa présence me suffit. Quel heure est-il ? Quel mois ? Les cris des enfants sont loin, il me semble.Tout cela me parait si solennel ! Au même moment, cet homme se penche près de moi, et, avec une délicatesse infinie, écarte une mèche de cheveux de mon visage. Je frémis. Il me sourit, patient, il me tends la main : " Je suis Sami Frey ".



Texte n°4


L'horloge du bar marquait 13h 15 et je regardais fixement mon verre de gin comme un homme englouti par la mer regarde peu à peu s'éloigner la surface. Toute ma vie j'ai cherché à noyer le petit garçon qui dort au creux de mon ventre, et l'alcool, et l'ivresse, n'ont jamais été que des moyens pour y parvenir. Chaque seconde de ma vie s'égrainait ainsi, suivant le roulement de la mer et le tangage de mon angoisse.
Jusqu'à cet instant.
La porte du bar s'ouvrit dans un tintement de cloche, et l'air lourd du désert pénétra dans la pièce, jusqu'à mon visage. Je respirai profondément, sous l'odeur du sable brulant on devinait un léger parfum que je ne reconnu pas mais qui me parlai d'une façon étrange. C'est alors que je la vit.
Le temps sembla alors ralentir jusqu'à peser plus lourd.
Pourtant on eut sans doute pas dit d'elle qu'elle était belle, pas même jolie. Tout d'abord, elle était mal habillée, un T-shirt trop grand, sur un jean trop court, des cheveux ternes, comme usés, descendait sur un cou trop long. Elle était plutôt petite et fine, maigre plutôt; elle avait une peau blanche, si blanche qu'on ne la voyait d'abord pas, qu'on ne gardait d'elle qu'une impression fugace : à peine vue, mais déjà oubliée. Mais les gens ne voyaient pas ses yeux. Eux m'avaient tout de suite frappés, et je gisais à terre, avec en moi, la vision de ces yeux si démesurément grands et si noirs, qu'ils paraissaient appartenir au visage de quelqu'un d'autre. Et ces yeux volés semblaient chercher quelque chose, une proie à prendre dans leur sombre toile, si assurés alors que tout le reste de ce corps hurlait, à l'opposé, sa peur de petite fille perdue. Son être entier était le reflet de ce contraste entre des yeux si profonds que l'on pouvaient si perdre et des traits qui semblaient dire que c'étaient le monde qui était trop profond. C'est ce paradoxe, peut être, qui me fit basculer.
J'aimai à l'instant l'ensemble de ses défauts, de ses mains osseuses à sa voix, un peu rauque quand elle demanda du café. Tout s'assemblait en elle pour former par une certaine harmonie de laideur, une beauté cachée, comme en filigrane.
Elle s'était assise au comptoir et, moi, j'étais désespéré : elle me tournait le dos. Le petit garçon qui était en moi, qui jusque là s'était laissé porter par le courant, parut alors replonger dans une eau aussi noire que l'intérieur de la tasse qu'on lui avait apporté. Il fallait que je me lève que je lui parle, mais l'air pesait sur moi ainsi qu'une chape de plomb et mon calvaire intérieur recommença.
Je décidai alors de prendre mon courage à deux mains et me levai du banc sur lequel j'avais échoué quelques heures plus tôt. Emportant mon verre avec moi, je m'asseyais à l'un des tabouret du comptoir, à quelques pas d'elle, mais elle ne me regardait toujours pas et moi, je me contentais de faire tourner le liquide ambré de mon verre pour me donner contenance. J'entendais en moi une voix ironique:
_ Si c'est pour ça que tu t'es levé... Tu es pathétique, ça ne te mène à rien...
_ Au moins d'ici, je sens son parfum...
_ Ah ! Oui! Belle ambition ! De toutes façons, tu n'a jamais su..../
Un nouveau son de cloche interrompit mon monologue intérieur. La femme se retourna, un homme, la trentaine, venait d'entrer. Il balaya la salle des yeux un instant, puis, l'apercevant, il s'avança à grands pas vers nous... enfin vers elle... Il la salua d'un signe de tête et s'assit à ses côtés. Ils semblaient se connaitre mais on ne sentait entre eux aucun courant de sympathie, juste la plus profonde indifférence...
Il commanda lui aussi un café et ils commencèrent à discuter, doucement. Moi, j'écoutais attentivement, buvant chaque parole comme si elle m'était adressée. Ils parlaient d'argent, d'un pick up et aussi, apparemment, d'un gamin... La voie de la femme était plus rauque que jamais, comme si son indifférence pour l'homme en face d'elle n'était qu'une façade pour masquer un trouble plus profond; et, comme pour approuver mon analyse, elle avait, à chaque phrase qu'elle prononçait, un frisson étrange qui lui parcourait la nuque, faisant tressaillir un grain de beauté. Je fixai alors ce grain de beauté, jusqu'à ce que je ne vois plus que lui, que les bruits autour de moi s'estompent. A ce moment là, je ressenti comme un grand calme au fond de moi, comme une eau qui s'apaiserait après un orage. Je me sentais bien.
De nouveau le bruit d'une porte qui se refermait me tira de ma rêverie. L'homme était reparti. La femme quant à elle semblait soucieuse, elle fixait, comme moi auparavant, le fond de sa tasse.
_ Je peux vous offrir un café ?
Je m'étais lancé ! Elle me fit non de la tête avec un air distrait. Puis elle sembla se réveiller. Elle tourna son regard vers moi et je fus une fois de plus engloutit par ces yeux.
_ Excusez-moi, je ne voulais pas être impolie, dit-elle alors. Mais je vous remercie, il y longtemps que...
Elle s'interrompit de nouveau, le regard dans le vague. Puis, elle reprit:
_ C'est bête, je ne sais même pas pourquoi je vous raconte ça mais... Vous n'avez jamais eu l'impression que vous aviez passé toute votre vie en dehors de vous ? Enfin... comme si vous vous étiez contenté de vous regarder vivre... à côté ?
_ Je... euh...
_ Vous avez raison, c'est idiot... je dois vous ennuyer... je suis désolée, d'ailleurs je vais partir... Au revoir.
Elle régla son café avant que je n'ai esquissé le moindre geste. J'essayais d'articuler quelque chose,lui dire de rester, de parler encore, mais je ne put que la regarder disparaitre derrière la porte.
Je m'étais levé. Au mur, l'horloge marquait étrangement 13h 15, comme si tout cela n'avait duré qu'une seconde mais sans doute était elle cassée... Comme dévasté par cette rencontre, mon verre, au sol, s'était brisé.

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C'est un crapaud je vous dis, un crapaud ! Pas une grenouille.
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MessageSujet: Re: Huitième concours : la finale   Dim 20 Avr 2008 - 11:00

a voté Very Happy
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MessageSujet: Re: Huitième concours : la finale   Dim 20 Avr 2008 - 11:56

J'ai voté aussi Smile

Bravo aux finalistes ! Et encore bravo à tout le monde !
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MessageSujet: Re: Huitième concours : la finale   Dim 20 Avr 2008 - 14:00

J'ai voté et j'admire encore la performance Smile
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Erialc
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MessageSujet: Re: Huitième concours : la finale   Dim 20 Avr 2008 - 15:58

ai voté Very Happy
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Victor
Roi des posts ? Oui, ça me va
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MessageSujet: Re: Huitième concours : la finale   Dim 20 Avr 2008 - 16:38

J'ai voté.

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MessageSujet: Re: Huitième concours : la finale   Dim 20 Avr 2008 - 17:34

devoir accomplit également
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MessageSujet: Re: Huitième concours : la finale   Dim 20 Avr 2008 - 18:08

Je n'arrive pas encore à me décider (les textes entre lesquels j'avais hésité ne sont pas allés jusqu'en finale !)... Je vais encore réfléchir. ^^
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MessageSujet: Re: Huitième concours : la finale   Lun 21 Avr 2008 - 10:57

on dirait que tout sejoue entre le texte 2 et 3 =)
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MessageSujet: Re: Huitième concours : la finale   Lun 21 Avr 2008 - 12:26

Argh ! Ne dis rien, Anarion, je me retiens de ne pas regarder les scores pour ne pas être influencé !!!

*Ferme les yeux*

Je ne me suis toujours pas décidé...
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MessageSujet: Re: Huitième concours : la finale   Lun 21 Avr 2008 - 13:20

Trou trou trou ? ::tongue::

Je reconnais qu'ils sont difficiles à partager !
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MessageSujet: Re: Huitième concours : la finale   Lun 21 Avr 2008 - 19:08

Chez moi, on fait plutôt "ploum ploum !" ^^

Bon, ça y est, je me suis enfin décidé... (quel soulagement de pouvoir regarder les résultats Razz)

J'avais beaucoup aimé les textes 3, 6 et 10 (du premier tour).

C'est fou la grosse participation pour ce concours ! Je crois que ça vient du fait qu'on nous demande d'écrire nos rêves à nous... Du coup, on a forcément tous un peu d'inspiration.


Dernière édition par Hakkrat le Lun 21 Avr 2008 - 19:11, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Huitième concours : la finale   Lun 21 Avr 2008 - 19:10

Y'a pique nique douille aussi ::lol:

Ca va j'arrête ^^
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MessageSujet: Re: Huitième concours : la finale   Lun 21 Avr 2008 - 22:00

(j'aime bien vos petits délires hasardeux )

Voté ! =)
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MessageSujet: Re: Huitième concours : la finale   Mar 22 Avr 2008 - 1:14

J'ai voté...mon chouchou est toujours en liste!
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MessageSujet: Re: Huitième concours : la finale   Mar 22 Avr 2008 - 10:53

J'ai voté aussi ... dur dur.
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Iron
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MessageSujet: Re: Huitième concours : la finale   Sam 3 Mai 2008 - 16:31

Les votes sont ouverts jusqu'à 0h00, je ne serai pas là à 20h00 pour fermer le sondage devil2
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MessageSujet: Re: Huitième concours : la finale   Sam 3 Mai 2008 - 19:05

Euh... La fermeture est prévue pour demain, dimanche, à 0h00, donc ?
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Iron
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MessageSujet: Re: Huitième concours : la finale   Sam 3 Mai 2008 - 22:54

Rolalala, quelle peine Hakkrat lol!


D'ailleurs, fermeture des votes study


Le grand vainqueur de ce huitième concours est....



...








...




...






...



Spoiler:
 





::rolling:: ::rolling:: ::rolling:: ::rolling:: ::rolling:: ::rolling:: ::rolling:: ::rolling::


Bravo à lui pour son texte magnifique et félicitations à tous les participants, merci de cette participation massive !

Bravo Hakkrat !!!!! lol! lol! lol!



(Je proclame également la pause examen : le prochain concours sera lancé après les sessions d'examens, soit mi-juin. Merci de votre compréhension)



Champagne !! :;J:
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MessageSujet: Re: Huitième concours : la finale   Sam 3 Mai 2008 - 22:55

Je me disais bien que le texte devait être de toi...

BRAVO HAKKRAT ! Very Happy
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MessageSujet: Re: Huitième concours : la finale   Dim 4 Mai 2008 - 0:17

Bravo Hakkrat pour ta victoire et ton magnifique texte Wink
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sombretoile
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MessageSujet: Re: Huitième concours : la finale   Dim 4 Mai 2008 - 9:21

Je suis content que le texte que j'avais choisi remporte le concours.
Pourtant j'avais longuement hésité (voir mes critiques) mais franchement j'ai été sous le charme.

Dis moi Hakkrat , cela fait deux compliments que je te fais en deux jours. HUm...Va falloir que je cahnge mon fusil d'épaule. J'aime pas être trop gentil.

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MessageSujet: Re: Huitième concours : la finale   Dim 4 Mai 2008 - 10:17

cheers Bravo !!! cheers

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MessageSujet: Re: Huitième concours : la finale   Dim 4 Mai 2008 - 10:43

Merci à tous ! Ouais, mon nom il est tout jaune ! Cool

Je prends cette victoire comme un signe, et je me dis que cette rencontre, je la ferai peut-être vraiment un jour... Rolling Eyes

Oui, j'ai lu tes commentaires, Sombretoile. Merci.

J'avoue que je ne m'attendais pas à gagner quand j'ai envoyé mon texte, parce que je l'ai beaucoup moins soigné que les pour les autres concours (faute de temps). A croire que l'urgence me réussit. bounce

Bon, j'ai donc jusqu'à mi-juin pour réfléchir à un sujet de concours...

*Se creuse dur la tête*
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akira
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MessageSujet: Re: Huitième concours : la finale   Dim 4 Mai 2008 - 15:09

-------
2 mois plus tard
*et il creusait toujours*
-------


Le règne de Nighty est tombé et laisse voir celui de Hakkrat le Gr... Petit ! ::rolling::

Bravo Hak' !

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